Archive | septembre, 2017

Musicalarue : entretien avec Matmatah

29 Sep

 

C’est avec une pure joie qu’à l’instar des publics d’autres villes où la tournée de Matmatah fait escale cette année, les festivaliers de Luxey s’apprêtaient à accueillir le groupe reformé, neuf ans après sa séparation. La joie hélas fut de trop courte durée -le temps de 6 chansons pour être exact-, avant que les orages d’une tempête démentielle ne contraignent les organisateurs à interrompre le concert et annuler la fin du festival. Drôle de sort pour des musiciens qui, quelques heures auparavant, en fin de conférence de presse avaient lâché d’une provocation ironique : « Ah bon ? Le concert n’est pas annulé ? ». A en juger par le déluge qui allait s’abattre sur Musicalarue, et qui, soit dit en passant, n’entamait visiblement ni l’obstination des membres du groupe à terminer héroïquement la chanson « Au Conditionnel », trempés jusqu’aux os et menacés par les rafales qui balayaient la scène, ni la persévérance du public à rester sur place sous les éclairs encore une bonne heure, accroché aux mâts de quelques drapeaux « Gwenn Ha Du » dansant au vent, comme à l’espoir de voir les musiciens rallumer les amplis et reprendre les instruments, Matmatah nous avaient amené l’humour breton avec la météo brestoise aussi. Autant ne pas le nier : nombreux sont ceux à souhaiter un retour du groupe à Musicalarue l’an prochain. Car aussi bref fut-il, ce concert scellait le plaisir de retrouver intactes l’énergie et les harmonies de la formation, aguerrie par le vécu humain, grandie par le temps qu’elle s’est laissé pour respirer, et revenue vers nous avec la conviction d’un propos musical et la fraicheur d’une écriture acérée et subtile qui ont d’autres choses à dire. Et des choses à dire, il en est question dans le dernier album du groupe, « Plates Coutures », sorti cette année même, où loin de se répéter, Matmatah emperle 11 chansons animées d’un regard confident, et, bien que poétique et humble, lucide et perspicacement interrogateur sur des thématiques qui interpellent le sens de notre société humaine (« Nous Y Sommes », « Marée Haute », « Overcom »), la conscience civilisée (« Petite Frappe », « Peshmerga ») et la fragilité des relations intimes (« Toboggan », « Entre les Lignes »). Et il en fut question  lors de l’entretien que trois des quatre membres, Eric Digaire (basse), Benoit Fournier (batterie, percussions) et Emmanuel Baroux (guitare), rejoints par le musicien additionnel Julien Carton (claviers, harmonicas) nous accordaient un peu plus tôt.      

 

– Messieurs, bonjour et merci de nous accorder un entretien pour parler de votre dernier album. La chanson « Nous y Sommes » aborde le thème du transhumanisme. Quelle est l’idée que vous souhaitiez y exprimer ?

– Eric : On ne peut pas en parler, parce qu’on a déjà pas compris de quoi ça parle en fait. C’est Stan [Tristan, chanteur et guitariste] qui a amené le sujet.

– Manu : Et comme on n’est pas sûrs que lui-même ait compris ce qu’il a écrit…

– Eric : Je pensais que c’était par rapport aux moutons.

– Manu : Non, ça, c’est la transhumance.

– Eric : Est-ce que vous avez déjà lu un Astérix ? Quand on ouvre la première page d’un Astérix, on voit la carte de France avec une loupe sur un petit village, et ça commence comme ça. On se posait la question, en essayant de prendre le maximum de recul, à l’inverse de cette loupe, de réduire l’Histoire et le temps et de savoir ce qu’on est en train de faire en tant qu’espèce humaine sur une planète. On a tous entendu dire qu’il y avait plein de dinosaures, et qu’après l’ère glaciaire ou les météorites -peu importe-, l’évolution, le darwinisme, la foi… Il s’agit juste, en prenant plus de recul que de regarder uniquement notre société occidentale ces 20 dernières années, de se dire « qu’est-ce que l’homme est en train de faire sur cette planète et vers où va l’évolution ? ». De toute façon, on est dans la merde ; on le sait. Mais va-t-on réussir à résorber ça ? Est-ce qu’il va se passer quelque chose ?

– Manu : Est-ce que c’est vraiment de notre faute ?

– Eric : Est-ce que ce n’est pas juste pour ça qu’on est faits ? Je pense que n’importe quelle espèce, quand elle est en surpopulation, arrive à disparaitre, et c’est fini. Voilà, ce sont juste des questions, comme si on était partis très loin de notre terre  et qu’on était quelqu’un capable de regarder cela comme quand on nous apprend l’Histoire, en nous parlant de l’assassinat de l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie qui a entrainé telle et telle chose, et qu’on nous la résume à un enchainement, alors que les gens qui vivaient l’époque ne voyaient pas forcément le lien entre un assassinat et les élection en Allemagne et le reste. Donc on se pose la question de savoir s’il n’y a pas un déterminisme là dedans, si on n’est pas de toute façon là pour foutre la planète en l’air.

– Julien : Ou pour nous foutre nous en l’air !

– Manu : A priori la planète nous enterrera. Donc on va se faire une grande partouse de fin de civilisation !

– Eric : Ça a un cote « danser sur les braises ».

– Julien : Breiz ! Danser sur les Breiz !

– Eric : Mange donc quelque chose, toi.

 

– Le titre « Overcom », quant à lui, parle du problème de la surinformation, de l’abondance incontrôlée d’informations. Mais notre société sort quand même –et n’en est pas encore totalement sortie- de décennies de contrôle des canaux officiels d’information par le pouvoir étatique, puis les potentats économiques qui détiennent les grands médias. Alors de l’absence de contrôle ou du contrôle total, lequel est le pire des maux ?

– Manu : Là, c’est noyé dans la masse, tout simplement. On peut avoir n’importe quelle opinion religieuse, politique ou de ce qu’on veut, on trouvera sur internet un site pour nous, que l’on soit communiste, borgne, unijambiste, intégriste du jambon… C’est un peu pathétique, mais comme le dirait notre manager : « comment is the new content ». C’est-à-dire qu’aujourd’hui, c’est la culture du commentaire permanent. C’est une façon finalement de ne plus avoir de contenu. Quand Tristan a écrit la chanson, il n’y avait pas encore eu l’affaire de Trump avec les « faits alternatifs ». Le fait alternatif, c’est quelque chose qui est arrivé, mais dont on ne sait pas si c’est vraiment arrivé. C’est comme le docu-fiction, un peu étrange.

– Eric : Et comme tu dis, avant, il y avait une information à laquelle tu étais censé croire, et si tu n’étais pas content, tu pouvais en prendre une. Et on a vu cette évolution vers l’immédiateté arriver, avec quelques gros titres comme « 3 morts dans un accident d’avion », et puis quelques instants après, ils ne sont plus morts, et en plus c’était un accident de train, et finalement il n’y a jamais eu d’accident, mais une alerte à la bombe et un retard à la gare SNCF de Poitiers. On travaille forcément avec la presse, et on voit cette espèce de course à l’info, lors de festivals par exemple, avec le journal de presse quotidienne qui va titrer « succès intégral » avant même que le concert soit fini, sans même savoir si le concert est allé jusqu’au bout. On a fait un concert avec un incident, donc une pause de 25mn au milieu, et un journal avait déjà écrit qu’on avait mis le feu toute la soirée et que le concert était trop bien, et n’a pas dit un mot sur l’interruption du concert. Mais il avait titré avant son concurrent. Cette absence de vérification interroge. C’est ça qui est bien avec les thèmes de cet album : pour écrire des chansons, il faut avoir des choses à dire, donc il faut vivre des choses. Et là, par la force des choses, sans l’avoir décidé, on a eu 8 ans pour regarder, pour découvrir une vie normale aussi, parce que forcément à tourner pendant 15 ans, on ne vit pas normalement. Et donc on a pris le temps de s’intéresser et d’observer. Donc en mars 2017, on n’a pas sorti un album qui ne parle que de ce qui s’est passé pendant le temps d’écriture de l’album. Une chanson comme « Overcom » parle de cette dérive qu’on voit arriver depuis plusieurs années au même titre que tout le monde.

 

 

– Mais n’est-elle pas arrivée justement, engendrée par un besoin de démocratisation et un sentiment, légitime ou pas, que l’information semblait manquer de liberté et de neutralité ?

– Eric : Il y a du bon partout. C’est comme dans le métier de la musique : l’immédiateté des réseaux sociaux fait que n’importe quel groupe peut rencontrer un public, et on a vu des gens émerger comme ça, simplement parce qu’ils avaient mis des vidéos sur Youtube qui avaient eu des millions de vues. Donc ça a un intérêt, et pour l’information aussi. J’en discutais avec mes parents qui me disaient qu’avant il n’y avait pas autant de faits divers et de meurtres. En fait si ; il y en avait autant, sauf qu’avant tu ne le savais pas, si ça ne se passait pas dans le village d’à côté. Aujourd’hui tu peux savoir ce qui s’est passé à l’autre bout du monde. Forcément tu prends plus peur ; mais en même temps tu peux accéder à l’information. De notre point de vue, il y en a juste un peu trop. Quand Stan dit « il est temps de retirer la merde sur les ondes », ça ne signifie pas que tout est de la merde, mais qu’il y en a quand même une partie.

– Benoit : Ce que ça révèle, c’est un problème : on a des outils, et on se sent obligés de s’en servir. Alors que des fois on ferait bien de fermer sa gueule. Ce n’est pas parce qu’on a des outils à disposition qu’il faut obligatoirement s’en servir. Il y a des gens qui s’en servent intelligemment, quand ils ont des choses à dire ; et il y en a qui s’en servent tout court et constamment.

– Manu : Et on subit une espèce de culpabilisation : si on n’est pas hyper connectés, on est trop ringard. Et ça marche bien sur les gens âgés : dès qu’ils ont BFM  TV, comme ils ont été élevés au 20h et que c’était quelque chose d’énorme d’avoir l’information, ils sont scotchés dessus et peuvent regarder ça pendant 8h. Hein, maman ?

 

– Lorsque vous vous étiez retrouvés en 2015, après ces 8 années de séparation, pour la sortie de votre compilation « Antaology », vous aviez déclaré que vous ne remonteriez pas sur scène pour jouer des vieilles chansons. Comme nous sommes en festival, le public attend aussi certainement que vous jouiez vos titres les plus populaires. Quelle est votre position vis-à-vis de cela ?

– Eric : Qu’on ne jouerait « pas que » les vieilles chansons. On est toujours montés sur scène pour défendre nos chansons. On dit souvent que les premiers à séduire, c’est nous-mêmes. On doit avoir envie de monter sur scène ; on doit avoir envie de présenter nos chansons à des gens. Donc on fait une tournée, parce qu’on a fait un album.

 

– Vos propos auraient-ils été mal retranscrits par le journaliste et déformés par l’oubli de ces trois lettres qui changent le sens d’une phrase ?

– Benoit : C’était ça ; il manquait juste le « que ».

– Eric : C’est ça qui est plaisant pour nous aujourd’hui : on arrive avec 5 albums, dont on a décidé des chansons qu’on allait jouer pour la tournée de salles et la tournée de festivals. On voit des groupes qui sont sur leur première tournée, et qui du coup font quand même pas mal de reprises, car il n’y a pas assez de morceaux à eux. Il y a des chansons qu’on joue, parce que ça nous fait plaisir de les jouer, des chansons qu’on joue, parce qu’elles se prêtent  dès la création et l’enregistrement à un début de concert, et des chansons qu’on joue, parce que ça devient un spectacle pour nous. Quand on balance « Lambé », on n’apprend plus grand-chose musicalement, parce qu’on sait la jouer. Il n’empêche que dès les premiers accords, on voit tout le monde qui repart en 1998, et on prend un vrai panard. On a eu la chance de discuter avec Thiéfaine, autour de débats au sujet de Noir Désir qui ne jouait plus certains titres, qui nous avait dit : « moi, j’ai « La Fille du Coupeur de Joints » ; vous, vous avez « Lambé » et « L’Apologie ». Vous faites partie des « élus », alors fermez vos gueules et continuez d’avancez ; aujourd’hui la chanson appartient au public et tant que le public la réclame, fermez vos gueules ».

– Manu : Non, il avait dit : « ferme ta gueule ». Il n’a pas dit : « fermez vos gueules ». Il s’adressait à toi !

– Eric : Oui, c’est ça. Enfin il y avait un débat en cours dans les loges d’un festival à ce sujet, avec Louise Attaque aussi qui ne jouait plus « Je t’emmène au vent », et on disait que si un titre a permis que le public rencontre un groupe, de quel droit le groupe retirerait ce titre au public ? C’était notre point de vue ; puis il y avait les autres qui disaient qu’on a le droit d’évoluer et qu’on n’est pas obligés de jouer tout le temps les mêmes titres. Au début de la soirée, tout le monde était dans un rapport assez cordial, et à la fin de la soirée, tout le monde se foutait sur la gueule, et puis c’était marrant.

– Manu : Après il ne faut pas avoir peur de créer des choses. Si on ressert toujours la même soupe, déjà on finit par nous le reprocher, et puis ça devient pathétique. Mais les gens ont quand même pris un billet. Par exemple sur cette tournée là, les places se sont vendues avant même qu’il y ait l’annonce d’un nouvel album. Donc on se doute bien que ce n’était pas pour ça que les gens venaient ; alors il y a quand même un minimum à leur donner.

– Eric : Et puis quand on vient en festival, on vient voir une compilation de groupes, et bien sur découvrir de nouveaux groupes aussi. Lou Reed avait fait une tournée une fois où il avait décidé qu’il ne jouerait aucun titre connu. Nous on a décidé le contraire, au même titre que plein de groupes. On a croisé M récemment avec sa création « Lamomali » : il a compris le métier comme on pense l’avoir compris aussi, c’est-à-dire qu’il a proposé de nouveaux titres et puis il a joué aussi « Machistador », « Je dis Aime », des titres qui ont permis aux gens d’avoir envie de venir le voir et de suivre sa carrière. On est dans cette couleur là. Il y a des titres qui font que les gens ont envie de venir nous voir en concert et de s’intéresser à ce qu’on fait, et on profite, dans le sens noble du terme, d’avoir des gens devant nous pour leur dire ce qu’on fait et où on en est, et les remercier d’être là.

 

– Tu parlais d’Hubert-Félix Thiéfaine à l’instant, et ça m’amène justement à une question, peut-être un peu anecdotique : le titre « Toboggan » sur votre album comporte-t-il une référence à la chanson du même nom qui clôture son dernier album « Stratégie de l’Inespoir » ?

– Eric : Non. Stan est arrivé avec quelques lignes et une petite grille d’accords, et il nous a demandé de dézinguer ça, parce qu’il avait livré ce qu’il avait à livrer. On s’est mis tous les 3 à essayer de trouver une couleur. Cette musique a une jolie histoire. On sentait que l’album allait être très énergique et on avait envie d’une pause. On fonctionne encore comme les anciens, avec des vinyles où il y a une face A et une face B, et on voulait un titre pour créer la transition entre les deux faces. Donc on avait envie de cette parenthèse et de prendre le temps. Et un jour on lui a demandé de quoi il parlait dans la chanson, parce qu’elle était, en tous cas sur les premières lignes, un peu fermée.  Et il nous a dit que ça parlait de l’appréhension des rencontres humaines, qui est la même que quand on monte sur un toboggan, parce qu’on veut vraiment y aller et qu’au moment de se lancer, on n’ose pas. On a trouvé l’allégorie jolie, et c’est devenu le titre de la chanson.   

 

Liens : clic sur le logo –>

 

et pour le FB, c’est là, —>    https://www.facebook.com/Matmatah.official/

 

Miren Funke

photos : Loïc Cousin (2 ; 3 ; 5 ; 6 ; 8 ; 9 ; 10 ; 13 ; 15), Carolyn C (4 ; 12 ; 14), Miren (1 ; 7 ; 11)

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Tri Yann, Before Ireland Can Go Free…

28 Sep

Prolégoméne : Il y a quelques années, voire quelques décennies, le negro spiritual m’a saisi comme si j’avais dans les gènes une partie de cette histoire. Quelques années plus tard, même effet avec Tri Yann quand ils chantent Yé jacobites avec un poème de Sean O’Casey en intro, et une transition avec un solo de flûte qui vous emmène d’une ambiance poético nostalgique vers l’histoire d’une tragédie, je me suis senti irlandais asservi par l’Angleterre. Comme le peuple du blues avait été asservi par les colonisateurs européens . Ye Jacobites by Name est une chanson traditionnelle écossaise qui fait référence aux révoltes jacobites qui ont eu lieu en Écosse entre 1688 et 1746. La chanson est à l’origine une attaque contre les Jacobites vue du point de vue whig, mais Robert Burns la réécrit vers 1791 pour en faire une chanson avec une vision antiguerre et humaniste plus générale. Cette version est celle qui est connue au XXIe siècle. Quand Tri Yann compose l’album, c’est avec le souci d’une certaine cohérence dans la succession des chansons, et bien évidemment le poème de Sean O’Casey se situe avant Ye jacobites avec la transition de la flûte. Or dans quelques rééditions en CD, le poème de O’Casey a disparu. Et l’ordre des chansons est assez différent. Quelque employé de la maison de disque a refait à son idée , en supprimant ce poème parlé , quoi ? Dans un album de chansons, pas de musique ? Dans la même logique, un ignare a supprimé des inserts parlés dans Mégalopolis une comédie musicale, ce qui fait que sur la version CD on ne comprend plus ce qui se passe.. Pour revenir à Tri Yann, c’est une séquence de 6’26 qui avait été composée sur l’histoire de l’Irlande, la voilà dans sa version originale, le poème de Sean O’Casey suivi de Ye jacobites..

anti wars songs

AVANT QUE L’IRLANDE NE SOIT LIBRE (traduction de Jean-Louis Jossic)

Au début de la bataille
Plus d’un homme, d’une femme ou d’un enfant
Avaient quitté travail, mari et jeux
Un enfant foudroyé sur le pas de la porte
Un vieillard les bras en croix sur la chaussée
Un jeune homme près d’un réverbère
Qu’il a agrippé quand la balle l’a touché
Il a glissé, toujours cramponné et il est mort
Son visage curieusement blanc
Regardant le ciel
Comme s’il demandait pourquoi
Son bras raidi enlaçant toujours le réverbère
Une jeune femme en vêtements d’été
Peut être rentrant en hâte à la maison
En entendant la fusillade
Mais pas assez vite…
Sur son corsage blanc brillant
Une tâche pourpre de mort
S’étendant en plein milieu du dos

Vous n’aviez signé aucune proclamation
Forcé aucune porte
Pressé aucune gâchette
Oh je sais cela
Mais l’Irlande, l’Irlande avait besoin de vous tout de même
Et d’autres mourront encore
Avant que l’Irlande ne soit libre.

You Jacobites by Name, lend an ear, lend an ear,
You Jacobites by Name, lend an ear;
You Jacobites by Name,
Your thoughts I will proclaim,
Some says you are to blame for this Wear.
  suite ICI.

Version intégrale Tri Yann Cliquez sur l’album, tri======>

 

et en bonus Le texte original de Sean O’Casey

In the battle’s prologue
Many a common man, woman and child had said
Goodbye to work and love and play
A child surprised in the door way
An old man stretched in the street
A young man near a lamp post
Which he had clutched when the bullet struck him
And down which he had clip when he died
His curiously white face containing
Wide eyes staring upwards
As if asking the sky : why this had happened
A stiff arm still half-encircling the lamp standard
A young lacy in holiday attire
Lying on her face maybe hurrying home
When she heard the uproar
But going too slow…
Or on the brilliant white blouse
A purple patch of death
Spreading over the middle of the back

You signed no proclamation
You invaded no building
You pulled no trigger
I know
I know but Ireland needed you all the same
Many will die like that
Before Ireland can go free.

Et quelques liens musicaux,

Moralité, quand vous voyez des rééditions d’albums, essayez de vérifier si c’est bien fidèle à l’album original, conçu et réalisé les par les artistes et non par des gestionnaires de fonds de catalogue qui ne connaissent pas grand chose  des artistes qu’ils « compilent »…

 

Norbert Gabriel

Barjac, des nouvelles et du nouveau … Par Paul Granié.

27 Sep

Edito !

L’édition 2017 restera dans les annales de notre festival avec des taux de participation record, une météo parfaite, une qualité de spectacles indéniable, des découvertes, des révélations, des moments forts.
Les 2 premières soirées dans la cour du château furent un moment d’enchantement ! Gérard et François Morel nous ont émoustillés par leurs mots vifs et pertinents ! Yves Jamait nous a sublimé, l’artiste est désormais dans la maturité de son art ! Medhi Krüger a confirmé son talent et nous sommes restés suspendus à ses lèvres tant le verbe était puissant et rythmé.

– RDV du 28 Juillet au 2 Août 2018 pour une nouvelle programmation qui sera dévoilée par notre directeur artistique Jean Claude Barens à partir du 20 Janvier 2018.
– Création de : Les Amis de « Barjac m’en Chante.

Comme bon nombre de Festivals, nous faisons face à une situation bien paradoxale : des dépenses stables, une fréquentation en hausse avec la meilleure billetterie de l’histoire du Festival, des recettes annexes (bar-restauration) meilleures que les autres années et malgré cela des difficultés à obtenir un équilibre budgétaire.
En cause, la baisse des aides. Seules la Mairie de Barjac, la Région et la communauté de communes maintiennent leurs engagements au même niveau. Nous passons donc de 100 700 € en 2015 à 79 800 € aujourd’hui. L’annonce récente de coupes budgétaires et de baisse des dotations aux collectivités nous inquiète au plus haut point.
La légère augmentation des tarifs ne suffit pas à combler ce manque, sachant que nos jauges ne sont pas extensibles. Or, ce sont ces aides qui nous permettent de proposer une accessibilité populaire.
La culture vivante traverse des moments difficiles et n’est plus une priorité surtout quand elle se nomme chanson hors circuits commerciaux. Nous ne dirons pas que c’est la vie du festival qui est en jeu mais en tout cas sa poursuite dans sa forme actuelle.
Nous ne sommes pas résignés à diminuer la voilure et nous voulons continuer à vous proposer une qualité que nous avons, je crois, su hausser : offre artistique plus dense, communication actualisée (site internet, billetterie informatique, Lettre du Festival…), accueil au chapiteau plus soigné, ouverture à une programmation jeune public… Nous avons donc décidé de mettre en place, sous l’intitulé : Les amis de Barjac m’en chante, une opération de « mécénat participatif ».

Tous les ans, au 01 Octobre, nous émettrons une carte nominative, dont voici les caractéristiques :

Les Amis de Barjac m’en chante – Mécénat participatif

Période pour effectuer son don : du 1er Octobre au 31 décembre de l’année en cours. 50 € – individuel / 75 € – couple 100 € – Associations, entreprises, commerces …
Pour effectuer un don supérieur, il existera un don libre.
Un reçu fiscal vous sera délivré. Une réduction d’impôt de 66% s’appliquera sur votre don.

Un nouvel onglet sur le site : www.barjacmenchante.com sera mis en ligne pour vous permettre de vous documenter sur notre initiative et pour un paiement en ligne.
Vous trouverez le bon de mécénat participatif téléchargeable en ligne.
Nous pourrons ainsi anticiper les fluctuations des aides publiques et privées et encore améliorer Barjac m’en chante.

Vous deviendrez des acteurs de ce Festival que vous aimez. Les noms des mécènes figureront sur le site internet à la rubrique « Les Amis de Barjac m’en chante » sans précision du montant du don et vous serez également prioritaires dans l’obtention des forfaits, et nous partagerons également un moment convivial pendant le festival.
Nous vous savons attachés à notre Festival et nous sommes certains que vous comprendrez notre démarche qui n’a d’autre but que de pérenniser sereinement la manifestation telle qu’elle existe aujourd’hui.
Nous vous remercions bien sincèrement.
Lien pour participer : https://www.leetchi.com/c/association-de-chant-libre

Communication 2017/2018: tout au long de l’année, nous aurons le plaisir de vous diffuser sur nos réseaux sociaux et notre chaîne Youtube : https://www.facebook.com/Barjacmenchante/, des vidéos et des photos exclusives de tous nos spectacles 2017.
A partir de fin Janvier 2018, une nouvelle billetterie.

 

Barbarie et Barbara…

25 Sep
L’automne 2017 voit arriver une déferlante d’hommages à Barbara, dont quelques uns semblent parfois un peu opportunistes. Barbarie  avait créé un spectacle Barbara il y a quelques années, et dans quelques jours, début Octobre, elle présentera un nouveau spectacle. (Dans lequel , la batterie laisse la place à un human beatbox)Le nouvel album «Barbara, le noir couleur lumière » sortira dans les bacs le 20/10)  L’article ci dessous avait disparu dans un orage informatique sur le site chanson où il avait été publié. Mais, il en restait une trace dans un tiroir quasi secret. Le revoici, le fond étant toujours valable pour situer ce que fait Barbarie  dans sa vie d’artiste.

Barbarie une femme qui chante Barbara (2012)

Il y eût cette belle découverte avec « Le chant de la gitane » début 2012, voici un nouvel album, et un nouveau spectacle consacré à Barbara. Dans l’exercice qui consiste à explorer le répertoire d’une étoile de la chanson, on trouve parfois de vrais miracles de finesse et d’intelligence, avec des artistes interprètes qui savent entrer à l’intérieur de leur sujet, le font vivre en re-création, et non pas en compil’ plus ou moins adroite les succès les plus archi-connus.

Parmi ces comédiennes qui réussissent de très beaux albums d’hommage, il y a eu Annick Cisaruk avec un « Barbara » très attachant.

Et le spectacle commence, Barbarie installe d’entrée un climat intimiste avec quelques chansons parmi les moins connues du grand public, pour ouvrir des nouvelles portes sur l’univers de Barbara, on connaissait la grande amoureuse, on redécouvre qu’elle était aussi une conteuse, une magicienne qui nous a quelquefois emmenés sur des chemins de traverse dont on ne comprenait pas tout le contexte, comme « L’aigle noir » cette chanson mystérieuse dont on a eu le décodage 25 ou 30 ans après… Barbarie entre dans la maison de Barbara avec quelques tableaux entr’ouverts sur des paysages moins familiers, «je ne sais pas dire » mais « je serai douce … » et nous allons la suivre dans les traces de Barbara, passionnée, malicieuse, virulente, passionnante dans toutes les facettes de son art.

Ce qu’a réalisé Barbarie rappelle ce que dit Moustaki sur Reggiani: Il est l’auteur de 200 chansons qu’il n’a pas écrites.  Barbarie, dans son approche et son travail d’analyse de l’oeuvre fait aussi un travail d’auteur, par son interprétation, par ses choix et les articulations entre les chansons, un ensemble qui n’a jamais été concrétisé d’une façon aussi aboutie en ce qui concerne Barbara.

Un mélange de respect et de culot, qui sans jamais sonner platement, à la manière de  (…),  justifie à lui seul l’aventure. Une vraie belle émotion, qu’aucune lourdeur ne vient altérer. Jean Théfaine. Rien à ajouter.

Le spectacle présenté à l’Européen représente bien l’album qui vient de sortir, album musicalement très élaboré, harmonisé avec subtilité, avec une belle équipe, complétée par un contrebassiste pour la scène.

L’Européen, lundi 5 Novembre 2012.

(Pourquoi Barbarie ? En clin d’oeil à Mouloudji, « en souvenir de Barbarie » son deuxième roman paru en 1945.)

Les liens utiles ;

Le chant de la gitane, clic sur l’image, —–>

Barbarie, une femme qui chante Barbara. CD digipack 19 chansons voir dans la boutique la plus sympa, avec discographie, caressez le chat et la chatière s’ouvrira…


Norbert Gabriel

Camille Laïly, Poèmes Jazz …

24 Sep

C’est un de ces soirs où la vie a mis sa robe blanche, celle des  dimanches, pour danser avec les belles musiques et les mots qui chantent. Un de ces moments précieux où le sourire s’invite, même dans un métro un peu bondé, cette image s’avère être un bon présage de bonheur pour ce rendez-vous… Juste avant les Poèmes Jazz.

La faute à l’ange, dirait Lily Bulle… *

Ne nous privons pas du passage des anges, ce n’est pas si fréquent.

Le rendez-vous avec les Poèmes Jazz tient ses promesses, il est rare, voire exceptionnel de trouver une harmonie aussi réussie et élégante entre les paroles de la chanson francophone et les tempos du jazz. Ceux d’un jazz mélodique aux couleurs de Chet Baker ou Henri Salvador dans ses jazzeries au swing haute couture de Chambre avec vue. Un jazz remarquablement servi par des musiciens d’une finesse exemplaire.

Lumineux et sensibles ces Poèmes jazz représentent un des chaînons manquants qui vont réunir les amateurs de textes sensibles aux puristes du jazz affiné. Camille Laïly, écrit, compose et chante, elle met en musique d’après un poème de Victor Hugo, elle chante Carlos Jobim, elle crée des tableaux chansons de scènes de rues et de vie, elle attrape dans ses filets arachnéens des ombres de souvenirs, des soleils sur les toits de Paris, des arc-en-ciel de pluie à minuit, et tous ces jolis riens qui font briller le quotidien. Comme une photo de Doisneau racontée par Prévert, et réciproquement. Ne nous privons pas du passage des anges, ce n’est pas si fréquent.

L’homme invisible

Est amoureux

De la femme

Transparente

Tous deux ils dansent

Le pas curieux

Des gens simples

Qui sont heureux.**

La Chapelle des Lombards avait fait le plein pour saluer la présentation  de l’album Poèmes Jazz, avec sa belle équipe de musiciens, Djibril Caratini, Hugo Corbin, François Bernat, Adrien Cao, avec ses belles amies Lydia Lawson et Jeanne Rochette, avec quelques voisins de table dont les irlandais disent, « ce sont des amis qu’on ne connait pas encore » mais dont la présence a magnifié les émotions au cours de cette soirée. Vous pouvez retrouver tout ça, dans le site de Camille Laïly, qui vous dira tout, sa vie son œuvre, ses concerts à venir, et comment se procurer ses albums, les deux sont indispensables « Bulle » et « Poèmes Jazz ».

 

Le site, clic sur l’image —->

Et pour les qualités vocales de Camille Laïly, allez écouter ici :

  • La faute à l’ange est une chanson du premier album de Camille Laïly, une scène de métro devenue chanson.
  • ** ‘Les invisibles‘ dans  » Bulle »

Et quelques mots de plus,

Lily a la grâce. Elle compose de vraies mélodies, ce qui est rare, et ses textes sont sensibles, fins, parfois impertinents, toujours bien écrits. C’est une princesse de charme dans le château parfois chancelant de la chanson. Prêtez-lui un instant votre oreille, elle vous donnera pour longtemps des nouvelles de votre cœur.

Claude Lemesle, parolier, président d’honneur de la Sacem

Et pour quelques photos de plus,

Photos N Gabriel 2017

 

Norbert Gabriel

Django et Manoukian, ou les vérités alternatives dans le jazz..

20 Sep

 

Ça se passe sur une des grandes radios généralistes, dans la première matinale de France, et ça défrise ou ça décoiffe, ou ça effraie et ça énerve. Vers 7h20 un pseudo spécialiste du jazz qui officie à ces heures pour faire de la vulgarisation nous apprend ce mercredi 20 septembre que Django Reinhardt est mort en 56, qu’il a appris le swing en écoutant Bach, et que c’est Ellington qui lui a révélé les accords 6 ème diminués…

Rectifions donc :

  • Django est mort le 16 mai 1953
  • C’est en 1930, après la mutilation de sa main dans un incendie qu’il réinvente le jeu de guitare, avec ses fameux accords diminués,
  • C’est en écoutant des disques de Louis Armstrong (son idole) chez Emile Savitry en 1931, à Toulon, qu’il découvre le vrai jazz.
  • C’est en 1933-34 qu’est fondé le Quintette du Hot Club de France avec Stéphane Grappelli et c’est plus vraisemblablement à cette époque qu’il a découvert Bach par Grappelli..
  • Quant à l’initiation au minor 6 due à Duke Ellington, c’est à pleurer devant ces balourdises.

Attendons-nous à savoir dans la prochaine manoukianerie que Louis Armstrong a appris la trompette dans un tipi cherokee à la New Orleans, et que le blues est né des états d’âmes des indiens.. (ah non, ça c’est déjà fait..) quand ils allaient chanter des cantiques dans les églises blanches et qu’en fait c’est le red spiritual qui a initié le blues et le jazz. Tout est possible.

Dire qu’il y a eu sur cette antenne Julien Delli Fiori, Frantz Priollet, et bien avant eux Sim Copans, et quelques autres qui savaient de quoi ils parlaient, qu’on pouvait écouter en confiance, avec intérêt soutenu, au lieu de piquer une crise quand un hurluberlu ne sait même faire comme le premier imbécile venu qui va voir sur wikipédia quand il ne sait pas, et devient ipso facto moins imbécile.

Bon, il y aurait encore quelques belles manoukonneries à citer, passons, il reste que ce qui est dit sur Les Doigts de l’Homme dans ce contexte est très dévalué par ces vérités alternatives manoukiennes, mais ceux qui connaissent un peu le jazz dit manouche, savent depuis longtemps la qualité de ce groupe..

Pour avoir des infos sérieuses sur ce sujet, rien de mieux que le coffret Django Reinhardt gentleman manouche, avec un DVD interview de Patrick Saussois, qui fait une synthèse claire et précise, en gros, tout ce qu’ignore Manoukian. (et éventuellement les livres de François Billard/Alain Antonietto, et ceux de Patrick Williams documentés avec sérieux, et très complets)

Ci-dessous la chronique en question, sur le site de France Inter. A vous de voir…

Ce matin, André Manoukian nous fait écouter l’un des meilleurs groupes de jazz manouche, tout en nous expliquant que le jazz manouche n’existe pas…

Non Nicolas, (Demorand) le jazz manouche n’existe pas , son inventeur, Django Reinhardt, dans les années 30, était un manouche qui jouait du jazz. Alors ce nom, cette idiotie ghetoïsante, est né bien après la mort de Django qui survint en 56, probablement à la fin des années 80, cette période où l’on retourne partout au communautarisme et où qualifier un être d’après son origine ethnique n’est plus un problème.

Mais si Django ne jouait pas du jazz manouche, qu’est ce qu’il jouait ?

Du jazz tout simplement. Pour faire court Nicolas, disons que le premier théoricien du jazz s’appelle Jean-Sébastien Bach, et qu’il dit tout dans l’art de la fugue.

Django qui jouait du Bach, s’en inspira, ainsi que du swing et d’un de ses maitres, Duke Ellington, à qui il va emprunter un accord très coloré, minor 6, pour faire technique, que Django va mettre un peu partout, à tel point qu’un jour il va se le faire chiper par Henri Salvador, qu’il relèguera au fond de la scène pour qu’il ne lui pique rien d’autre.

C’est ça qui est formidable, la naissance d’un style peut naitre de la qualité d’un accord…

suite ici : https://www.franceinter.fr/emissions/manouk-co/manouk-co-20-septembre-2017

Norbert Gabriel

Les Chansons du Dimanche…

20 Sep

Communiqué des activistes passionnés de la chanson,

qu’on se le dise !

A vous, amis de la chanson :

Photo NGabriel

Anne-Claire, Anne-Marie, Cristine et Francis vous proposent de nouveaux rendez-vous  « Les Chansons du Dimanche » au Théâtre Clavel, sur les hauteurs de Belleville…

Une façon de prolonger les « Lundis de la Chanson » du Vingtième Théâtre (à présent fermé…) qui auront été, quinze années durant, des rencontres incontournables  avec des auteur-e-s, des vrai-e-s, sans fard ni artifice, de tout de qui fait la chanson française.

Ils écrivent, ils regardent le monde tourner, les Hommes changer, et partagent leurs regards graves ou amusés…

Ils composent des musiques, des refrains qui collent aux mots et nous entraînent dans les jaillissements de leur univers…

Ils donnent et nous prenons pour faire chanter, ensemble, les couleurs d’un nouvel arc-en-ciel…

Alors, entrez dans la danse, et venez voir ou revoir certains qui n’ont pas été invités depuis longtemps, mais aussi découvrir deux artistes que nous ne vous avons jamais présentés et qui n’ont rien à envier à leurs pairs…

Vous trouverez en pièce jointe l’affiche de notre premier rendez-vous, le dimanche 8 octobre, avec Michel Boutet, dans son spectacle de chansons.

Pour en savoir davantage sur l’artiste, c’est ici : http://www.michel-boutet.com

Si vous voulez être régulièrement informé, vous pouvez aussi vous inscrire sur notre page Facebook, c’est là : https://www.facebook.com/groups/chansonsdudimanche/

Rendez-vous suivant : le dimanche 12 novembre, avec Bruno Daraquy qui chante et dit François Villon.

Le Blog du Doigt dans l’Oeil

Musicalarue : Miren et Emma ont rencontré Joke Box…

19 Sep

Un juke-box des années 70 crachant une base rythmique sur laquelle voyagent des riffs et des solos de guitare fidèles au son et à l’esprit de l’époque et un chant rauque et viril interprétant des classiques du Rock anglo-américain, et tout ça en spectacle rue : tel est le concept original et délicieux du groupe Joke Box. Binôme de musiciens, Jack au chant et Hervé à la guitare, complété par un troisième membre faisant office d’ingénieur son en temps réel, Bertrand, Joke Box forme un trio de « faux frères », à l’instar de La Maison Tellier, invité à Musicalarue pour animer les rues de Luxey et faire danser les gens durant plusieurs sets d’une trentaine de minutes pendant les trois jours du festival. Et il y en avait des gens qui dansaient -y compris en fauteuil roulant-, des passants happés par l’ambiance rock’n’roll du spectacle, un auditoire grandissant entre les changements de plateau, et même parfois à l’ombre de grands concerts qu’une partie du public désertait par lassitude, pour venir retrouver le sens et les saveurs de la musique et de la fête avec Joke Box et ses reprises des Doors, Led Zeppelin, Deep Purple, The Who entre autres. Le fait que l’on quitte sans regret un concert de Trust pour venir s’enjouer jusqu’aux dernières notes d’une performance de rue alternative, ne semble-t-il pas suffisamment significatif de ce qui se passait là ? De toute évidence quelque chose qu’il n’y avait pas ailleurs! Lequel du naturel, de l’énergie, de la proximité ou de l’authenticité du groupe touchait le plus les festivaliers ? Sans doute tout cela à la fois.  Carton plein pour Joke Box, qui acceptait de nous accordait un entretien, entre deux concerts.

 

– Bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Comment est né le projet de votre groupe ?

– Hervé : On s’est rencontrés à la Poste de St Gilles Croix de Vie. Jack allait poster un courrier, et je lui ai proposé de chanter des chansons des années 70, du Pink Floyd, Led Zeppelin, Deep Purple, etc… Il a essayé et on a monté ce groupe. Comme il nous fallait un professeur d’Anglais, Bertrand nous a rejoints, qui est devenu notre sonorisateur. Il n’avait jamais fait ça avant.

– Bertrand : En fait je suis potier-céramiste de métier, mais cinglé de musique.

– Hervé : On se connaissait parce qu’on est du même patelin, et puis on exerçait le même métier, mais dans des registres différents, comme guitariste et chanteur. Et on s’est rejoints sur ce projet là. J’avais été chanteur pendant pas mal d’années, au sein de mon groupe Vaguement La Jungle [http://www.vaguementlajungle.com/] ; on a d’ailleurs fait plusieurs éditions de Musicalarue, mais sur les grosses scènes. On avait signé un album avec Sony/BMG ( Hervé Bergerat ), qui nous avait ouvert pas mal de portes. Donc on a fait plusieurs scènes, comme les Francofolies, et un peu le tour du monde, mais on ne s’est jamais pris pour des stars. Il faut rester à sa juste mesure, parce qu’on peut vite péter les « boulards » dans ce métier là. Mais on était proches de la cinquantaine, donc ça aide à relativiser les choses. On a connu Matmatah tout au début d’ailleurs on devait jouer un morceau avec eux, mais nous sommes restés finir nos verres au bar ; dans la vie y’a des priorités. J’ai fait ça pendant 16 ans, et puis j’ai arrêté il y a moins d’un an. Et ce nouveau projet est vraiment un groupe de base, parce qu’on joue dans la rue. On ne joue que des reprises anglo-saxonnes du Rock des années 70, ce qu’on écoutait dans les juke-boxes quand on était petits.

 

– Est-ce de là que vous est venue l’idée de jouer avec un juke-box et prendre un nom qui y fait référence?

– Jack : On est de cette génération qui allait boire des bières dans les bars et découvrait plein de trucs dans les juke-boxes. Donc on se ballade avec un juke-box hérité de nos parents, qui est le seul héritage qu’on a eu. On est devenus trois frères, et on a hérité de ce juke-box qui est notre seul gagne-pain.

– Hervé : C’est un vrai juke-box des années 70. Et le nom du groupe, c’est en référence à « joke » qui signifie « blague » en Anglais, parce que l’idée, c’est de faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux . Tous les gros sons de basse-batterie-claviers sortent du juke-box, ce sont en partie les vrais sons d’origine, et on interprète chant et guitare dessus. On a fait certains sons, mais d’autres ont été récupérés sur internet. On peut capturer ça dans des banques de son, après il suffit de trafiquer un peu, en mettant des intros, en arrangeant à notre sauce. Dans le groupe où j’étais avant, je faisais trompette, chant et banjo, mais c’était simple, car très acoustique. Là, j’utilise un tas de pédales pour le son de ma guitare ; c’est le plus compliqué.

 

– Le juke-box n’a-t-il pas autant un rôle dans la mise en scène qu’une fonction logistique et musicale ?

– Hervé : Au départ on avait prévu des histoires comme mise en scène, mais ça ne sert à rien. D’abord parce qu’on n’a pas le temps, on enchaine les morceaux, et puis parce qu’en fait la mise en scène est déjà là, en effet.

– Bertrand : Le seul truc qui nous lie et qu’on garde, c’est cette histoire de dire qu’on est trois frères, qu’on improvise si nécessaire, si on a un petit trou.

– Hervé : On a même imploré notre maman, qui est au ciel !

– Jack : She’s dead !

– Hervé : L’autre truc de la mise en scène, c’est que Jack a récupéré les accents anglais et américain, et par exemple s’il y a un intermède, il essaye de parler français avec un accent anglais. L’autre jour, il y a même un garçon qui est venu me voir en me demandant s’il était anglais. Moi, je parle en français, et si je casse une corde ou que quelque chose arrive, c’est Bertrand qui intervient, parce qu’il parle couramment anglais.

– Jack : C’est ça qui est quand même marrant : je suis une burne en Anglais et c’est moi qui chante, alors que Bertrand parle complètement Anglais ; d’ailleurs il m’a donné des cours pour avoir les accents.  

 

– Comment êtes-vous venus à la musique ?

– Jack : Le chant et la comédie, c’est vraiment ce qui m’a porté. Je suis comédien et j’ai travaillé avec des clowns. Mais le chant m’a toujours tenté. Quand j’étais gosse, je voulais être comédien ; j’étais collé devant la télé, et en émoi devant les films de Maurice Chevalier. Naturellement mes parents ne voulaient pas. Mon père voulait que je sois chauffeur routier comme lui !

– Hervé : Idem pour moi. J’aurais voulu une guitare dans mon enfance, mais mes parents n’ont jamais voulu. Alors arrivé au lycée, à 16 ans, l’âge où tu te rebiffes, j’ai appris avec un copain qui en avait une. Et puis à 18 ans, je suis parti sur Paris, et j’ai rencontré plein de monde. Et ça a été le bonheur. J’ai donc appris en autodidacte, même si j’ai pris des cours de piano ensuite pour savoir lire la musique,  je faisais tout à l’oreille.         

 

– Jouer dans les rues était-il le concept du départ du groupe ou est-ce quelque chose qui s’est imposé pour des raisons pratiques?

– Hervé : Au départ, on ne savait pas trop ce qu’on allait faire, pas forcément des scènes. Jouer dans la rue a été un choix, pour la proximité. On aime bien le contact. Je ne bouge pas trop, parce que je dois gérer le son avec mes pédales, et il faut équilibrer le son selon les morceaux. L’idée première était de jouer dans des festivals pendant les intermèdes, entre les changements de plateaux des artistes. On joue plusieurs sets d’une demi-heure chacun, comme font les fanfares. La différence est que nous jouons des choses qui ne se jouaient pas dans la rue communément : d’habitude, il faut être nombreux et ça joue en acoustique. On a pris le pari de jouer du Rock, les bases rythmiques dans le juke-box, les chœurs et autres dans mon i-phone et envoyé sur la tablette de Bertrand qui mixe le tout. Le résultat est assez bluffant.

– Jack : C’est une configuration, on a aussi la possibilité de faire un vrai concert de 2h/2h30.

– Hervé : C’est l’idéal, parce qu’on a de quoi faire un concert de 2h30, avec une progression. Là, on joue des sets d’une demi-heure, il faut rentrer tout de suite dans le vif du sujet. On ne peut pas prendre le temps d’imposer une ambiance avec du Pink Floyd par exemple. Mais il y a un côté spontané et proximal que j’adore. En plus, Jack a un micro HF, donc c’est pratique : hier y avait une fille qui se collait à lui !

 

– Comment vous êtes-vous retrouvés à Musicalarue ?

– Hervé : Comme je te l’ai dit, j’ai fait pas mal de fois ce festival, donc j’ai rappelé le président François Garrain, qui m’a renvoyé vers Bastien Perez qui gère la programmation. J’ai insisté un peu en leur demandant s’ils avaient déjà eu un spectacle de rue dans ce genre, qui joue du rock électrique ; et comme c’était nouveau pour eux, on a décidé de tenter le coup. On a 6 clips vidéos qu’ils ont pu visionner et ils nous ont invité. Ils nous ont proposé de jouer lors de l’évènement « Sur un Plateau » avant, et on a fait un carton. Jack était obligé de chasser les gens avec le pied de micro, pour ne pas qu’ils s’approchent trop du matériel et risquent de l’abimer. Merci à Bastien Perez de nous avoir accordé sa confiance

– Jack : Il voulait de la proximité, il en a eu !

– Hervé : J’ai pris peur, avec des gens qui s’approchaient des pédales avec leur verre de bière ; on ne sait jamais. Et puis on a compris que c’était nous qui provoquions ça, cette ambiance rock’n’roll. Donc il faut assumer.

– Jack : Dans l’inconscient collectif, ce sont des morceaux hyper connus, donc qui parlent à tout le monde.   

 

– Comment s’organisent les répétitions pour ce genre de prestation de rue ?

– Jack : La meilleure répétition que tu peux faire, c’est en concert, parce qu’il y a rien de tel que jouer devant un public pour perdre toutes les paroles dans ta tête ! S’il se passe un truc, une fille qui vient te voir, un type qui renverse son verre de bière, etc… il ne faut pas perdre le fil, et c’est compliqué. Donc il faut roder ça dans les bistrots.

 

– Envisagez-vous un enregistrement ou le groupe est-il purement voué à une vie scénique ?

– Jack : C’est sans prétention. Ce sont des reprises de chanson. Donc est-ce que ça vaut le coup de réaliser un enregistrement ? A moins d’aller ensuite vers un répertoire de composition. Mais c’est une autre démarche. On l’a déjà fait chacun de son côté avant. Mais ce n’est pas notre propos.

– Hervé : Et puis ça demande beaucoup plus de travail. Après ça devient une machine, dans la fabrication et dans la réalisation du projet, mais pourquoi pas, en tout cas il ne faut jamais dire jamais … 

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Miren Funke et Emma Pham Van Cang

Photos : Carolyn C (1 ; 2 ; 4 ; 5 ; 6 ; 8 ; 9), Miren (3 ; 7)

 

Musicalarue : rencontre avec Un Air Deux Familles

17 Sep

Entretien réalisé par Miren Funke

 

Des artistes familiers de Musicalarue, les membres des Hurlements d’Léo sont sans doute parmi ceux qui ont le plus étrenné les scènes et arpenté les rues de Luxey. Présents l’an dernier dans le cadre de la tournée de leur album d’hommage « Les Hurlements d’Léo chantent Mano Solo », pour un concert après lequel le contrebassiste Renaud nous avait accordé un entretien [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/?s=les+hurlements+d%27leo&submit=Recherche], ils étaient de retour, éparpillés ou réunis au sein de divers groupes : Télégram, fondé par le chanteur et guitariste Laurent (Kebous) et le violoniste et multi-instrumentiste Vincent, et Un Air Deux Familles. Cette dernière formation, sous le nom de laquelle fusionnaient il y a quinze ans Les Hurlements d’Léo et Les Orges de Barback, pour la sortie d’un unique album éponyme et l’aventure collective d’une tournée de plusieurs mois sous chapiteau -le « Latcho Drom »- à travers l’Europe de l’Est, et dont l’existence était restée en suspens depuis (à l’exception de quelques dates en 2007), avait laissé à chacun des groupes, ainsi qu’à leurs publics, la richesse d’une expérience exceptionnelle, tant artistique qu’humaine, et sans nul doute des souvenirs intenses. Une décennie et demi plus tard, 2017 sonne l’heure de la reformation, par une courte série de concerts au départ, qui débouche finalement sur un enregistrement, « Latcho Drom live 2017 », et la planification d’une tournée faisant escale au festival dimanche 13 aout, pour un concert jovial et sans économie d’énergie humaine. Quelques heures auparavant Laurent des Hurlements d’Léo et Fred des Orges de Barback répondaient à quelques questions.

Cet entretien fut mené en conférence de presse avec Radio UPM de Pau.

 

– Bonjour et merci de nous recevoir. L’an dernier, chacun de vous était présent ici : Fredo chantait Renaud et Les Hurlements d’Léo chantaient Mano Solo. Cette année vous voilà rassemblés à nouveau au sein de l’aventure commune Un Air Deux Familles qui vous avait liés il y a quinze ans. Comment est venue l’idée de cette reformation ?

– Laurent : R1 a quitté Les Hurlements pour aller s’occuper de son projet personnel, Wallace, en cours de route, et j’avais alors appelé Fred pour lui demander de venir chanter avec nous lors de la tournée de reprises de Mano Solo, parce que j’ai toujours été habitué à partager le chant avec quelqu’un. Comme on partageait une chambre, un soir on a discuté de ce projet commun qu’on avait laissé en plan il y a quinze ans, et décidé qu’on se ferait bien quelques dates, si ça avait encore un écho dans la tête et le cœur des gens. Il en a parlé avec ses frères et sœurs, moi avec les gars. On a mis des places en vente pour 5 concerts, qui se sont vendues très vite. Les gens nous ont envoyé tellement de bienveillance et d’énergie, et étaient tellement à fond, qu’on s’est dit : « on y va ! ». Les Ogres et les Hurlements sont toujours tellement en avance d’une idée, enfin c’est-à-dire que lorsqu’on est sur un projet, on pense déjà à celui d’après, qu’il ne s’agit vraiment pas d’un manque d’inspiration. C’était vraiment une envie de se retrouver.

– Fred : Durant la tournée qu’on a faite avec les Hurlements, on s’est vus pleins de fois. On a passé trois mois en Europe de l’Est ; on a fait des chapiteaux en France. C’était très intense, avec 25 personnes sur la route. On était très contents de la faire. Comme on dit, on n’a pas fait l’armée ; on a fait le Latcho Drom ! Donc on était contents que ça s’arrête aussi. Pas parce qu’on ne voulait plus se voir, mais parce qu’on voulait se revoir dans d’autres conditions. Et on n’en parlait pas trop, car on ne voulait pas que ce soit un sujet nostalgique entre nous : c’était très bien, mais c’était bien de passer à autre chose aussi.

 

– Avez-vous réussi à vous retrouver avec la même envie qu’il y a quinze ans pour travailler ensemble, bien que vos vies respectives aient évolué ?

– Fred : On a pris de la bouteille. Donc, on est arrivé en répétitions, avec les morceaux déjà choisis. C’est une autre aventure. Aujourd’hui, on se concentre plus sur la scène et le plaisir d’y être que sur toute l’organisation qu’on gérait avant. Le premier Un Air Deux Familles était parti avec un chapiteau, et on s’occupait de tout : les entrées, la logistique, la sécurité, je conduisais même le poids lourd… On était multifonction.

 

– Comment s’est passée la sélection des titres ?

– Laurent : Pour les nouvelles chansons, ça s’est passé comme d’habitude. On a chacun amené des choses, et on a tout mis sur la table. On était d’accord sur les sujets de chansons ; il y avait une échéance politique.

 

– Comment avez-vous ressenti cette élection justement ?

– Laurent : Comme tout le monde ! Mais je ne m’en occupe plus trop. Ça me dépasse.

– Fred : Avec les Ogres et les Hurlements, on a quand même un engagement depuis le début de notre carrière, si on veut appeler ça comme ça. Mais c’est un engagement au jour le jour, pas uniquement en période électorale. C’est pour ça que même quand on gueule sur scène « la jeunesse emmerde le Front National », on y croit avec nos tripes. Mais après le concert et les élections, on reste encore engagé dans le milieu associatif et indépendant. Depuis le début dans notre métier, on est à cheval sur pas mal de choses : le prix des places, des disques ; on ne joue pas pour n’importe qui, ni n’importe où. Ça peut paraitre anodin, mais c’est très important pour nous. Parce que du coup quand on monte sur scène, on se sent très bien, parce qu’on n’a pas fait « d’arrangement ou de grimace » comme disent les frangins de Zebda. On n’est pas tous les jours dans la rue comme ceux qui organisent les manifestations ; on n’est pas une association politique. On est plutôt une association humaniste. Quand il arrive un truc comme ça, c’est toujours la même question qui nous tient. Après notre rôle, bien sûr c’est de dire au gens que le Front National n’est pas la solution. Mais s’il arrive à faire 55% dans certaines villes ou régions, c’est qu’un certain fossé s’est creusé, qui reste complètement inexplicable pour nous. Et je ne pense pas qu’on soit dans des sphères lointaines ; on n’est pas des nantis. Souvent la réponse à ça est de dire que les artistes sont des « bobos » et ne vivent pas dans le même milieu que les Français. J’habite à Cergy-Pontoise dans un quartier, et je ne suis pas complètement déconnecté de la réalité. Pour moi, il n’y a même pas de discussion à avoir avec le Front National ; c’est niet.

– Laurent : On est des artisans : on veille à ce que le pain soit bien fabriqué, car on veut le partager avec des gens, pour la joie et la bonne humeur, pour voyager. Il est évident que de moins en moins d’artistes prennent la parole, parce que ce n’est pas bon pour le business : si ton auditoire est composé de gens qui votent En marche, tu ne peux pas leur raconter n’importe quoi, parce que tu veux continuer à avoir du monde dans la salle quand tu joues. Nous ne sommes pas des artistes ; nous sommes des artisans. Il n’y a rien d’exceptionnel à ce qu’on fait. Tout ça est un accident, un accident heureux, mais un accident.

 

– Il y a eu beaucoup de collaborations de part et d’autre dans vos carrières. Qu’est-ce qui a fait que c’est avec Un Air Deux Familles que l’histoire s’est refaite ?

– Laurent : Au départ, on n’a pas fait ça pour gagner de la caillasse. Le premier billet d’avion que j’ai eu dans la main, ce ne sont pas mes parents qui me l’ont payé : c’est la musique qui m’a fait voyager. C’est un passeport de pouvoir être musicien et voyager avec sa musique ; ça transporte. Et ça forge un état d’esprit ; on comprend mieux ce qui se passe à l’extérieur et on voit ce qui se passe ailleurs, donc on est plus armé et on a plus de recul.

– Fred : Les Ogres et les Hurlements, quand on se rencontre, une espèce de fusion se crée. Il n’y a pas eu que nous sous le chapiteau : il y a eu Debout sur le Zinc, La Rue Ketanou. Mais entre nous ça a été particulier. C’est pour ça que le nom Un Air Deux Familles est super bien trouvé. C’est Zébulon [Raphael, ancien violoniste des Hurlements] d’ailleurs qui avait trouvé ça. C’est vraiment ça : quand on s’est croisés, on s’est reconnus. Ça ne s’est pas tout à fait passé comme ça, mais on aurait pu leur proposer : « tiens, est-ce que demain matin, vous partez avec nous en Europe de l’Est pendant trois mois ? » ; et ils nous auraient répondu : « à quelle heure on part ? ». Tous les autres frangins ont fait partie de l’aventure pour acheter le chapiteau, mais avaient plein de choses prévues. Alors que Les Hurlements ont lourdé l’espoir d’avoir une maison de disque pour partir avec nous.

– Laurent : Si on écoute les albums séparément, la musique des Ogres et celle des Hurlements d’Léo ne se ressemblent pas tant que ça. Ce que les Ogres ont, on ne l’a pas ; et ce qu’on a, ils ne l’ont pas. C’est ce qui a fait qu’on s’est rapprochés ; parce que si on avait été vraiment dans la même instrumentation, on n’aurait pas pu se rencontrer. C’est notre différence aussi qui nous a rapprochés. Et on a chacun fait des choses entre temps, et on s’est retrouvés à des moments clés de l’existence : des mariages, des décès, des anniversaires.

 

– Le Plaisir sur scène est-il intacte quinze ans après ?

– Fred : Ça faisait partie de la condition. Quand on est sur scène -et on se le dit parce que tout le monde n’a pas forcément le même nombre d’années d’expérience-, on monte sur scène jusqu’au dernier souffle. On donne tout ce qu’on a, parce qu’on va faire 15 ou 20 dates cet été, et on n’est pas là pour faire du réchauffé.

– Laurent : La joie est intacte ; on en profite. C’est comme se retrouver à une teuf pour célébrer un gros anniversaire. C’est l’effet que ça me fait. C’est aussi un pied de nez à ceux qui pourraient se demander pourquoi on fait ça : parce qu’on en a envie ! Des fois on a juste envie de faire des choses pour les faire, parce que ça fait plaisir. Et on se rend compte que ça donne aussi du plaisir à des gens, parce que ce qu’ils nous renvoient est énorme. On sort de scène avec une grosse émotion.

– Fred : On est sortis des 5 dates de concert bouleversés, parce qu’on avait l’impression à chaque fois qu’il y avait 1500 personnes qui avaient l’impression de retrouver de vieux potes, et qui chantaient tout par cœur.

 

– Les autres projets sont-ils en stand by ?

– Laurent : Non. Les Hurlements vont mixer un album la semaine prochaine qui sort en 2018. On va fêter nos 20 ans à l’automne. Les Ogres aussi ont plein de choses en préparation. C’est clair que si les Hurlements d’Léo avaient toujours voulu faire la même salade, on n’existerait plus. Chacun allait se nourrir ailleurs, pour retrouver les autres et avoir des choses à se proposer, et qu’on se regarde de nouveau avec un regard tendre et curieux. Et c’est génial de pouvoir faire plein de choses avec d’autres gens.

– Fred : Je joue « Fredo chante Renaud » quand mes sœurs tombent enceinte ; il faut bien que je m’occupe un peu ! Et il y a un disque de reprises de Pierre Perret, avec d’autres artistes, comme Flavia Coelho, Féfé, Loïc Lantoine entre autres, qui va sortir en octobre sous le nom de « La Tribu de Pierre Perret ». Quand on a monté le chapiteau, on avait deux albums auto-produits, mais distribués chez Pias, et lorsqu’on leur a dit que pour le troisième, on voulait sortir un album sans nom, avec juste des lives et des reprises, ils nous ont répondu que c’était impossible, que ça ne se vendrait jamais. Et quand on a dit qu’en plus on partait trois mois sous chapiteau avec Les Hurlements, faire le tour de l’Europe, Pias ne voulait pas nous suivre sur un projet pareil. Donc on a créé le label Irfan pour sortir ça, et on a eu l’idée de sortir Un Air Deux Familles sur ce même label pour payer notre tournée. Depuis Frédéric Fromet nous a fait le cadeau de venir sur notre label, et ça a boosté pas mal, puisqu’il a quand même une belle promo, comme il est sur France Inter tous les jours.   

 

– Lors de l’entretien que Les Hurlements nous avaient accordé l’an passé ici même, Renaud nous disait que la tournée de reprises de Mano Solo drainait vers le groupe une partie du public du chanteur qui n’était pas forcément un public acquis aux Hurlements avant. Sentez-vous que ces gens ont continué à vous suivre ensuite ?

– Laurent : Oui, je pense qu’ils ont continué à nous suivre, en tous cas je le souhaite. La fusion de ces deux publics, celui de Mano Solo et le notre, était vraiment chouette. C’est là que j’ai commencé à comprendre que les gens pouvaient vieillir avec notre musique. Nous, sur scène, avons le même âge que ceux qui sont dans la fosse désormais, et ça amène autre chose dans la façon d’appréhender les choses et de les proposer.

 

– Melissmell qui est venue d’ailleurs interpréter un moment de musique avec vous lors de ce concert, nous a confié qu’elle monterait sur scène demain lors du concert de ton autre groupe, Télégram. Vous ne vos quittez plus ! Comment avez-vous croisé sa route ?

– Laurent : Je ne la connaissais pas spécialement, mais quand j’ai fait le tour des artistes avec qui nous pourrions interpréter des duos sur notre album « Les Hurlement d’Léo chantent Mano Solo », j’ai pensé à elle. Je l’ai contactée, mais elle n’avait pas bien compris la démarche au début. Je lui ai expliqué, et il s’est passé quelque chose ; elle s’est laissé faire. Mélanie, c’est quelqu’un qu’il faut dompter : c’est une lionne. Elle est venue avec ses musiciens, et on a passé un très bon moment. Elle a enregistré une très belle version de « La Rouille ». C’est une interprète exceptionnelle. C’est quelqu’un qui a une très forte émotion dans sa proposition de chant. Et je suis ravi de l’avoir rencontrée grâce à Mano.

 

– Qu’écoutez-vous en ce moment ?

– Fredo : Pas mal de choses. Ce n’est pas le style qui compte pour nous ; c’est la manière dont est faite la chose. On peut avoir un groupe de Trad et qui est rock’n’roll dans la tête.

– Laurent : J’écoute beaucoup Calexico, et de plus en plus de Musiques du Monde, grâce à une application sur le téléphone qui s’appelle « RadiOOOOO», dont le principe consiste à choisir une année et un pays du monde, par exemple l’Algérie en 1962, et tu peux te retrouver à écouter ce qui s’écoutait à l’époque là bas.

 

Lien : Les HDL,  c’est là, clic —>  

Et Les Ogres, c’est ici  ——>

Miren Funke

Photos : Miren (1), Benjamin Pavone (2 ; 3 ; 6 ; 9), Loic Cousin (4 ; 5 ; 7 ; 8)

Sarclo a ses règles, bonus final..

17 Sep

Après la série qui vient de se terminer avec 7 publications quotidiennes du 11 septembre au 17 septembre, terminons par un bonus qui ajoute quelques points de vue complémentaires…

Ce que disait Moustaki, (Questions à la chanson)

Un aphone inculte, par sa seule sensibilité et son lyrisme naturel peut émouvoir. Mieux que la voix ou le cerveau des plus cultivés

 

Suite et fin des discussions FB.

Pierre Delorme : Après les règles et contre-ordre de Sarcloret, puis le point de vue de Guy Béart sur les « grandes chansons », voici celui d’ Alain Souchon:
« Les chansons ne sont pas faites pour être lues, mais écoutées. Distraitement. C’est la musique qui peut accrocher l’oreille et faire entendre les paroles. Les paroles sont derrière, en second plan.
On peut en lisant s’apercevoir que les chansons disent toujours les mêmes choses : que l’amour est difficile, que le temps passe vite, que ce qui est passé est enjolivé, que le monde est mal fait. Tout cela peut être dit de manière provocante, poétique, niaise ou neutre, c’est selon la personnalité de l’auteur
 » (Préface de «C’est déjà tout ça », Ed. Point virgule 1993)

Gilbert Laffaille Bien sûr, écoutées avant tout. Mais pour les jouer il faut bien pouvoir lire les paroles et la musique. Et quand il s’agit d’un auteur qu’on apprécie on a plaisir à voir réunis ses textes dans un livre, au format plus agréable que le livret d’un CD.

Pierre Delorme Ce qui me semble intéressant dans son point de vue est le caractère secondaire qu’il donne aux paroles (qui disent toujours les mêmes choses). C’est une manière de voir.

Marc Servera Aznavour dit que la musique est ce qui fait venir les gens, le texte ce qui les fait rester. Ça relativise un peu le « second plan » de Souchon.
Ce qui est sûr est qu’il est des tubes sans texte, aucun sans mélodie, ce qui tend à démontrer l’importance clé de la musique. Elle est un peu la locomotive sans laquelle les wagons chargés des mots les plus beaux peinent à rejoindre leurs destinataires.

Gilbert Laffaille C’est un peu une coquetterie il me semble. Lapointe, Caussimon, Ferré, Leclerc, Dylan, Annegarn et Desjardins ne disent pas les mêmes choses et pas de la même façon.

Pierre Delorme Oui, une coquetterie, sans doute, mais Brassens aussi expliquait que les gens venaient à ses textes grâce à la musique. C’est un peu la même chose, je crois, que veut dire Souchon. Toute une génération de chanteurs dits « à texte » a d’ailleurs tout misé sur les qualités des paroles, en négligeant trop la musique, ce qui est, à mon avis, une des raisons qui ont fait qu’ils n’ont pas rencontré le grand public et le succès.

Gilbert Laffaille Je suis d’accord. Les paroles, la mélodie mais aussi tout ce qu’il y a autour: l’arrangement, le propos, le style, l’âge, l’allure, l’adéquation à une époque, le son, l’air du temps, les médias etc. Brassens en son temps était bienvenu, Dylan aussi.

Gilbert Laffaille Bienvenus dans le sens où ils ont mis un bon coup de pied dans la fourmilière et fait scandale en leur temps.

Pierre Delorme Il semblerait qu’aujourd’hui le « personnage » soit largement aussi important (voire plus) que les paroles et la musique.

Pierre Delorme J’ai entendu « M » dire qu’il avait commencé par travailler son « look » avant d’avoir écrit ses chansons. 🙂

Gilbert Laffaille Oui l’apparence et le son. Ce qui n’empêche pas M d’être un excellent guitariste !

Pierre Delorme Tout dépend de ce qu’on appelle un excellent guitariste. 🙂

Gilbert Laffaille Dans son genre pop-rock je trouve qu’il est bon.

Sarclo Ret Souchon a une plume splendide, et il la joue modeste. Il veut déléguer le beau rôle à Voulzy… Bien sûr que chacun fait l’un et l’autre le mieux qu’il peut. Chez Souchon, on a l’impression qu’il cache des chansons dans de la variété parce qu’il sait que les médias n’aiment pas la chanson. Pour ma part si j’ai baratiné sur le textes, on aura compris que c’était parce que mes musiques n’ont aucun intérêt…

Pierre Delorme Le problème des musiques en chanson n’est pas forcément l’intérêt mais plutôt la cohérence avec le texte . De toute façon, les auteurs-compositeurs qui peuvent se targuer de composer des choses vraiment intéressantes se comptent, à mon avis, sur les doigts d’une main.

Sarclo Ret Oui.
Des bouts de textes comme ceux de Béart ou Souchon… C’est chouette ! Est-ce qu’il y en a beaucoup d’autre? Ça mériterait d’être rassemblé.

Pierre Delorme Je ne sais pas, ça doit se trouver en cherchant bien… 🙂

Pierre Delorme Il y a aussi cette courte phrase de Brassens, qui à mon avis dit pas mal de choses :  » «Même si on écrit des conneries, il faut poser les trois mots qu’il faut sur les trois notes qu’il faut. C’est un don. Les plus grands poètes ne l’ont pas forcément. »

 

Et pour terminer,   Pierre Barouh (citant Cocteau)

Qui sait écrire ? C’est se battre avec l’encre pour tâcher de se faire entendre.
Ou bien l’on soigne trop sa besogne ou bien on ne la soigne pas assez. Rarement on trouve l’entre-deux qui boite avec grâce.

 

Le Blog du Doigt dans l’Oeil

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