Musicalarue : rencontre avec Les Bidons de l’An Fer

31 Août

 

 

Place aux artistes de rue. Car Musicalarue, outre de proposer aux publics un éclectisme rare en termes de concerts d’artistes de goûts variés et plus ou moins célèbres ou renommés, est aussi le théâtre des arts de rue qui animent chaque jour, entre ou pendant les gros concerts, les places et les allées du village de Luxey, de sorte que la fête ne s’interrompt jamais. C’est souvent l’occasion de découvrir ou de retrouver des artistes alternatifs ou amateurs -au sens noble du terme- qui offrent un moment de bonheur avec toute la générosité et l’originalité dont sont capables ceux qui ont à cœur de simplement faire et se faire plaisir. Les Bidons de l’An Fer sont de ceux là. Groupe de plus d’une dizaine de percussionnistes jouant sur des instruments de récupération, les Bidons étaient invités cette année à déployer dans les rues de Luxey le fracas harmonieux de leurs instruments et leur bonne humeur, défilant au milieu du public durant plusieurs représentations réparties sur les trois jours. Deux de ses membres nous présentaient la formation originaire de Vendée qui fêtera bientôt ses 25 ans d’existence.

 

– Bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. A quand remonte la fondation de votre formation ?

– Quentin : Le groupe a 24 ans ; j’avais deux ans à l’époque de la formation ! Il s’est créé par le biais du Festival de Poupet en Vendée [https://www.festival-poupet.com/], dont le président avait demandé alors à quelques jeunes de monter une formation sur le principe des Tambours du Bronx, juste pour rigoler, pour un soir.

– Romain : Les Tambours du Bronx étaient présents dans le festival ; donc ça a créé une dynamique. Des percussionnistes de la fanfare de la commune y ont participé et invité des copains à se joindre à eux. Et puis ils ont commencé à créer des morceaux.

– Quentin : Voilà. Donc ils sont partis sur cette idée. Puis le président du festival a adoré et leur a conseillé de monter un groupe. Et 24 ans après, c’est encore là. Des plus anciens du début du groupe, il en reste un, et le reste du groupe s’est renouvelé avec des jeunes qui ont pris la succession, à mesure. Il y a donc plusieurs générations- le plus ancien a 40 ans et le plus jeune, 23-, mais l’avantage, c’est que nous sommes issus du même village ; on se connait tous un petit peu par le biais des autres, donc il y a forcément une bonne entente.

 

– Combien de musiciens êtes-vous à l’heure actuelle ?

– Quentin : Nous sommes 15 percussionnistes. Mais ce weekend, nous ne sommes que 12. On n’est que très rarement tous les 15 ensemble. On essaye de faire des grosses scènes, parce que comme certains ont des familles, des emplois, des enfants, ce n’est jamais évident de réunir tout le monde. Donc quand on trouve des dates, je lance une proposition pour savoir qui peut venir. En général on ne se déplace pas si on n’est pas au minimum 8 ou 9.

– Romain : Notre groupe se divise en trois parties en fait ; il faut donc qu’on soit assez nombreux pour avoir suffisamment de percussionnistes dans chaque partie.

 

– Comment sont fabriqués vos instruments ?

– Romain : C’est nous qui les fabriquons. On récupère des boites et des bidons jetés, et on les recycle. On y passe un peu de temps, mais on refait des bidons tout neufs et nos baguettes aussi. Sachant qu’en général, à la fin du weekend, les bidons sont hors service, car ils souffrent quand même. On les remplace donc souvent.

– Quentin : Si on fait 7 dates dans l’année, il va nous falloir 3 ou 4 jeux de bidons. On ne répète pas sur les bidons, parce que déjà ça fait du bruit. Il faut savoir qu’on est situé à vol d’oiseau à 300 ou 400 mètres du Puy du Fou, qui nous a déjà adressé des remarques comme quoi le bruit gênait.

– Romain : Donc on répète sur des planches avec de la moquette, ce qui permet aussi de ne pas se tuer les oreilles. Et ça évite de gâcher des bidons pour des répétitions.

 

– Qu’est-ce que vous aimez jouer ?

– Romain : Ce sont des musiques qui ont été créées, au départ beaucoup inspirées par les Tambours du Bronx, puis composées par des vrais percussionnistes du groupe qui ont créé des morceaux de toute pièce. Certains d’entre nous sont de vrais musiciens et composent. Au début, les premières compositions étaient sur papier ; mais aujourd’hui on peut le faire facilement sur logiciel. On a même réalisé un featuring avec le Dj electro Eugène de Rastignac  au festival de Poupet l’an dernier : il nous avait envoyé des musiques, et nous avons composé dessus. On a une dizaine de morceaux ; mais on ne joue jamais très longtemps, aux alentours d’une demi-heure. Trois fois trente minutes en interlude entre deux concerts d’artistes, ça passe très bien.

 

– Avez-vous un chef d’orchestre qui dirige ?

– Quentin : On ne parle pas vraiment de chef d’orchestre, mais il y a un peu de ça : on a un leader dans le groupe qui a un sifflet pour nous indiquer à quel moment on va changer de rythme ou de partie musicale. On joue souvent en arc de cercle, avec un joueur au milieu, et lui qui gère le groupe avec le sifflet.

 

– Répondre à toutes les invitations ne doit pas être évident, lorsqu’on est autant de membres dans un groupe et que chacun a des impératifs privés. De quelle nature sont les évènements auxquels vous participez ?

– Romain : On a de tout comme proposition. Ici, ça fait partie des belles dates qu’on essaye de ne pas manquer. On nous demande dans beaucoup de petits festivals ou de manifestations départementales ou régionales, ou des évènements sportifs. On fait de tout. Par exemple on a été à Paris pour le marathon de La Parisienne. On est obligés de refuser plus de la moitié, voire les trois quarts des propositions. On est tous bénévoles, sous le statut associatif. Donc on est amenés à refuser pas mal de proposition, parce qu’effectivement ce n’est pas notre métier, et chacun a sa vie privée. Mais quand on peut faire des dates importantes comme ça, on essaye.

– Quentin : Ce qui est bien c’est de faire vraiment de tout : jouer  devant un bar, animer des manifestations sportives, comme la Meule Bleue au circuit du Mans ou les 24h du Mans en camion, les festivals, les fêtes de la Musique, les anniversaires.

 

– Qu’est-ce qui vous motive le plus dans le fait de participer à ce groupe ?

– Quentin : Il y a bien sur le plaisir d’accrocher le public, mais aussi le plaisir de jouer entre potes, puisqu’on se connait tous. Quand on termine un concert, et qu’à la fin, les gens viennent nous voir pour toucher les bidons et nous poser des questions ou dire qu’ils reviendront nous voir, c’est une sensation géniale. On se demande pourquoi on s’arrêterait là !

– Romain : C’est un défouloir, car on donne de notre personne; c’est assez physique. Il y a une certaine adrénaline à toucher le public et être près des gens. C’est aussi pour des gens qui ont pu faire de la musique professionnellement avant le moyen de revenir à la musique ou de garder un lien avec elle, d’une façon complètement originale. Pour ma part, j’ai fait de la batterie quand j’étais jeune, puis j’avais arrêté, et j’ai pu, grâce aux percussions, retrouver un lien avec la musique.

 

– Vous parliez tout à l’heure d’un featuring avec un DJ. Les festivals sont souvent l’occasion de rencontrer d’autres artistes et de nouer des liens. Réaliser plus de collaborations vous plairait-il ?

– Romain : Oui ! Les bidons peuvent se marier avec pas mal de choses. Il suffit d’avoir l’imagination de créer. Je suis sur qu’on pourrait faire des choses avec pas mal de musiciens. On est ouverts à ça.

 

– Comment avez-vous été invités par Musicalarue ?

– Quentin : Thomas, le fils du président qui s’occupe du festival de Poupet en Vendée, ou de très gros artistes viennent, connaissait des programmateurs d’ici ; on a noué contact et on nous a proposé de venir.

– Romain : C’est un échange de bons procédés : un groupe d’ici est venu jouer dans le festival de Poupet, et nous avons été invités. On peut jouer les trois jours. Je pense d’ailleurs qu’on n’a jamais joué autant en si peu de temps. C’est d’ailleurs étonnant d’avoir toujours des gens qui passent et  viennent nous voir. Généralement on ne nous demande pas en interview, car il y a des artistes plus connus et importants. Mais le festival a bien joué le jeu et nous a annoncé en partageant des vidéos, donc les gens s’intéressent à nous.

– Quentin : Le public suit très bien. Hier soir, on était très proches des gens. On ne joue pas sur scène, car nous sommes un groupe de rue, donc nous jouons dans le public. Les gens étaient vraiment proches. C’est quelque chose de bizarre à vivre. Les gens nous encourageaient, avec une main sur l’épaule.Ça permet de créer des liens et de se faire connaitre. Et on y prend du plaisir, car c’est un beau site. Jouer trois jours d’affilé, avec une programmation comme ça en plus, ça fait quand même plaisir. Nous remercions le festival pour ces dates ; c’est un très bel évènement. On nous accueille tous les jours, et les bénévoles sont vraiment cool. Plusieurs amis nous en avaient parlé, qui sont venus ici. Un qui fait beaucoup de festivals en France nous a même dit que c’était le meilleur qu’il ait fait.

– Romain : Il y a vraiment un état d’esprit général atypique qu’on ne retrouve pas dans d’autres festivals. Ce n’est pas une grosse machine, et c’est à portée de main de tout le monde. On reviendra avec plaisir. Il y a des gens qui viennent ici en tant qu’artistes et reviennent l’an suivant en tant que bénévoles, tellement c’est attachant.

 

Pour en savoir plus, tapez sur le bidon, (modèle d’appartement)

 

 

Miren Funke et Emma Pham Van Cang

Photos : Carolyn C (1 ; 2 ; 4), Nicolas Leboeuf (3 ; 5 ; 6)

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