Sarclo a ses règles. Ou comment fabriquer des chansons… deuxième jour.

12 Sep

PhotoNGabriel2013

Deuxième règle : Dans ses Chroniques, Bob Dylan explique comment Brecht lui a permis de voir le moyen d’aller au-delà de Woody Guthrie : EN METTANT DU POISON DANS LES CHANSONS. « Und Machies der hat ein Messer, doch das Messer sieht man nicht » (Mackie a un couteau, mais le couteau, on ne le voit pas). Brecht nous fait nous identifier à un salopard. Une chanson n’est pas là pour vous apprendre quoi que ce soit, ni pour faire partager des lieux communs ou des bons sentiments. Elle est là pour : surprendre, indigner, gondoler, chauffer, glacer, effarer. Si à la lecture d’une chanson vous voyez des éléments qui pourraient faire partie d’un éditorial, d’un tract, d’un programme, ce n’est pas une chanson, c’est une merde.

Contre-ordre : « Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère / Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit / Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre / Je n’ai rien qu’aujourd’hui !… » Sainte Thérèse de Lisieux chanté par Pierre Eliane (Thérèse’s songs) pas un atome de poison, un unique et bon sentiment, un chef d’œuvre.

« J’étais pas sûr d’avoir le temps d’écrire toutes les chansons que je voulais, alors j’en commençais une par ligne » Bob Dylan (voir aussi règle précédente)

(Concernant la chanson … suite … vous en aurez une par jour pendant un moment. désabonnement gratuit… alors voilà.)

Seb Dihl Ça m’a fait penser à Batlik, et à ce qu’il me disait un jour en parlant de son album »Mauvais sentiments ».  Va l’écouter si tu as une heure à gagner (et si par zazar tu ne connais point cet album).  Bises😉

Sarclo Ret y a aussi « Mes chants » de Vincent Baghian sur le même fil

Christiane Daynac T’as la migraine toi, quand t as tes règles ?

Sarclo Ret  On a pas encore parlé de Jeanne Cherhal… J’aimerais bien faire douze chansons par an, surtout belles comme les siennes.

Jaileene Adam Mais les commentaire de Sarcloret sur ses collègues on ne sait jamais si c’est du lard ou du cochon!

Sarclo Ret Jeanne Cherhal est un ange. Rien à dire de plus.

Joël Burkhard Sarcloret a écrit « d’accord » une des plus belles chanson de rupture et je m’y connais j’adore ce thème dans les chansons évidemment 🤣 alors douze de cet acabit ça m’irait bien, pis le Cherhal ça lui irait pas 😄

Pierre Delorme Soit c’est une chanson, soit c’est une merde… Pour ma part je croyais qu’il y avait une infinité de nuances entre les deux, à savoir une sorte de marécage où surnagent la plupart des chansons, destinées à l’oubli.

Sarclo Ret Pour le public bien sûr, mais pour le gars qui fait des chansons, si c’est pas réussi, c’est raté: du brun.

Pierre Delorme Comment savoir si c’est vraiment réussi tant que la chanson n’a pas touché des gens ? Si elle est réussie pour soi-même, c’est mince. D’autre part, tu n’évoques que le texte dans ces réflexions, or la réussite vient souvent de l’alliage avec les notes, du moins est-ce mon avis! 🙂 

Sarclo Ret Pierre Delorme Ton raisonnement rejoint celui de ceux qui se demandent combien on fait d’entrées… Si je ris ou si je pleure en chantant un truc pour la première fois, je suis heureux comme Zorba avant que ça s’écroule. En effet je n’ai pas encore parlé de musique, mais ça n’est pas mon point fort et on n’en est qu’à la deuxième recette.

Pierre Delorme Non, ça n’a rien à voir avec le nombre (d’entrées ou autre), c’est simplement que ce qui ne touche, ou n’intéresse que moi, est pour moi sans importance. S’émouvoir tout seul avec sa propre chanson est à la portée du premier venu et n’a, à mon avis, pas d’intérêt. Mais chacun ses goûts. 🙂Pour continuer de répondre à ta recette: on peut écrire un texte bien ficelé, selon tes critères, mais tant qu’on n’a pas trouvé « la » musique ad hoc, ça ne vaut pas grand chose. Le problème est qu’un texte « bien ficelé » peut être facilement mis en musique, ça marche toujours, mais trouver la musique dont on aura l’impression qu’elle n’était faite que pour ces mots-là, et pas d’autres, c’est une autre paire de manches.

Sarclo Ret Tu as bon, encore que pour qu’une œuvre fasse du sens il faut qu’elle rejoigne les gens, ET qu’elle soit l’expression d’une personne qui s’est trouvée, qui s’est cherchée. la démarche vers cette crue sincérité doit au départ ne pas s’occuper de l’accueil qui lui sera fait, puis faire la démarche d’atteindre les sensibilités des autres.

Patruche Mercier J’aime bien parce que c’est ma démarche, ce qui n’augure en rien de la qualité de ce que je fais…quand ça parle, c’est le pied…merci pour ces mèches allumées de la discussion, péremptoirement certes…

Pierre Delorme Sarclo Ret Bien entendu, il ne s’agit pas de viser le public, mais d’être en accord avec quelque chose qu’on cherche à atteindre. Ce que je voulais dire est que si on a l’impression de l’atteindre mais que personne n’y est sensible, alors ça ne correspond à rien ou il faut compter sur la postérité, une idée qui hante la plupart de ceux qui ne rencontrent, ou n’ont pas rencontré, le succès. Il est très difficile de se dire qu’on a atteint ce qu’on voulait avec sincérité et que personne n’est touché. Cela dit, chacun trouve toujours quelques âmes charitables pour être sensibles à sa production. ça permet de continuer. 🙂

Hervé Perdry Je n’écris pas de chanson mais ça va pas m’empêcher d’ouvrir ma gueule ; je fais d’autres choses avec lesquelles je peux faire un parallèle. 

Voici donc mes deux balles : si on a la certitude d’avoir pondu un bel œuf, quelque chose de juste, quelque chose qui méritait d’être fait, ou même qui devait être fait, c’est ça qui compte avant tout — pas de trouver une audience. Il y en a qui ont la chance que ce qui est juste à leurs yeux rencontre une audience, avec parfois la célébrité à la clef, tant mieux pour eux ; il faut bien sûr montrer ce qu’on fait, et le montrer le plus honnêtement possible ; mais juger le résultat en fonction de l’audience rencontrée, ça conduit trop de gens à faire ce qui est à la mode, à tout prix, à faire ce qui plaît, sans se demander si ça leur plaît — puisqu’en fait au bout du compte ce qui leur plaît c’est le succès.
Et ne pas rencontrer le succès ne veut pas forcément dire qu’on compte sur la postérité, au sens du succès posthume : il y en a sans doute pour caresser ce fantasme, mais c’est un fantasme un peu démodé. On sait bien, en chanson comme ailleurs, que la production est devenue tellement énorme, pléthorique, qu’on ne déterre plus rien, presque plus rien, et que si jamais on avait un peu d’avance sur son temps on sera au mieux exhumé par deux ou trois spécialistes, mais pas par « le public ». Le succès posthume c’est bon pour les gens qui sont morts avant 1900, je veux bien transiger à 1950… Je sens qu’on va me sortir des contre-exemples, JK Toole, qui d’autre ? Il y a bien les gens un petit peu connus qui ont une bouffée de sympathie quand leur mort est annoncée, parce que peut-être leur mort est annoncée plus largement que ne l’a été leur vivant, mais ça n’est pas la postérité, ça ne dure qu’un instant. 
Bref tout ça pour dire qu’il est essentiel d’avoir la conviction qu’on a fait une chose juste, d’avoir une démarche sincère, avant tout, et que le succès, c’est en plus, c’est là ou pas — y a qu’à voir toutes les merdes qui ont du succès, tiens…

Pierre Delorme Je suis bien d’accord, mais tout le problème n’est-il pas de réussir à avoir la simple conviction d’avoir fait une chose juste et sincère ? Comment en être sûr ? Le doute existe, et sans la participation d’autrui, la présence des autres, peut-on vraiment parler de création, de justesse ? J’ai du mal à croire qu’on puisse faire une chose uniquement selon ses propres critères et, à la limite, uniquement pour soi. Enfin, ce sont des choses compliquées… 

Hervé Perdry D’accord, oui c’est sûr que quand d’autres personnes sont d’accord ça aide… Pour la justesse. La sincérité nul n’est mieux placé que soi pour le savoir.

Pierre Delorme Oui, je suis d’accord, mais la sincérité ne peut, hélas, tenir lieu de talent. et si on s’exprime sans chercher à avoir du talent autant ne pas le faire. C’est un peu abrupt dit comme ça, mais bon, c’est Facebook !

Hervé Perdry Si tu avais écrit « sans avoir de talent », ça serait brutal, mais « sans chercher à avoir du talent » c’est nuancé, on pourrait passer un moment à se demander d’ailleurs… « mais sans technique un don n’est rien qu’une sale manie »… bref en effet il me semble important d’essayer de… de bien faire — le mot peut paraître faible « mais pour moi c’est déjà beaucoup » 🙂

Hervé Perdry Et puis la sincérité, c’est quand-même une part du talent. Pour être sincère, il faut avoir un truc à dire, un truc à soi. On n’est pas sincère quand on répète ce que disent les autres. Non ? Je déconne là ? Faut m’arrêter hein.

Sarclo Ret « La sincérité, on s’en fout, Mireille Mathieu est sincère… » Anne Sylvestre, propos tenu lors d’une émission à la mémoire de Brassens (les 20 ans de sa mort) à la radio romande, invitée avec Bühler, Beaucarne et moi…

Hervé Perdry Bah tu vois elle est sincère, admettons, elle doit être contente de ce qu’elle fait, et elle a eu ou elle a du succès… Qu’est-ce que tu veux de plus ? Elle remplit tous les critères !

Sarclo Ret Hervé Perdry : Qu’elle chante des chansons, peut-être… Selon Patrick Font, la différence entre un CD et Mireille Mathieu : « c’est pareil, rond, plat, brillant, sauf que le CD a un trou au milieu« 

Hervé Perdry Et il s’y connaît le bougre…

Julien Lv Kundera disait : « Découvrir ce que seul un roman puisse découvrir, c’est la seule raison d’être d’un roman. Le roman qui ne découvre pas une portion jusque là inconnue de l’existence est immoral. La connaissance est la seule morale du roman. » Je trouve que ça s’applique bien à la chanson (moins bien qu’au roman mais quand même).

Sarclo Ret « Je ne pardonne à un livre que s’il m’apprend quelque chose » Voltaire. Kundera est plus large que Voltaire, parce qu’en effet les chansons n’ont pas à nous apprendre de choses, mais nous faire découvrir une portion d’existence, elle peuvent (doivent?) le faire.
Une pensée pour les déshérités qui apprennent l’existence dans les chansons de Bruel, Pagny et Sardou…
Avec des contributions comme la tienne on est dans ce que je voulais avec ces posts : faire considérer la chanson comme une chose à laquelle on puisse réfléchir, un champ culturel d’intérêt intellectuel non négligeable (je suis lourdingue), plutôt que de se demander quelle blonde va remplacer Eskelina l’année prochaine…

Julien Lv Qui ça ?

Sarclo Ret Julien Lv Exactement.

Pierre Delorme Sur Crapauds et Rossignols il y a des réflexions sur la chanson, aussi ! 🙂 (pub)

Sarclo Ret On observera que si Pierre Eliane a fait vœu de silence, Pierre Delorme, pas tellement… (http://www.crapaudsetrossignols.fr)

Pierre Delorme Finalement, tu n’aimes pas trop qu’on ne soit pas d’accord avec toi, hein?

Sarclo Ret Si si c’est chouette. je mets l’ambiance. Et je modifie ici pour bien te laisser le dicastère du dernier mot…

Pierre Delorme Bon, allez je fais vœu de silence pour ce fil de commentaires. Le sujet est délicat et demande plus de place que ces petites cases où l’on écrit souvent plus vite qu’on pense 🙂

Schneider Jean-François Dicastère ? P.., où j’ai encore mis mon dico ???

Pierre Delorme Sarclo Ret Sur ce genre de sujet, il n’y a que des mots, pas de dernier mot. (Voilà, que j’ai rompu déjà mon vœu de silence, ma foi était bien mince!)

Jean-Pierre Lienard Pierre Eliane, qui est devenu moine si je ne m’abuse

Sarclo Ret IUl n’en est pas moins chanteur, guitariste et harmoniciste. Et un ami.

Chris Land Bien vu Sarclo. On attend impatiemment les règles trois et leur suite…

 

Troisième demain mercredi …

2 Réponses vers “Sarclo a ses règles. Ou comment fabriquer des chansons… deuxième jour.”

  1. Ode Desfonds septembre 12, 2017 à 10 h 36 min #

    Moi, j’aime écrire la musique en même temps que les paroles… Voir ainsi la bonne syllabe épouser d’elle-même le bon mot… et la rime prendre place au milieu des vers, pas seulement à la fin, sans mon intervention non plus… (et si ce n’est pas toujours, c’est parfois)… C’est ma petite habitude… J’ai du plaisir comme ça…
    Concernant la sincérité de Mireille Mathieu, elle ne peut pas être mise en doute, même si les chansons qu’elle chante ne sont pas toujours bien écrites… Elle répond au besoin de certaines gens qui aiment écouter d’abord une belle voix, pas juste une chanteuse, ni même un beau timbre…
    C’était mon grain, après avoir lu et apprécié, tous les commentaires ci-dessus…
    Je ne suis qu’une faiseuse de chansons qui chante parce qu’elle écrit, pas une auteure-compositeure-interprète, et je ne suis ni prétentieuse, ni modeste.
    Et soyez tous heureux.

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  2. Danièle Sala septembre 12, 2017 à 11 h 01 min #

    J’aime beaucoup les réflexions de Pierre Delorme qui rejoignent les miennes. Et je suis d’accord avec Sarcloret quand il dit : « pour qu’une œuvre fasse du sens il faut qu’elle qu’elle rejoigne les gens, et qu’elle soit l’expression d’une personne qui s’est trouvée, qui s’est cherchée ». Les chansons que j’aime sont celles avec lesquelles je me retrouve, avec les mots que j’aurais aimé dire, ceux qui me font réfléchir, avancer, rester debout, qui atteignent ma sensibilité, qui me bousculent, et je partage aussi son admiration pour Jeanne Cheral.

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