Rencontre avec l’artiste Cécile Delacherie, autour de la création de son spectacle de chansons « OH OUI », soutenue par financement participatif

20 Juil

Oh Oui

 

Cécile Delacherie, c’est un parcours artistique étoffé d’expériences diverses et rempli de plusieurs vies. Comédienne de théâtre, créatrice de spectacle, voix pour documentaires audio-visuels, formatrice intervenant auprès des jeunes, animatrice d’ateliers d’écriture au sein d’établissements spécialisés, elle a joué sous les directions de Gilbert Tiberghien (Cie Tiberghien), Jean-Marie Broucaret,  Jean-Philippe Ibos, Christian Rousseau (Cie Les Enfants du Paradis), Jürgen Genuit, Alain Chaniot, Colette Froidefond, Michel Allemandou, et collaboré avec plusieurs compagnies de théâtre pour des spectacles mêlant expression théâtrale, danse et chanson. Après 20 années à multiplier les aventures et varier les plaisirs, l’artiste s’attèle dans la création de son propre spectacle de chansons, « OH OUI ! », qu’elle interprètera accompagnée de l’accordéoniste Thierry Oudin, lors de plusieurs représentations en septembre à Bordeaux. A l’instar d’autres artistes, ayant opté pour une démarche alternative à la politique commerciale traditionnelle de la musique, c’est en faisant appel aux contributions bénévoles, via le site de financement participatif Ulule, qu’elle a choisit de faire soutenir son projet. Il y a quelques jours, elle acceptait de nous rencontrer.

 

– Cécile, bonjour et merci de nous accorder un peu de temps. Comment est né ce projet de spectacle ?

– Je suis comédienne de formation ; j’ai été formée  au Conservatoire de Bordeaux, dans la même promotion que Vincent Nadal et Sonia Millot, de la Compagnie de théâtre Les Lubies [http://www.leslubies.com/] qui m’apporte son aide sur ce projet. En 1997, soit 4 ans après en être sortie, j’ai participé à un spectacle avec des amies dans le cadre duquel on a souhaité faire des choses qu’on n’avait jamais faites. Et parmi ces choses là, il y avait le fait de chanter. Un ami musicien a composé des chansons pour ce spectacle là. Alors que nous écrivions les textes du spectacle, Jean-Pierre Pacheco, du théâtre La Boite à Jouer, a écrit les textes des chansons, sauf deux que j’ai moi-même écrits. Il y avait une chanson pour chacune de nous ; et j’ai donc chanté. J’ai pris un pied total, et les gens ont trouvé que c’était plutôt bien. Puis j’ai refait un autre spectacle avec des chansons, et j’ai suivi une formation de chant à l’école de musique le CIAM, car je n’avais pas pu suivre de cours de chant au Conservatoire, ayant la voix voilée par un nodule sur une corde vocale. Suite à cette formation, j’ai pu indiquer sur mon CV la profession de comédienne chanteuse. J’ai eu la chance d’avoir de très bons enseignants au CIAM, dont Sonia Nedelec. C’est très important de rencontrer des gens capables de donner les bonnes clés pour nous faire sortir  ce qui est en nous avec plaisir. Et à partir de là, j’ai été engagée dans des spectacles de théâtre avec des chansons.  C’est en 1999 que j’ai fait un premier essai de tour de chant, au Théâtre des Chimères à Biarritz, où j’avais travaillé pendant deux ans. Et puis, j’ai fermé la parenthèse et continué à travailler. Mais l’idée de monter un spectacle avec les chansons que j’avais chanté à l’occasion de ces expériences me trottait dans la tête depuis un petit moment. Et comme cette année est l’année de mes cinquante ans, je me suis décidée à me lancer dans la création de ce spectacle.

 

-L’idée est-elle de créer un spectacle qui compile en quelque sorte les chansons de ta vie ?

– Oui. Il sera constitué de toutes les chansons que j’ai pu chanter dans les spectacles auxquels j’ai participé depuis 19 ans. Je réalise que ces chansons s’étalent sur une période de presque 20 ans, puisque la première date de 1997. Ce spectacle est un peu ma vie, mon œuvre, en chansons. Sachant que ces chansons là ont été  écrites soit par moi, soit pour moi, c’est un peu du sur mesure. Ce n’est pas un répertoire constitué au hasard. Ce sont des chansons que j’aime et qui me sont très familières. Je pense que ça va constituer un spectacle qui me ressemble. Ce sont des chansons d’amour, car finalement  qu’est-ce qu’il y a d’autre d’intéressant à chanter ?

I

– Le spectacle se présentera-t-il comme un simple tour de chant ou racontera-t-il une histoire ?

– Il n’y aura pas de scenario. Avec Sonia Millot, nous avons travaillé sur l’ordre, et le sens qu’il pouvait avoir, sur  ce que ça raconte suivant l’ordre dans lequel se suivent et se précèdent les chansons. Ce n’est pas un ordre chronologique du tout, donc en ce sens l’enchainement des chansons raconte quelque chose. « Premier rendez-vous » parle des adieux, et on l’a placée au début ; alors que la chanson qui clôturera le spectacle raconte l’histoire d’une femme qui change de vie et s’en va. Et après, nous avons essayé de raconter une histoire avec toutes les autres chansons, entre ces deux là. Il y aura aussi des textes entre les titres, mais pas systématiquement, car il y a aussi des choses que j’ai écrites et envie de dire. En fait l’idée de départ était un spectacle de textes avec des chansons ; et puis sur les conseils d’Olivier Gerbeaud, musicien chanteur, de la Compagnie Mutine [http://ciemutine.org/], qui m’a écrit la première chanson il y a 20 ans, et me connait bien, et qui m’a dit « puisque tu as envie de chanter, fais un tour de chant et chante », j’ai modifié le projet. Cela aurait pu être une forme bâtarde derrière laquelle je me planquerais. En fait, je vais essayer de ne pas me planquer et de chanter pendant une heure. Je ne l’ai jamais fait, mais je pense que ça va le faire.

– Combien serez-vous à interpréter ce spectacle ?

– Nous sommes deux : Thierry Oudin, l’accordéoniste et moi. J’aurais bien aimé réunir plus de musiciens ; mais ça n’a pas été possible pour le moment, d’un point de vue financier. L’avantage d’une structure réduite est que c’est beaucoup plus pratique à organiser et moins onéreux aussi. Bien sûr, au niveau de la richesse des arrangements musicaux, on peut vite se sentir limité ; mais ça reste de la chanson, et on va donc à l’essentiel. Mon complice est un accompagnateur superbe ; d’ailleurs il va aussi chanter une ou deux chansons de son choix. Personnellement je préfère le rapport avec un musicien unique. Je ne suis pas musicienne de profession ; je déchiffre, j’ai l’oreille, mais je ne suis pas vraiment musicienne. Jouer avec un groupe complet aurait nécessité une personne pour réaliser les arrangements, moi n’étant que chanteuse, au même titre que les autres sont musiciens. Je préfère travailler avec un seul musicien, lui laisser son libre arbitre et le laisser arranger l’interprétation instrumentale  comme il l’entend. Il me semble que c’est plus simple ainsi, même si c’est moins riche musicalement. Avec Thierry, on se connait vraiment bien ; c’est d’ailleurs lui qui m’a proposé de m’accompagner. Pour l’anecdote, le jour de mes 50 ans, j’ai fait une grosse fête à la maison et décidé de chanter une chanson pour mes amis, accompagnée par Olivier au piano. Il se trouve que les gens ont beaucoup apprécié et m’ont incitée à chanter plus professionnellement. Peut-être l’ai-je d’ailleurs fait inconsciemment pour que mes amis me poussent et me donnent l’encouragement pour réaliser quelque Thierry Oudinchose. L’idée de monter un spectacle en mon nom pour chanter me faisait très peur ; j’en ai même perdu ma voix ! Ce n’est pas facile de se mettre en avant et de prendre des décisions. Thierry était présent lors de cette soirée, et le lendemain, alors que je pensais l’appeler pour lui proposer de m’accompagner, c’est lui qui m’a téléphoné pour me soumettre l’idée. C’est venu d’une envie de sa part de m’aider à soutenir ce projet. Dès lors, je ne pouvais plus reculer. Bien sur si d’autres musiciens souhaitaient se joindre à nous, j’adorerais cela. Mais on va commencer par cette étape là. 

– Les arrangements des chansons justement ont-ils évolué depuis la création ou les jouez-vous telles qu’elles étaient au début ?

– Cela a forcément évolué, parce que les chansons n’ont pas été toutes écrites pour être accompagnées à l’accordéon. Initialement elles étaient accompagnées soit au piano, soit à la guitare. Et puis certaines avaient été arrangées pour être jouées par un ensemble, lors d’une représentation nommé La Bouilloire, à l’Office Artistique de la Région Aquitaine (OARA) avec Olivier Gerbeaud. Le principe de La Bouilloire était de réunir un paquet d’artistes, et de  « faire bouillir » les chansons, avec Serge Moulinier au piano et à l’accordéon, Gilles Bordonneau à la clarinette, Bertrand Noël à la batterie, Nolwenn Leizour à la contrebasse, Olivier Gerbeaud à la flute traversière, entre autres. L’arrangement des chansons était assez jazz. De plus certaines chansons ont été écrites pour la guitare par le musicien Tony Leite, fondateur entre autre du trio jazz « Antoinette Trio » [http://www.troisfoisdeuxplusun.org/]. Donc le fait de les interpréter uniquement accompagnée d’un accordéon nécessite un travail de réarrangement. Et puis ce qui est sûr, c’est que je ne chanterais pas comme il y a dix ans : on ne peut pas être et avoir été.

– Y a-t-il un projet d’enregistrement également ?

– La prévision de réaliser des enregistrements est spécifié sur le site de financement participatif Ulule, pour les très grosses souscriptions. Donc on enregistrera. Il y a aura une prise de son du spectacle. Déjà pour que nous en gardions une trace pour nous-mêmes, et ensuite pour remercier les gros contributeurs. Mais un enregistrement album a posteriori  à proprement parler n’est pas encore envisagé. En fait je ne connais pas bien le milieu de la chanson et de la musique. Mon domaine, c’est le spectacle. Je connais bien Julie Lagarrigue, de Julie et Le Vélo Qui Pleure [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2016/01/28/julie-et-le-velo-qui-pleure-rencontre-avec-une-artiste-aux-multiples-identites/], avec qui je travaille ; c’est un peu elle mon entrée dans le milieu musical, et ma seule référence. Je ne sais pas du tout comment ça fonctionne.

– Quelle est la nature de ton travail avec Julie Lagarrigue ?

– Nous organisons des ateliers de chanson à l’hôpital Charles Perrens et dans d’autres structures spécialisées. Elle pratique l’art-thérapie, mais pas moi. En fait nous écrivons des chansons lors d’ateliers ; et elle fait chanter les gens hospitalisés et du milieu médical. Avec des jeunes filles de la Maison des Enfants à Caractère Social (MECS), nous avons organisé deux sessions de travail sur des chansons, nous les avons faites enregistrer en studio et sortir un julie2disque. Et la semaine dernière, nous les avons faites chanter en public. C’était superbe. Julie et moi nous connaissons depuis 5 ou  6 ans à peu prés ; je l’avais appelée sur les conseils d’Agnès Doherty [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2014/09/20/entretien-avec-agnes-doherty-le-spectacle-au-coeur/] pour travailler avec nous à l’Atelier de Mécanique Générale Contemporaine [http://www.atelier-de-mecanique-generale-contemporaine.com/newsite/index.php]. Quand on la voit sur scène, on comprend que c’est là qu’est sa place. C’est pourtant une personne qui doute ; mais quand elle chante en public, elle ne se pose plus de question. C’est après qu’elle s’en pose. C’est dommage qu’elle ne joue pas assez pour être rassurée sur sa légitimité à faire ce métier.

– Peux-tu nous raconter ton parcours artistique?

– J’ai eu mon premier cachet ici en 1990. Et puis l’année suivante, j’ai été débauchée du Conservatoire par la Compagne Tiberghien [http://www.cietiberghien.com/], au sein de laquelle j’ai commencé à jouer pour ne plus m’arrêter. Je me suis installée pendant deux ans à Biarritz, où j’ai travaillé au Théâtre des Chimères. Ensuite j’ai bossé avec Christian Rousseau qui a fondé la Compagnie Les Enfants Du Paradis [http://www.lesenfantsduparadis.org/], puis participé à la création de la Compagnie Mutine avec Olivier Gerbeaud et Muriel Barra. Mais depuis presque dix ans, je travaille avec l’Atelier de Mécanique Générale Contemporaine, avec lequel j’ai du faire 5 ou 6 spectacles. J’ai également travaillé avec Sonia Millot et Vincent Nadal l’an dernier. Je profite du calme de cette année pour réaliser des mises en scène en amateur, faire des ateliers de théâtre avec des lycéens par exemple, et créer, même s’il est probable que mon projet ne me rapportera pas énormément de sous, puisque je n’ai demandé de subventions à aucun organisme.

 Ea– Est-ce ce qui a motivé le choix de passer par un financement participatif par le public?

– Oui. Pour le moment je ne suis pas assez  « solide » pour monter un dossier de demande de subventions. Mon spectacle est un projet inédit pour moi, et seulement 4 représentations sont programmées pour l’instant, fin septembre au Lieu Sans Nom [http://www.lelieusansnom.fr/], trois soirs de suite, du 22 au 24, et une en après-midi le 25. S’en suivront sans doute d’autres au Théâtre du Versant pour qui j’ai travaillé au Conservatoire de Bayonne, et qui me propose de venir jouer chez lui, mais en paiement à la recette. Dans l’immédiat, le financement privé participatif va nous servir à payer quelqu’un pour faire  la régie et la création lumières, et peut-être nous payer nous-mêmes un minimum, si les recettes des représentations ne suffisent pas. En fait l’Atelier de Mécanique Générale Contemporaine héberge le projet administrativement, et est à ce titre obligé de nous salarier. Selon nos calculs, il faut une trentaine de personnes présentes par représentation, pour payer le Lieu Sans Nom et nous payer un minimum.

– Souhaites-tu porter ce spectacle plus loin ?

– Par la suite, j’espère bien pouvoir très vite monter un dossier et l’adresser à tous les lieux de spectacle et diffuseurs  du secteur artistique et culturel qui me connaissent et sont susceptibles de programmer de la musique et  d’acheter mon travail. Le Lieu Sans Nom s’occupera de sa communication propre pour ce qui concerne les représentations dans son établissement. Et puis l’Atelier de Mécanique Générale Contemporaine m’a fournit une liste des contacts de notre réseau qui me connaissent et seront sensibles à la démarche. J’espère pouvoir jouer dans des cafés concerts, des lieux de restauration avec programmation musicale, car c’est comme ça que j’ai imaginé le spectacle : un spectacle souple et léger, qui puisse se programmer partout, y compris être aussi joué en plein air. Nous allons nous servir pour cela du réseau de Thierry, car comme il est musicien –batteur et accordéoniste- depuis 25 ans et a joué avec pas mal de groupes à Bordeaux et aux alentours, comme Michel Macias, il connait du monde. C’est une démarche qui peut parfois paraitre exclusive, mais ça fonctionne souvent comme cela dans le milieu de l’art : à partir du moment où quelqu’un est connu, reconnu et validé par un réseau, ensuite n’importe qui le fait tourner, parfois même sans forcément apprécier son travail.

Chacun peut participer au financement du spectacle de Cécile Delacherie en ligne. C’est à partir de 5 euros, et en paiement sécurisé. Un petit geste, ou même un grand, pour le spectacle, pour la chanson d’amour, pour l’art et la culture. C’est là :

Lien du financement Ulule :  https://fr.ulule.com/ohoui/

 

C

 

 

Miren Funke

Lien : Facebook : https://www.facebook.com/cecile.delacherie

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