Archive | novembre, 2016

Baptiste Vignol, les tubes, ça s’écrivait comme ça

30 Nov

 les-tubesComment naissent les chansons ? Ici, c’est avec les créateurs de l’ombre, les auteurs-compositeurs souvent ignorés du public qu’on entre dans la genèse de la création-chanson. Il est assez courant de résumer en disant, une chanson de Claude François, de Salvador, de Bashung, de Montand, ou de Piaf (qui a été aussi auteur de pas mal de chansons) de Joe Dassin, alors que la plupart du temps, ils sont la voix, la vitrine, de chansonnistes, terme préférable à celui un peu réducteur parolier.

La chanson naît d’une anecdote, d’un souvenir, d’une émotion, une idée qui passe, de trois p’tites notes de musique, il n’y a pas de règle établie. On découvre, on approfondit avec ce livre, qu’un tube ne répond pas à une recette standard, il faut du métier bien sûr, une chanson n’est pas simplement un poème, elle est associée à une musique, et c’est la fusion des deux qui en fait le petit miracle de cette chansonnette qui fait lalala quand on a oublié quelques paroles, et le nom d’l’auteur, mais pas les émotions qui l’ont gravée dans la mémoire.

Un tube, on ne sait jamais vraiment, comme le souligne un des auteurs au départ d’un projet potentiellement tubesque,  tu en vends 20 ou 300 000 . Il y a assez d’exemples de méga-succès qui n’avaient aucune chance au début selon les professionnels de la profession, comme  Le métèque  relégué au fond de la face B du 33T, pour faire plaisir à l’auteur de Milord… On sait ce qu’il en est advenu.

On va y trouver aussi dans les témoignages des auteurs, toute la complexité des relations humaines, quand s’entrelacent l’affectif, les affaires, les susceptibilités, les egos destructeurs, les passions éphémères, l’oubli des services rendus, mais aussi l’élégance de la reconnaissance quand Sardou présente Vline Buggy à son aéropage d’admirateurs:  c’est grâce à cette dame si j’en suis là aujourd’hui. (Bercy années 2000)

Et les portraits que font les auteurs de « leurs artistes »  sont sans complaisance, beaucoup moins convenus que les portraits habituels, ils répondent à cet adage, Un ami c’est quelqu’un qui vous connait bien et qui vous aime quand même. 

Leurs noms ne disent rien au grand public, qui connaît pourtant par coeur leurs chansons. « Le Téléphone pleure », « L’Eté indien », « A bicyclette », « Banana Split » « Tout doucement », « La Madrague », « Les Démons de minuit », « Pour le plaisir », « Mélissa », « Vertige de l’amour », « Une chanson douce »…

Quinze paroliers d’élite sont ici  réunis pour la première fois. Pierre Barouh, Boris Bergman, Vline Buggy, Vincent Baguian, François Bernheim, Jean-Paul Dréau, Jacques Duvall, Claude Lemesle, Maurice Pon, David McNeil, Jean-Michel Rivat, Jean-Max Rivière, Richard Seff et Frank Thomas… Autant de témoignages riches et passionnants.

Une notule en passant, Maurice Pon (une chanson douce) justifie en grande partie ce qui a valu à Zaz une volée de critiques au ras des pâquerettes, sur « une certaine légèreté dans les les années 40-45 » : ce n’était pas toujours léger, mais c’est vrai qu’on cherchait la fantaisie, qu’on jouait , qu’on s’amusait… et c’est ce qu’attendait le public.

robert-nyel-33-tours-869176597_lOn lira avec tendresse la dernière interview de Robert Nyel, un personnage brélien, parti vers d’autres rivages ce 26 Novembre, auteur de nombreux tubes, et retiré des affaires du showbiz pour peindre dans son pays de soleil.

Pour rappel , il a écrit « Déshabillez-moi » « C’était bien » «  Ma p’tite chanson »… et chanté « Magali »…

Lire aussi cette bio sur le site de Baptiste Vignol, c’est là, clic sur la photo   Robert Nyel.ce-quon-couv

Le livre est paru il y a quelques jours aux Editions La Tengo. En vente libre.

Et dans les livres sur la chanson en coulisse, un rappel : « Ce qu’on sous entend dans les chansons, voir ici , clic sur la couv’ 

 

Norbert Gabriel

 

 

Romain Didier, dans ce piano tout noir… le 5 Décembre

30 Nov

affiche-romain-didier-40x60-cafe-de-la-gareIl y a quelques mois, Romain Didier était à Aubercail pour son spectacle, « Dans ce piano tout noir« ,  c’est aussi un album qui va être fêté ce 5 Décembre avec un concert exceptionnel au Café de la Danse.  Qu’y a-t-il dans ce piano?

C’est la lampe d’Aladin, ce piano. Romain Didier l’effleure, il en jaillit des bouquets, des cascades, dans ce piano tout noir, il y a des musiques de toutes les couleurs, des arc-en-cieux, des feux d’artifice, du piano Chopin, du piano Gershwin, le rag-time et la rhapsodie de la vie… C’est une fresque humaniste et rêveuse, nostalgique et réaliste, qui chante les mille et deux tableaux du grand show quotidien. Un tableau a souvent deux faces, recto verso, comme dans ma rue, une rue tranquille à première vue, question de scénario, l’un chante, l’autre pleure. Les gens gentils sont souvent des salauds En manque de scénario ?

Et les deux sont le plus souvent entremêlés.

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Photos©NGabriel2016

Dans ce piano tout noir, il y a les souvenirs, les beaux échos et le temps qui passe, la mémoire sépia, parfois, il y a les chansons de toutes ces années qui se répondent, Julie la Loire qui revient, intacte, de Fiumicino ? Il y a des traces de Barbara, Lemarque, Ferré, Aznavour, Bécaud, un souffle oriental, une brise irlandaise, un carrousel merveilleux, et le temps se suspend… Dans ce piano tout noir, on a entendu une suite en trois ou quatre chapitres, fluides, le silence attentif du public était aussi de Romain Didier dans ces tranches de souvenirs qui rappellent, au cas où on aurait oublié qu’il est aussi grand auteur que grand musicien. C’est une autobiographie musicale, avec deux Romain Didier AAAA NB 26-05-2016 20-49-53 2102x1924.JPGpages ajoutées, Et maintenant, et La folle complainte. Et aussi cette petite suite de comptines revues et dérangées, avec cette délicieuse touche acidulée qui grince un peu avec jubilation. Avec  Le prisonnier de Nantes, celui que la fille du geôlier a libéré, vous serez peut-être surpris de cette version inattendue…

Ce spectacle est une vraie parenthèse enchantée dans laquelle le temps est suspendu, à l’entracte avec un aimable collègue dont les initiales sont P.E. nous avons eu à peu près la même réflexion, «  ça a duré un quart d’heure ou une heure? »

Et pour tout savoir, sa vie, son oeuvre, ses projets et les concerts où vous pourrez le voir, c’est là, clic sur le clavier du piano, un Fazioli, bien sûr, et  ça s’ouvrira.

       piano Faz

Norbert Gabriel

Valérian Renault et Guilhem Valayé en concert(s) à Bordeaux: rencontre avec les deux artistes

30 Nov

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Le 19 novembre dernier, c’est une paire artistique fraichement formée qu’accueillait l’association Bordeaux Chanson au Théâtre l’Inox (ex Onyx) pour une soirée musicale délicieuse, qui allait happer le public présent. Permettons nous d’ailleurs un instant d’aparté au sujet de cette association culturelle, dont l’engagement auprès des auteurs compositeurs et interprètes a fait du théâtre un des rares lieux bordelais où la chanson est invitée à s’exprimer et rencontrer son public, dans l’intimité et la proximité d’une scène qui tient encore l’art et la culture pour nécessaires et vitaux. Revenons à nos gloutons… Gloutons de beauté, épris de poésie, avides de ces histoires qui se racontent avec le verbe subtil et l’accord harmonieux, la salle en était pleine pour écouter ce soir là deux concerts, ou plutôt trois, successifs de Guilhem Valayé et Valérian Renault, les deux artistes offrant au public, après leur concert respectif, un bonus de cinq chansons interprétées en duo.

C’est Guilhem Valayé qui ouvrait la soirée, accompagné de sa guitare folk. Profitant d’un temps mort dans le calendrier de son groupe, 3 Minutes sur Mer dont l’album sortira en 2017, pour s’offrir quelques dates de chanson acoustique en solitaire, le garçon venait interpréter ses compositions personnelles (ne disposant hélas pas encore d’enregistrement), au beau milieu desquelles s’étaient glissée une reprise toute en douceur de « Pendant que les champs brûlent » de Niagara. Le timbre mélodieux et l’émotion juste, cette voix possède une saveur envoutante qui a la magie de mettre en état second, jusqu’à presque faire perdre à la conscience le sens des paroles, envolées en une poésie libre, affranchie du conformisme esthétique. Si l’enchantement ne tourna pas à l’hypnose, c’est que l’artiste dose habilement ses échanges avec le public entre chaque chanson, pour le ramener au contact de l’instant avant de le rembarquer dans les voyages de ses histoires intimistes avec une grâce qui lui semble naturelle.

Après un entracte convivial -l’Inox tient à disposition un petit bar, dont les recettes soutiennent les activités de l’association-, sous les projecteurs, en voilà un autre qui dose habilement le jeu de sa mise en scène, intercalant du comique et convoquant des cascades de rires entre la gravité et les larmes intérieures vers lesquelles nous déportent les sujets amers, tristes et parfois lourds que la chanson aborde : la rupture amoureuse avec « Joueuse »,  le calvaire des enfants « différents » mis à l’écart avec « L’enfant », les aigreurs de l’amour inaccessible avec « T’es belle » précédée d’un poème déclamé, la complexité des rapports filiaux avec « Le lien », ou encore l’isolement psychiatrique avec « Sans Ma pilule » de Guilhem Valayé chantée en duo. Valérian Renault, un drôle de manque d’assurance théâtralisé, sait se faire comédien pour injecter légèreté et dérision au spectacle (on n’échappa pas à une récréative imitation furtive de J-J. Goldmann à l’occasion d’un « encore un matin » lâché au milieu d’une chanson). Et la terrible humanité des propos ainsi que l’exigence littéraire qui structure son écriture ne ressortent que plus poignantes de ce contraste. Devant ce clown qui jongle avec les émotions, le regard alternant d’une expression à l’autre, c’est une immense tendresse qui envahi le cœur, réceptacle empathique ne perdant aucune miette des histoires, n’occultant aucun relief des personnages et des sentiments auxquels les chansons prêtent la chair de leurs mots pour leur mettre bien plus qu’une peau sur les os. Concert succulent jusqu’au bout, et même par delà, Guilhem Valayé revenant sur scène rejoindre son ami pour interpréter cinq chansons en duo, dont une reprise de « La tendresse » de Bourvil, avec une complicité non feinte dont on peut apprécier la rareté, à une heure où le cabotinage de nombreux autres artistes la sur-joue, parfois de manière exaspérante. Si elle passe, si ils passent près de chez vous, fendez donc l’opercule et sortez de vos coquilles pour un beau spectacle.

Mais revenons quelques instants avant le concert… Les deux artistes, non sans humour, acceptaient de nous accorder un entretien.

 

 

imgp5672– Messieurs bonsoir et merci d’accepter cet entretien. Vous tournez depuis peu ensemble, avec cette formule de plateau commun. Comment vous-êtes vous rencontrés et d’où est née l’idée de ce duo ?

– Valérian : La formule est toute récente ; on a créé ça cette semaine, à Toulouse, au Bijou. Nous y avons joué jeudi et vendredi, et nous faisons ce soir notre troisième date ensemble. On s’est rencontrés, il y a une dizaine d’années maintenant, au Printemps de Bourges. J’y ai vu par hasard un concert de 3 Minutes sur Mer, que j’ai beaucoup aimé et je suis allé féliciter Guilhem dans les loges. Nous nous sommes bien entendus et sommes devenus de « vieux copains ». L’idée du plateau en duo est venue d’Emma Chauvet, de la salle de spectacle toulousaine Le Bijou, qui avait très envie de programmer Guilhem, ainsi que de me reprogrammer, mais j’y été passé peu avant. Donc elle a eu cette idée d’un co-plateau, un petit peu amélioré, qui consiste en un concert de Guilhem, suivi d’un concert de moi, le petit plus étant une troisième partie de concert où nous revenons tous les deux sur scène faire une petite demi-heure de chansons en duo, certaines de Guilhem et certaines de moi qu’on a mises en deux voix et deux guitares, et terminer par une reprise ensemble.

– Guilhem : En fait il est déjà arrivé que l’on s’invite sur des concerts l’un de l’autre, donc il y a déjà quelques vidéos qui circulent sur youtube. Et c’est justement suite à ces participations ponctuelles que Valerian m’a embarqué en tournée sur un plateau en me proposant de partager des chansons. Après, il y a de fortes chances que ça évolue au fil des dates, car plus nous passons du temps ensemble, plus nous avons envie de faire des chansons. Donc je pense qu’on est partis pour un spectacle de quatre heures d’ici la fin de l’année…

 

Et une éventuelle collaboration dans la création ?

– Guilhem : Mettez nous plus longtemps sur la route, et il y a de fortes chances que naissent des collaborations.

– Valérian : Cela pourrait tout à fait arriver. Il y a en ce moment une dynamique de cet ordre, en tous cas pour ma part. Cela fait quelques années que je tourne tout seul sur scène avec ma guitare, et j’ai l’envie de rencontrer sur scène d’autres artistes. Cette aventure rentre dans cette dynamique là. Et puis nous avons joué en octobre dernier un autre projet qui s’appelle « Cinq », pour lequel nous avons réuni Nicolas Jules, Imbert Imbert, Chloé Lacan, Guilhem et moi, sur un même principe : nous mélangeons tous les cinq ensembles sur scène nos répertoires tout au long du concert. Je pense qu’il y aura encore d’autres idées de ce genre…faire des solos à plusieurs.  

 

imgp5654– Comment avez-vous ressenti l’accueil du public ?

– Valérian : Très enthousiaste. Ce sont deux soirées magnifiques qui ont eu lieu à Toulouse. Déjà les gens ont profité de nos deux concerts solos à chacun, parce que c’est avant tout un co-plateau. Et puis de cette troisième partie en duo les a laissés très enthousiastes ; ils auraient voulu qu’on joue une heure de plus.

– Guilhem : Surtout qu’on ne s’entend pas du tout sur scène !

– Valérian : Oui… C’est vrai qu’on est des vieux copains, donc c’est beaucoup plus facile sur scène : nous n’avons pas besoin de singer la complicité. On sait bien que dès qu’il y a un duo à la télé, il faut se regarder dans les yeux, s’embrasser à la fin, comme si on vivait un grand moment de complicité. Ça ne sonne pas toujours vrai. Nous ne cherchons pas à le faire, mais ça donne quand même finalement cet effet là, parce que pour le coup, c’est une réalité.

 

– A l’heure actuelle où les budgets, tant individuels que publics, consacrés à la culture et l’art, sont considérablement restreints, cette alternative ne peut-elle pas aussi présenter une stratégie permettant de palier un peu aux circonstances économiques ?

– Valérian : Bien sur ! C’est une manière aussi de proposer des solutions. Il y a un problème de remplissage des salles, par un public qui se fait de plus en plus casanier, ou frileux, ou pauvre. Alors c’est superbe, parce que quand des gens viennent voir Guilhem, ils ne me connaissent pas forcément et c’est pour eux l’occasion de me découvrir, et inversement. Tout le monde a à gagner à cela. Et puis plutôt que d’attendre que ce soit des programmateurs qui opèrent des regroupements avec deux parties de soirée qu’eux ont choisies, pourquoi ne pas proposer nous-mêmes, en tant qu’artistes, quelque chose de logique et cohérent, en quelque sortes une soirée « clés en main » ? On peut choisir nous-mêmes notre partenaire. Comme ça on est sûrs de pouvoir aller lui dire à la fin du concert « j’ai beaucoup aimé ce que tu fais ».

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– Chacun de vous a ou a eu une expérience de groupe assez intense. Comment est survenue l’envie, le besoin peut-être, de se frotter à une forme d’expression de plus solitaire ?

– Valérian : J’ai passé douze ans avec les Vendeurs d’Enclumes. Et puis j’ai eu une envie d’aller voir ailleurs. Je compare un peu cela à des histoires de couples : parfois ça se termine, sans forcément qu’il y ait de raison. Douze ans, c’était bien ; ça ne m’a pas paru long. Mais justement je n’aurais pas aimé que ça me paraisse long. Je travaillais avec des musiciens, qui avant de s’investir dans les Vendeurs d’Enclumes, étaient tous dans le Jazz ou des projets improvisés où ils avaient une grosse part d’expression. Depuis des années, avec les Vendeurs, on ne faisait plus que ça : on tournait beaucoup, et on n’avait plus le temps de faire autre chose. Et je pense que ça leur manquait. Et de mon côté, il me manquait de revenir dans de toutes petites salles, de retrouver un rapport très brut à la chanson, avec juste trois accords de guitare et une voix. J’avais besoin de mettre plus mes textes en avant. Donc quand on s’est rendu compte qu’on avait tous un peu envie d’aller voir ailleurs, on s’est dit « pourquoi pas y aller ? », tout simplement. Je ne regrette pas ; c’est une carrière totalement différente, dans des salles différentes et devant un public différent. Et je m’éclate là dedans. Je suis content d’avoir connu les deux. Je suis passé du maximalisme du groupe au minimalisme total du solo, et désormais je prépare une troisième formule : le mois prochain, je commence un nouveau spectacle en duo avec un guitariste, Pascal Maupeu, et je pense que ça va être un peu la tournée « de la maturité », un juste milieu entre l’excès de musique et l’excès de dénuement. 

– Guilhem : Pour ma part, je suis toujours en groupe, avec 3 Minutes sur Mer. Nous avons sorti un EP en mars dernier, et le prochain album studio arrive en 2017, ce qui fait qu’il y a eu des décalages dans les dates de sortie qui m’ont permis d’aller faire des dates tout seul. J’avais besoin de jouer et d’explorer une chanson plus folk, là où avec le groupe nous avons un répertoire plutôt de rock lancinant. J’aime bien me balader avec cette guitare acoustique et retrouver cette musique que j’ai découverte avec Valerian en allant au Québec. C’est donc pour moi une voie parallèle, plus légère et facile à déplacer, qui me permet de jouer dans d’autres salles, où on ne peut pas débarquer à 5, avec batterie, clavier, etc…

– Valérian : Cela permet de raconter autre chose aussi, de véhiculer d’autres émotions.

– Guilhem : C’est ça ! J’avais besoin de cette chanson dans ma langue maternelle pour raconter autre chose. S’il n’y a pas de solo de guitare, ce n’est pas grave ; je peux me balader plus autour de ma voix. C’est un autre chemin. Et puis je vais retrouver mon groupe pour faire la première partie de Zazie au Bataclan bientôt, le 15 décembre, avant de repartir faire quelques dates avec Valérian. Je suis donc sur deux rails parallèles, qui ne vont sans doute pas tout le temps dans la même direction.

 

imgp5700bis– Pouvez-vous nous raconter vos parcours respectifs avec la musique?

– Guilhem : Personnellement je suis passé par le conservatoire plus pour convaincre ma famille que j’allais devenir musicien. Je suis jardinier de formation ; je possédais donc déjà un métier qui m’avait fait entrer dans la vie active. Mais j’avais la passion de la musique, et le seul moyen dont je disposais pour pouvoir prendre des cours de chant, du moins le moins cher, c’était le conservatoire. J’ai donc passé le concours d’entrée, et on m’y a accepté. Je me suis alors retrouvé à faire de l’opéra et à travailler entre Aix en Provence et Paris. J’ai arrêté à regret, car j’aurais aimé continuer ; mais faire le conservatoire était initialement plus un prétexte pour pouvoir aller jouer mes chansons dans les cafés. Donc au moment où mes chansons avec 3 Minutes sur Mer étaient prêtes, j’ai lâché le conservatoire pour commencer à tourner. Et puis j’ai recommencé il y a à peu près deux ans, parce que j’ai redécouvert le gout du travail sur la voix par les professeurs de chant qu’il y avait sur l’émission « The Voice » à laquelle j’ai participé. Avec l’âge, retravailler la technique m’a permis de comprendre qu’il n’existe pas deux mondes distincts, à savoir d’un côté celui de la voix lyrique et de l’autre celui de la chanson, mais qu’on peut prendre les techniques qui marchent dans le lyrique pour les injecter dans la chanson.

– Valérian : C’est drôle, je me rends compte qu’il y a chez moi quelques similitudes. C’est vrai que faire le conservatoire a rassuré les parents, quand je leur ai dit que je voulais devenir artiste. J’ai commencé par le conservatoire de théâtre, juste après mon bac. Et une fois arrivé là bas, ma vie a commencé : se retrouver avec des gens de son âge qui sont tous un petit peu bizarres, parce qu’artistes, et d’un coup ne plus être le seul type bizarre au fond de la cours d’école, était super ; d’un coup, la cour était remplie de gens bizarres et je me sentais vraiment chez moi ! Et comme pour le même prix, on pouvait facilement accéder à toutes les disciplines que proposait le conservatoire d’Orléans, je me suis mis au chant lyrique, au solfège, à la danse, et un peu à tout en dilettante, comme j’avais fait le reste de mes études. J’étais déjà passionné de chanson, et ça s’est rapidement éclairci dans ma tête que je voulais écrire et chanter des chansons ; pour moi c’est une discipline qui regroupe plein de disciplines artistiques, sans qu’il y ait forcément besoin d’être spécialiste dans aucune d’entre elles. Pour monter sur scène, il faut de l’écriture, de la composition musicale, du chant et du théâtre pour interpréter. Tout a donc rapidement pris sens, en ayant un peu de formation théâtrale, un peu de musicale, un peu de littéraire et un peu de danse. Je ne pense pas que j’aurais pu devenir spécialiste d’aucune de ces disciplines ; mais en les regroupant toutes, j’avais un superbe bagage pour réaliser mon rêve qui était de devenir chanteur de chansons.

 

imgp5684– Valérian, tes textes présentent une qualité littéraire animée par les soucis d’un certain esthétisme. Comment, et peut-être par quel(s) auteur(s) t’est venu le gout de cette écriture ?

– Valérian : L’envie d’écrire m’est venue très tôt ; ça a été mon premier mode d’expression. J’étais bien plus à l’aise sur une feuille de papier qu’à l’oral. Mon rapport aux autres n’était pas forcément évident au début ; je n’étais pas très communicatif. J’ai donc commencé à écrire très jeune, sans savoir pourquoi au début ; c’était comme un besoin. Et un jour j’ai réalisé que ce besoin pouvait aussi devenir un métier. Mon écriture a toujours été tournée vers la poésie, et une poésie assez classique, qui ne m’a jamais vraiment lâché. J’essaye pourtant parfois de me forcer à plus de modernité, de me tourner vers la prose, le vers libre.

 

– Poésie classique. Quelles lectures en particulier t’ont frappé et pourquoi ?

– Valérian : Je crois que la première poésie qui m’a touchée a été celle de Brel et Brassens, donc via la chanson. Plus tard je me suis intéressé à des poètes, mais sans jamais avoir été un grand lecteur. Je suis sensible à des poètes très variés ; ça peut aller de Paul Valéry à Gherasim Luca. J’essaye  de chercher la cohérence qu’il y a chez ces différents poètes, et je crois que le point commun entre les poètes que j’aime est qu’ils sont ce que j’appellerais des formalistes. C’est-à-dire qu’ils élèvent la forme au rang d’universelle : peu importe ce qu’on raconte, si c’est parfaitement bien raconté. Si la forme est harmonieuse et belle, on touche à l’absolu. Pour exemple ce poème de Paul Valéry que j’adore, Les Grenades : il parle d’une grenade trop mûre qui commence à s’éclater et décrit la lumière qui jailli de cette faille dans le fruit ainsi :

« Et que l’or sec de l’écorce

A la demande d’une force

Crève en gemmes rouges de jus

 

Cette lumineuse rupture

Fait rêver une âme que j’eue

De sa secrète architecture ».

 

C’est une nature morte en poésie ; il parle d’un fruit, donc ça devrait être ennuyant à mourir. Or en parlant de ce fruit, il arrive à parler de l’architecture du monde, tout comme le poète anglais William Blake qui disait qu’on pouvait voir tout l’univers dans un grain de sable. L’harmonie, la perfection, la beauté -qui est une notion floue mais que pourtant nous avons tous- parlent au sens universel. Quand on touche au beau, peu importe par quel biais, on touche à une forme de vérité ; je pense qu’il y a des formes de beauté universelle : les abeilles et les hommes seront tous d’accord pour dire qu’une fleur, c’est beau.  Donc pour revenir au sujet, peu importe ce qu’on raconte, rechercher l’harmonie et la justesse dans la forme, la façon de dire, suffit à être utile et faire du bien.

 

– Jusqu’à être plus importante que le message ? Ou est-ce justement ça le message ?

pochette– Valérian : Oui, c’est ça le message. Ce poème de Paul Valéry a changé ma vie. Alors qu’honnêtement, les grenades, je m’en fous ; je ne suis même pas sûr d’en avoir un jour mangé. Le message qui ‘il y avait à passer dans ce poème, si ce n’est de dire qu’un fruit trop mûr éclate, est que peu importe qu’on parle d’une table, d’une chaise ou une crotte de chien, du moment que ça débouche sur cette espèce de vérité universelle. C’est ça qui me bouleverse. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai tendance dans mes chansons à parler de choses assez vilaines, à saisir la laideur qu’il y a en chacun de nous, la regarder en face, et essayer de voir en quoi on peut quand même en faire quelque chose de beau et comment on peut s’aimer quand même.

– Guilhem : C’est marrant, en t’écoutant je réalise qu’on s’entend bien à travailler ensemble parce que je dois faire tout l’inverse. On a passé un mois et demi à écrire ensemble. Valérian est très attachée à la forme ; il a un gout et une formation assez classiques pour l’esthétique. Je peux parfois faire le contraire exact ; je peux faire sauter une rime, ou rajouter ou enlever un pied, peu importe, parce que ma priorité va être la syllabe pour chanter. Une fois que tu es conscient de ta structure de texte, ce n’est pas la même chose  de savoir qu’il manque un pied et de décider de l’enlever par choix esthétique, que d’être complètement ignorant des règles.

– Valérian : Il faut connaitre les règles avant de pouvoir les violer ; c’est la moindre des politesses.

– Guilhem : Voilà ! Tu vois, quand il met en forme un truc dégueulasse…  Alors quand je l’écoute l’expliquer, je me dis qu’on est complémentaires.

– Valérian : C’est sûr ! Et c’est vraiment ce qu’on a envie de proposer avec un spectacle comme celui de ce soir : deux concerts qui n’ont rien à voir, à part le fait que tous les deux, on chante et joue de la guitare, mais qui se complètent, parce qu’on cherche la même chose, c’est-à-dire, émouvoir les gens, leur faire du bien, parfois en leur faisant du mal d’ailleurs. Je leur fais du mal pour leur faire du bien, parce que je pense que c’est cathartique. C’est joli de voir tous les chemins qu’on peut prendre pour arriver à satisfaire à la même ambition de servir à quelque chose et faire du bien aux gens. Nous prenons deux chemins totalement différents et complémentaires, et c’est joli de le faire ensemble.  

 

imgp5636-2– Valérian, tu nous as parlé de Brel et Brassens déjà. Y a-t-il d’autres artistes qui ont pu vous toucher au point de vous transmettre le virus et vous inciter à choisir cette voie ?

– Guilhem : Moi, c’est Bono de U2. Quand j’étais môme, à la découverte de la bande FM, il y a eu plein de choses que j’ai adorées. Mais c’était la radio ; je n’avais aucune idée de ce qu’était un disque. Mes parents écoutaient la Chanson Française et du Blues, mais, ma découverte, c’était la radio. Et un jour j’ai vu une pub pour l’album « Zooropa » de U2, et écoutant défiler les titres, je me suis rendu compte que la majorité des chansons que j’aime sont chantées par le même type, qui porte un cuir et des lunettes de soleil et qui joue devant des centaines de milliers de personnes. Et là, tu te dis « je veux faire ça !». J’étais fasciné ; Dieu était debout.

– Valérian : Mais la différence entre Dieu et Bono, c’est que Dieu ne se prend pas pour Bono.  

– Guilhem : Mais voilà, j’avais 14 ans à l’époque, et je me disais que ce n’était pas possible qu’un seul type soit responsable d’autant de tubes. Je me suis pris une baffe monumentale avec le son de l’album « The Joshua Tree », ce côté rock épique, et le chant de Bono. Après en vieillissant, je n’ai pas adhéré à tout bien sûr. Mais ce premier émoi de la bande FM m’a beaucoup marqué. Et ensuite il y a eu Nirvana. Mais Nirvana, c’était plus de l’identité générationnelle. Et puis quand je me suis retrouvé à découvrir Noir Désir, Brel et Radiohead, pour être dans les plus classiques de ma génération, est venu l’envie de creuser d’autres choses, le gout de la musique et du texte.

imgp5710bis– Valérian : On n’écoutait pas vraiment de musique chez moi, mais je crois que la première fois que j’ai eu vraiment une cassette à moi que j’écoutais en boucle, c’était un album de Renaud. Sans doute parmi les gens qui ont été enfants dans les années 80, est-on plein dans ce cas là. Ceci dit, j’adore « feu » Renaud -c’est par amour pour le chanteur que j’ai aimé que je préfère parler comme ça-, mais ce n’est pas lui qui m’a donné envie d’écrire. Plus tard, vers 14-15 ans, j’ai découvert Brel, et c’est ce qui m’a donné le virus. C’était mon meilleur ami ; tous les soirs, je l’écoutais dans ma chambre : c’était le gars qui me réconfortait, qui partageait ma vie, sur l’épaule duquel je pouvais pleurer. C’était le meilleur confident du monde. Je me suis dit que c’était dingue que ça puisse aller jusque là : le gars était mort et je me faisais réconforter par un fantôme. C’est vraiment ça qui m’a donné envie d’en faire autant. Enfin, « autant », ce serait trop beau, mais du moins d’essayer d’être un jour un réconfort pour quelqu’un. La chanson peut être aussi juste un message à faire passer, un éclat de rire à partager, mais comprendre que la chanson peut être profondément utile, ne serait-ce qu’à une seule personne, a été la motivation principale. Je pense que l’art dépasse largement les artistes, et que l’œuvre peut être bien plus grande que celui qui l’a faite. Quand de temps en temps on est touchés par la grâce, ce n’est pas l’humain de chair et de sang qui est gracieux, c’est l’artiste, par un coup de chance, de hasard, d’inspiration peut-être… ça serait presque un peu mystique de dire ça, mais pourquoi pas ? Certains artistes m’ont bouleversé, et pourtant je n’aurais aucune envie de rencontrer les humains qu’ils sont, et qui seront sans doute décevants. Ça ne m’intéresse pas ; ce qui m’intéresse, ce sont les chansons qu’ils ont faites et qui ont changé ma vie. Il y a des artistes avec qui je n’aimerais pas du tout partir en vacance, mais ça ne m’empêche pas d’aimer leur œuvre. Et inversement je connais des artistes hyper sympathiques, mais dont je n’écouterais jamais les chansons. Bon, nous deux, c’est différent : on est à la fois très sympas et excellents, mais c’est hyper rare. C’est pour ça que dès qu’on arrive à Bordeaux d’ailleurs, c’est l’émeute ; y a déjà 29 réservations…   

 

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Miren Funke

Nous remercions l’équipe de Bordeaux Chanson pour son accueil chaleureux.

Liens :

Valérian Renault : https://www.facebook.com/valerian.renault/?fref=ts

https://www.facebook.com/fansdevendeursdenclumes/

Guilhem Valayé : https://www.facebook.com/guilhemvalayepublic/?fref=ts

http://www.3minutessurmer.com/

Projet « Cinq » :

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1712262415761324&id=1685442348443331&hc_location=ufi

Bordeaux Chanson :http://www.bordeaux-chanson.org/

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Le jour où… j’ai rencontré Pierre Barouh

22 Nov

( Cette très belle lettre est un commentaire à la suite de l’article « Saravah 50 ans »  et elle mérite d’être à la une.)

 

« Toute caresse, toute confiance se survivent ! » (Paul Eluard)

Avec Pierre Barouh,
Je fis un jour une rencontre,
Plus mille et une découvertes.

Pierre Barouh, pour un jour ou pour toujours, c’est…

Un banc, (1)
Un arbre, (2)
Une rue, (3)
Une vie qui chemine,
Une maison qui sommeille
Mille cœurs qui y battent.
Une petite qui chante,
Un joli nom qui rime avec Bahia.
Un café qui fume,
Un chat qui somnole,
Des mots d’allégresse qui sonnent doux,
« Ce parfum qui me vient de vous »

Une voix,
Des notes,
Un parfum de sagesse,
Une chanson de Noël,
Paulette et Benjamin,
Des racines vagabondes,
Une toute première chance,
Un bocage vendéen,
Tokyo, Santiago, Rio,
Québec et puis Paris,
Mais Raphaël et Sarah
Qui lui rappelle sans cesse d’où il vient.

Des tiroirs secrets d’où sortiraient tour à tour
Jean Roger Caussimon,
Un lapin agile,
Un cinéma de quartier,
Un texte de Prévert,
Les amants de Doisneau,
Le tombeau de Jésus-Christ
Un journaliste Rabelaisien, (4)
Un ballon pas très rond,
Capricieux témoin,
Symbole d’ovalie,
Simple comme un état d’esprit.

De l’eau qui coule puis s’en va,
Des rivières surgissant un peu plus loin,
Une porte qui s’ouvre dès que l’on y frappe,
Des amitiés interminables,
Des fidélités infatigables,
Des trahisons minables dont on parle à demi- mots.
Un homme, une femme,
Saravah 50 ans plus tard,
Un accordéoniste Niçois,
Vinicius et puis Baden,
Une musique blanche de notes et de rimes,
Mais nègre bien nègre dans sa peau.

Coup de téléphone un matin,(5)
Irlande sous le soleil de janvier,
Envol d’Henri Salvador pour un bout de paradis.
Message sur boîte vocale,
Juste pour vous dire qu’il pense à vous.
Toute caresse, toute confiance avec lui se survivent.

Œil qui devient paysage
Quand il évoque ses voyages.
Puis vient le jardin,
Bambous en plein Paris,
Et les Yeux de ma mère sur mon magnéto.
Concert à Bruxelles…

Et puis, et puis …. non…

Pierre, je vais m’arrêter ici car je pourrais parler de toi pendant encore mille ans.
Pierrot, Pierrot, comme tu le chantes, nous on a ton soleil devant nous pour toujours.
Moi je voulais juste te dire sans pudeur que je t’aime et t’admire car tu fus l’une des plus belles rencontre de ma vie.
Oui infiniment comme le dirait tonton Georges, il faut aimer les gens vivants et le leur dire.

Emmanuel De Ryckel

Ce petit texte je le dois à la tendresse d’un homme que je rencontrai dans mes rêves d’adolescent au cinéma. Pas un instant je n’aurais pu imaginer que bien des années plus tard il me ferait le bonheur immense de m’accorder sans compter un peu de son amitié

Ces mots me sont venus aussi en écoutant en boucle sa chanson « Noël », puis « Sur un vœu de Paul Eluard » de Jean Roger Caussimon et puis « Les eaux de mars ».

Écrit en plusieurs fois entre Paris et Rio, et terminée un 29 avril de 2016 entre Amsterdam et Rio de Janeiro.

(1) celui que grava dans le bois un artiste japonais de ses amis et qui garni son domicile parisien
(2) le  » chevarbre » qui garnissait jadis son jardin de Vendée avant que des forces obscures ne le brise à la dérobade
(3) la rue de l’Estrapade
(4) Jean Cormier
(5) C’est d’un coup de téléphone le matin en Irlande que Pierre m’annonçant le décès d’Henri Salvador.

Saravah 50 ans au Trianon

22 Nov
Atsuko et Pierre Barouh, piliers de Saravah Photos NGabriel 2016

Atsuko et Pierre Barouh, piliers de Saravah Photos NGabriel 2016

Une soirée Saravah est difficile à raconter, c’est un kaléïdoscope d’émotions qui se rencontrent, se partagent, se fondent en synesthésie douce … C’est un art de la fraternité spontanée, un survol des frontières, on devient brésilien, japonais ou vendéen, passager accueilli à bord d’un vaisseau mythique, une barque ou une goélette, une bicyclette, des patins à roulettes,un voilier ou un vaisseau spatial qui fait un travelling sur la Terre et tout ça ça s’passe quelque part dans l’espace sur une boule qui roule dans l’infini

Et sur la terre, au ras des pâquerettes, et des herbes folles, asile des bouquets de papillons et de rainettes, on trouve les rampes de lancement vers les rêves de liberté, et d’amitié et d’espoir d’un avenir possible. Chimère ? Utopie ?? Peut-être, mais il reste des chemins inexplorés pour les Don Quichotte de la vie, car ces moulins aux ailes portées par le vent peuvent vous envoyer aussi bien dans la boue que dans les étoiles. Et comme la maison accepte l’échec, c’est pas si grave de tomber quand on sait qu’on va se relever et repartir à la conquête des étoiles. Tomber six fois et se relever sept… Saravah la vie, et que le spectacle continue avec ces Rois du Slow Biz… 50 ans, la belle affaire, le temps est suspendu, le plus ancien label français en activité vous salue bien. Vous avez raté cette fête au Brésil, au Japon, à Paris, pas de panique, un rendez-vous se prépare à Montréal, prenez vos billets, et comme on le chante au Kabaret,

Ils sont venus, ils sont presque tous là, retrouvez les sur les images, et rêvez comme si vous y étiez.

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Et pour quelques images de plus :

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Et il faut rendre hommage aux acteurs de l’ombre qui ont  initié, mis en place, produit et réalisé:  Atsuko, Maia et Yvonnick, sans qui les choses auraient été très aléatoires…

Pour suivre les aventures extraordinaires des Rois du Slow Bizz, c’est là, clic sur …

saravah-logo

Vous y trouverez l’album anniversaire.

Norbert Gabriel

NB  Ne ratez pas la très belle lettre  d’Emmanuel dans le commentaire ci-dessous. 

Gens du Québec… et Gilbert Laffaille

19 Nov
 Photos©NGabriel 2016

Photos©NGabriel 2016

Ils le méritent bien, ces gens du Québec, avoir une interprète qui nous les montre dans toutes les facettes de leurs destins fabuleux et ordinaires, héros du quotidien qui deviennent des légendes de la vie de la belle province.

Oubliez les traits outrés jusqu’à la caricature qui réduisent à un aimable folklore pittoresque les gens de ce pays de neige et de forêts, Céline Faucher met au service de ces chroniqueurs chansonniers* une voix exceptionnelle, comme un instrument raffiné pour servir au mieux les textes de Pauline Julien, Clémence DesRochers, Vigneault, Leclerc, Ferland, Léveillée, Tremblay, Ducharme Sylvain Lelièvre, Marc Chabot…

Le Québec a su mettre son histoire en chansons, grandes ou petites histoires, qui font un romancero canadien français, un almanach musical de la mémoire collective dans lequel on trouve quelques perles du folklore et une belle ribambelle de chansons sensibles et colorées de musiques modernes. Des textes percutants et toujours actuels, comme  L’étranger  de Pauline Julien, des ritournelles souvenirs, album de famille qui chante … Avec ces chansons qui racontent, c’est une forme d’opéra populaire avec la règle des trois unités égales, paroles, musiques et la voix pour les mettre en majesté… A noter que le piano de Patrick Vasori est en parfaite adéquation dans ce spectacle pour faire entendre les musiques des divers compositeurs… Ce tour de l’île Québec, enclavée en pays anglo-saxon, en 19 chansons, plus une, est le plus bel hommage aux Gens du Québec, sobre et généreux, intime comme une veillée où des grands pères conteurs font revivre les épopées de nos cousins, ceux qu’on découvrait dans les récits de Jack London ou les contes de Charles Quinel. Et le rêve va…

Les gens de mon pays Céline Faucher accompagnée par Marc-André Cuierrier au piano et Jean-François Goyette à la basse. Novembre 2009

Pour en savoir plus sur Céline F. clic sur Montreal, montreal-logo-19-11-2016-17-08-12-434x431

Et pour quelques images de plus,

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  • Chansonnier:   qui fait des chansons.

Gilbert Laffaille, les 3 jours du Forum.

C’était fin Octobre.

gilbert-laffaille-aaaaww-23-10-2016-17-32-35-2174x2455-23-10-2016-17-32-35-2174x2455Le troisième jour fut un enchantement, comme les précédents selon les témoins. Un de ces moments de spectacle qui vous laissent heureux, prêts à croire à tout le bonheur du monde… Parce que Gilbert Laffaille, quoi qu’il arrive, nuance toujours les vilénies de la vie par un sourire mi figue mi raisin, mais un sourire. Témoin cette historiette offerte au public lors de la soirée lecture en soutien au Limonaire

Un homme marchait dans la rue, souriant et tranquille, un pied chaussé et l’autre nu…

  • Monsieur, vous avez perdu une chaussure, s’inquiéta un passant..
  • Non monsieur, j’en ai trouvé une, répondit l’homme dans un grand rire heureux..

Lors des soirées au Forum Léo Ferré, Gilbert Laffaille a alterné les chansons, les saynètes-sketches en comédien conteur accompli, gentiment caustique, naïvement cruel, toujours lucide, en tableaux doux-amers, comme la vie depuis toujours… Soyons heureux si possible dans les interstices que laisse le malheur quand il fait une pause… Faites la pause bonheur avec Gilbert Laffaille, c’est toujours ça de gagné sur les boiteries de la marche du monde.

Aujourd’hui, c’est cette chanson qui sera la BO de ce spectacle, vu un dimanche au Forum Léo Ferré

Norbert Gabriel

Bretelle et Garance Folie douce…

14 Nov
Photos©NGabriel2106

Photos©NGabriel2106

Lui c’est Bretelle et elle, c’est Garance, elle écrit les chansons de leurs vies à facettes polychromes, mais quand on sort de ce spectacle, on n’a qu’une envie, être amoureux et le chanter … Car ils sont bien décidés à explorer toutes les aventures de la vie jusqu’au temps où ils seront de vieux amoureux qui auront vérifié que finalement, le chemin valait le voyage. En attendant, c’est avec grâce, légèreté, humour et bonne humeur, à la façon de ces américains de légende qu’ils dansent et chantent en faisant de leur vie un art pétillant de champagne.

Tout est fluide et affiné dans la mise en scène de Christophe Thiry, il donne à Lise Moulin et Vincent Ruche le mise en majesté des textes soignés de Lise, des musiques er arrangements de Vincent, comme dans un de ces cartoons tendres et burlesques, complices et cocasses… Avec des enchaînements de plans-séquences que le public applaudit dans un silence ému.

garance-et-bretelle-danse-aaa-12-11-2016-22-33-10-2009x2080Comédiens, chanteurs, danseurs, ils excellent dans cette folie douce contagieuse, qui est plus une musicale comédie qu’une suite de chansons, c’est une farandole joueuse, amoureuse, et bariolée. Une comedia dell’arte pleine de poésie, c’est ravissant au sens propre, on est ravi, emporté, séduit, et de plus, le bonheur peut – doit – se prolonger par l’album disponible, il apporte une autre dimension. Le spectacle vous emballe par le charme et la présence des deux artistes, mais l’album vous donne la possibilité d’entrer dans les mots et les musiques sans être occupé par les images, et là , on vérifie l’excellence de l’écriture et la qualité des musiques. Un proverbe italien dit qu’un plaisir partagé n’est pas un demi-plaisir mais un plaisir double… On peut compléter avec une troisième option, la part du rêve que chacun invente à l’écoute d’un album.

Embarquez donc avec Bretelle et Garance, Lise et Vincent, c’est une belle croisière qui invite au bonheur… Le spectacle vous donnera aussi un bonus (genre bi-polaire) qui ne figure pas sur cet album, mais chut.. Il faut aller voir, suivez la farandole, c’est là, clic sur le trombone : garance-et-bretelle-trombonne-12-11-2016-21-48-46-1958x2003

Un aperçu chantant ? Voilà, clic sur la photo,garance-et-bretelle-duo-penche-nb-12-11-2016-21-44-19-3410x2464-12-11-2016-21-44-19-3410x2464-12-11-2016-21-44-19-3410x2464

Mais je ne résiste pas au plaisir de partager une partie de ce bonus qui a terminé ce spectacle (Poussièrine)   Clic où vous voulez… garance-et-bretelle-duo-fin-aaa-12-11-2016-22-46-56-3648x2736

Voilà, il ne reste plus qu’à les inviter par chez vous…

Norbert Gabriel

Chanter des fois, ça fout l’cafard …

12 Nov

mikuLa dernière création en matière de chanson est arrivée, produit 100% synthétique, c’est la chanteuse hologramme.

On avait vu en 2010 une première apparition, Hatsune Miku, chanteuse japonaise hologramme,  un personnage genre dessin animé, Miku, un dérivé de Mickey ? Pourquoi pas ?

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

Voici maintenant une évolution néo darwinienne, qui est née en France, Alys, dont on nous dit urbi et orbi:  » Son grand rendez-vous, c’est en décembre 2016 au Trianon de Paris pour LE show de l’année intitulé « Rêve de Machine ». Pour ce tout nouveau spectacle, l’équipe de production voit encore plus grand avec un système de projection holographique plus perfectionné ainsi que quatre musiciens sur scène.  »

alys_original2Présentation «  ALYS est capable de chanter aussi bien en français qu’en japonais grâce à son intégration sur le logiciel de synthèse vocale Alter/Ego. Mais l’univers d’ALYS va bien au-delà de la musique seule. Pensée pour briser les barrières entre les différentes branches artistiques et médias, vous pourrez vous approprier son personnage dans le domaine de votre choix.

On peut imaginer que ce personnage ne va pas oeuvrer dans la chanson réaliste, et pas tellement non plus dans l’héritage d’Olympe de Gouges, Louise Michel,  Hélène Martin, Anne Sylvestre, Michèle Bernard ou Agnès Bihl…  Mais peut-être qu’elle va reprendre les tubes de la Callas, qu’on n’a pas vue sur scène depuis quelques temps, de Julia Migenes, ou de Billie Holiday, mais en plus dansant, faut vivre avec son temps.

C’est l’aboutissement de ce que disait Orwell, il y a presque 60 ans :

Il existait toute une suite de départements spéciaux qui s’occupaient, pour les prolétaires, de musique, de théâtre et, en général, de délassement. Là, on produisait des journaux stupides qui ne traitaient presque entièrement que de sport, de crime et d’astrologie, de petits romans à cinq francs, des films juteux de sexualité, des chansons sentimentales composées par des moyens entièrement mécaniques sur un genre de kaléidoscope spécial appelé versificateur.” …  L’air avait couru dans Londres pendant les dernières semaines. C’était une de ces innombrables chansons, toutes semblables, que la sous section du Commissariat à la Musique publiait pour les prolétaires. (…) Mais la femme chantait d’une voix si mélodieuse qu’elle transformait en chant presque agréable la plus horrible stupidité

Chacun fait c’qui lui plait, mais est-ce bien raisonnable tout ça ? A vous de voir,  ou pas, ce rêve de cauchemar, et éventuellement de lire ou relire quelques lignes sur le sujet, la chanson, la création, le rôle de l’artiste dans la société, avec les points de vue d’Orwell, Camus…

Clic sur l’image et la page s’ouvrira.

orwell-medias

Les gens croiront ce que les médias LEUR diront de croire

Norbert Gabriel

Léo et le Déjazet…

9 Nov

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Les actualités de ce 9 Novembre n’ayant rien de spécialement transcendant, voici donc les nouvelles de demain 10 Novembre 2016 . Attendez vous à savoir (Geneviève T. salut…) que ce jeudi verra l’arrivée en librairie d’un livre – avec un DVD en prime- qui nous raconte l’histoire de Léo Ferré avec le TLP Déjazet, le Théâtre Libertaire de Paris. Le dernier rescapé des théâtres du 19 ème siècle qui ont fait surnommer le boulevard du Temple « Boulevard du Crime ». Non pas qu’on y assassinât des parisiens en goguette, mais au cours de l’année 1823, plus de 150 000 crimes de toutes natures furent perpétrés sur 6 actrices et acteurs qui au demeurant sont en parfaite santé et jouissent de l’estime générale. (Almanach des spectacles) Mais venons aux choses sérieuses,

Après diverses tribulations sur la vie d’une salle de spectacle qui en a vu de toutes les couleurs, on arrive aux années 1986-92, quand cette salle devient ce qu’on connait aujourd’hui, et ce , grâce à une belle équipe de passionnés, qu’on retrouvera dans l’aventure « Thank You Ferré » et ensuite dans la même démarche, le Forum Léo Ferré. On peut résumer leur règle de vie, ni dieu ni maître, on se retrousse les manches et on agit. Et on fait renaître une salle de spectacle, dans une mouvance libertaire. Et en toute logique, Léo Ferré sera un des acteurs de cette odyssée pendant quelques années, les dernières de sa vie d’artiste.

Dans ces 230 pages, beau papier et belle typo, élégante, classique, pour un grand agrément de lecture, Daniel Pantchenko fait d’abord une bio brève de Ferré, brève mais l’essentiel y est, avec quelques touches qui éclairent la personnalité de Ferré, sur les premières parties, sur son rapport avec les médias, juste un exemple : pour le lancement de la salle sous ses nouveaux habits « TLP » on lui fait savoir que la télé le veut au JT. Il fait répondre:  d’accord mais c’est 40 briques,  (de 1986, c’est du lourd) bien sûr le JT répond qu’il n’a pas les moyens, et Léo renvoie la balle:  alors vous venez faire votre truc au Déjazet et c’est gratuit.  Ce qui fut fait.

couv-ferreAu fil des pages, on suit donc ces années Déjazet avec Ferré, avec celles et ceux qui ont été les pionniers de cette scène, Gilbert Laffaille, Michèle Bernard, Xavier Lacouture, Anne Sylvestre et Pauline Julien, Gilles Vigneault, Julos Beaucarne, Marc Robine, Serge Utgé-Royo, Marie-José Vilar, Moustaki, Francis Lemarque, Juliette, Graeme Allwright, François Béranger, Lény Escudéro, Bernard Lavilliers, et Alain Aurenche, chanteur, cheville ouvrière et maçon qui refait la façade avec de l’enduit du Marais, (les spécialistes apprécieront) et cette extraordinaire Paulette Piedbois ( de Créteil) qui tenait la boutique-bar, et qui n’a jamais demandé un sou, ni pour rembourser sa carte Orange (l’ancêtre du Navigo pour les djeuns) ni même pour un taxi quand ça finissait à pas d’heure. Voilà comment se sont passées ces années TLP avec Léo, c’est émouvant, passionnant, tant sur la vie du spectacle et ses aléas, et ce qu’il faut de passion et de générosité pour faire tout ça, sur la vie d’artiste aussi.

Ces années Ferré-Déjazet se terminent en 1992, elles se prolongeront avec Thank You Ferré que Jacky-Joël Julien et Hervé Trinquier,  les initiateurs de cette aventure continueront pendant 10 ans de même passion acharnée, avec Geneviève Métivet, comme le fera ensuite Gilles Tcherniak « La chanson pour tout bagage » qui prend la suite au Forum Léo Ferré, créé par le même Jacky-Joël, puis repris par Floréal Melgar  avec cette belle équipe de bénévoles toujours en action, solitaires et solidaires, et debout.

Entre Thank You Ferré et le Forum, il y a eu aussi les Jours Ferré, du Trianon, à l’Européen, par Edito Musiques qui cherche une salle d’ accueil pour 2017…

Résumons donc, c’est un livre passionnant, y compris pour ceux qui ont 10 kgs de livres sur Ferré et un mètre de CD, et cadeau bonus, vous avez le DVD du film Léo Ferré au Déjazet, le 8 mai 1988, réalisé par Raphaël Caussimon. Si c’est pas un vrai cadeau…

Léo Ferré sur le boulevard du crime de Daniel PANTCHENKO édité par le Cherche Midi,

Norbert Gabriel

NB Deux pages consacrées au photographe Francis Vernhet (Chorus) m’ont tout spécialement plu, voilà ce qu’il dit Francis : « Ne pas l’emmerder, et ne pas emmerder les spectateurs. » Comprend qui veut, mais Anne Sylvestre est d’accord.

Louis Ville, le blues de l’imprécateur…

6 Nov
©NGabriel Forum Léo Ferré 2015

©NGabriel Forum Léo Ferré 2015

En suite indirecte à Prison’s Blues (hier samedi) quelques lignes et quelques chansons de ce formidable Louis Ville, un des grands guitaristes du genre, quand la guitare sonne comme un tocsin, quand c’est un blues d’aujourd’hui qui vous donne la rage de vivre, et une envie irrésistible de changer un monde qui devient détestable, voyez les actualités, et ce qui se passe dehors, ici et maintenant, et en France… Et on voudrait que je sois heureux et tranquille ?

Dehors

 

Ne te retourne pas

Le monde est ouvert à nos fenêtres, on regarde, on entend.  On regarde sans voir, on entend sans comprendre, ce qu’il faut de chagrin pour un air de guitare… Ces guitares jouent des sérénades qui résonnent comme des chants de colère, d’une révolte qui gronde en sourdine, est-ce que ça va durer longtemps. ? En 1956, Montand chantait ça:

Mais revenons au débat,

Avec  l’étincelle…

C’est une chanson d’amour, mais c’est peut-être d’un étincelle dont on a besoin pour remettre le monde sur la bonne voie… Utopisme ?? Peut-être, c’est un chemin inexploré… Pourquoi pas ?

Norbert Gabriel

PS: Hier samedi, Louis Ville était à l’Annexe, à Ivry, un désagréable contretemps m’en a privé, mais il y a les albums, les youtubes, et ça m’a fait la nuit étoilée. Envers et contre tout.  Suivez Louis, c’est là, toca la guitarra, et go on…  Louis Ville 340 dessin 1 10-04-2012 20-48-00 1850x1678

L’an dernier au Forum Léo Ferré, c’était ça : https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2015/10/17/louis-ville-un-bluesman-francais/

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