Hubert-Félix Thiéfaine en concert à l’Olympia d’Arcachon

3 Nov

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N’ayant jusqu’alors choisi de voir Hubert-Félix Thiéfaine en concert que sur des scènes ouvertes au plein air, par goût des ambiances festivalières, du vent auquel ses mots nous remettent, et du sentiment de liberté, j’appréhendais cet Olympia d’Arcachon aux places assises et assignées, dont j’imaginais, à tort, l’atmosphère étouffée et quelque peu coincée. La soirée pouvait s’avérer intimiste ou bien viciée. Un concert de Thiéfaine, c’est un public venu partager son patrimoine à lui, ses hymnes, ses souvenirs, sa passion. Ça chante, ça se lâche, ça fume, ça boit, ça pleure, se marre et fête ses rites. Ça exalte et ça exulte… Quelle ne fut pas mon étonnement de me surprendre à apprécier le calme d’une immuabilité corporelle lovée dans un fauteuil, la conscience entièrement happée par le crépusculaire « En remontant le fleuve » qui ouvrait le concert ce vendredi par un moment d’une intensité rare.

imgp5495Mais puisque toujours faut se tenir debout, il ne fallut pas attendre le troisième morceau pour qu’avant même les premiers riffs de « Errer Humanum Est », une partie du public ne décide de se lever et de descendre devant la scène pour célébrer ces communions dont il a l’habitude avec Hubert-Félix Thiéfaine et ses musiciens. Rassurée ? Certainement ! C’était parti pour des retrouvailles avec l’esprit festif et l’humanité familière d’un univers dans lequel nous plongent les concerts de l’artiste, parti pour un peu plus de deux heures d’ un set éparpillant entre les titres des derniers albums quelques classiques qu’on garde toujours contre son coeur, tels, entre autres, « Autoroute Jeudi d’Automne », « Lorelei Sebasto Cha», « Alligator 427 », ou encore un très rock « 113ème Cigarette sans dormir » aux nervures incisées par les griffes acérées des guitares d’Alice Botté et Lucas Thiéfaine, sans oublier les incontournables « Les Dingues et les Paumés » et « La fille du coupeur de joints » réservés pour le  rappel . Alors que certains, restés assis, optaient pour une écoute attentive et délicieuse des paroles, le nombre des admirateurs dansant au pied de la scène ne cessaient de croitre, redimensionné par l’arrivée incessante de gens ne tenant plus en place. Splendeur du mouvement perpétuel d’une salle vivante, vibrante, aimante. imgp5480 Au milieu du concert, l’électricité s’apaisa le temps d’une plage intimiste pour une interprétation épurée, seul avec guitare et harmonica, de « Petit matin 4.10 heure d’été » et d’un émouvant « Je t’en remets au vent », fredonné en chœur par le public, avant que le groupe des musiciens rejoigne l’artiste pour une version suave et aérienne de « Syndrome Albatros », suivi de titres qui relançaient énergiquement le concert ( « Stratégie de l’inéspoir », « 113ème Cigarette sans dormir », « Bipède à station verticale» notamment).

imgp5446Une fois de plus, un concert d’Hubert-Félix Thiéfaine ne tardait pas à convoquer les souvenirs d’hier et en même temps à fabriquer ceux de demain. Murmures de rêves confus… Chacun ses mémoires troubles ou vivaces, chacun ses nostalgies douloureuses ou magnifiques, chacun ses fantômes épouvantables ou féeriques. Le miens ne sont ni plus laids ni plus beaux que ceux des autres, mais l’écho des mots du poète ce soir encore me ramène à l’émerveillement d’un exil, à la providence d’un asile, au secours qu’une parole, une musique, un univers peuvent apporter, à la passion qu’ils peuvent faire naitre, au message qu’ils peuvent transmettre. Thiéfaine, lugubre ? Sordide ? Déprimé/déprimant ? Jamais ! Et moi je lis ses lettres le soir dans la tempête…  Ma tempête, ce fut une année sinistre dans mon enfance qui aurait bien pu étendre son ombre sur le reste de ma vie, si ma route n’avait pas croisé les chansons de l’artiste il y a 30 ans et entendu qu’on pouvait regarder le monde ailleurs, le voir autrement. Quand la chanson s’autorise à apprivoiser l’obscurité, à désamorcer le drame, à rire du fatalisme, à renverser la réalité pour faire du beau avec ce qui est moche, négatif et triste, créer du quelque chose contre le rien, c’est un peu de sens donné à l’insensé pour recoller du soleil sur nos ailes d’albatros…  imgp5437Une fois encore un concert au milieu de ces gens, liés par les chansons d’Hubert-Félix Thiéfaine, et visiblement intrinsèquement atteints du même syndrome me rappelle combien c’est parmi eux que je me sens à ma place. L’esprit si particulier au public de l’artiste était au rendez-vous pour une soirée chaleureuse, à laquelle la gentillesse de tous les travailleurs de l’Olympia d’Arcachon n’était d’ailleurs pas étrangère. Un lieu de spectacle accueillant, sympathique, et géré par des personnes attentionnées et bienveillantes qui ont contribué à nous faire vivre ce concert avec un sourire vainqueur jusqu’au dernier soupir, jusqu’à cet ultime cadeau de Thiéfaine revenu seul avec sa guitare pour répondre à l’appel de la salle entière qui chahutait aux cris de « Hubert ! Hubert ! » après le dernier rappel : « Des adieux ». Des adieux ? Non. Pourvu que ce ne soit qu’un « au revoir », mes frères.

 

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Miren Funke

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