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90 minutes et plus avec Pierre Arditi. En Auvergne…

31 Oct

Photo Vincent Roche

90 minutes et plus avec Pierre Arditi.

 J’ai voulu, le temps de cet entretien, vous faire partager les mots et le regard d’un homme qui a toujours été pour moi quelqu’un de précieux…

Je vais surtout me retrouver face à ce public qui a choisi de passer sa soirée à travers un nouveau concept entre conférence-entretien, entre intermèdes musicaux joués en live avec des musiciens. Une première, une interactivité public-artiste.

90 minutes avec… est né grâce à vous.

C’est ainsi que David Becker, producteur et artiste présente la soirée , j’ai pu y assister grâce à lui, et avec grand plaisir, parmi un public nombreux, intergénérationnel, qui a accueilli Pierre Arditi très chaleureusement.

Le rideau s’ouvre sur un décor salon, canapé rouge, fauteuil gris, devant des panneaux où sont exposées des photos, comme autant de repères dans l’univers de l’artiste, le tout éclairé par deux lustres, et l’orchestre jazz-rock installé sur la droite de la scène accompagne l’entrée de Pierre Arditi, tout de noir vêtu, en toute simplicité, avec Right Off ( A tribute to Jack Johnson 1971) de Miles Davis : Pierre Larrat au vibraphone, François Brunel à la guitare, Régis Pons à la trompette, Franck Pilandon au saxophone, Marc Verne à la batterie, sur des arrangements de Pierre Larrat, et avec Manon Denimal Cubero au chant.

Et ça commence mal ! Pierre s’affale sur le canapé, en face de David, en toussant, et annonce, qu’il y a des jours où l’on a envie de rien faire, et qu’il a la crève !

Photo Vincent Roche

Mais avec celui qui ne se considère pas comme une vedette, préférant se définir acteur populaire : C’est mon titre de gloire, bien vite repris par la passion de parler de son métier, 52 ans d’activés théâtrales, cinématographiques et autres, la voix revient vite.

Et c’est de sa sœur Catherine,  qu’il nous parle tout d’abord : C’est Catherine, qui à 15 ans, a commencé des études de théâtre au cours de la comédienne Tania Balachova. Moi, non, je la regardais avec envie, intimidé, en me disant, pour moi, ça ne marchera pas.

Ce qui paraissait alors le plus important pour ce jeune homme, né dans le 6ème arrondissement de Paris, d’une famille d’intellectuels assez pauvres, c’était de ne rien demander aux autres, qu’il fallait gagner sa vie, et ça ne l’a jamais quitté.

Il commence donc dans les assurances, pour gagner sa vie, en faisant remarquer qu’il y avait des gens de toutes les classes sociales dans son immeuble, qui vivaient en bonne intelligence, qu’ils avaient tous un boulot, que leurs enfants pouvaient faire des études pour un avenir meilleur, alors qu’aujourd’hui, même les ouvriers sont pauvres, et l’on voit à Paris des employés municipaux qui dorment dans leur voiture, parce qu’ils n’ont pas les moyens d’avoir un logement, ça, c’est le Pierre Arditi engagé dans le social et l’humanitaire.

Bien que ne se sentant pas particulièrement destiné à ce métier, poussé par sa sœur, et par son père, il débute au théâtre du Cothurne, dirigé par Marcel Maréchal, à Lyon en 1965. Et c’est le début d’une longue et fructueuse carrière au théâtre, au cinéma, à la télévision : Mon père a fait de moi l’acteur, ma mère a fait l’homme, j’ai été bien élevé. Mon père disait :  un homme qui ne pleure pas n’est pas un homme.  se souvient il.

Anecdotes personnelles et inédites, comme l’histoire de son premier baiser amoureux, à 17 ans, mais il en a gardé une telle honte qu’il nous a fait promettre de ne pas le répéter !

PhotoDR.

Anecdotes de tournages de films, par exemple Mon oncle d’Amérique, en 1979, sous la direction d’Alain Resnais, dont il était l’acteur fétiche, il s’inquiétait des multiples grimaces qu’envoyait le cameraman à Alain Resnais, lequel répondait par des mimiques rassurantes ou agacées. (Et il raconte en reproduisant gestes et grimaces). Pris de panique, se disant je suis mauvais, ça ne va pas, il va parler à Resnais après la séquence, mais non, pas du tout lui répond celui-ci, c’est juste que le cameraman s’inquiétait du lustre placé derrière toi, et qui te fait de jolies boucles d’oreilles !

Et il nous raconte comment il a rencontré Alain Resnais, par l’intermédiaire de Lucienne, une amie, et d’une amie de Lucienne, Florence Malraux, dans un magasin de chaussures où il prenait soin de conseiller leur amie commune, Lucienne, sur le choix d’une paire de souliers. Florence Malraux, qui était l’assistante d’Alain Resnais, a adoré cette attention, et rendez-vous fut pris le lendemain pour un rôle dans Mon oncle d’Amérique. Je te prends à trois conditions, que tu lises le scénario, qu’il te plaise, et que tu te fasses couper les cheveux. Ce à quoi Pierre Arditi, fou de joie, répondit : Je suis prêt à me mettre la boule à zéro pour tourner avec vous !

Il nous parle aussi de ses rôles dans les nombreux téléfilms et séries, comme Le comte de Monte-Cristo, ou Le sang de la vigne, cette dernière série a parfait ma culture oenologique.

Mais c’est le théâtre que Pierre Arditi aime avant tout : Le théâtre raconte une histoire au public, et le public joue avec nous, le théâtre est une réunion, alors que le cinéma est une séparation, plans, coupes, le chef d’orchestre étant le metteur en scène, la camera aime ou pas, et il n’y a pas de retour. Le théâtre, moins technique, a une qualité sentimentale, c’est merveilleux.

Et de citer une phrase de Jean-Louis Barrault, pour marquer la différence entre le théâtre et le cinéma : Je préfère faire l’amour dans mon lit que par correspondance . Et pointant l’index vers la scène, il dit : Et le seul endroit où l’on apprend son métier, c’est là.

Mais le succès ne vient pas en claquant des doigts, on se construit, à force de patience, d’espérance, de solitude, de souffrances, le modèle, c’est la vie, le talent n’est qu’une toute petite donnée.

Mon matériau, c’est moi, je fais partie de l’école stanislavskienne :   Sers-toi de toi pour aller vers un autre dont tu ignores tout et que tu connais pourtant par cœur, puisque c’est toi. .

Et c’est avec beaucoup d’émotion qu’il nous fait le récit d’une expérience personnelle douloureuse, pour nous faire comprendre que le modèle c’est la vie. Un soir, c’était en 1976, ma première épouse, dont j’étais amoureux fou, m’annonce que c’est fini, je n’ai pas supporté, j’étais dévasté, je suis sorti au hasard des rues, j’ai marché, j’ai pleuré, et je me suis dit j’en ai assez, je suis fatigué, et retournant à notre appartement, j’ai pris ce qu’il fallait pour en finir, c’est elle qui m’a sauvé. Quelques années plus tard, j’avais cette réplique au théâtre : « J’en ai assez, je suis fatigué » , et chaque fois que je la répétais, tout revenait dans ma tête, dans mon âme, et j’ai compris que ce personnage que je jouais, c’était moi.

Confidences et récits sont entrecoupés de réflexions sur l’actualité, il ne manque pas de critiquer ceux qui profitent de leur notoriété pour abuser des femmes, et de moments musicaux appréciés de tous, Sweet Gorgia Brown, Your heart is as black as night, Tandem de Gainsbourg.

Après les questions du public, par exemple, d’une spectatrice ayant vu la pièce de Jean-Claude Grumberg l’Etre ou pas, avec Pierre Arditi et Daniel Russo, le 28 octobre dernier, au théâtre de Châtel-Guyon : Votre rôle n’est pas facile dans cette pièce, comment faire pour éviter d’être névrosé quand on est trop dans la tête d’un personnage ? Ce à quoi il répond qu‘en effet c’est un métier pervers, où l’on joue sa vie, et avoue que chaque fois qu’il entre sur scène, il pense à sa mère : En nous les morts ne sont jamais morts.

Enfin, il nous régale de quelques morceaux choisis de  « Je vais passer pour un vieux con« , de Philippe Delerm

Presque deux heures d’entretien et d’échanges, qui ont passé trop vite, avec cet acteur-conteur-comédien qui s’est simplement dévoilé comme un bel humain, un de ceux qu’on aimerait avoir pour ami. Et il a quitté son public auvergnat en promettant de revenir, d’ailleurs il se souvient avoir fait quelques mémorables virées en Auvergne, et en concluant, ouvrant la poche de sa veste : Je vous mets là, dans ma poche, dans les valises de ma mémoire.

Merci à David Becker pour son invitation, ce concept était une première, et je ne suis pas la seule à penser que c’est une réussite, et les prochaines 90 minutes seront avec Thierry Lhermitte, en 2018, à suivre donc.

Liens : Rencontre organisée par Becker’s prod : beckerprod@gmail.com

Crédits photos : ( pour le livret du programme) : Patrick Kovarik-AFP/ Philippe Warin, Jean-Philippe Baltel-Sipa, Gilles de Beauchene/ maxpp/France3.

 

Du 4 au 28 avril 2018,  Pierre Arditi sera au Théâtre du Rond Point  pour : Lit ce qu’il aime, d’après des textes de Jean-Michel Ribes, Yasmina Reza, Philippe Delerm et Michel Onfray.

Pour les réservations , clic sur l’affiche —>

et aux points de vente habituels.

Et c’est un événement Télérama, Paris première et France culture.

Danièle Sala

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