Archive | août, 2016

Ça va ça vient… Pierre Barouh

30 Août
Photo C.Chatverre

Photo C.Chatverre

L’artisan et l’artiste ont un même but:  Enfanter un peu de beauté humaine… *

Ce qui les différencie, c’est que l’artiste ne sait pas à l’avance quel chemin il va prendre. Voilà exactement ce qui caractérise Pierre Barouh, cette liberté fondamentale du papillon toujours disponible à butiner la fleur croisée en chemin, un chemin fluide tracé en pointillé pour avoir toujours une option détour et tour de chant. Impromptu.

Pierre Barouh est une sorte d’homme chat qui vivrait ses sept vies en même temps. Dans un entrelacs qui aboutit à une polyphonie de son et d’images, une samba japonaise pour accompagner la barque rêveuse de ce poète vagabond, une samba parisienne sur un air d’accordéon porté par la mémoire des quatre vents, une fanfare Kabocha Shokaï dans le bocage vendéen… Effet pollen à tous vents.

Les rivières souterraines  ont déroulé le panoramique de sa vie foisonnante. Avec ce film  Ça va ça vient,  voici les images. Presque la genèse, le prégénérique de ses éclats de vie. Il y a une sorte de filiation avec l’Illustre Théâtre, le Groupe Octobre et la belle équipe, avec ces aventures qui naissent du grippage des grands systèmes qui robotisent les humains.

L’histoire: une grève générale bloque toute la circulation d’une métropole, les ouvriers d’un chantier de construction restent sur place, se mélangent à la vie du quartier, le maçon et le boulanger, le camelot et la secrétaire, la concierge et le contremaître, les vieux et les jeunes, et dans cette chienlit comme disait l’un, émerge un air de liberté quand arrive un cirque bricolo qui casse tous les codes. C’est le grand magic circus et ses animaux tristes qui va ouvrir des chemins insoupçonnés à l’ouvrier du bâtiment, et à ses collègues. C’est le grand cirque de tous les possibles, on y a remplacé les lions et les tigres par des poules saltimbanques, les acrobates, les musiciens et les jongleurs sont des évadés de la vie enchaînée aux machines à produire. A surproduire. Ils réinventent un art premier, celui de l’art spontané, le spectacle de la vie qui devient la vie d’artiste. Et voici les rois du slow biz en route pour la gloire. Et on suit les nuages vers des horizons changeants, ce n’est pas le bout de la route qui compte, mais la route. Où, un jour, on fera une halte dans un Kabaret où la maison accepte l’échec. Et ceux qu’on croise, rencontres éphémères ou définitives pour des instants éternels, s’inscrivent dans une galaxie Saravah riche de scintillements multiples sous le signe du daltonien qui ne veut dépendre des couleurs pour choisir les humains à qui tendre la main.*

kabocha Ça va ça vient (bis) c’est vingt ans après, ou plutôt 30 ans après, une autre aventure de saltimbanques, avec une fanfare japonaise venue en France, avec comme trait d’union Maïa Barouh, chanteuse, musicienne, et interprète (au deux sens du terme) qui embarque cette fanfare Kabocha Shokaï de Tokyo dans les rues de Paris de Toulouse d’Avignon et sur les chemins de Vendée. Le melting potes prend tout son sens avec une soirée concert dans la cour de la maison de la vie rurale de la Flocelière, Sansévérino et ses musiciens, la fanfare, et une soirée événement unique en son genre.

Ce film sur le périple de cette fanfare est dans la droite ligne baroque du premier « ça va ça vient » dans lequel on revoit Jérôme Savary prendre la route avec son grand magic circus qui tient dans une camionnette Citroën modèle Louis la brocante.

Les héros de la voltige et des rêves en ribambelle vous saluent, il y a des années où on a envie de ne rien faire… mais de vivre, les héros ne meurent jamais … Hasta siempre compañero.

Depuis 50 ans Saravah, le plus ancien label de chanson en activité, pollénise le paysage de la chanson.

Parmi les belles hiel duendestoires nées d’une samba et d’un inventeur d’utopie, il y a celle du Théâtre Aleph, puis celle du Centre Artistique du Duende, pour la visite, clic sur le panneau ==============>

et Pierre Barouh, c’est là , dans le livre,

barouh les rivières

 

Pour Saravah et ses multiples activités , clic sur le roi du slow biz…

saravah-logo

* extraits de Pierre Barouh

 

Norbert Gabriel

Chronique de 2013, ça va et ça revient, car après le Japon et le Brésil qui ont fêté les 50 ans de Saravah, ce sera en automne que la France fera sa fête d’anniversaire à Saravah.
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Festival Musicalarue, édition 2016 : entretien avec Patrick Ochs du groupe Rue de la Muette

29 Août

Musicalarue

 

Quelques minutes après avoir quitté Yves Jamait, c’est Patrick Ochs, chanteur de Rue de la Muette, qui nous recevait. Le soir même, le groupe allait enchanter le public avec les nouvelles compositions de son dernier album « Ombres Chinoises », et le faire danser et entrer en transe avec ses chansons originales aux accents de Java et Klezmer, et à l’esprit rock, dont certains titres résonnent désormais au coeur comme des hymnes.

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– Bonjour et merci de nous recevoir. Vous faites escale à Luxey, en tournée de votre dernier album « Ombres chinoises ». Peux-tu parler de ce disque ?

– L’album est sorti il y a un an. Depuis sa sortie, on est constamment sur la route ; donc le festival Musicalarue s’inscrit dans le cadre de cette tournée. Mais je pense déjà à la préparation du prochain disque. « Ombres chinoises » a été produit par une équipe différente des précédents. L’album « Parade » comptait plus de musiciens ; nous étions plus nombreux, et il y comportait un duo avec CharlElie Couture. Nous avions voulu lui donner une autre dimension ; il était beaucoup plus produit. Sur celui-ci, il n’y a pas de contrebassiste, ni de guitariste par exemple. C’est quelque chose de plus intimiste ; j’avais envie, à l’époque de son ombres chinoisesécriture, de faire des chansons plus introverties. J’avais moins envie de parler du monde qui m’entourait, parce que le monde qui m’entourait, je commençais à le trouver excessivement inquiétant. Et puis je traversais un passage de ma vie ou j’avais envie de faire des choses plus replié sur moi-même. Donc les compositions de cet album sont cosignées avec ce groupe de musiciens, les textes étant de moi. 

 

– Hormis, les instruments manquant, es-tu toujours entouré des musiciens ?

©Carolyn.C

– Je tourne avec ce groupe qui m’accompagne depuis longtemps : l’accordéoniste Gilles Puyfages joue avec moi depuis une quinzaine d’années ; Vincent Mondy à la clarinette et au saxophone m’accompagne aussi depuis 14-15 ans ; et Eric Jaccard, qui est le plus jeune dans le groupe, nous a rejoints il y a deux ans. En général, je reste assez fidèle aux musiciens avec musicalarueIMG_9984qui je travaille.

 

– En quoi le prochain album sera différent ?

– Je pense qu’il sera plus en prise directe avec les événements actuels. C’est difficile de faire de la musique ou de peindre, en faisant totalement abstraction des drames qui se jouent autour, en ne parlant ni de Charlie, ni de la tuerie de l’hyper-cacher, ni de ce qui s’est passé il y a deux semaines à Nice. Même si on est un grand fuyard de l’actualité, il va falloir s’y mettre. A un moment, j’ai rêvé que je ferais des albums militants, surtout à l’époque du début. C’est pourquoi les premiers albums ont une fibre militante, plus que ce que je fais actuellement.

Musicalarue 2016©La rue de la muette

– A propos de militantisme et d’engagement, tes parents sont d’origine juive d’Europe centrale, et c’est une mémoire qui semble hanter certaines de tes chansons, aussi bien sur le plan musical que textuel. Est-ce d’eux que te viennent les influences de musique Klezmer et  le besoin d’évoquer des sujets historiques graves ?

– Mon père était Juif allemand et ma mère, Juive de Pologne. Ce sont des choses qui étaient très présentes dans les premiers albums surtout ; et puis avec le temps, on passe à autre chose. A force de thérapies et de questionnement sur soi-même, on se dit qu’il faut continuer à écrire en laissant certaines choses dehors. En effet dans la chanson « La Muette à Drancy », je parlais du camp de Drancy et de la déportation. Quand j’ai écrit cette chanson, je pensais que le monde serait un peu moins laid et que les choses allaient s’arranger. Mais elles ne se sont pas arrangées ; on continue l’histoire. J’aime certains chanteurs car ils ont tendance à regarder devant. Et ce que je n’aimais pas chez moi à l’époque, c’est cette impression que je regardais tout le temps derrière, que j’utilisais des événements déjà passés pour bâtir un présent et faire en quelque sorte de la chanson historique, comme si le monde allait ne plus jamais être pareil. En fait, il est pareil. 

Quant aux influences de mes origines sur le plan musical, c’est difficile de s’en passer. L’avant dernier Rue de la Muettealbum « Parade » était assez rock. Mais sur « Ombres chinoises », j’avais envie à la fois de parler d’hommes et de femmes qui m’avaient influencé, comme Ray Charles ou Myriam Makeba, et de conserver l’essence notre musique : cette valse, ce Jazz issu de la musique Klezmer qui est toujours présent, même si j’essaye de m’en débarrasser un peu, parce que je ne suis pas un musicien folkloriste.

 

– Mais s’en « débarrasser » ne reviendrait-il pas à risquer de perdre l’identité qui fait justement l’univers de Rue de la Muette ?

– Ce sont des choses qui font partie de ma composition. Bien sur il faut avancer ; mais c’est intéressant de regarder devant, en se retrouvant avec tout ce qui nous a construits. On ne se débarrasse pas de son identité entièrement. Mais il faut de temps en temps savoir la poser, solder les choses et se dire qu’on n’est plus que soi même, qu’on ne doit plus rien aux gens qui ont composé cette chaine d’amour ou de haine, dont on est un maillon, et se demander ce qu’on veut en faire : la rompre ou pas. C’est bien le problème de notre civilisation actuellement : on refuse tout ce qui nous a construit, alors qu’on est quand même de cette chair et de ce sang là. C’est vrai que Rue de la Muette évolue dans un univers qui lui est propre. Enfin je pense que ça évolue ; mais je ne me pose plus ces questions là aujourd’hui, parce que j’ai envie de regarder devant, sachant qu’au bout du bout, comme chez certains chanteurs africains, de toute façon, le ciment de ce qu’on bâtit, même avec des instruments actuels, est toujours excessivement folklorique. Je suis un chanteur français, issu de la chanson francophone, avec les influences qui nous ont nourris durant les « 30 glorieuses » -c’est-à-dire Trenet, Ferré, Brel, Brassens, etc…- et qui font partie de nous, sauf que plein de choses intéressantes se sont passées depuis, y compris des mouvements musicaux sans doute plus futuristes. Et il faut faire ce qu’on aime avec tout ça.

 

musicalarueIMG_9981– D’où votre reprise de « La nuit je mens » d’Alain Bashung sur « Ombres chinoises » ? En quoi cette chanson te parle-t-elle particulièrement ?

– Oui ! D’abord c’est une reprise d’un standard. C’est difficile de construire la chanson en dehors de Ferret, Brel ou Nougaro ; et « La nuit je mens » est une très belle chanson. C’était intéressant d’en faire quelque chose qui nous ressemble, qui ressemble à une autre identité, à une autre façon de jouer, à une autre façon de se placer dans ce son là. Quand on reprend une chanson, on a tendance, soit à se démarquer totalement de l’original, soit à marcher trop dans les pas de l’interprète précédent. J’aime aussi qu’on puisse concevoir la reprise comme les Anglo-saxons : en s’accaparant complètement la chanson. Par exemple dans le Jazz, la Soul ou le R’n’B, tu vas tomber sur des reprises des Beatles complètement arbitraires et différentes. C’est ce que j’aime. Donc « La nuit je mens », on la reconnait, mais j’en ai fait autre chose, en m’appropriant aussi certains vers. « D’estrade en estrade, j’ai fait danser tant de malentendus » par exemple : c’est une impression que j’ai souvent eue, parce que quand on est sur scène, on peut être terriblement malentendu et mal compris. On se reconstruit à chaque fois qu’on joue ; on ne sait pas si la magie va opérer de nouveau, si ça va fonctionner encore. C’est tellement aléatoire, la façon dont les choses sont perçues : ton texte peut fonctionner le lundi et ne plus rien vouloir dire le mardi. C’est donc toujours des questions que je me pose : d’estrade en estrade, est-ce que ça va fonctionner à nouveau ?  

– Je me permets de revenir sur tes propos au sujet de la chanson historique et du fait de se tourner vers le passé : pourquoi avoir souhaité sur ce dernier album la présence d’une reprise de « La chanson de Craonne » ?

– J’ai préparé quelques reprises de chansons de la guerre 14/18 pour un spectacle dans lequel nous avons joué Gilles Puyfagès et moi en 2014. Il y avait aussi « l’ami Bidasse » et « La Madelon ». Ce sont des chansons vaguement amusantes, du début de la guerre,  mais de la façon dont nous les interprétions, Gilles et moi, on sentait que ça finirait plutôt mal. Le tour de chant se terminait par notre version de la chanson de Craonne. Cette chanson m’a toujours plu. J’aime son refrain ; et ses paroles sont simples et poignantes. Tout est au premier degré. Tout le monde peut la comprendre, une fois replongé dans le contexte. Gilles et moi, nous avons écouté  pas mal de versions de cette Musicalarue 2016©La rue de la muettechanson avant de trouver une tonalité et une façon de l’interpréter en duo accordéon/voix qui nous conviendraient pour rendre hommage. Ça a pris, comme souvent, pas mal de temps pour bien assimiler, bien ressentir tout  ce que cette chanson racontait.  Nous avions envie,  que l’on puisse entendre les bombardements au dessus de la tranchée et qu’on puisse ressentir le côté exceptionnel et historique de cette parole restée longtemps interdite.  Des gens ont été fusillés à l’époque, à cause de cette chanson. Une chanson peut raconter beaucoup de choses d’une époque, surtout si on la replonge brutalement dans la notre.

 

– Etes-vous déjà venus jouer à Musicalarue ?

– Nous avons effectivement déjà joué ici, il y a plusieurs années, mais avec une formation différente, qui était un peu plus punk, avec moins de savoir-faire, mais aussi la fraicheur et l’énergie des débuts. Je suis content de revenir ici, car j’ai évolué et vieilli. J’ai l’impression qu’on joue avec beaucoup plus de certitude, qu’on est moins inquiets qu’on a pu l’être, et en même temps avec le sentiment d’être attendus, et c’est très agréable. La chanson française n’est plus personna grata comme elle a pu l’être, et Musicalarue reste un festival où on peut trouver notre public.

 

– Quels sont les artistes qui t’inspirent actuellement ?

– J’ai eu la chance de pouvoir faire un duo avec CharlElie Couture sur notre précédent album, et c’est pour moi un artiste très important. Il y a beaucoup de musiciens que j’adore. Le trou… Il suffit que tu me demandes pour que leur nom m’échappe comme des oiseaux ! Si on parle d’artistes qui m’ont touché par le passé, bien sur il y a Claude Nougaro et Alain Bashung, dont les chansons m’ont porté ; j’ai adoré aussi des chanteurs dans la musique africaine, et puis les musiques qu’écoutaient mes parents quand j’étais petit. J’avais fait un texte il y a quelques années, nommant les 300 artistes que j’avais pu écouter dans ma vie. C’est une juxtaposition complètement improbable de gens différents.

Musicalarue 2016©La rue de la muette

– Es-tu toujours heureux de la vie sur les routes en tournée ?

– Beaucoup moins. Parce que, comme tu le sais, il y a bien moins de subventionnement pour la culture et l’art, donc on tourne dans des conditions beaucoup plus « roots » et moins confortables. Il fut une époque où je pouvais partir avec le sac à dos faire n’importe quoi.  Mais la vie sur les routes devient dure ; je trouve ça moins sympathique que ça l’a été. Maintenant, c’est toujours un plaisir de partir quelques jours à la rencontre du public. Je vais te raconter une anecdote : j’ai pendant longtemps chanté une chanson sur le camp de Drancy, et puis j’ai renoncé à me battre sur cette chanson, parce que j’en ai ras-le-bol d’être obligé d’expliquer au public ce qu’est la déportation, de justifier mon texte de façon historique. C’est peut-être un manque de courage de ma part. Mais ça me gave ; je ne devrais pas avoir à expliquer ce que c’est. En revanche il m’arrive d’animer des ateliers de création avec un public jeune, et à ce moment là de prendre le temps de raconter les choses. J’avais fait un spectacle avec des jeunes issus du milieu agricole qui s’appelait « La cabaret des animaux », que je terminais avec cette chanson, et c’était intéressant d’expliquer Drancy aux jeunes provenant de différents milieux ou origines immigrées aussi. Mais franchement sinon, j’en ai marre d’être obligé de faire de l’explication historique. C’est du fondamental qui devrait être fait par l’école. L’engagement politique fait partie de moi, mais j’ai envie de m’amuser et que les gens s’amusent en rentrant dans un univers qui est le mien.

 

Rue de la Muette

 

Miren Funke

Photos : Carolyn C

Nous remercions les membres d’Ariane Productions, et particulièrement Véro pour son aide amicale.

Liens :  http://arianeproductions.com/artistes/chanson/rue-de-la-muette/

https://www.facebook.com/RUE-DE-LA-MUETTE-Patrick-Ochs-77428857081/

Le spectacle de fête à la sortie de l’album a été chroniqué ici, attrapez le zèbre …  Patrick OchsZèbre2AAA

Festival Musicalarue, édition 2016 : entretien avec Yves Jamait

28 Août

luxey

 

Les 12, 13 et 14 août dernier avait lieu la 27ème édition du festival Musicalarue qui se tient à Luxey (Landes) depuis plus de deux décennies. Musicalarue, c’est un festival qu’on affectionne particulièrement, d’abord pour la singularité de son ambiance conviviale, à dimension humaine, ensuite pour l’éclectisme de ses programmations artistiques, qui assure toujours de satisfaire tous les goûts et surtout la curiosité et le besoin d’ouverture. Musicalarue, c’est tout un village qui se transforme, le temps d’un week-end, en gigantesque festival, orchestré par les membres de l’association et tous les bénévoles, venus parfois de plus de 100km à la ronde pour participer. On déambule dans ses rues pour y apprécier des spectacles et animations pour grands et petits ; on y croise les artistes dans la simplicité d’une proximité naturelle ; on s’y restaure au goût de produits régionaux et artisanaux. Les programmations musicales de soirée ont le souci de proposer aussi bien des concerts d’artistes émergents ou non, à public alternatif ou restreint, que des spectacles de chanteur à très large public et fédérant plusieurs générations (Maxime Le Forestier ou Hugues Aufray par exemple pour les éditions passées) : c’est donc toujours l’assurance de pouvoir vivre un événement culturel en famille, y compris avec des enfants. Pour raisons de restriction budgétaires, l’an passé, le festival n’avait pu être organisé que sur deux jours. Regain d’activité cette année : jouissant d’une croissance de fréquentation, avec 48000 festivaliers présents, Musicalarue a pu se tenir sur 3 journées complètes et jusqu’à tard dans les nuits.

Coeur de Pirate, Tryo, La Rue Ketanou, Steve’N’Seagulls, Yves Jamait, Radio Elvis, Hippocampe Fou, Afro Social Club, Opsa Dehëli, Coldust, Rue de la Muette, V.I.R.U.S, L.E.J, Emir Kusturica and The No Smoking Orchestra, Vianney, Balkan Beat Box, The Inspector Cluzo, Cie Lubat, Louise Attaque, Les Sheriff, Salvatore Adamo, Hk et les Saltimbanks, Fredo (les Ogres de Barback), Les Hurlements d’Léo, Scarecrow, et tellement d’autres étaient présents sur les diverses scènes du village. Si certains ont pu, notamment autour des plus grandes scènes, regretter le sentiment d’étouffement dû au trop grand nombre de festivaliers présents pour écouter des têtes d’affiche, et se sont demander si Musicalarue ne risquait pas de glisser lentement vers un événement industriel massif et d’être en train de tomber dans des déviances qu’il avait su éviter jusque là, il suffisait de rester aux abords des scènes moyennes ou plus modestes pour respirer une atmosphère plus tranquille et humaine. Autre bémol : la programmation a fait parfois se chevaucher les horaires de concert d’artistes partageant un même public. Dommage. Mais peut-être l’association n’a pas eu le choix de faire autrement.

Reste que Musicalarue fut une fois de plus l’occasion de découvrir, de partager, de se remplir d’émotions et de beaux souvenirs, et de profiter d’un weekend de rencontres chaleureuses entre les participants. C’est dans ce cadre qu’Yves Jamait a accepté de nous recevoir avant son concert pour répondre à quelques questions.

 

©Carolyn.C

– Yves, bonjour et merci de nous recevoir. Ce n’est pas ta première participation à Musicalarue. Dans quel esprit abordes-tu ce festival ?

– Je suis déjà venu en effet ; c’est la quatrième fois que je viens. J’aime bien ce festival, et en plus je suis revenu jouer en janvier à Luxey, et je suis actuellement en vacances pas loin. Cela a un côté presque familial de venir ici. Je n’appréhende pas ce festival dans la crainte ; d’ailleurs le verbe appréhender a toujours un côté péjoratif. J’ai fait 5 ou 6 dates cet été, et Musicalarue est la dernière.  Ensuite à partir de septembre, je reprends la route pour 55 ou 60 dates, jusqu’en mars.

Musicalarue 2016©Yves Jamait – Ton dernier album diverge des précédents par la couleur sonore de ses arrangements et le fait que ces derniers aient été confiés à d’autres artistes. Comment s’est imposée l’idée de cette collaboration ?

– C’est à cause des Tryo ! Ils sont là d’ailleurs, et jouent ce soir. Ce sont Manu Eveno et Daniel Bravo du groupe Tryo, qui ont réalisé ces arrangements. En fait ça faisait déjà depuis 2 ou 3 albums que j’avais envie de faire appel à des arrangeurs ; mais chaque fois, on finissait par faire les arrangements nous-mêmes pour des raisons pratiques. Et puis, en parlant de ce souhait à ma maison de disque et autour de moi, j’ai rencontré Manu de Tryo et Bibou, le manager du groupe aux Nuits de Champagne. Ils m’ont fait part de leur intérêt pour ce projet. On a convenu de faire un essai avec deux titres : essai concluant. Je leur ai donc envoyé tout le reste de l’album à arranger. Cependant il manquait deux ingrédients qui me plaisent dans la chanson : l’accordéon et le clavier. Donc Samuel Garcia, qui m’accompagne et est mon metteur en musique, a réalisé le complément d’arrangements.

– As-tu envie de réitérer l’expérience pour le prochain album ?

– Peut-être, mais en même temps, j’essaye toujours de faire attention à ne pas être dans le répétitif, donc ce n’est pas sûr. Je pense que je confierais la chose aux musiciens qui m’accompagnent sur scène, parce que j’aime bien la dynamique qu’ils ont.

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

 

-Sont-ce les mêmes musiciens qui t’accompagnent depuis le début ?

– Non. J’ai gardé Samuel Garcia mais changé les autres musiciens. J’avais prévenu l’ancienne équipe KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA en 2015 que je souhaitais une formation plus compacte autour de moi, d’abord pour des raisons économiques, et puis surtout pour des raisons de créativité, car une formation instrumentale réduite oblige à être très créatif, à se bousculer et aller un peu ailleurs. Avec mes trois musiciens actuels, non seulement ça fonctionne bien musicalement entre nous, mais en plus on sent l’accueil du public très chaleureux.

– A propos de restriction économique, avez-vous été touchés par les baisses de budget octroyé à la culture et l’art ?

– Oui, nous l’avons senti sur les derniers albums. Sur une année de tournée par exemple, nous avons perdu 7 dates, à cause des réductions de subventions. Certains artistes sont donc passés à la trappe et on du être déprogrammés, ce qui a été mon cas, parce que mon nom est moins connu que celui de certains autres, tout simplement. Ce n’était pas une question d’accueil du public, puisque les salles sont pleines lors de nos concerts ; juste qu’entre une célébrité et un artiste moins renommé, le choix se fait vite. Et puis les gens aussi ont moins de budget privé pour sortir écouter et voir des spectacles. Du fait d’avoir réduit mon équipe de musiciens, cette année j’ai fait plus de dates, dans des salles qui ne pouvaient pas en proposer à notre tourneur avant, par manque de moyen. 

– Les thématiques sociales sont souvent présentes dans tes chansons. Toi qui a vécu une vie de travailleur ouvrier avant de vivre de ta musique, est-ce un sujet qui te préoccupe sur le plan d’un militantisme politique ?

Musicalarue 2016©Yves Jamait– Je dirais que les thématiques sociales sont en filigrane dans mes chansons. Si on parle de la vie, quand on enlève le social, il ne reste plus grand-chose à raconter. Bien sur les thèmes sociaux sont présents ; mais je pense que même si je n’avais jamais travaillé en usine, il y aurait quand même eu du thème social dans mes chansons. C’est un peu comme parler de la campagne dans le décor. En revanche j’essaye d’éviter le côté chanteur engagé. On lève tous le poing ; même moi, en concert, mais plus par complicité ou clin d’œil que par posture d’être dans une critique sociale ou de prétendre avoir la solution. Si on parle de tragédie humaine, la tragédie se trouve ailleurs et le social devient un peu le décor.

– Mais le fait d’avoir connu une vie de travailleur avant la vie d’artiste et notoriété ne permet-il pas d’avoir plus facilement du recul et de l’humilité ?

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA– En tous cas j’ai vite compris que ce que je faisais avait une valeur relative ; ça m’évite de me prendre pour ma photo. Et ça évite de trop croire qu’on est génial, juste parce qu’on nous le dit. Je reste un artisan ; je fais la chanson de manière artisanale et j’ai peut-être plus conscience de ça, et du fait qu’il ne faut pas se prendre pour ce qu’on n’est pas. Enfin, peut-être plus…pas forcément. J’ai vu des gens qui se comportaient très bien et qui pourtant n’avaient pas connu autre chose que ce métier d’artiste.

– Tu fais partie des artistes qui ont su séduire un public et faire leur chemin dans le milieu musical, sans soutien radiophonique exagéré. Quelle est ton regard sur les médias ?

– J’ai quand même eu la chance d’avoir Patrick Sébastien qui a été là pour moi et m’a fait passer à son émission devant 9 millions de spectateurs. J’ai eu deux ou trois petits coups de pouce ; mais je ne tiens pas à être visible via la télévision. Je ne regarde pas la télé ; ça fait 8 ans que j’ai définitivement éteint cet objet. C’est tellement insupportable que je ne regarde pas ce genre de chose. Mais il est vrai que dès qu’on y passe, ça a un impact énorme : quand on est passés chez Sébastien, dans les deux ans qui ont suivi, on a rempli les salles de spectacle. J’avais déjà un petit succès populaire, mais pour eux, tu n’existes pas si tu ne passes pas à la télé. Quand tu n’y vas plus pendant 5 ans, les gens se demandent si tu es mort ; et quand tu reviens, on se questionne sur ce que tu as bien pu faire pendant ces 5 ans. C’est pour ça que la télé devrait être interdite aux moins de 18 ans. C’est assez marrant d’ailleurs, parce que je ne passe pas beaucoup dans les médias, et les médias me demandent régulièrement pourquoi je ne passe pas beaucoup dans les médias : je dois me justifier auprès des médias de la raison pour laquelle ils ne s’intéressent pas à moi. Je n’ai jamais refusé d’interview pourtant, et même accepté des passages en télé, parce que j’ai conscience d’être entouré de gens qui travaillent dur et que ça peut leur servir. J’ai donc été 2 ou 3 fois faire le clown à la télé. Mais maintenant que j’ai 15 ans de carrière et une petite assise, je peux me permettre d’arrêter ça et de dire que je n’ai pas envie d’aller chanter sous un néon devant des gens qui n’en ont rien à foutre et qui ne pense qu’à la question qu’ils pourront poser après. Surtout qu’à l’époque, lorsque tu passais à la télé, tu vendais 5000 albums la semaine qui suivait ; aujourd’hui ce n’est plus le cas. Si la promotion n’a pas d’autre intérêt qu’elle-même, ce n’est pas intéressant. Musicalarue 2016©Yves Jamait

– Quel est le premier artiste ou peut-être la première chanson qui a fait naitre en toi l’envie de faire de la chanson ?

– Le premier qui m’a donné envie de chanter et de créer des chansons, c’était Maxime Le Forestier. Mais le véritable déclencheur qui m’a poussé à passer à l’acte, c’est Renaud. Quand tu écoutes une chanson de Renaud tu as l’impression que c’est facile ; c’est de la poésie populaire avec des mots simples. Maxime Le Forestier reste assez précieux à côté de Renaud. Et puis j’ai ensuite écouté des chanteurs à textes. Mais en même temps les premiers qui m’ont donné envie de chanter quand j’étais petit sont Johnny Hallyday et Claude François ! Je suis capable de te chanter des chansons de Johnny que même les bobos qui l’écoutent aujourd’hui ne connaissent pas. Je n’ai aucun problème avec la chanson à texte et la variété. Je mêle tout. Je ne suis pas capable de faire ce que fait Frédéric François, mais je le respecte. Je ne me sentirais absolument pas glorieux en chiant sur un chanteur de variété. Je ne fais pas de l’art ; je fais des chansons. Et je suis bien d’accord avec Gainsbourg qui disait que la chanson est un art mineur. Je pense que la chanson provoque des émotions majeures, mais que ce n’est pas un art majeur. Pour faire un art majeur, il faut s’y connaitre un peu. Si tu regardes « Guernica » de Picasso et que tu n’y connais rien, tu vas te dire que ça ressemble à un tableau d’enfant et qu’il aurait pu dessiner un peu mieux. Et si on t’explique un peu, tu vas voir, apprécier et comprendre autre chose.  

– Mais n’y a-t-il pas à ton sens dans cet « art mineur » des œuvres majeures ?

– Je pense qu’y a des gens qui peuvent amener la chanson à un niveau très haut ; il existe de la chanson très référencée, comme Dominique A. Il  fait plaisir aux Inrockuptibles ; mais les Inrockuptibles n’écoutent pas de chanson. J’ai besoin que la chanson reste accessible. Je suis assez d’accord avec Charles Trenet qui disait que la chanson est réussie quand le peintre la siffle. J’aime assez cette image. Alors bien sûr on peut dire la même chose du « Petit bonhomme en mousse ». Et alors ? Ce n’est pas parce qu’une chanson est niaise qu’elle n’est pas réussie. On peut écrire des chansons très intelligentes, mais qui en terme d’impact et d’émotion ne sont pas très intéressantes. Je suis très content que Benjamin Biolay fasse de belles chansons et je les apprécie ; mais j’attends le tube. Il y a aujourd’hui beaucoup de gens issus des Beaux-Arts qui font de la chanson pour la « dépoussiérer ». Mais pourquoi n’ont-ils pas fait des « beaux arts » ? Pour moi, il n’y a pas de snobisme à avoir en disant « ceci est de la bonne chanson ; cela de la mauvaise » : la chanson a surtout besoin d’avoir un public. Bien sur, on passe aisément de la soupe dans les radios et les médias télévisuels ; ça, c’est du surimi de chanson : on y met tous les ingrédients, mais c’est du surimi. Je ne sais pas si je suis très clair…

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA– Ce que tu dis m’évoque Nino Ferrer, qui écrivait des chansons sublimes qui n’ont jamais eu de reconnaissance, et a parallèlement connu des succès populaires et discographiques énormes en chantant des inepties, mais que tout le monde sait fredonner…

– Tout à fait, en chantant des conneries, mais des conneries qui étaient balaises à faire, que ce soit « Mirza », « Le télefon » ou autre. Ils veulent tous être Gainsbourg ; mais Gainsbourg a fait aussi « L’ami caouette » et des choses plus légères. C’est un artiste qui savait jouer de tout ça, en ayant à chaque fois du talent. Quand Patrick Sébastien est devenu mon producteur, combien de gens m’ont amené des choses pour lui qui étaient des grosses daubes ! Alors on peut penser que « Les sardines » est une grosse daube ; mais en même temps, il faut l’écrire et c’est une chanson qui fonctionne. Beaucoup de gens prennent Sébastien pour un abruti fini, incapable de juger si une chanson est bonne. Mais il est dans une recherche véritable, certes, sa recherche de perfection à lui, qui est d’amuser les gens et de faire en sorte que tout le monde chante. Mais c’est une recherche quand même. J’ai vu, lors d’un concert de lui les gens s’éclater et se lever ensemble. Moi qui ai horreur d’aller aux mariages, c’était  affreux… mais je dois reconnaitre que ça fonctionne, en tous cas auprès des gens qui ont envie de s’amuser là-dessus. Après tous ce n’est pas pire qu’M. Pokora. Ceci dit je ne veux pas en faire la publicité… C’est juste pour dire que je n’aime pas être rangé dans un camp de la chanson française soi-disant de qualité, contre la chanson populaire.

– Ne sembles-tu pas pourtant appartenir à une famille d’artistes, plutôt considérés comme chanteurs et chanteuses « à textes » de qualité justement, comme Allain Leprest, Anne Sylvestre ?

– Oui. Et ce sont mes amis en plus, et des gens que j’aime. Mais ce n’est pas parce qu’on fait de la chanson qu’on doit être triste ou glauque pour autant. Même chez tous ces gens, il y a toujours la petite chanson « cu-cul, con-con » et légère. Mais je n’aime pas le clanisme. Je ne crache pas sur la variété. On ne parle pas des « tubes » calibrés et préfabriqués qui ne sont rien d’autre que des chansons de chef de projet ou de produit. Mais le reste, c’est de la chanson ; ce n’est pas grave. Si on n’aime pas, personne ne nous oblige à écouter. A quoi ça sert de brailler devant des émissions de télé stupides quand il suffit d’éteindre le poste pour ne pas les voir ? Si j’ai des copains dans un certain camp de la chanson, c’est surtout parce qu’il existe un petit circuit dans la chanson où on se retrouve souvent, et que j’ai plaisir à les voir. Et puis j’ai aussi un petit spectacle qui s’appelle « Le Bar à Jamait » dans lequel j’invite mes copains et copines à venir chanter, et effectivement, ce sont plutôt des artisans de la chanson qui travaillent avec leurs tripes, comme Agnès Bihl, Anne Sylvestre, Romain Didier. Il n’y a pas longtemps le Zénith de Dijon, que j’ai rempli 5 ou 6 fois déjà, m’a demandé pour fêter ses 10 ans de monter un « Bar à jamait ». J’ai accepté sous la condition que j’invitais qui je voulais, à commencer par mon noyau dur de complices c’est à dire Anne Sylvestre, Agnès Bihl, Bernard Joyet, Gérard Morel, Gilbert Laffaille, Daniel Fernandez, et Nathalie Miravette, plus quelques invités comme SanSeverino, Art Mengo, Aldebert , Louis Delort, Thierry Chazelle et Lili Cros entre autres. On a fait 4500 personnes !

 

Sur ces mots, nous laissons Yves Jamait avant de le retrouver pour un concert pétillant d’énergie, devant un public ravi.

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A suivre, prochainement dans notre revue pour Musicalarue : les entretiens de Rue de la Muette, Radio Elvis, Salvatore Adamo, The Inspector Cluzo, les Hurlements d’Léo, et HK et les Saltimbanks pour le mot de la fin.

 

Miren Funke

Photos : Carolyn C (1, 2, 5 et 7) et Miren Funke (3, 4, 6, 8 et 9)

Nous remercions tous les bénévoles et membres de l’association de Musicalarue et tout particulièrement Madeline pour son accueil et son aide.

 

Léo Ferré, la mémoire … et Madeleine…

27 Août
Ce portrait a été publié une première fois pour l’anniversaire de Madeleine Ferré, l’année de la publication d’un livre qui a fait pas mal de vagues.

Qui êtes-vous Madeleine ?madeleine ferré 27-08-2016 15-40-33 376x330

Madeleine Rabereau,
épouse Ferré de 1952 à 1973.

Je suis né par erreur en 1916, et une seconde fois le 6 janvier 1950 quand j’ai connu Madeleine.  Léo Ferré

De 1950 à mars 1968, Madeleine Rabereau a été la muse, l’amante, l’aimante – à la folie – d’un des plus formidables créateurs du monde de la chanson. Durant 18 ans, elle accompagne la vie d’artiste du poète maudit devenant poète majeur (au sens reconnaissance publique) Il faut bien entendre « accompagner » dans l’acception la plus large du terme :  … et pour les chansons, elle m’aide beaucoup.  Paris canaille, tenez, c’est elle qui a fait le 3e couplet, et  Vitrines aussi,  j’ai écrit tout en vrac, et elle a arrangé ça. Il faut que ce soit dit.  Léo Ferré à Comédia 20/4/1954

C’est elle qui a fait le découpage du Mal Aimé.  id

C’est ma femme Madeleine qui pendant 6 mois a analysé le poème pour en extraire la distribution. ( à Paris Match 8 juin 1957)

Ce sont les mêmes circonstances pour « L’étrangère », une lecture-découpage-assemblage, et un titre qui n’est pas d’Aragon, mais qu’il a validé.

Dans cet accompagnement où se mêlent intimement toutes les composantes d’une vie de couple passionnel à l’excès, les témoignages sont nombreux pour situer Madeleine comme une partenaire dans l’évolution artistique de Ferré. Témoignages de proches ou déclarations à la presse. Ensuite est venu le temps des orages, et de la ré-écriture de l’histoire, au mépris de la simple évidence, avec la complicité passive de journalistes peu curieux ou trop courtisans. Il est évident que Madeleine n’a pas révélé Ferré, mais elle lui a révélé des capacités auxquelles il ne croyait pas spontanément. Dans l’expression scénique par exemple, quand l’homme assis au piano devient l’homme debout au micro, ce qui va beaucoup mieux aux textes « debout » de Ferré. Les anarchistes, c’est une chanson debout. A tous points de vue.

Il y a aussi l’exemple de Pauvre Rutebeuf, un collage d’extraits de trois poèmes différents extraits des Poèmes de l’infortune, Rutebeuf n’a pas écrit  Pauvre Rutebeuf , stricto sensu. C’est un travail d’arrangeuse textuelle qu’il faut rendre à Madeleine Ferré pour ces années, comme Gainsbourg a été un arrangeur en allant déceler quelques mélodies cachées chez Haydn ou Chopin, ou Beethoven, pour en faire des chansons populaires.  Ce qui est admis pour un arrangeur musical devrait l’être pour un arrangeur textuel.

memoires madeleine 27-08-2016 16-04-11 464x614les yeux de MadeleineDe ces années de création, il reste au moins deux témoignages : Poètes vos papiers un album Odéon de 1956, et Mémoires d’un magnétophone, un livre difficile à trouver, mais qui existe.

Pour le reste : « Il ne faut pas connaître les artistes » Léo Ferré (après une visite chez Ravel)

La vie d’artiste, c’est sur scène que ça se passe, la vie des artistes, c’est la vie privée, il y a eu des livres qui ont raconté ou qui racontent parfois des balivernes, parfois des vérités arrangées ou des vérités dérangées, c’est une autre histoire, leur histoire, quand ça n’apporte rien à la création artistique, laissons les chansons donner leur part de lumière… Et laissons dans l’ombre les histoires d’amour qui finissent mal en général …

Avec le temps,  Avec le temps, va, tout s’en va,
Même les plus chouettes souvenirs, ça t’a une de ces gueules, 

avec le temps, va, tout s’en va…

Cette esquisse de portrait de Madeleine Ferré est étayée par des citations, déclarations, témoignages publiés dans différents médias. Les propos tenus par Léo Ferré, et cités ci-dessus n’ont jamais été démentis, de même que les témoignages de Benoîte Groult, de Paul Guimard, de Catherine Sauvage en particulier. Témoignages figurant dans la biographie Léo Ferré, une vie d’artiste par Robert Belleret, Actes Sud 1996. L’ouvrage biographique le plus complet et le plus sérieux, jamais contesté.

Madeleine Rabereau est morte le 24 mai 1993,  Léo Ferré ne l’a pas su,  ça lui aurait fait un choc, selon son neveu. A noter qu’après leur séparation, et jusqu’à la mort de Madeleine, Léo Ferré et ses héritiers ensuite ont versé régulièrement une « pension » à Madeleine Rabereau.

Norbert Gabriel

Ces artisans au service des artistes : coup de projecteur sur l’atelier de lutherie collaboratif « Guitars and Co » qui appelle au soutien via financement participatif

26 Août

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La liberté de transformer la réalité et la capacité d’en créer une œuvre : qu’est-ce qui nous enchante et fascine plus que cela chez les artistes ? C’est le genre de questionnement qui rend parfois si mince et tellement floue la frontière entre artiste et artisan. A en comprendre les raisons pour lesquelles la distinction ne s’est d’ailleurs longtemps pas faite dans le vocabulaire français. Le 27 octobre dernier, Yacine Bayan, luthier dans l’atelier artisanal « Guitars and Co » (anciennement « Guitare et Création ») à Bordeaux, nous avait, lors d’un entretien, présenté une série de guitares artisanales arborant des graphismes à l’effigie de la déesse Athéna et de 9 muses de la mythologie grecque (projet « Uranometria »), qu’il avait imaginées et crées. [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/?s=uranometria&submit=Recherche]. UranometriaCréation de plus qui venait ridiculiser ce perpétuel besoin pervers de toujours ranger les gens et les choses dans des cases, de les confiner dans un rôle –pire, une identité-unique.

C’est il y a 5 ans que Hervé Berardet, artisan luthier depuis 1992, a installé son lieu de travail « Guitare et Création » au centre de Bordeaux, puis l’a progressivement transformé en atelier collaboratif -désormais « Guitars and Co »-, y regroupant plusieurs corps de métier complémentaires : luthiers, électronicien et créateur de micros et amplis, et ingénieur du son, auxquels s’ajoute le travail de vente et conseil assuré par sa compagne Emma. Car l’endroit héberge, outre l’atelier de création et réparation, un magasin d’instruments, et un studio d’enregistrement et de mixage au sous-sol. IMGP3950

Animé par le souci de transmettre sa passion, Hervé Berardet y organise régulièrement des stages de formation à la lutherie, accessibles à tous, lors desquels on peut apprendre à fabriquer sa propre guitare.

IMGP3957L’atelier « Guitars and Co » fait partie de ces lieux un peu magiques où les frontières entre tous ceux qui vivent et respirent par et pour la musique -artistes et artisans, créateurs et admirateurs, professionnels et amateurs- justement disparaissent, deviennent impalpables, pour vous laisser le sentiment heureux d’appartenir à une même galaxie de passionnés. Et à voir l’homme s’y activer, on comprend vite que son esprit déborde d’imagination et cogite en permanence, agité par de nouvelles idées à mettre en œuvre, toujours au service des musiciens, de la musique.  IMGP3962

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Dans ce lieu convivial, où sont aussi conviés les artistes à se produire en show-case acoustique, rapports humains chaleureux vont de pair avec une vision alternative du commerce d’instrument, la défense d’un travail local et artisanal de qualité, le respect de  considérations écologiques (dans le choix de bois massifs séchés, issus de forêts européennes ou de forêts autogérées et l’usage de l’huile dure pour les finitions par exemple), et s’inscrivent dans une philosophie de l’équitable. Autant de raisons pour lesquelles le profil « atypique » du commerce et la clientèle d’artistes, de saltimbanques, de rêveurs et de fêlés magnifiques qui le fréquentent ne sont pas fait pour attirer la confiance et l’intérêt des banques et organismes de prêts financiers.

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Aussi, et par choix éthique et envie de faire connaitre sa démarche, « Guitars and Co » a décidé de faire appel au financement participatif direct pour le soutenir dans la réalisation de ses projets, notamment celui du développement d’une gamme de guitares Costum.

Soutenir l’art, c’est aussi soutenir ceux qui permettent aux artistes de travailler, de s’exprimer, et mettent toutes leurs compétences et leur passion au service de ceux qui ne font pas du rêve qu’avec du vent, mais aussi avec des instruments. Pour ce faire, c’est par là clic sur l’atelier pour le coup de pouce,

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Lien : site : http://www.guitare-et-creation.fr/

 

Miren Funke

La tentation de l’ostentation

24 Août

 

Préambule en chanson,  Anne Sylvestre/ Pauline Julien « Une sorcière comme les autres »

Si je résume ce qui fait l’essentiel des sujets qui préoccupent le monde hexagonal en ce moment, le plus grand des périls tient à un bout de tissu sur la tête de quelques femmes… La mode et la chapellerie seraient donc l’alpha et l’omega du vivre ensemble, ou pas.

femme_battueSi on regarde l’image ci-contre, plusieurs observations possibles, les deux accessoires de coiffure sont étrangers à la culture française, l’un pourrait être assimilé à une propagande larvée de l’american way of life, avec toutes ses dérives de violence entre citoyens US.

L’autre est assimilé au port ostentatoire d’un signe religieux qui n’est pas dans notre culture. Soit.

corse.pngIl conviendrait donc de codifier avec précision ce qui est compatible, ou pas, avec nos traditions. Et quel uniforme serait le signe ostentatoire d’une laïcité bien comprise puisque le simple bon sens est devenu une notion très floue. Avec une législation « variable » selon le département et les foucades des édiles. La bandana corse est-il un signe ostentatoire de séparatisme revendiqué?

Un détail en passant, jusqu’aux années 2000, une loi du code Napoléon interdisait aux femmes le port du pantalon, sauf à être accompagnée d’un cheval, ou d’une bicyclette. Bon mais revenons à nos voiles,

vierge-marie-6Imaginons que cette jeune femme plutôt agréable s’installe sur une plage, vers Cannes par exemple, les badauds appelleraient la police ??

Ce signe ostentatoire est-il acceptable ? Le point de vue de St Paul.

Dans l’épître aux Corinthiens, il écrit « Toute femme qui prie ou parle sous l’inspiration de Dieu sans voile sur la tête commet une faute comme si elle avait la tête rasée. Si donc une femme ne porte pas de voile, qu’elle se tonde ou plutôt qu’elle mette un voile, puisque c’est une faute pour une femme d’avoir les cheveux tondus ou rasésL’homme ne doit pas se voiler la tête, il est l’image et la gloire de Dieu mais la femme est la gloire de l’homme car ce n’est pas l’homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l’homme et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit porter la marque de sa dépendance ».

Etant donné la rareté des femmes catholiques qui se couvrent la tête aujourd’hui, on vérifie que les traditions sont à géométrie variable. Sauf à considérer que Lilith est en partie réhabilitée..

La Bible a oublié, occulté , Lilith, l’épouse contestataire celle qui a été conçue à partir d’un adamah, être parfait puisque à l’image de Dieu, être partagé en deux parties égales et complémentaires, ça commençait bien.. Mais ça n’a pas duré.

En effet, contrairement à Ève, que la Bible présente comme ayant été conçue à partir d’une côte d’Adam afin qu’elle lui soit dépendante et donc soumise, Lilith aurait été formée à partir d’argile comme Adam et serait donc son « égale ». Ce qui placerait la femme dans un statut, non plus de subordination, mais de parité-égalité face à l’homme.
Le statut de Lilith comme première femme d’Adam vient en explication du double récit de la création dans le livre de la Genèse (Gn 1.27 et Gn 2.22). La création de Lilith correspondrait ainsi au premier récit alors que le second concernerait Ève.
Lilith devient le serpent qui provoque la Chute d’Ève, et incite Caïn à tuer Abel. Comme ses enfants s’entretuent, Adam refuse d’avoir des relations sexuelles avec Ève.
Physiquement, d’après la tradition talmudique, Lilith serait rousse, sombre de teint, aux yeux noirs ou brun foncé ; Ève serait châtain (voire blonde) au teint et aux yeux clairs : « Je suis Ève, la claire ».

Dans cette histoire biblique, nous sommes donc tous les descendants d’un assassin fratricide, et par dessus le marché, issus d’un inceste entre  Eve et Caïn ? A moins qu’on ne nous ait pas tout dit?  Et on voudrait que le monde tourne rond ? Mais on peut quand même finir en chanson,

Dépaysés au bout du monde, je pense à vous…  merci Pauline Julien…

Pour finir, la couleur est-elle un élément dit « ostentatoire » dans ce débat, et dans ce cas, dans quelle catégorie serait cette femme ?

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(©NGabriel, entre Barbès et Château Rouge en Juillet 2016)

Princesse des mille et une nuits, ou suppôt des extrémistes musulmans ?

 

Norbert Gabriel

30 Août: le lien ci-après expose avec beaucoup plus de réflexion documentée ce que je ressens au sujet de cette affaire: http://www.contretemps.eu/interventions/gauche-entre-soi-burkini(merci à Gilbert Laffaille) 

Ce que dit CharlElie…

22 Août
Une réflexion d’artiste pluri-culturel  qui apporte quelques éclairages intéressants dans le débat sur la situation des saltimbanques dans nos temps modernes.

CharlElie Couture, auteur compositeur interprète,  peintre, photographe…

©G Rancinan

© Gérard Rancinan

Avant le numérique, la photographie était un métier mystérieux sérieux, qui nécessitait de s’y connaître « même » en chimie ! Une photo était une énigme. Elle valait au moins le prix d’une énigme. Aujourd’hui les progrès de la technologie et les outils digitaux corrigent automatiquement les erreurs d’exposition ou de cadrage. Alors ça fait naître des illusions… d’autant que tout le monde utilise les mêmes médias sociaux.
Pour la musique pareil, plus besoin de posséder les grosses machines onéreuses qui meublaient les grands studios, aujourd’hui tout le monde peut faire un bon son compressé dans sa chambre.
La musique ne vaut plus rien. A peine considère-t-on que l’ensemble de toutes les musiques du monde vaut une dizaine d’Euros, prix d’un abonnement mensuel à une plateforme de streaming.
Les disques n’existent plus. Même certains de ceux à qui l’on a offert mon dernier « LAFAYETTE », ne l’ont pas écouté, l’excuse invoquée étant qu’ils n’ont plus de CD Player. Je pense que les « maisons de disques » devraient changer d’appellation. Peut-être devraient-elles être considérées désormais autrement, plutôt comme des « Plateformes de Développement et Diffusion Musicales ». Je ne sais pas? En fait tout le monde cherche, mais personne ne connaît la réponse.
Visuel et musique, même question : comment faire admettre qu’on est un professionnel de l’image et du son, quand chacun se sent capable de faire une belle photo ou de programmer un morceau de musique, même sans l’avoir apprise, sans avoir pris un cours ou lu le mode d’emploi des amplis.
(La question se pose aussi pour d’autres professions comme celles de l’information qui, depuis que celle-ci est offerte on line, ne permet plus de financer des enquêtes approfondies, mais incite les rédactions à faire une surenchère de titres provocateurs pour chapeauter des articles aux contenus populistes).
Nous vivons désormais à l’ère des grands amateurs. Exigeants et souvent hyper affûtés, ils connaissent l’histoire, la théorie, et surtout la technique de telle ou telle activité qu’ils pratiquent en sérieux dilettantes pendant leurs loisirs, mais leurs motivations n’ont que peu de points communs avec les préoccupations des professionnels. Se retrouvant dans l’impossibilité de dégager un profit de leur talent ou de leur savoir-faire, musiciens et photographes se résignent de façon pragmatique à exercer une autre profession, plus lucrative. Si celle-ci les barbe, cependant elle les nourrit. Alors ils ont beau s’en plaindre qu’ils n’en changeraient pour rien au monde !
C’est le paradoxe d’une société schizophrène qui fabrique des employés/salariés n’ayant d’autre choix que de se tenir à un boulot qui les ennuie grave, tandis qu’ils s’identifient à telle ou telle passion qui ne leur permet pas de survivre.
Alors au soleil couchant de leur existence, ces frustrés qui n’ont jamais pu vivre de leur passion, idéalisent la retraite, l’attendant avec impatience, comme «l’ENFIN !», ce moment de vie parfait qui leur permettra de se réaliser sans qu’ils aient pour autant à se préoccuper de savoir si c’est ou non rentable… Bon, mais pour les jeunes créateurs, c’est une autre histoire !!!
En attendant, comme tant d’autres photographes, je montre ma musique sur Youtube et je me poste, gratos, sur Instagram…

CharlElie
Août 20XVI

Un jour les anges… (Extrait de LaFayette)

 

Elzière, Colin et Cravic vont à Montréal…

20 Août

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Avec ce trio, Claire Elzière, Grégory Veux et Dominique Cravic, c’est Barbara, Anne Sylvestre, Louki, Leprest, Ferré, Patachou et quelques autres fleurons du Gotha de la chanson francophone qui partent  enchanter Montréal. Un trio affiné par une vingtaine d’années (plus ou moins) de complicité et de création musicales.

Pour en savoir plus, lisez ici, clic sur le crapaud..  ou le rossignol.

Logo crapauds

 

 

Mais avant le théâtre Outemont, il y a Montmagny, le 1 er Septembre, au Carrefour Mondial de l’Accordéon, une soirée avec le trio Colin-Cravic-Elzière

 

montmagny

 

Clic sur la photo du trio pour les modalités pratiques.

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Et qu’on se le dise, de Montréal à Vancouver, de Natashquan à Tuktoyaktuk, en passant par Saskatoon, évidemment.

 

Norbert Gabriel

Chanter la langue de chez nous

18 Août

La chanson est l’expression la plus authentiquement populaire. Le seul art qui soit resté près de ses sources. Un des rares où toutes les valeurs Qulturelles (avec un Q) soit mises échec. »  (…) Piaf et Brassens étaient aussi des parias de l’éducation. Tout comme Gershwin et Django Reinhardt. La pauvreté du bagage scolaire n’a jamais empêché qui que ce soit de chanter. (…)  Un aphone inculte, par sa seule sensibilité, peut émouvoir. Mieux que la voix ou le cerveau les plus cultivés.

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Ces lignes sont de Georges Moustaki,  Questions à la chanson, 1973 . Elles sont d’une pertinence éternelle. Dans le débat qui revient régulièrement à la une des interrogations existentielles sur la chanson à texte, ou la chanson « pas à texte », on ergote sur le fait que la bonne chanson se doit d’être forcément dans la langue de chez nous. Qu’on soit bantou, auvergnat, alsacien, patagon ou brésilien, hors du langage natal, pas de salut. Peut-être. Ou peut-être pas. Il y a parfois des mystères qui nous dépassent. Je connais assez bien quelqu’un qui a été élevé au bel canto, l’opéra à la TSF, ou dans l’atelier de mon grand-père, Luis Mariano ou Caruso dans la cuisine-salon-salle à manger, et qui un jour, vers 13-14 ans a découvert « Fleuve profond » une émission qui racontait le negro-spiritual, un choc émotionnel d’une intensité inouïe, c’était quelque chose que je ressentais comme si c’était en moi depuis toujours. Sans comprendre le sens des mots, je percevais bien le sens de la musique, et la force du propos. Ce n’est pas pour autant que j’ai balancé à la poubelle Bécaud et  mes mains qui dessinent dans le soir la forme d’un espoir qui ressemble à ton corps  ou Brassens, Marie-Josée Neuville, ou Brel, ou Félix Leclerc, eux qui me parlaient avec

cette langue belle à qui sait la défendre.
Elle offre les trésors de richesses infinies
Les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre
Et la force qu’il faut pour vivre en harmonie. 

 

Il n’était plus question d’ergoter sur le bien-fondé de l’imparfait du subjonctif et des beautés de Ronsard ou Malherbe dans leur écriture, la chanson était devenue un formidable générateur d’émotions, portées par des voix, des voix venues de partout

C’est pas seulement ma voix qui chante
C’est l’autre voix, une foule de voix
Voix d’aujourd’hui ou d’autrefois
Des voix marrantes, ensoleillées
Désespérées, émerveillées
Voix déchirantes et brisées
Voix souriantes et affolées
Folles de douleur et de gaieté…

et qu’elles chantent en slang, en argot, en russe ou en patois javanais, quand il y a une émotion qui passe, pas besoin de sous-titres. C’est pourquoi, avec ma pile en vrac jamais rangée, à côté de la chaîne, avec Ferrat, Jacques Yvart, Elisabeth Wiener, Higelin, Pagani, Pauline Julien et Anne Sylvestre, Pierre Barouh, Leprest, une partie de ceux qui sont là depuis plus de 20 ans, il y a aussi Melody Gardot, Madeleine Peyroux, Alela Diane, Vissotski, qui ne sont pas tout à fait francophones, mais qui me racontent des histoires. Comme Serge Utgé-Royo, dont tout le répertoire est inspiré d’une histoire, celle des exilés. Et de tous les exilés finalement. Utgé-Royo m’a fait comprendre une chose que je n’avais pas vraiment cernée, c’est la qualité de son écriture dans une langue parfaitement maîtrisée qui crée cette addiction à cette forme de chanson qui raconte. Elle est « à texte », bien sûr, mais ce n’est pas toujours suffisant. Il faut le fond et la perfection de la forme pour ne pas casser la magie par une rime hasardeuse, qui me ferait décrocher.

©NGabriel Forum Léo Ferré 2015

©NGabriel Forum Léo Ferré 2015

Il y a des interprètes ou auteurs qui essaient de me raconter des histoires, mais quand j’entends «le soleil-le dans le ciel-le, sur le port-re…» je peux pas. Et il y aussi «un mirador-re» pour achever le tableau. Bien que la voix soit belle, la mélodie réussie, ça ne passe pas… Et je suis beaucoup plus touché par la voix de Léonard Cohen, celle de Billie Holiday, ou celle d’Emily Loizeau récemment, entendue en aveugle à la radio. Sans pré annonce, ni quoi que ce soit. Sans image glamour, la voix, l’expression vocale, quelque chose qui émeut, c’est tout. Le fait que ce soit en français, n’est pas une garantie d’extase textuelle. Sinon les rappeurs seraient en orgasme perpétuel avec leurs rimes appuyées et scandées en mode marteau piqueur. Durant des années, «My gypsy wife» de Léonard Cohen m’a bouleversé sans que j’aie jamais eu envie de chercher la traduction. Une fêlure dans la voix, un écho de violon…

Il est sûr que je suis souvent devant les scènes françaises, celles de Louis Ville, Agnès Debord, Valérie Mischler, Bernard Joyet, Lili&Thierry, (Cros&Chazelle)  Romain Didier, Jérémie Bossone et celles et ceux des Lundis de la chanson, n’empêche que Chappel Hill m’a envoyé dans les nuages un peu comme The Doors ou Johnny Cash. Mais pas Presley … Sorry Elvis, t’as une belle voix mais ça ne me raconte pas grand chose.

Le travers qui se répand chez les néo french rockers babillant en anglais canada dry, est en effet préoccupant, c’est vide, c’est creux, c’est sans intérêt. Mais ça peut faire gigoter en buvant une bière, et en discutant avec les copains.

Aujourd’hui, tout le monde se fait un point d’honneur de reprendre les chansons de Leprest… Pourquoi pas? Il n’y a pas tant de maîtres dans ce domaine, mais combien savent vraiment apporter quelque chose de neuf, de mieux que l’original ? Ce qui vaut aussi pour les adaptations qui émigrent, mais c’est un autre débat.

J’aime assez le parcours de Louis Ville, qui a fait du rock en anglais, et qui s’est mis à écrire en français pour être plus précis et riche dans ce qu’il voulait partager. «Cinémas, cinémas» c’est de la chanson qui raconte, qui a du sens et du son . Une chanson dont Pierre Dac aurait dit : « Pour bien comprendre les gens, le mieux est d’écouter ce qu’ils disent. » Bien sûr qu’on comprend mieux quand c’est la langue de chez nous.

©NGabriel2013

©NGabriel2013

Que ce soit une langue belle et riche, personne ne devrait contester ce fait que la chanson soit un art populaire, c’est aussi une évidence. Mais la musique est aussi un langage universel, sans frontières, qui s’enrichit de métissages heureux, et qui s’appauvrit quand des néo-rockers babillent des insignifiances en anglais, parce que c’est tendance, et que ça se « dance »… Comme La danse des canards, c’est dansant, et français. Mais il ne suffit pas non plus que ce soit en français pour avoir un label de qualité systématique. Genre CFQ* qui ne serait qu’Only French, mais si on y chante plus souvent dans la trace de Jehan Rictus ou Gaston Couté, et leurs descendants que dans celle d’Eric Morena ou de Chantal Goya, ce serait dommage de se priver d’Elisabeth Caumont, cervantesque princesse Micomiconne qui explore avec bonheur les espaces ellingtoniens ou ceux de Chet Baker. Et irait-on se priver aussi de Paco Ibanez , Angélique Ionatos ou Paolo Conte parce qu’ils ne chantent pas qu’en français ?

Peut-être que ça se discute, c’est un point de vue qu’on peut ne pas partager. Peut-être que c’est un crime de lèse majesté de saluer un album qui ne parle pas français.

Mais j’ai du mal à limiter mes enchantements au format hexagonal quand je peux avoir le monde entier à découvrir.

« Le monde ouvert à ma fenêtre… » a toujours des airs balladins à découvrir, on n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle.

 Tu me diras que j’ai tort ou raison,
Ça ne me fera pas changer de chanson,
Je te la donne comme elle est,
Tu pourras en faire ce qu’il te plaît.
Et pourtant dans le monde
D’autres voix me répondent
Et pourtant dans le monde…

Bande son: Louis Ville. Pour le langage universel de la chanson, voici l’archétype de la réussite, avec images si on veut, ce serait dommage de se priver d’Elisabeth Masse, mais la première fois, c’était sans autres images que celle générées par la voix de Louis Ville…

 

« The gypsy wife  » avec commentaire de Leonard Cohen ( from the record: Field Commander Cohen. Tour of 1979 (Sony Music ent. Columbia. 501225 2

Et la version studio, la première…

Merci à Yves Duteil et Jacques Prévert pour La langue de chez nous et Cri du coeur. Ainsi qu’à Georges Moustaki pour Et pourtant dans le monde.

 

Norbert Gabriel

*CFQ; Chanson Française de Qualité (emprunt à Floréal Melgar)

Le 15 Août, la St Leprest ?

16 Août

 

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Lundi 15 Août, France Inter a consacré son émission Le téléphone sonne à la chanson, avec un angle Poésie et chanson française, Et s’il y avait un après à Saint-Germain-des-Prés ?

Avec en invité virtuel si on peut dire, Allain Leprest, et en invités réels, Romain Didier, Bertrand Dicale et Daniel Nevers.

L’éclairage apporté par les différents intervenants peut se résumer en quelques mots: sur l’éternelle question des médias obtus qui ignorent les valeurs de leur temps -Leprest dont Claude Lemesle a dit qu’il était le Rimbaud de la chanson – un des invités a rappelé que Rimbaud en son temps a vendu un nombre ridicule de ses poèmes édités. Leprest a eu un peu plus de succès sur ce plan, mais sans atteindre le « grand public ». Et il est le plus connu des chanteurs inconnus .

Sur les grands malentendus de la chanson, Boby Lapointe.  Extra marginal devenu culte quelques années après sa mort, outre l’ésotérisme un peu surréaliste de ses chansons, il faut aussi rappeler ce que dit Brassens qui l’a soutenu sans réserve, sur le plan métier, Lapointe, c’était le farfelu absolu, Brassens étant passé au début d’un gala, lui, la tête d’affiche, parce que Boby avait raté l’heure, ou l’adresse, ou la date…

C’est aussi un point qui concerne d’autres artistes dont le manque de rigueur sur le plan organisation ou entourage, a été une des raisons de l’échec dans la reconnaissance grand public de leur vivant. Pour Allain Leprest, c’est depuis les années Pascalis que la reconnaissance arrive avec un nombre d’albums et de spectacles hommages qui lui rendent sa juste place dans la scène chanson. Longtemps avant Alain Brisemontier s’est battu corps et âme, et entre temps, quelques « amis amateurs» se sont dévoués, l’un ayant créé le Prix Alain Leprest (!!)… Après sa mort… La vie d’artiste, c’est aussi un métier qui a des exigences, un minimum de rigueur. Et sur ce plan le génial Boby n’était pas le meilleur exemple.

Bon, finalement, le mieux est d’écouter cette émission, ça dure 40 mn, et puis une émission sur France Inter où on entend Romain Didier, et aussi un auditeur qui cite Marc Havet, c’est comme un miracle d’été et de 15 Août.

Pour écouter clic sur la TSFfrance-inter-magazine

Norbert Gabriel

En bande son, on peut écouter…

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