Musicalarue : rencontre avec The Mountain Men

21 Août

 

The Mountain Men, en formation  à quatre depuis la réalisation de leur dernier album « Black Market Flowers », montait sur la scène du Théâtre de Verdure dimanche soir pour assurer un concert qui, au dire de nombreux festivaliers, fut « la claque » du jour. Le duo acoustique grenoblois composé du chanteur et guitariste Mathieu Guillou (« Mr Mat ») et de l’harmoniciste australien Ian Giddey (« Barefoot Iano »), ayant complété sa formation du batteur Denis Barthes (Noir Désir, The Hyènes) et du bassiste Olivier Mathios (The Hyènes), venait frotter aux oreilles du public de Musicalarue son rock authentique, originel et inné à la dimension désormais amplifiée par l’électrique et un couple rythmique. Pour le coup, si la musique du groupe a souvent été jusqu’alors, de façon un peu expéditive, classée comme blues ou folk -influences que les musiciens ne renient cependant pas- principalement du fait du jeu acoustique, l’envergure sonore qui lui sied ainsi exprime l’essence rock de ses morceaux avec un instinctif et un élémentaire qui parlent viscéralement à l’estomac. Et estomaqué, le public l’était, devant l’accord simple et efficace des musiciens et la poésie humaine d’un harmoniciste un peu fou se laissant embarquer par ses propres chansons. Un grand moment de brutalité et de douceur à la fois, à l’image de ces livres d’Isaac Babel où le cru et le sauvage se juxtaposent à la tendresse et à la beauté pure.

Dans l’après-midi, The Mountain Men nous recevait, en compagnie d’autres médias internautes et radiophonique présents. Cet entretien a donc été mené sous forme de conférence de presse.

 

– Bonjour et merci de nous recevoir. Comment a démarré l’histoire de votre groupe ?

– Mathieu : L’histoire du groupe, c’est déjà la rencontre d’Ian et moi même en 2005. On a commencé à tourner et faire quelques concerts ensemble jusqu’en 2009 où nous avons sorti notre premier album. De 2009 à 2016, nous avons tourné, juste à deux. The Mountain Men était très acoustique.

– Ian : C’est important de noter aussi qu’on était deux à l’époque, et en 2005, les deux chiffres valides égalaient 7 quand on les ajoutait, et en 2009, la sortie de notre premier album, si on enlevait 2 du 9, on était toujours à 7. Et on était toujours deux !

– Denis : Donc voilà : vous comprenez ce qu’on vit tous les jours…

– Mathieu : Donc en 2016, j’ai craqué et je me suis dit qu’il fallait faire un album avec d’autres personnes. On a eu envie d’explorer un versant plus électrique et on a fait appel  à Denis et Olivier pour l’album  « Black Market Flowers ». On a donc fait 500 ou 600 concerts à deux, et là on doit en être à une cinquantaine avec cette formation à quatre.

 

– Qu’est-ce que l’arrivée de Denis et Olivier a changé pour le travail de composition ?

– Mathieu : On a sorti notre troisième album studio « Against the Wind » en 2015, et après une centaine de dates en dix mois, on s’est mis sur l’écriture de « Black Market Flowers », avec l’idée de faire un album rapidement derrière et de chercher un réalisateur. Donc les morceaux étaient déjà assez avancés quand nous avons rencontré Denis. Et puis une fois en studio, les choses se sont faites assez naturellement. C’est-à-dire qu’au départ, Denis ne devait que réaliser l’album. Et puis ça l’embêtait de faire jouer un autre batteur dessus, alors que c’est son métier, et puis Olivier est arrivé.

– Olivier : Denis me disait qu’il travaillait sur la production et qu’il avait envie de faire la batterie, donc je lui ai dit : « de toute façon, il vaut mieux que tu le fasses ; tu ne vas pas supporter si quelqu’un le fait moins bien ».  

– Denis : Je me suis dit qu’au lieu de faire chier un batteur, ça irait plus vite de m’auto-faire chier.

– Olivier : On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Donc il m’a proposé de faire deux-trois basses sur l’album. J’y suis un peu allé la fleur au fusil. Les choses ont été magiques, au sens où quand on s’est mis à jouer ensemble, très rapidement les choses sont devenues évidentes. C’est une belle aventure, et qui s’est tellement mal passée qu’on est encore aujourd’hui à Luxey, ensemble.

– Mathieu : Finalement on est arrivés avec nos idées, et une fois qu’on était dans la pièce ensemble, on a essayé des choses, on ne s’est rien refusé, et il y a eu une émulsion immédiate et assez naturelle.

– Denis : Math est arrivé avec ses maquettes dans lesquelles il y a avait des choses très abouties et d’autres pas du tout. Il y avait des morceaux où il n’y avait plus grand-chose à faire, et des morceaux, un en particulier, où on est reparti d’un riff. On a travaillé comme ça, en proposant, sans imposer; de toute façon ce ne sont pas des gens à qui on peut imposer quelque chose. Tous les matins, on commençait avec un truc très simple : je disais à Math de prendre sa guitare et de jouer le morceau naturellement. Parfois on laissait tomber l’impulsion du matin, mais on était parti de quelque chose planté dans la terre, qui était vrai, les idées circulaient et on construisait autour. Et souvent, le soir, on avait le morceau quasiment fini.

– Olivier : On travaille les concerts de la même manière. On a un problème de géographie, parce qu’il y a deux Landais et deux Grenoblois, ce qui n’est pas super pratique; ça demande de l’organisation.

– Denis : Oui, parce que on nous a menti quand on était petits : on nous a dit qu’il y aurait des voitures volantes, la téléportation… Mais pas du tout !

– Mathieu : Mais c’est ce qui crée aussi l’émulsion dans le travail, parce que du fait d’être à 800 km de distance, quand on se retrouve, on est d’autant plus efficaces.

– Denis : La vie, c’est ça aussi. On a rencontré leurs potes et ils ont rencontré les nôtres. Et la première fois qu’on est allés jouer chez eux, dans un petit endroit où ils avaient déjà joué, il y avait tous leurs potes et leurs familles et on craignait qu’ils nous reprochent « mais qu’avez-vous fait de notre groupe ? ». Et au contraire, ils étaient tous contents. Et tu rencontres une sorte de tribu ou de famille, plus ou moins élargie avec le public. Et ça, implicitement c’est une chose qui te nourrit, même si tu n’y penses pas. Quand tu restes dans ton circuit, ta chapelle ou ta famille, au bout d’un moment, tu te scléroses; c’est inévitable. Il y avait le challenge de passer à quatre, et j’ai toujours eu dans l’esprit de ne pas dénaturer Mountain Men. Il fallait bien sur que j’amène une patte au niveau de la production, mais il fallait que si demain le groupe retourne en duo ou joue avec un autre batteur et un autre bassiste, ça reste du Mountain Men.

– Olivier : En fait, avant d’accepter, on les a vus en concert à deux, et on s’est demandé ce qu’on pourrait bien rajouter à ça, parce que c’était déjà énorme. L’idée n’était pas de rentrer dans le groupe et de se mettre en avant, mais d’amplifier le groupe. Et on a vite trouvé notre place naturellement.

– Denis : Ce n’est pas un secret : quand on est partis en tournée, on avait répété deux fois 5 jours.

– Mathieu : Répète, fondue; répète, gigot d’agneau; répète, raclette…

– Denis : Voilà, donc deux fois 5 jours pour monter 1h50 de spectacle, et on s’est dit qu’on verrait le reste sur scène, qu’on allait s’écouter, voir si on s’entend et si ça se cale tout seul.

– Ian : Et deux fois 5 jours, c’était à peu près dix fois plus que Math et moi avons jamais répété !

 

– Quels univers musicaux traversent votre musique ?

– Ian : Mat est influencé par toute la musique sauf le reggae, et moi je suis surtout influencé par le reggae.

– Mathieu : Non. L’univers, c’est carrément très rock. Mais comme on jouait en acoustique, juste guitare-voix-harmonica, on a eu tendance à nous coller l’étiquette du Blues, qu’on ne renie pas forcément, parce que ça fait parti de l’essence de notre musique. Mais on fait la musique qu’on a envie de faire sur le moment, et de manière très instinctive.

 

– Vous avez également fait un album de reprises de Brassens. Est-ce par goût du grand écart ou simplement de l’éclectisme ?

– Mathieu : Personnellement, et je pense que mes camarades sont pareils, je suis un boulimique de musique.

– Olivier : On ‘écoute pas que la musique qu’on joue en fait. La musique qu’on joue vient de partout et on a tous des influences, qui peuvent aller de la Chanson au pire du Metal-Punk le plus inabordable. C’est pour ça qu’on peut aller sur du Brassens ou s’autoriser des choses improbables qui paraissent totalement transversales.

– Ian : Et puis Brassens, c’est un vrai choix, parce qu’après notre deuxième album « Hope », on a eu envie de se donner un peu d’air. Donc on a eu envie de reprendre du Brassens et de faire quelques spectacles avec ça. Qui sait ? On aura peut-être envie de faire un album de reprises de Slipknot un jour ou de…

 

– De Véronique Sanson ?

– Olivier : Oui, mais sans le son.

 

– Personnellement, Denis, toi qui as vécu des expériences fortes avec Noir Désir et les Hyènes entre autres, quel regard portes-tu sur ces différentes expériences , et quel épanouissement autre t’apporte The Mountain Men ?

– Denis : J’en garde de très bons souvenirs. Je ne suis absolument pas nostalgique, mais c’est quelque chose dont je suis fier. J’ai toujours tendance à mettre à l’écart les mauvais côtés. Mais pour revenir à Mountain Men, ça faisait longtemps que je n’avais pas eu une belle rencontre avec des gens qui ont envie de bouffer le monde. On a une bonne entente musicale, une bonne entente humaine ; on a vécu de belles choses. Tout se passe naturellement : on sait ce qu’on sait faire de mieux, sans réfléchir. Quand eux ont pris contact avec moi, je ne les connaissais pas du tout. Du coup j’ai découvert leur univers guitare-chant-harmonica, et ça faisait longtemps que je n’avais plus vu un groupe qui faisait de la musique « à la main » et qui allait chercher le public comme ça. En voyant leurs concerts, j’ai eu l’impression qu’ils ne jouaient pas devant un public, mais devant des potes. Tous les gens qui allaient voir jouer Mountain Men avaient une relation spéciale avec eux. Et quand j’ai rencontré ces deux énergumènes, au bout de dix minutes, j’avais l’impression que je les connaissais depuis 15 ans. Bon, Ian, un peu moins ; j’ai mis un peu plus de temps, mais parce qu’il faut décoder.

 

– Ou en sont les Hyènes, votre autre groupe à toi et Olivier ?

– Denis : On avait besoin de faire un break, parce que ça faisait dix ans qu’on tournait. Et là, il y a un album de fait, et on va laisser les choses se faire naturellement. Si à un moment on a envie d’entrer en studio pour l’album, on le fera ; on continue de tourner un peu avec le projet « BD Concert ». Mais ça, c’est pareil : d’un truc qui au départ était parti pour durer 4 ou 5 concerts pour rigoler, on a rigolé pendant plus de trois ans ! On voulait prendre l’air avec ça; on est bien aérés ! Donc, les Hyènes ne sont pas morts, mais en suspens. On envisage les deux projets complètement différemment; il n’y a pas de recette qu’on adapte à une des structures.

 

– Est-ce le message que la musique a à faire passer ?

– Mathieu : Je ne sais pas. On est abreuvés de messages qui ne servent à rien en permanence. On a juste envie de partager un moment.

– Denis : Le plus important à dire, c’est « surtout ne vous laissez pas faire ! ». Tous les jours, on nous éteint une petite liberté, en nous disant qu’il ne faut pas faire ci ou ça, que ça dérange telle ou telle obédience. Ne vous laissez pas faire : la seule chose qu’on est en train de perdre, c’est la liberté.

 

– D’où vient le titre de l’album ?

– Mathieu : L’album est très nostalgique et parle de rapports humains et d’émotions assez intimes. A l’époque j’ai lu un livre où l’auteur parlait des émotions en remplaçant les émotions par des fleurs. On est souvent très seul avec toutes les émotions qu’on traverse, même si on en parle sous le manteau un peu : ça a un côté « marché noir » pour moi. D’où le titre de l’album « Black Market Flowers », c’est-à-dire « Les fleurs du marché noir ». Une petite touche florale pour terminer… Comme quoi on n’est pas que des brutes sanguinaires !

– Ian : Qu’on est quand même !  

 

Pour en savoir plus sur The Mountain Men, soufflez ou cliquez  sur l’harmonica, 

Miren Funke

Photos : Carolyn C

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