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Féminine(s). A l’Arthé Café

7 Nov

Avec Céline Faucher et Christine Laville, une grande ballade en chansons féminines, dans le bel Arthé Café…

Je range des jupons 
des années fanées 
au fond d’une armoire 
Minuit a sonné les choses ont changé 
j’m’en fais pus accroire 
et c’est l’ménage à fond 
j’me ramasse en boule 
comme quand j’étais p’tite… 

C’est par cette chanson de Diane Dufresne et Marie Bernard, Cendrillon coton, que Christine Laville et Céline Faucher attaquent leur tour de chant, chansons exclusivement féminines. Elles sont là, devant nous, à portée d’oreilles, à portée de vue, à portée d’émotions, comme si elles chantaient pour chacun d’entre nous, dans ce lieu chaleureux où tout se passe comme dans les veillées d’autrefois, entre voisins, entre amis. Deux filles rayonnantes, dont on sent tout de suite la complicité et le bonheur de chanter ensemble.

Christine Laville, comédienne de profession, mais aussi metteuse en scène, musicienne, et chanteuse, et Céline Faucher, chanteuse québécoise qui fait perdurer la mémoire des gens de son pays, en recréant leurs chansons, à sa manière, avec sa propre sensibilité, une voix exceptionnelle, et toutes les nuances du vécu, humour, colère, passion, gaieté, nostalgie, tendresse, à en oublier les interprètes premiers.   Il n’y a rien d’aussi beau que d’être l’interprète des autres, disait Barbara, et quand on écoute ces deux filles, on ne peut qu’approuver.

Céline a débuté au Québec, en 1992, finaliste d’un concours radio parrainé par Robert Charlebois, mais c’est en 2005 qu’elle s’est vraiment fait connaître en France, avec la création de son tour de chant : A la rencontre de Pauline Julien. Elle a aujourd’hui plusieurs spectacles en alternance, dont Féminine(s), avec Christine Laville. Toutes les deux ont mêlé leur répertoire et se complètent à merveille dans ce spectacle où les femmes, dans tous leurs états, sont à l’honneur, mise en scène impeccable, et accompagnement sur mesure de Stephane Plouvin à l’accordéon. Stéphane, on t’aime ! ( Ceux qui étaient là ce dimanche soir comprendront!).

Les chansons s’enchaînent en deux parties, faisant un ensemble cohérent, où les femmes sont mises en scène, pour un long récit de leurs peines, de leurs joies, petites histoires de la vraie vie. J’ai tout essayé, parler, chanter…Et chanter, créer,c’est une façon de vivre : Créer, c’est amorcer un mouvement au lieu d’attendre que la vie nous pousse à trouver des solutions, comme le dit Marie-Claire Séguin, auteur de cette chanson.

La vie, parfois Une drôle de vie, comme celle de Véronique Sanson, mais Comment faire, quand on a pas envie de rencontrer l’homme de sa vie ? Belle surprise et interprétation magistrale de cette chanson de Lili Cros.

Souvenirs d’enfance avec Les confitures d’Evelyne Gallet :

Jolie mémé en haut d’ l’armoire
Que reste-t-il du temps béni
Où tu jouais de la passoire
Dans le parfum sucré des fruits ?
S’il est vrai qu’ la vie éternelle
Existe autant que tu le crois
T’as plus qu’à cueillir des airelles
Pour quand nous reviendrons chez toi.

J’te l’ai pas dit ( Manon Vincent) : Entre le quotidien et la vie / Entre le cœur et les idées / J’y ai pensé, mais j’te l’ai pas dit / Le temps est long quand t’es pas là…

Mais Je me fous du prix Goncourt 
Je me fous des prix tout court 
Les championnats, les grands chelems 
Je t’aime… 

(Michèle Bernard)

Et oui, féminines, mais on aime quand même les hommes ! Nous dit en confidence Céline Faucher.

Et de renchérir avec Vive l’amour de Catherine Ringer.

 

 

On trouve parmi ces portraits de femmes, celle qui connaît la langue de l’eau, avec la fable écologique d’Anne Sylvestre : Le lac Saint-Sébastien :

Tiens, 
Se dit le lac Saint-Sébastien 
Je vais rêver à ces humains 
Ils seront encore là, j’espère, 
Quand mes eaux redeviendront claires 
Et que se poseront les huards 
Pourvu qu’ils n’aient pas de retard 

Et que près de moi cette humaine 
Ait traversé l’hiver sans peine 
Qu’elle vienne avec les oiseaux 
Me parler la langue de l’eau.

 

Le quotidien des femmes, qui n’est pas toujours drôle, comme la vie des ouvrières dans la factrie de coton, qui nous vient de Clémence Desrochers et Jacques Fortier :

Comme on dit dans la fleur de l’âge
J’suis entrée à factrie d’coton
Vu qu’les machines font trop d’tapage
J’suis pas causeuse de profession
La seule chose qu’j’peux vous apprendre
C’est d’enfiler le bas d’coton
Sur un séchoir en forme de jambe
En partant d’la cuisse au talon…

Ou la nostalgie de ces dames aux cheveux blancs :

Quand elles ne seront plus   Au jardin des lilas Les dames aux cheveux blancs

Quand elles ne seront plus Marguerites et pivoines  Alors je pleurerai

Et mes larmes auront La douceur des baisers Qu’enfant elles me donnèrent

La douceur des baisers Car elles ne voudraient pas Le chagrin que j’aurai

Et je danserai pour elles Et je danserai pour elles

Et je chanterai quand même…

(Paroles et musique de Sylvie Tremblay).

C’est un siècle d’engagements, de Jaurès à l’art d’être grand-mère, en passant par le Front populaire, la guerre, le maquis, mai 68, qu’elles nous racontent ensuite la vie de Vanina, et à travers elle, de toute une génération de femmes :

Vanina s’en va
Vanina s’en va, c’est pas grave
L’a bien vécu, va
Son grand siècle de bout en bout
De guerre en paix, de droite à gauche à rien du tout.
( Véronique Pestel).

Et quoi de plus normal, dans une vie de femme, oui, c’est vrai :

C’est l’habitude qui nous manque
On ne sait pas jeter des cris
Hurler contre ce qui nous flanque
La tête au murs certaines nuits
On ne sait pas claquer les portes
Fermer ses oreilles et ses yeux
Jeter au diable et qu’il emporte
Tout ce qui nous déchire en deux.

Mais : Rien qu’une fois faire des vagues et que ça tangue
Et que l’on parle la même langue
Et qu’on chavire une fois pour de bon
Qu’on aille vraiment toucher le fond
Qu’on puisse leur répondre enfin
Ce n’était rien… ( Anne Sylvestre).

Oui, faire des vagues et que ça tangue : Je veux encore rouler des hanches,
Je veux me saouler de printemps,
Je veux m’en payer, des nuits blanches,
A cœur qui bat, à cœur battant.
Avant que sonne l’heure blême
Et jusqu’à mon souffle dernier,
Je veux encore dire « je t’aime »
Et vouloir mourir d’aimer.

Mais hélas : Elle est revenue, elle est là,
La solitude, la solitude…( Barbara).
Quoi, ce n’est pas une petite Peine d’amour minable qui va nous faire pleurer ! D’ailleurs, c’est l’occasion d’une saynète très drôle de nos deux filles qui interprètent délicieusement cette chanson de Denise Boucher, écrivaine et poète québécoise, et Jacques Marchand. Seulement, il n’y a pas que ça ! C’est ce foutu régime qui fait flipper les femmes !

J’aurais bien dû me satisfaire
De mes succès au lit
Mais j’avais lu dans Marie-Pierre
Perdez vos calories
Maintenant ma minceur étonne
Je n’plais qu’aux couturiers
Ils m’habillent
Mais y a plus personne
Pour me déshabiller

Où` sont mes bourrelets d’antan
Mes doubles mentons séduisants
J’ai tout perdu avec ce régime
Mes grammes superflus et mes amants

( Marie-Paule Belle).

Eh oui, on y arrive ! La Ménopause : Je vis, je vis, je vis ma ménopause, c’est la nature, c’est naturel et c’est normal,je vois la vie en rose, car j’attends l’os, oui j’attends l’os, j’attends l’ostéoporose…( Clémence Desrochers / Marc Larochelle). Et nos filles, dans l’attente des rêves qui ressemblent aux nôtres, courent après demain, et s’en vont en guerre, sans ennemis. ( Tu cours après demain, Manon Vincent. Ma fille s’en va t-en guerre. (Manon Vincent / Sylvie Bourdeau / François Richard).

Pourtant, c’est Maintenant ou jamais, qu’il faut s’aimer. ( Michèle Bernard). Et si vous avez parfois l’ Insomnie blues, comme Pauline Julien :

Prendre des grandes respirations / Ouvrir un œil, jamais le bon / Descendre nourrir les poissons / Et Dieu que le temps me semble long. Mais : Si on se retrouvait frangines 
On n’aurait pas perdu son temps 
Unissant nos voix, j’imagine 
Qu’on en dirait vingt fois autant 
Et qu’on ferait changer les choses 
Et je suppose, aussi, les gens 

Et qu’on ferait changer les choses 
Allez ! On ose 
Il est grand temps !

( Anne Sylvestre, Frangines).

paulinejulienOn ose penser à un monde meilleur :

Croyez-vous qu’il soit possible d’inventer un monde
Où les hommes s’aiment entre eux
Croyez-vous qu’il soit possible d’inventer un monde
Où les hommes soient heureux
Croyez-vous qu’il soit possible d’inventer un monde
Un monde amoureux
Croyez-vous qu’il soit possible d’inventer un monde
Où il n’y aurait plus d’étranger ? 

(L’Etranger, Pauline Julien).

Mais il arrive qu’on soit découragées par ce monde qui va de travers, et l’on se dit :

Quand j’n’aurai plus le temps
De trouver tout l’temps du courage
Quand j’aurai mis vingt ans
A voir que tout était mirage
Je tire ma révérence
Ma révérence.
( Véronique Sanson).

 

Autant de chansons qui font rire, réfléchir ou pleurer, de grands textes portés par deux interprètes talentueuses, avec sobriété, élégance, générosité, et par le souffle inspiré de l’accordéoniste. Et c’est tout le public, après deux rappels, qui chante avec Christine et Céline :

Ce soir j’ai l’âme à la tendresse Tendre tendre, douce douce Ce soir j’ai l’âme à la tendresse Tendre tendre, douce douce Tresser avec vous ce lien et cette délicatesse Vous mes amis d’hier et d’aujourd’hui Cette amitié dans la continuité Un mot un regard un silence un sourire une lettre… ( L’âme à la tendresse, Pauline Julien).

Et comme d’habitude dans ce lieu convivial où Maï et Marc savent nous régaler des plus belles chansons, des artistes qu’on aime, et des meilleures soupes, la soirée s’est prolongée par un repas très animé, Marc s’est mis au saxophone, révélant son talent de musicien, et Stéphane à l’accordéon, pour une improvisation musicale, et l’on a chanté encore, certains même ont dansé ! Une soirée très chaleureuse sous le signe des femmes, mais avec des hommes de bonne compagnie ! Et l’on s’est quitté avec une bonne nouvelle. Céline Faucher revient l’année prochaine pour une nouvelle rencontre avec Pauline Julien, à l’occasion des 20 ans de sa disparition.


Danièle Sala

Chez Maï et Marc, l’Arthé Café, c’est là —> clic et entrez,
 

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