The Dawn Project : entretien avec le groupe autour de la sortie de l’album « Leave The Empire »

8 Déc

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Fondé en 2012 à Bordeaux, The Dawn Project, après avoir vécu à ses débuts quelques changements de membres, s’être forgé une réputation scénique flamboyante et sorti un premier EP autoproduit via son propre label The Dawn Records, « Lands of Abundance » dans une lignée très influencée par le Reggae et le Rocksteady des années 70, s’est stabilisé il y a quelques années en une formation de 9 musiciens qui a su, au gré des échanges et des évolutions, mûrir une identité et un univers singuliers dans le paysage musical. D’originel, le Reggae du groupe est devenu original, intégrant dans sa couleur sonore et son propos des éléments provenant du Dub, du Rock, du Jazz ou encore de musiques psychédéliques, avec un sens subtil de la transcendance et un goût certain pour l’indépendance artistique. Alors que la formation s’apprête à sortir très prochainement son album « Leave the Empire », partiellement financé par contributions participatives du public (via Ulule), le mois d’octobre dernier nous offrait l’opportunité d’une rencontre avec trois de ses membres : Charly (chanteur et parolier), Vincenzo (dit « Viny », guitariste) et Nico (saxophoniste).

 

969855_518816114850880_1042607681_n – Bonjour et merci de nous accorder cet entretien. The Dawn Projet présente la particularité d’être une formation musicale reggae, mais qui intègre bien d’autres influences, a priori pas si évidentes à fusionner. Quelle idée artistique est à l’origine de ce projet ?

– Nico : Initialement, nous venons tous de plusieurs courants musicaux ; ça veut dire que nous n’avons jamais été fermés dans un genre unique, y compris au niveau de la pratique musicale.

– Viny : Chaque membre jouait déjà dans un autre groupe avant, et dans des styles très différents. Ce qui est drôle, c’est que nous nous sommes retrouvés autour du Reggae, alors qu’aucun de nous n’était, à la base, issu d’un groupe de Reggae. Personnellement je jouais du Rock, et puis j’ai eu un groupe de Reggae avec Charly juste avant.

– Charly : Pour le coup nous sommes probablement les deux qui étaient le plus dans le Reggae. Mais quand nous avons rencontré le reste de l’équipe, il n’y avait pas de musicien de Reggae. L’annonce qui a servi à réunir tout le monde recherchait des musiciens ayant pour influence principale le groupe Groundation. L’idée de départ était de rassembler des musiciens de Rock, de Punk ou de Hard ou autre pour monter un groupe de Roots inspiré par Groundation. Nico venait d’un groupe de Fusion Ska-core et Métal-Jazz, Max, le trompettiste, comme la chanteuse, Amandine, du Jazz. Ce qui explique que le EP porte un peu cette empreinte, même si on s’en est écartés ensuite pour faire des choses intégrant d’autres influences. Et ça se retrouve sur l’album qui va sortir en décembre : il y a du Dub, du Psyché…

 

­- Quelle signification peut-on prêter au nom du groupe ?

– Viny : Nous avions au début un premier nom de groupe, qui était provisoire. Et puis quand le groupe a commencé à marcher et qu’il a fallu se trouver un vrai nom, on s’est réunis.

– Nico : On réfléchissait autour de l’idée de l’aube.

– Charly : Le terme de « projet » nous permettait de développer l’idée que c’était quelque chose de collectif, et non pas la vision d’un seul membre du groupe. Donc « le projet de l’aube » s’est imposé, parce que ça sonnait bien an Anglais, parce qu’on est un peu tous des fêtards, et que l’idée de ce petit matin après une longue nuit de fête nous plaisait.

– Viny : Ça ouvrait à plein d’interprétations : pour créer, il faut  se lever tôt ; mais l’aube symbolise aussi l’amorce de quelque chose de neuf.

– Charly : Les projets artistiques qui se créent aujourd’hui sont de plus en plus souvent des projets indépendants, autogérés, ancrés dans un renouveau avec lequel cette idée de l’aube coïncide. On est à l’aube d’une ère nouvelle, et c’est ce qu’on voulait évoquer. Du coup c’est un thème qu’on a toujours essayé de respecter, y compris dans nos visuels. La pochette du disque en est la preuve.

 

946977_518816458184179_2056217257_n– Charly, tu écris de la poésie en français. Pourquoi avoir privilégié la langue anglaise pour les textes du groupe?

– Charly : A la base, effectivement, j’écrivais en français ; d’ailleurs avec mon précédent groupe, on faisait des choses en français. Mais c’était la volonté de The Dawn Project d’utiliser plutôt l’anglais. Dans le Reggae, la langue anglaise possède une certaine musicalité que le Français n’a pas. Nous appartenons un peu tous à une génération qui a été majoritairement déçue par le Reggae francophone. Donc nous ne nous sommes pas inspirés de ça. Nos influences étaient ailleurs. Parmi nos influences, il y a des groupes français, notamment de la scène du Dub, mais qui eux-mêmes n’ont pas utilisé cette langue, voire qui n’ont pas du tout utilisé de langue, comme Zenzile ou High Tone. L’anglais passe bien mieux dans cette sous-culture reggae-dub que nous aimons. Le Reggae francophone ne nous a jamais parlé, même s’il y a des groupes qu’on respecte, parce qu’ils ont su avoir des démarches indépendantes  et possèdent une bonne philosophie.

– Nico : Peut-être un jour Charly sortira un texte en français qui collera bien musicalement, mais pour le moment, ce n’est pas notre délire. Si c’est pour retomber dans des choses que l’on n’affectionne pas, où est l’intérêt  de vouloir jouer du Reggae en français? Le problème du français est qu’il donne très vite une couleur différente.

– Charly : Très « chanson française » en fait, avec un côté variété. On s’éloigne du groove. L’anglais groove facilement ; ce n’est pas pour rien que tout ce qui a été fait d’important dans le Dub et le Roots a été fait avec cette langue. Bien sûr j’ai des idées de textes en français, mais ça va tout de suite verser non pas dans le chant, mais plus dans de la poésie déclamée ou scandée, quelque chose de plus littéraire en fait. Et pour l’instant notre musique fonctionne avec l’anglais.

 

10703626_780282965370859_8534434799302213908_n– Vous êtes relativement nombreux au sein du groupe. Est-ce pour vous une difficulté à surmonter ou plutôt un atout dans le travail de composition ?

– Viny : Pour le moment, on digère l’album, parce que ça été une sacrée expérience. Pour beaucoup d’entre nous, c’était un premier album, et en plus, lorsqu’on s’autoproduit, on s’implique deux fois plus. On ne laisse pas un technicien s’occuper de notre musique ; on s’en occupe nous-mêmes. Alors ça représente beaucoup d’enjeux : il faut en effet que tout le monde tombe d’accord, et trouver le compromis ne se fait pas tout seul.

– Nico : Les compromis génèrent parfois des déceptions pour certains, parce qu’on a une vision de la chose, et les autres en ont une autre. Donc il faut trouver un juste milieu. Mais on y arrive toujours malgré tout. Et même si ça créé des points de désaccord, au final, c’est ce qui permet d’avoir de la diversité et en même temps de la cohérence. Tout le monde apporte de nouvelles idées, et régule aussi l’ensemble en permanence.

– Viny : Et puis ça permet de tout dépouiller, de se remettre en question et d’avancer. Parfois les idées des uns chamboulent celles des autres, mais ce n’est pas pour faire régresser ou ralentir les choses, mais pour les enrichir.

– Charly : D’autant plus que pour réaliser cet album, on s’est entourés de personnes de l’extérieur. Le premier EP était complètement autoproduit, à l’exception du mastering. Là, nous avons aussi bénéficié du regard de personnes extérieures, donc ça a amené encore d’autres points de vue.

 

– Quelles sont ces personnes ?

– Charly : On a enregistré à Rock et Chanson, à Bordeaux, avec Pascal Ricard, mixé au studio de La Lauzannette dans le Lot-et-Garonne avec Michel Eskenazi, et masterisé à Atlantide Studio dans les Landes. Nous avons donc eu la chance de collaborer avec des professionnels du son qui sont des « vieux de la vieille », qui se connaissent d’ailleurs, même s’ils sont très différent, au sens ou Pascal est assez « carré » et Michel un peu plus fantasque, et qui possèdent des connaissances incroyables, une longue expérience, du beau matériel et une conscience professionnelle, en même temps qu’une fibre pédagogique vis-à-vis de nous. Donc c’était vraiment très intéressant.

– Viny : On a fait l’enregistrement, le mixage et le mastering à trois endroits différents, avec trois personnes différentes, ayant chacune ses propres méthodes de travail et ses propres références. Du coup ça nous a permis d’avoir un recul, de nous enrichir et d’oser aussi d’autres choses. Nous faisons tous de la production, mais quand on collabore avec des professionnels dont c’est le métier depuis des années, et qui ont travaillé une palette très large de styles musicaux divers, c’est autre chose.

 

8651_518816214850870_206374537_n– Vous évoquiez précédemment le fait que le monde de la musique se trouve à l’aube d’une nouvelle ère. Faisiez-vous référence à la multiplication des initiatives et démarches alternatives ?

– Charly : Complètement. D’ailleurs la pochette de notre album contient aussi l’idée d’explosion, et aujourd’hui, le monde de  la musique, c’est un peu ça : il y a un nombre incalculable de groupes qui se forment, qui essayent de faire leur petit bout de chemin, même en restant un peu dans l’ombre -beaucoup plus qu’avant-, et qui parviennent à faire leur vie.

– Viny : Beaucoup d’artistes aujourd’hui s’autoproduisent, et c’est quelque part l’avenir de la musique. Longtemps l’industrie du disque a été une affaire d’investisseurs qui misaient sur l’avenir d’un groupe. La chute de l’industrie musicale exige une remise en question et un renouvellement des procédés de production, comme le recours à l’autofinancement.

– Nico : Et puis les moyens de production sont plus accessibles aussi aujourd’hui. 

– Viny : On en a fait la preuve avec notre EP : aujourd’hui avec un ordinateur et une carte son, on peut produire un CD, même si c’est une qualité à la hauteur des moyens qu’on a, évidemment. Mais il y a quand même un grand pas de fait : il y a encore quinze ans, ce n’était pas possible ; du moins ça commençait tout juste à l’être et c’était rare. Aujourd’hui c’est de plus en plus répandu et ancré dans la culture des gens. pochette

– Charly : La culture du home studio, il y a quinze ans, était une démarche de pionniers. Et les pionniers qui ont créé des labels alternatifs ont galéré, plus qu’ils ne le feraient aujourd’hui.

Nico : On s’est posé la question pour le groupe au début. Il est vrai que rester dans un schéma de production et distribution classique est tentant quand on fait de la musique, parce que c’est pratique de ne pas avoir à s’occuper des questions logistiques et de pouvoir être bien distribué dans les magasins connus. Et puis en réfléchissant à nos propres façons de consommer de la musique, à savoir découvrir un groupe sur internet ou en concert et aller directement chercher à entrer en contact avec l’artiste pour se procurer son album plutôt que d’aller voir s’il est disponible à la FNAC ou autre, on a réalisé que de plus en plus de gens ont, comme nous, tendance à court-circuiter les intermédiaires. Alors les très gros groupes vont continuer à être distribués dans de gros réseaux. Mais pas les autres.

– Charly : Encore que Radiohead, qui a été un des premiers à faire ça, passe par l’auto distribution ou la distribution uniquement via des indépendants et des petits disquaires.

– Nico : C’était déjà le premier gros groupe à avoir sorti un album à prix libre avec « In Rainbows ». Et ils n’ont jamais gagné autant d’argent qu’avec ce mode de vente. Parce que court-circuiter les intermédiaires, c’est déjà faire l’économie d’une commission ; et aussi parce que les fans estimaient qu’ils pouvaient payer le disque un juste prix, voire plus, par adhésion à la démarche du groupe. Comme quoi il faut faire confiance aux gens. Donc nous faisons de même : on vend les disques directement lors des concerts, et aussi en VPC dématérialisée ou non. Il existe des associations comme « CD1d » qui fédèrent plusieurs labels et peuvent offrir une distribution sur de grosses plateformes et en même temps via un réseau physique. Mais eux ne traitent qu’avec les labels qui ont déjà un catalogue fournis. Donc nous les approcherons quand ce sera notre cas. Malgré tout nous avons la chance d’avoir un public, certes restreint, mais qui répond présent et nous soutient avec le financement participatif. Les gens nous ont bien suivis. Pour exemple, le soutient moyen est à 39 euros, alors qu’il débute à 10, et qu’il y a eu beaucoup de petites contributions : ça signifie que beaucoup de gens aussi ont donné plus, voire énormément plus. Profitons d’ailleurs de l’entretien pour remercier les contributeurs, du plus petit au plus gros ! Chaque euro compte, et grâce à eux, nous allons pouvoir réaliser cet album dans les conditions et avec les finitions qu’on voulait.

 

1381842_780283108704178_26626579262514165_n– L’appel au financement participatif pour produire votre album vous a-t-il bien aidés?

– Charly : Au final, on compte que deux tiers du notre budget relève du financement participatif par précommande, et c’est un autre témoignage de l’évolution des mœurs.

– Viny : C’est d’autant plus motivant pour travailler de savoir que l’album est précommandé, donc désiré, plutôt que de réaliser un disque qui ne se vendra pas ou se vendra mal.

– Nico : Nous avons eu recours au financement participatif pour le pressage uniquement. Toute la production jusqu’au mastering a été autofinancée, et nous avons été aidés pour l’enregistrement, par un programme subventionné de la région, puisque nous sommes accompagnés par le réseau SMAC (Scènes de Musiques Actuelles), via l’association Rock et Chanson. Ensuite il ne nous manquait que de quoi payer le pressage des CDs et vinyles. Le financement participatif a dépassé le seuil réclamé. Mais nous avons surtout choisi d’augmenter les contreparties, par exemple en proposant des vinyles avec plusieurs options de couleur, un pelliculage plus élaboré pour les CDs ou un livret, ainsi que notre premier EP en sus. Il était important pour nous que l’argent supplémentaire serve à améliorer la qualité des produits plutôt qu’en accroitre la quantité. Cela nous fait vraiment plaisir d’avoir pu réaliser un album cohérent, car nous avons essayé de faire en sorte que chaque morceau ait un intérêt en soi autant qu’il s’insère dans une histoire plus vaste qui raconte quelque chose et peut s’écoute en entier, à une époque où la plupart des gens écoutent des playlists aléatoires, sans prendre le temps d’écouter un album dans son intégralité.

Charly : Oui, il y a vraiment une construction d’album dans la façon dont nous l’avons pensé, avec parfois des morceaux qui fonctionnent par paire.

– Nico : D’ailleurs nous avons du sélectionner et refuser d’enregistrer certains titres, simplement parce qu’ils n’entraient pas en cohérence avec l’ensemble de l’album, qu’ils n’étaient pas dans la couleur ou le ton. Nous les jouons quand même en live, et peut-être vont-ils murir et évoluer et s’insérer dans la cohérence d’un prochain disque, qui sait ?

– Viny : De toutes façons, pour faire un album il faut de la matière : on ne se concentre par sur la composition d’un nombre voulu de morceaux ; on compose, on fait un étalage et on trie ensuite. L’album est un assemblage de choses qui synthétise un propos.

 

401817_518816378184187_180579832_n– Parlez nous du choix du vinyle comme support : pourquoi cette originalité?

– Viny : C’est une idée qui nous tenait à coeur depuis un moment. On voulait déjà le faire, lors de la sortie de notre EP ; mais comme nous ne bénéficions pas à l’époque de conditions de production optimales, il y avait moins d’intérêt à graver un vinyle. Pour l’album, c’était vraiment un souhait. On ne s’est pas dit qu’on graverait des CDs, et éventuellement des vinyles, si des excédents de finances nous le permettaient. On voulait vraiment le faire. Dans le groupe, nous sommes nombreux à être des gros consommateurs et amateurs de vinyles. Et puis ce support va bien avec notre genre de musique.

– Charly : Ça va avec le genre, et avec le type de production qu’on a choisi. Pour l’EP, on s’est débrouillés avec les moyens du bord, en mixant sur ordinateur. Ce n’était pas le même délire. Mais ce nouveau disque a été enregistré, évidemment sur ordinateur, mais avec des amplis analogiques et du matériel adéquat, mixé sur une grosse table analogique : on a respecté une chaine de travail qui fait qu’au bout du compte le disque peut sortir en vinyle, car c’est cohérent et ça a un intérêt, du point de vue sonore et esthétique.

– Nico : En termes de ratio, on est à 35 vinyles commandés pour 100 CD. Cela signifie que le public adhère plutôt bien à l’idée.  

 

– Vous vous êtes également engagés dans la construction d’un studio et la création d’un label : pouvez-vous nous parler de vos projets ?

– Nico : Lorsqu’on a voulu faire l’EP, on s’est dit que comme nous n’avions pas de label, c’était aussi bien d’en créer un associatif pour pouvoir nous produire nous-mêmes dans un premier temps. Et puis, nous sommes en discussion avec plusieurs groupes qui font des musiques qui nous plaisent beaucoup, sans être forcément du même rayon que nous, et ont une cohérence artistique avec notre démarche. Du coup il est fort probable que dans un avenir proche, le label servira à sortir aussi des disques d’autres groupes.

– Viny : Ce qui nous permettra aussi d’envisager des concerts et des plateaux communs ensuite.

– Nico : Ça peut élargir notre réseau. On travaille sur une création assez personnelle au niveau artistique ; quelque part on a envie d’avoir le monopole de notre produit, de ne pas subir de contraintes, de pouvoir se distribuer soi-même et être autonomes. Et plus on est nombreux sur un même label, plus on peut mutualiser les moyens.

– Charly : Et aussi faire venir du monde pour cogérer le label, parce qu’autant on s’autogère assez bien pour ce qui concerne l’organisation du groupe, autant pour faire tourner le label, on aura besoin de gens qui s’occupent de la diffusion et de tout un tas de questions logistiques. Et plus on sera nombreux, plus on aura fait nos preuves au niveau de la production. D’où l’idée de la construction du studio qui permettra déjà d’enregistrer et de mixer tout seuls.

– Viny : L’idée, c’est d’accompagner les artistes, en faisant du travail « maison », mais de qualité. Il ne s’agit pas juste de faire enregistrer un EP ou un album à un groupe et de le laisser se débrouiller seul ensuite. D’ailleurs on ne va pas forcément s’adresser qu’à des artistes de Reggae ou de Dub : pourquoi pas aussi du Rap, du Metal, de l’Electro ?

– Nico : Comme on dit, peu importe le genre, tant que ça « poutre » ! Et que ça reste dans notre esprit d’autogestion et d’indépendance. Nous ne sommes pas enfermés dans une étiquette reggae ; on ne met pas du vert, du jaune et du rouge partout ; on n’a pas spécialement envie d’aller en Jamaïque enregistrer un album à tout prix, ni de recracher tous les codes du genre.

– Charly : Je n’écris pas des textes sur Jah non plus ; ça reste quand même des textes assez simples, mais  un peu plus nuancé que les stéréotypes du genre.

 

65074_780283182037504_5026446729501514353_n– Quels sont donc les messages que vos chansons transportent ?

– Charly : Sur cet album, on retrouve des propos un peu engagés, mais aussi des choses plus spirituelles et poétiques, notamment dans le morceau qu’on a mis sur le teaser, dont le texte est pensé vraiment comme un poème. Alors, on n’a pas encore décidé si on allait le faire vraiment, mais entre nous, on avait pensé à doté le vinyle d’une face A qui serait la « bright side » avec les morceaux plutôt engagés et d’une face B qui serait la « dark side » avec les titres plus introspectifs.

– Nico : Il faut dire qu’il y a une évolution dans l’album : au fil des morceaux, plus on avance dans la lecture, plus on part sur des chansons plus psychédéliques et introspectives, avec des structures rythmiques moins évidentes, des grooves moins classiques. L’album commence plutôt roots pour finir en Dub psyché, avec une certaine progression au fil du disque qui amène vers cela.

– Viny : Si on écoute côté à côte le premier et le dernier morceau de l’album, ce sont deux atmosphères complètement différentes.

– Charly : Les premiers morceaux sont un peu dans la veine de l’EP précédent, comme « Holy Crisis » qui parle des mécanismes de la crise qu’on nous impose, alors que les derniers comme « All night Ravers », « So Far », et « Forces » sont assez métaphysiques. D’où le titre de l’album « Leave the empire » qui porte un double sens en fait : il exhorte à quitter ce système économique de la finance autant qu’il invite à quitter les propres prisons de notre système cognitif. C’est également le titre du dernier morceau de l’album, qui va nous amener, je pense, à l’avenir vers un style éloigné du Roots et beaucoup plus dans la veine musicale des derniers titres.

 

– Faut-il y entendre l’aveu d’une redéfinition de votre identité sonore et philosophique ?

– Viny : Le premier EP était très roots, et on adore ça ; on ne va pas le renier. Mais l’identité du groupe n’était pas vraiment définie ; nous n’avions pas de réelle marque de fabrique. Nous mettions trop en avant nos influences, alors qu’aujourd’hui nous avons trouvé notre son et précisé notre identité propre.

– Charly : On a trouvé notre son, et notre univers, y compris sur le plan des visuels. On a collaboré avec un artiste graphique, le peintre Zong [http://zonghuile.free.fr/], pour la pochette notamment. On a donc une image aussi un peu plus personnalisée. On trouve ses toiles extraordinaires et l’une d’elles a servi de base pour créer la pochette de l’album. On pense à réaliser peut-être avec lui une performance artistique qui allierait un live du groupe et la réalisation d’une peinture.

– Nico : Les démarches artistiques hybrides sont cohérentes avec l’idée de notre label d’apporter autre chose et pas uniquement de la musique.

 

8745_518816144850877_2092945015_n– Vous êtes un groupe qui déploie sur scène une énergie assez incroyable. Rencontrez-vous des difficultés pour être programmés ou peut-on espérer des concerts très bientôt?

– Viny : Pour ce qui regarde la diffusion et le démarchage pour trouver des dates de concert, c’est plus compliqué, car on se débrouille tout seul. Autant nous sommes hyper actifs en ce qui concerne la composition et la production, autant le démarchage est notre point faible. Déjà nous présentons la contrainte d’être 9 musiciens sur scène, et il n’y a plus des masses de salles ici qui peuvent « vendre » notre qualité de live. Nous avons fait de très bons concerts, avec de bons retours, mais nous ne sommes pas encore suffisamment bien implantés et identifiés, comme le serait un groupe qui joue régulièrement. Il y a de moins en moins d’accessibilité aux lieux de spectacle, et quand on est un groupe de 9 ou 10 musiciens, on ne peut pas jouer dans n’importe quelle cave ou n’importe quel petit bar, tout simplement à cause du manque d’espace. Notre problème est celui là : artistiquement, nous avons besoin d’être autant pour faire notre musique, mais logistiquement, ce n’est pas adapté à ce que veulent les programmateurs.

– Nico : On a fait beaucoup de dates au début, moins maintenant. Il ne faut pas se mentir : d’autres circonstances entrent en jeu, notamment la disparition de beaucoup de salles de concert, dont le Booboo’zzz  Bar, qui était le lieu emblématique du Reggae à Bordeaux ; sa fermeture nous a d’ailleurs couté la release party de notre EP qui était prévue deux semaines après. Et puis comme nous ne vivons pas financièrement du groupe –nous travaillons tous à côté-  il n’est pas question de faire des concessions sur notre musique pour se vendre. Donc nous faisons avec les contraintes que ça engendre.

– Charly : Le milieu de la musique a beaucoup évolué ces dernier temps ici, et la plupart des lieux de concert privilégient les formations réduites ou les soirées DJ où un seul musicien et deux platines suffisent à faire danser les gens. C’est beaucoup moins cher et bien moins compliqué à organiser du point de vue technique.  Au début, nous avons joué beaucoup et nous avions en quelque sorte réussi à nous insérer dans le circuit des concerts localement et même au delà, puisque nous avons joué ailleurs. Et puis nous avons un peu quitté le circuit le temps de réaliser l’album, et pour jouer ici, il est important d’en faire partie. L’album va nous y aider, puisque ça nous fait un nouveau support à diffuser ; et puis nous possédons à présent un gros réservoir de compositions, ce qui n’était pas forcément le cas avant. Nous planchons sur la programmation pour 2017. On jouera probablement dans certains festivals, mais nous attendons pour annoncer les dates via notre site.

– Viny : On en a besoin, car quand on joue, il y a une réelle osmose avec le public, et ça nous stimule beaucoup. C‘est très dur de travailler une année entière sur des compositions, sans qu’il y ait d’échange avec le public, de retour sur ce qu’on fait. Pour tenir un projet, il faut pouvoir le partager.

– Charly : Ça reste l’essentiel. La production est une chose importante, mais le live est quelque chose de nécessaire qu’on a toujours mis en avant.

 

– Dernière question pour ceux qui n’auraient pas pu participer en temps au financement : comment se procurer l’album ?

– Nico : Il est possible de la commander via notre site. Le relai se fera sur le bandcamp, là https://thedawnproject.bandcamp.com/

 

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Miren Funke

 

Liens : bandcamp : https://thedawnproject.bandcamp.com/

Facebook : https://www.facebook.com/thedawnproject/

 

 

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