Archive | février, 2016

Demandez l’programme !

29 Fév

Allez, un peu de réclame, ça peut pas faire de mal, soyons moderne, et suivons l’air du temps. Toutefois, la déontologie en matière de CFQ* exige quelques réserves, en résumé, la chanson sans calcium, non merci ! La chanson franglaise ( de C….-F… .. et Cocoon) non merci ! La chanson qui n’a rien à dire et qui le répète ad libitum en tapant dans les mains, non merci ! La chanson usinée en série pour faire dansoter en sirotant un Mojito, non merci ! La chanson qui se pare de la rime piochée dans le dictionnaire du même métal, non merci ! Mais

Mais… chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son béret de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul
!

En bref, (Le bref se porte bien en ce moment, manque la chanson tweet, mais ça vient..) voici quelques réclames qui vont vous proposer l’exact inverse de ce qui va représenter la France à l’Eurovison, dont les caractéristiques sont : insipide, niais, guimauve éventée, original comme une photocopie ratée du dernier lauréat, en un mot comme en cent, consternant. Voici donc du coloré, de l’épicé, du caractère, charnu et plein de sève, avec des artistes interprètes dans la lignée des Catherine Sauvage, Anne Sylvestre, Jacques Debronckart, Marie-Thérèse Orain, qu’on se dise, et vive le spectacle vivant .

La vie en vrac, Annick Cisaruk et David Venitucci en scène, Yanowski au livret,  rien à ajouter… C’est le 2 Mars. Et c’est là. https://www.facebook.com/events/108414832884756/

la vie en vrac.

hurl léo manoFGO – BARBARA | PARIS 18 ème , 1, rue de Fleury 75018 Paris les 9 & 10 mars 2016 – 20h30
Nouvel album ; Les Hurlements d’Léo s’attaquent à Mano, en petits frères de la même trempe. Celle qui noue le ventre et illumine les rires. Celle qui rend la vie plus intense. Celle dont les colères se chantent haut et fort.Avec la participation de :
Nilda Fernandez, Romain Humeau (Eiffel), Zebda, Bertrand Cantat, Mell, Melissmell, Les Ogres de Barback, Francesca Solleville …

Tout feu tout femme…

VM 22 flyer 4 mars 22-01-2016 19-27-053

Tout est dit ci-dessus, allo ??

 

Et pour calmer vos ardeurs impatientes, un petit clin d’oeil amical…

Norbert Gabriel

  • CFQ: label de chanson non crétinisante, autrement dit Chanson Française de Qualité. Thank you F.M….

Merci à Savinien Hercule de Cyrano de Bergerac,  et à son biographe et ami Henry LeBret, et à Edmond Rostand.

Entretien avec la Coordination des Intermittents et Précaires de Gironde

28 Fév

gironde cip

Née dans le sillon du grand mouvement des intermittents du spectacle de 2003, la Coordination des Intermittents et Précaires (C.I.P), a depuis, tout en tentant de pérenniser la mobilisation, entamé un vaste chantier de réflexion et de conscientisation sur les injustices relatives au monde du travail. Cependant, même si l’organisation s’est souvent impliquée dans les luttes sociales à l’initiative des travailleurs des secteurs artistiques et culturels, elle s’est pourvue d’une structure ouverte à tous, dans le souci d’un engagement qui transcende les préoccupations d’une corporation unique, pour prendre la défense de tous ceux qui se retrouvent touchés par la précarité. S’appuyant sur un fonctionnement en rupture avec les schémas classiques des organisations politiques ou syndicales traditionnelles, la C.I.P se veut mouvement citoyen, qui œuvre aussi d’un point de vue philosophique à repenser le modèle économique et sociétal dans lequel nous vivons. Militantisme, art et festivité au programme : trois des militants de la C.I.P de Gironde (C.I.P.G), dont la sympathique particularité locale est d’être dotée d’une chorale vocale, acceptaient fin juin 2015 de nous recevoir, pour parler des investissements et de la vision de leur mouvement, qui appelle à la grève générale et au rassemblement citoyen le 09 mars 2016 et signe la lettre ouverte à la ministre Myriam El Khomri

 

-Bonjour et merci de nous recevoir. Comment est née la C.I.P et pour répondre à quel besoin ?

-Vincent : Pour être exact, le mouvement dans son essence est né en 2003, à l’initiative de salariés et de travailleurs du milieu du spectacle, des artistes, techniciens et personnels d’administration. Parmi ces salariés, certains sont bénéficiaires du statut d’intermittent du spectacle et du régime spécifique d’indemnisation qui lui est propre, d’autres non. Il y a une grande précarité parmi ces professions. Ceci explique que les intermittents n’étaient pas les seuls impliqués dans cette lutte ; la mobilisation était bien plus large. Depuis 2003, année de la grande grève à Avignon , la coordination d’Ile de France, qui a eu à cœur dès lors de maintenir un travail de fond continu, et non de se mobiliser uniquement à l’occasion de chaque grande réforme du statut d’intermittent, a répandu l’idée qu’il fallait ouvrir l’engagement dans la lutte à tous les autres secteurs du travail, et tous les autres travailleurs, qu’ils soient intérimaires, précaires, en chômage de longue durée, vacataires. Le mouvement travaille dans l’idée d’élargissement de la mobilisation et de convergence des luttes. C’est un travail à long terme, nourri de rencontres qui se font, de luttes qui se rejoignent : par exemple ici en Gironde, nous avons soutenu les cheminots, les enseignants ou encore les travailleurs du secteur hospitalier, ainsi que les ZADistes. On vit des moments d’évidente convergence, et des retrouvailles, suite auxquels les luttes se séparent, mais les liens restent. Tout cela se vit dans la perspective de créer un corpus citoyen sur la base d’une remise à plat de tout. Il s’agit pour nous de dénoncer ce qui est en train d’être mis en place et d’émettre des propositions. Ceci dit il est vrai que les artistes et les techniciens du spectacle forment un noyau solide qui donne l’impulsion et se trouve souvent au départ de chaque grand mouvement, même s’il arrive dans nos réunions que deux tiers des membres présents n’aient rien à voir avec le milieu du spectacle. C’est pour cela que notre nom « Intermittents et précaires » est juste.

-Bernie : D’ailleurs la lutte de fond avait été initiée par une association nommée « Intermittents 33 ». La C.I.P en tant que telle a vu le jour en 2014, notamment investie par des membres de cette association, mais aussi d’autres travailleurs.

-Emma : La première grande manifestation de Bordeaux a eu lieu le 27 février 2014, place Pey Berland.

 

-Cette volonté de former une organisation ouverte à tous a-t-elle reçu un écho favorable parmi les travailleurs n’appartenant pas aux secteurs culturels et artistiques ?

-Bernie : Oui. La C.I.P ne milite pas que pour les intermittents du spectacle, mais pour les précaires en général ; nous nous considérons avant tout comme des intermittents du travail.

-Emma : Bien entendu nous avons une charte en adéquation avec nos valeurs, à savoir que nous ne tolérons pas le racisme, les propos sexistes ou homophobes. Une personne d’extrême-droite ne sera évidemment pas la bien venue, à moins qu’elle ait décidé d’accomplir un revirement idéologique. Mais tous peuvent s’impliquer dans notre organisation.

 cip banderole

 

-Comment êtes vous organisés ?

-Bernie : La C.I.P appartient à tout le monde, à tous ceux qui se sentent intermittents du travail et précaires. Bien sur il y a en son sein un noyau de personnes qui organisent les réunions et le travail au sein des commissions. On dénombre une cinquantaine d’individus, dont 16 référents (deux par commissions), qui sont un peu plus actifs que les autres adhérents. En Gironde, nous fonctionnons en commission de travail. Il y a par exemple la commission action, la commission rédaction, la commission décryptage qui étudie les textes de la nouvelle convention. Deux référents sont nommés par commission, qui se chargent de rendre compte à l’ensemble des membres lors d’assemblées générales de ce qui s’est dit ou fait. Précisons que c’est un fonctionnement local particulier, et que les différentes coordinations et collectifs de France se gèrent de manière autonome et variable. Certaines C.I.P ailleurs dans l’hexagone prennent la forme de collectifs au sein desquels on trouve des syndicats. Ce n’est pas notre cas : il y a bien sur des individus qui sont par ailleurs syndiqués (notamment à la C.N .T, la C.G.T et SUD), mais aucun syndicat n’est présent en tant que tel dans notre C.I.P. Le Collectif Unitaire de Lyon (C.U 69) compte des syndicats, essentiellement SUD, mais aussi Recours Radiation, qui est l’un des requérants auprès du Conseil d’Etat. Nous voulons être un mouvement citoyen ; de ce fait les membres de la C.I.P de Gironde qui sont syndiqués ne participent pas à notre organisation avec leur casquette syndicale ou politique.

 

-En quoi votre mouvement diffère-t-il des associations traditionnelles de travailleurs ?

-Emma : Ce qu’on essaye de mettre en avant, c’est une autre forme de militantisme, différente de celle que propose depuis des décennies les syndicats et organisations politiques classiques, qui découlent souvent de schémas de hiérarchie très organisée, avec des réunions interminables, où les gens ont du mal à s’emparer de la lutte. Nous travaillons selon des formes complètement différentes, de co-construction et d’émancipation. Se rapproprier sa vie, c’est déjà connaitre les textes de lois, se réapproprier des outils pour savoir se défendre ; donc une commission spécifique à l’étude des textes de loi pratique une étude de fond pour diffuser ensuite cela au plus grand nombre. L’individu a toute sa place au sein de notre mouvement pour qu’un maximum de personnes puisse venir lutter avec nous. C’est en cela que la C.I.P diffère des organisations de lutte traditionnelles, qui certes nous ont appris des choses, ont obtenu des acquis sociaux importants et nous lèguent un historique riche, mais dont nous ne souhaitons pas calquer le fonctionnement. Nous tentons de revoir les formes de lutte comme en Espagne ou en Grèce, pour ne citer que ces deux pays, pour que les gens puissent se rapproprier les sujets de société, dont ils ont été complètement dépossédés.

 

-Pouvez-vous parler du principal chantier de réflexion et des principales luttes où s’implique la C.I.P ?

-Vincent : La C.I.P a travaillé depuis 2003 sur une contre-proposition au modèle existant de l’UNEDIC pour élaborer un modèle plus équitable et solidaire : il s’agit d’ouvrir plus largement le statut d’intermittence à tous les travailleurs intermittents, en C.D.D ou autre et de supprimer les annexes 8 et 10 qui réservent ce statut spécifique aux travailleurs du spectacle. Actuellement l’UNEDIC distingue 11 annexes spécifiques, dont les intermittents, les marins, les travailleurs expatriés, en autres. Le fond de notre modèle repense les choses avec une seule et même annexe pour les gens se retrouvant au chômage, suite à la rupture d’un C.D.I et les travailleurs précaires. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, nous militons pour la suppression des annexes 8 et 10 qui concernent spécifiquement les travailleurs du spectacle, afin que tous les travailleurs en C.D.D –contrat qui représente 82% des contrats de travails- soient englobés dans une même « spécificité » : à type d’emploi égal, il faut un traitement des droits au chômage égal. C’est la façon dont nous investissons les champs des revendications, en vertu de notre spécificité pour l’élargir.

-Emma : On s’investit sur la question de l’assurance chômage [NDLR : dont la renégociation a eu lieu le 22 février 2016] et les dangers que représentent les nouveaux cadres légaux qui vont la modifier, la loi Macron, la loi Rebsamen [NDLR : et aujourd’hui le projet de loi El Khomri ; la C.I.P appelle à la grève et la manifestation nationales le 09 mars et à signer la pétition en ligne.  et tout ce qui touche aux droits des travailleurs et des chômeurs. Nonobstant chacun de nous est aussi sensibilisé à d’autres thèmes, comme l’économie ou les projets utiles, mais le cœur de notre combat concerne l’assurance chômage. Nous travaillons également à combattre les représentations faussées que se font les gens de la situation : par exemple une étude sérieuse indique qu’actuellement en France 62% des gens pensent que les chômeurs se retrouvent sans emploi par leur faute. Pire, depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande, ce pourcentage a explosé ! Nous menons donc un travail de sensibilisation pour faire basculer cette tendance, liée à une idéologie très anglo-saxonne et libérale induisant l’idée que le chômage relève de la seule responsabilité du chômeur. Et ce stéréotype est intégré par plus de 60% de la population française.

-Vincent : C’est clairement un enjeu idéologique. Pour être grossier, le modèle mis en place découle de l’idéologie de Madame Thatcher qui disait qu’il faut faire payer les pauvres, car ils sont plus nombreux. En clair, pour parodier De Funes dans « La folie des grandeurs » : « Les riches, c’est fait pour être très riche, et les pauvres pour être très pauvres ». Pour nous, l’enjeu est de savoir comment on souhaite répartir les richesses, et la caisse solidaire que constitue l’assurance chômage. On parle de « charge sociale » à tour de bras dans les media, et ce sont désormais des glissements de langages qui ont été intégrés par les gens. Mais il ne s’agit pas de charges, mais des cotisations solidaires et consenties. Et cette caisse, il faut la répartir mieux.

-Emma : Nous avons également tenu des tables de presse par le passé à la Fête de l’Huma et à Lormont en Fête.

-Bernie : Ensuite il y a d’autres genres de manifestations, où nous sommes présents, comme la marche contre Monsanto qui a eu lieu il y a peu, auxquelles nous participons à titre individuel, sans forcément revendiquer notre appartenance à la C.I.P. Lorsqu’il s’agit de participer à des mouvement que nos revendications concernent directement, comme celui des personnels hospitaliers ou des retraités, ou encore les manifestations des Z.A.D contre les violences policières, que nous subissons aussi parfois, nous y allons en tant que C.I.P.

cip convergeance

-Votre mouvement a-t-il eu parfois du mal à fédérer autour de lui, du fait d’a priori communément répandus sur le régime des intermittents, que beaucoup croient privilégié ?

-Vincent : C’est un a priori trop répandu et erroné. On peut démonter le préjugé en deux secondes : pour bénéficier de l’intermittence, il faut cumuler 507 heures de travail sur 10 mois et demi, alors que pour être allocataire au régime général, il faut 620 heures sur 24 mois. Si on établit un rapport temps de travail/ droits cumulés, on se demande où se situe le privilège. Bien sûr, nos droits sont un peu mieux préservés, mais les conditions d’accès à notre statut sont plus difficiles à remplir.

-Emma : Nous réclamons déjà que les 507 heures de travail requises puissent être effectuées sur 12 mois, comme c’était le cas avant, et non sur 10, et que ce modèle soit identique pour tous les corps de travailleurs. Et le calcul que nous avons établi du coût de la mise en application de ce modèle a été étudié par l’UNEDIC, qui a déclaré en décembre 2014 que cela serait plus équitable et pas plus coûteux que le modèle actuellement existant. L’idée est de parvenir à un partage du travail et de la protection sociale. Mais l’UNEDIC refuse d’en discuter.

 

-Pourquoi l’UNEDIC méprise-t-il vos propositions si elles sont sérieuses ?

-Bernie : Nous avons condensé en une dizaine de lignes le rapport de six pages qui présente le modèle que nous proposons disponible en ligne. L’UNEDIC reconnait la valeur du modèle proposé par la C.I.P, mais n’en veut pas, simplement parce que la C.I.P n’est pas un syndicat. De ce fait à ses yeux, elle ne fait pas partie des partenaires sociaux traditionnels, parmi lesquels, soit dit en passant, on retrouve des syndicats qui ont ratifié la nouvelle convention et le MEDEF, qui est un syndicat d’employeurs. Nous ne tolérons pas que ce syndicat soit présent parmi les partenaires sociaux, parce que l’UNEDIC a été crée sans lui pour gérer nos cotisations, et que le MEDEF s’est immiscé dans les débats comme un partenaire social sans légitimité.

Donc l’UNEDIC refuse notre modèle, même s’il en reconnait la validité. Pourtant nos délégations ont régulièrement des rendez-vous au sénat ou à l’assemblée nationale avec des commissions de députés, et ont rencontré en janvier 2014 la Ministre de la Culture.

photo-quinconces-CIPG-manif-16-juin-2014 

-Selon vous la logique suivie par l’économie actuelle risque-t-elle de dégrader encore plus les conditions de vie des Français ?

-Vincent : Le nouveau protocole signé par Rebsamen et son corolaire sur les droits rechargeables va avoir des conséquences assez catastrophiques et précariser encore plus les gens en situation déjà précaire, comme nous le craignions. Chaque coordination régionale a crée des permanences d’accompagnement afin de venir en aide à chaque personne en difficulté et en litige avec Pole Emploi. Ce sont des actions concrètes de terrain auprès des travailleurs qui se retrouvent basculés en régime général ou à qui on refuse des droits, tout en leur demandant de se soumettre à de plus en plus de contrôles. Pour exemple certains se retrouvent avec 0,87 euro d’allocation journalière, soit même pas 30 euros pour vivre par mois, et ne peuvent même pas demander le R.S.A, au motif qu’ils bénéficient d’une allocation chômage, aussi dérisoire soit-elle.

 cip

-Qu’est-ce que la CIP peut entreprendre pour eux dans l’immédiat ?

-Vincent : Ces gens s’adressent à nous, et nos membres les plus compétents en la matière essayent de remonter leur dossier et d’amorcer des recours auprès des médiateurs.

-Bernie : Ils peuvent nous contacter par mail à l’adresse cipgironde@gmail.com . Nous leur demandons de nous envoyer leurs documents et dossiers, qui sont analysés par des légistes de la C.I.P pour voir ce qu’il est possible de faire, soit en les traitant sur place, soit en les faisant remonter au niveau national. Au mois d’octobre, plusieurs dossiers ont été ainsi portés au conseil d’état [NDLR : le 15 octobre 2015 le Conseil d’État a rendu la décision d’annulation de la convention d’Assurance Chômage].

les-intermittents-du-spectacle-lors-d-une-manifestation-le_2076027_800x400

 

-Votre mouvement est né dans le sillon de celui amorcé par les intermittents du spectacle en 2003 qui avait attiré la sympathie et le soutien de nombreux artistes et professionnels de la culture. La C.I.P a-t-elle conservé un lien privilégié avec les artistes ou professionnels du spectacle?

-Bernie : Tous les artistes que nous avons contactés, jusqu’ici, et même les directeurs de festival nous ont ouvert les portes et ont accepté des prises de paroles avant les spectacles. Évidemment nous avons déjà des liens particuliers avec des artistes impliqués auprès de notre cause ; ceci dit il est relativement facile de se faire octroyer un temps de parole sur un festival. Je me souviens d’un festival, à Langon en 2015, qui nous avait accueillis une première fois, et n’avait pas souhaité nous redonner une tribune la fois suivante. L’artiste qui se produisait ce soir là a insisté pour que nous puissions prendre la parole avant son tour de chant. C’était une artiste brésilienne, qui a continué à parler de notre cause après nous, en expliquant qu’au Brésil, la France était un exemple, et que ses compatriotes se battaient pour essayer d’avoir un minimum de statut, et que si nous, français, laissions mourir notre système, eux en seraient totalement découragés. Notre lutte motive les gens des autres pays ; d’ailleurs les C.I.P existent également au niveau européen, où des journées de rencontre et discussion se tiennent environ tous les 4 mois, et au niveau international. Ces luttes là se développent aussi sur le thème de la contre-austérité, ce qui explique qu’elles rencontrent un écho favorable en Allemagne, Italie, Grèce et Belgique. Ici plusieurs artistes sont impliqués directement auprès de nous, et les autres en règle générale nous regardent avec sympathie. Effectivement certains intermittents du spectacle gagnent très bien leur vie, mais ils ne représentent que 4,5% des intermittents, et ça ne signifie pas qu’ils ne militent pas et ne sont pas solidaires des autres. La C.I.P souhaite appartenir à tous, on l’a déjà dit : il n’est donc pas nécessaire d’être intermittent ni précaire pour y rentrer.

 

-Et puis à la C.I.P de Bordeaux, il est aussi question de musique… Pouvez-vous dire quelques mots de votre chorale vocale?

-Bernie : C’est un peu notre « fantaisie » ! Nous avions l’habitude de nous réunir tous les lundis soirs place Pey Berland à Bordeaux pour une photo du collectif et un rassemblement avec notre chorale, rendez-vous remplacé par des « causeries nomades » qui ont lieu tous les 2ème mardis du mois. Il faut préciser que c’est une particularité unique en France : la C.I.P girondine possède une chorale qui chante des chants révolutionnaires, sous la direction d’Agnès.  NDRL : Voir ICI.

 CIP palce Pey Berland

-Emma : Le principe est de reprendre un chant révolutionnaire de chaque pays de l’union européenne, évidemment dans sa langue d’origine. La chorale est ouverte à tous ceux qui souhaitent y participer. Agnès dirige l’ensemble, forte de son expérience, et aide à orienter les uns et les autres par rapport à leur timbre de voix. Il y a actuellement une bonne dizaine de chanteurs, qui avait l’habitude de se réunir tous les lundi soir, avant la photo place Pey Berland. Il y a même une commission « chorale » au sein de la C.I.P qui organise les répétitions. Pour la petite histoire, la première fois que la chorale s’est réunie pour chanter, c’était devant la librairie Mollat, dont le patron est le trésorier du MEDEF de Gironde, et également l’ambassadeur du Mexique. Un jour où il revenait du Mexique, des comédiens ont été faire un tour dans la librairie, pendant que la chorale chantait pour l’accueillir.

 

-La période estivale des festivals va débuter. La C.I.P va-t-elle pouvoir y prendre la parole ?

-Bernie : Bien sur nous allons aussi être cet été présents sur certains festivals. Des rendez-vous importants nous attendent, avec des forums pour l’emploi en septembre.

La C.I.P appelle à la grève générale et aux rassemblements citoyens qui auront lieu partout en France le 09 mars

Miren Funke

Remerciements à Bernie, Vincent et Emma

 

Liens : mail : cipgironde@gmail.com

Site : http://cipgironde.wix.com/cip-aquitaine

Facebook : https://www.facebook.com/cipgirondeaquitaine/?fref=ts

Pétition : https://www.change.org/p/loi-travail-non-merci-myriamelkhomri-loitravailnonmerci?source_location=discover_feed

 

 

 

 

Fête de la musique 2016

28 Fév

pierre-desproges-

Peut-être vous souvenez-vous de cette histoire que racontait Desproges et qui est en situation avec cette soirée de Fête de la musique.. Voici donc de quoi il est question, en prolégomène.

Pierre Desproges avait accompagné femme et enfants en vacances, et il était rentré à Paris un dimanche soir assez tard. Arrivé at home sweet home, le frigo est vide, et horreur malheur, les clés du garde manger et de la cave sont restées avec la famille. Adieu le foie gras, et un cru millésimé dont il se faisait la promesse d’un régal. Avanie ultime, l’arabe du coin est fermé le dimanche soir. Dans cet abîme de désespoir,  il croise son voisin de palier, avec qui les affinités sont microscopiques, à qui toutefois il dit deux mots sur son désarroi gastronomique, et le voisin compatissant lui donne, je cite de mémoire, un litre de vinasse 11°5, une demi baguette à la fois rassie et ramollie, et une boite de corned beef, cet infâme paté rosâtre, qu’il mange à même la boîte, sur une serviette en papier, et vous savez quoi ? J’ai trouvé ça super, dit Pierre Desproges.

Revenons à nos chansons en fête, je suis arrivé dans l’émission vers 22h et des broquilles, dans le réflexe de l’âne qui se gratte, je jette un œil à la télé, et là, j’entends un trio de drôlesses « Les coquettes »  chantant quelques vers de la chanson des frères Jacques, « Les fesses » puis un large extrait « Des nuits d’une demoiselle.. » Vous avez bien entendu, la chanson extrêmement érotico-coquine immortalisée par Colette Renard, et ça,  sur une chaine de télé publique à une heure presque décente.

De telles surprises ont de quoi déstabiliser le plus blasé des déçus de la télé quand elle prétend s’intéresser à la chanson… Du coup, j’ai regardé jusqu’à la fin, et vous savez quoi ? Avec un plaisir serein… ça m’a rappelé le bon vieux temps, le temps des Carpentier, Guy Lux, tout ça. Dans ce que j’ai entendu, rien qui ne suscite l’irrépressible envie de courir chez le disquaire toutes affaires cessantes, mais c’est comme Johnny ou Clo-Clo, ou même Delpech, dont je connais pas mal de chansons sans avoir acheté un de leurs disques. C’est un divertissement musical qui me permet de voir et d’entendre des gens que je n’aurais jamais eu l’occasion de croiser ni par la radio ni par mes fréquentations de spectacles. J’ai échappé à Lambert Wilson, qui était invité, j’ai eu la confirmation que Jul, Amir, et les Gipsy Kings me laissaient comme la Vénus de Milo, les bras tombés, et de marbre. Etonné que Pascal Obispo raconte qu’il n’avait jamais entendu parler de Marceline Desbordes-Valmore alors qu’il y a quelques années Julien Clerc a popularisé une de ses poésies dans une belle chanson… (Les séparés en chanson, N’écris pas en poème) et puis,  Bruel, toujours sympa, Thomas Dutronc très bien entouré, avec Rocky Gresset à la guitare « manouche » à qui je dédicace néanmoins ce que disait Sarane Ferret en 1945, sur les néo-Django boostés du médiator:   C’est bien toutes ces notes, mais on n’a pas le temps de voir le paysage

BRIGITTE (c)Dimitri Coste (sdp)

BRIGITTE  (C)Dimitri Coste

Thomas, si tu me lis…  et la belle surprise, le duo Brigitte, pour qui on peut utiliser le pluriel, les belles Brigitte… Mais c’est surtout le ramage qui m’incitera à acheter leur album… Après ça, n’ayant pas eu l’imprévoyance de Desproges, j’ai arrosé la fête avec quelques gorgeons d’un Côtes du Rhône qui a bien tenu ses promesses, Il vino rallegra il cuore dell’uomo, comme disait Caruso à Paolo Conte…

Et tout ça finit par des chansons, comme celle-là, en clin d’oeil à un lecteur qui se reconnaîtra, une ballade à bicyclette, avec une chansonnette pour tout bagage..

A l’an prochain, si tout va bien…

Norbert Gabriel

Les passagers Catherine May Atlani

27 Fév

may couvImaginez une silhouette qui apparaît dans sa plus simple expression naturelle, et qui s’enroule progressivement dans des voiles et des dentelles arachnéennes, des soieries brodées de fils d’or et d’argent pour se faire une parure somptueuse, d’une élégance raffinée, de transparences de brumes légères un matin de printemps.

C’est la voix, les voix, qui se frôlent et se caressent avec les cordes sensibles des violons, violoncelles, altos, polyphonies de voix et d’instruments dans une parade amoureuse, mystique, sensuelle et chaste.

Un moment hors du temps, quelque chose de pur comme le diamant, une grâce quasi surnaturelle, et il me vient une histoire que me racontait mon grand père vénitien. Lors d’une audition devant les sommités d’une grande académie de musique, tous les musiciens les plus réputés sont venus, ils rivalisent de brio avec leurs morceaux de bravoure,  et à la fin, arrive une sorte de vagabond dépenaillé qui demande à jouer. On lui accorde cette faveur -pour rire un peu- il commence, casse une corde, joue, casse une deuxième puis une troisième corde, dans les ricanement, et sur la dernière, il éblouit l’assistance médusée.. Et dans le silence stupéfait qui suit, déclare avec une certaine morgue hautaine,

Così giocano gli angeli nel cielo e dopo Paganini.

Ainsi jouent les anges dans le ciel et après Paganini. Si non è vero, è bene trovato… ajoutait mon grand père… L’émerveillement de cette histoire est resté intact depuis mes 10 ans, et je le retrouve aujourd’hui avec « Les passagers » de Catherine May Atlani.

flyer may atlani

Et si vous êtes trop loin du Zèbre, voyez ici pour acquérir l’album.

Mistmusic

Et on peut écouter des extraits…C’est ICI

Norbert Gabriel

Les cahiers d’Esther, Riad Sattouf

24 Fév

les-cahiers-desther couvOn a tous eu 10 ans et le souvenir des jeunes années qui couraient dans les verts pâturages de la vie.

Souchon en a fait une de ces chansons qui entrent dans la mémoire avec les contes de Perrault, les romans d’aventures de Dumas, ou de Fenimore Cooper, Fifi Brindacier, ou Martine dans tous ses états, le Club des 5, ou Harry Potter, selon le temps de nos enfances.

Esther, c’est la synthèse des états d’âme de tout humain, de tous les contrastes et les contradictions, ses histoires sont de celles qui vont donner à la famille l’occasion de se retrouver et de peut-être mieux comprendre le fossé des générations, d’en combler quelques brèches. Est-il concevable d’être « pauvre » parce qu’on n’a pas un Iphone à 10 ans ? Est-il concevable que nos enfants élevés au lait de la tendresse, avec quelques valeurs essentielles, se transforment un jour en créatures zombiesques d’un exotisme extravagant ? le garçon le plus beau 24-02-2016 15-09-57 2037x3229Ce sont les mystères de la vie, dans lesquels les enfants se perdent en conjectures et perplexitudes profondes ( la perplexitude est un état permanent devant les mystère de la vie) comme les histoires de l’Histoire de France qu’on enseigne à l’école… Exemple incroyable: Une fille esther jeanne d'arcavec cette coupe de cheveux qui commanderait à une bande de garçons pour aller guerroyer cent ans afin de bouter l’anglois, et installer un dauphin nommé Charles sur le trône de France… En plus, avec tous les mots anglais qui nous envahissent, elle a dû en oublier quelques uns, d’anglois, Jeanne…

Bref, l’essentiel, c’est quand même la famille, malgré tout. Et Esther, même si elle ne comprend pas toujours ces étranges créatures adultes, surtout son crétin de grand frère, elle l’aime quand même sa famille… Surtout son papa, même si c’est un garçon, personne n’est parfait.Verso_269326

Riad Sattouf a réuni et dessiné ce qu’Esther lui a raconté, les histoires vraies de sa vie, ses questions, ses observations, ses cruautés enfantines, ses adorations pour des créatures chantantes à faire peur aux parents non avertis, BlackM, Maître Gims, tellement bien habillés selon les codes de la vraie jeunesse 2016, celle qui adopte les nouveaux uniformes que les parents ont jeté aux orties… mais, mais Esther a aussi découvert un chanteur qui l’a beaucoup émue, et c’est bien la preuve que, malgré tout, il ne faut pas désespérer de la jeunesse. La preuve:

esther Balavoine AAAA  2 sans signe 24-02-2016 15-54-003

 

Les cahiers d’Esther, Riad Sattouf (Allary Editions), dans toutes les librairies, les vraies , où on peut toucher les livres.

Et pour finir en chanson, Souchon, évidemment…

Norbert Gabriel, 10 ans en 1952.

De la tradition des griots à l’éveil nigérien du Slam : Rencontre avec Jhonel

23 Fév

 

Jhonel et Jean-Luc Bernard au CCFN

Jhonel et Jean-Luc Bernard au CCFN

 …

 En décembre dernier, le poète-slameur nigérien Jhonel était de passage en France pour quelques représentations scéniques. Populaire dans son pays, plus confidentiellement connu ici, Jhonel s’est impliqué depuis ses débuts en 2005 pour placer son art sous le signe de l’engagement social pour le développement humain et culturel, dans un pays figurant au rang des plus pauvres à l’échelle mondiale. Fort d’une renommée grandissante grâce aux titres de son premier album « Assalam Aleykoum » sorti en 2008, il a fondé en 2012 le festival de Slam et Humour « Fish Goni » à Niamey, devenu un événement prééminent de la scène artistique nigérienne.

C’est accompagné du batteur et percussionniste Jean-Luc Bernard, lequel a notamment collaboré avec Marc Perrone, Allain Leprest, Fellag, Hubert Petit-Phar, Paco El Lobo, Bruno de La Salle, Josiane Rivoire, et Isabelle Mayereau, qu’il créé désormais des compositions originales autour de ses textes, dont un recueil, « Niamey, cour commune », vient d’être édité (édition L’Harmattan), et se produit tant sur des scènes internationales que dans des petits villages sans infrastructure.

En compagnie de l’artiste photographe Mélanie Gribinski, qui nous avait accordé un entretien en octobre 2014 pour parler de son livre « La double vie des Capus » [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/?s=la+double+vie+des+capus&submit=Recherche] et entame avec le slameur plusieurs projets, Jhonel acceptait de nous rencontrer à l’occasion de son passage à Bordeaux.

– Jhonel, bonjour et merci d’accepter cet entretien. Tu viens de faire quelques concerts en France. Quel public est venu te voir ?

– Aux quelques prestations que nous avons faites, je n’ai pas retrouvé de ressortissants nigériens. Les gens qui sont venus nous voir ont été contactés par Jean-Luc essentiellement, et par l’éditeur de mon livre qui a envoyé quelques invitations. Je suis venu ici de ma propre initiative, donc juste pour quelques jours, le temps de faire quelques rencontres et de nouer des contacts. Comme je travaille avec l’ambassade de France et son attaché culturel au Niger depuis trois ans, notamment pour mon festival, on m’a octroyé un visa d’un an pour pouvoir sortir du pays. Grâce à cela j’ai pu rencontrer plusieurs slameurs et envisager des projets pour les mois de février et mars, en France, Belgique et Allemagne. Il y a aussi le slameur Maras, qui organise des scènes et championnats de Slam dans plusieurs pays en Europe et au Togo, qui va venir cette année participer à mon festival, tout comme un jeune slameur de Poitiers. Et puis j’ai pu travailler sur notre projet commun à moi et Mélanie Gribinski, et organiser la tournée de 2016 avec Jean-Luc.  

Pour ce qui est du public français, je n’ai pas eu l’occasion de voir un public très large, mais ici, le public écoute vraiment et attend la fin pour applaudir. Alors que dans mon pays, le public m’accompagne et souvent termine les phrases que je commence. C’est aussi un jeu, car dans mes compositions, il y a des jeux de mot, et donc quand je commence une phrase, le public sait ce que je vais dire à la fin et le chante à ma place ; c’est une sorte d’échange.

– Comment es-tu venu à la musique ?

– Je pense qu’il est important de dire que ce n’est pas moi suis allé vers la musique, mais la musique qui est venue à moi. La musique n’était pas la bienvenue dans ma famille : je suis d’une famille musulmane et mon père était imam. Mais nous avions chez nous des griots. Les griots annoncent les mariages et les baptêmes ; ils sont comme des crieurs publics. Dans chaque famille, il y a des griots. Et ils passent dans nos maisons pour annoncer les mariages ou évènements, ou même juste quand ils ont besoin de quelque chose, pour dire des louanges de nos parents et obtenir en échange un sac de mil, de riz ou de maïs. C’est comme ça que j’ai commencé, en voyant les griots et en essayant de faire comme eux pour raconter des choses. Mes parents n’approuvaient pas cela ; mais ça me plaisait vraiment. Et puis il y a eu ce que j’appelle l’amour collectif pour les mots, qu’on pratiquait avec des amis d’enfance : il s’agissait pour nous de nous retrouver dans la rue pour essayer de raconter ce que nous vivions chez nous, nos réalités. Cependant mes amis s’inscrivaient plus dans le mouvement Rap, alors que pour ma part j’essayais de dire à la manière des griots. J’ai finalement dû quitter ma famille et changer de pays, passer par le Mali, la Guinée Conakry, le Burkina Faso pour venir au Niger. Il faut expliquer que mes parents sont des commerçants, et donc qu’ils se déplacent d’un pays à l’autre pour trouver les moyens de travailler et vivre. Chez nous, après la saison des pluies, on ne peut plus travailler la terre ; il faut donc aller dans des pays voisins pour vivre d’autre chose. Mes parents se sont retrouvés en Côte d’Ivoire, et se contentaient du fait que je sois au Niger, car c’était pour eux le moyen de ne pas avoir à supporter un enfant qui s’attachait à l’art et à la culture. Au Niger, j’ai participé au groupe de Rap Flèche Noire à Niamey. Et puis un jour, en présentant un de mes textes, on m’a dit que ce que je faisais était du Slam. Je ne savais pas que ça s’appelait ainsi : il aura fallu l’intervention d’un Français pour que je prenne conscience que je faisais du Slam et que j’épouse cette discipline.

griot

 

– Dans quelles langues chantes-tu?

– Aujourd’hui, j’utilise essentiellement le Français, le Zarma, le Dioula, le Bambara et le Haoussa. Et ceci pour une raison très simple : les habitants du Niger sont à 72% analphabètes et il est difficile de passer un message entièrement en langue française à tout le monde ; je compose donc en plusieurs langues pour toucher tous les Nigériens, et aussi plus loin, les populations du Burkina, du Mali et de la Côte d’Ivoire où sont parlés le Bambara et le Dioula. Je créé souvent des chansons où j’emploie 3 ou 4 langues, le but étant de toucher un maximum de gens.

– Quels sont les messages justement que tu tentes de faire passer avec ta musique ?

– Ce sont des messages engagés socialement ; j’essaye surtout de parler de sujets comme la femme et la place de la femme. J’ai grandi dans une cour commune, et, dans une cour commune, il y a plusieurs familles, qui sont souvent les familles de plusieurs femmes du même mari, chacune élevant ses enfants et petits enfants dans sa propre maison. Dans la cour où j’ai grandi, il y avait les sept femmes de mon grand-père et leur famille respective, et l’injustice qui régnait entre ces femmes m’a beaucoup marqué. C’est ce qui me pousse à parler des femmes et aussi des conditions de vie des enfants, et de la nécessité de scolarisation et d’éducation.

Cour Commune, édition l'Harmattan

Cour Commune, édition l’Harmattan

Mes textes parlent de nos sociétés et de la place de chacun dans la société. Il faut savoir qu’il y a chez nous un culte du fatalisme: beaucoup de gens attendent que tout tombe du ciel. De ce fait ils ne bougent pas et acceptent les états de fait. Et quand on ose dire aux gens qu’il faut bouger pour changer les choses, ils nous regardent comme des personnes qui s’opposent à leur croyance. Alors que ce n’est pas forcément de la mécréance ; c’est juste qu’il faut aussi bouger pour faire avancer les choses. Chez nous on vit avec l’espoir, mais on ne va pas vers l’espoir. Pour prendre une image, c’est comme si l’espoir était à 100 mètres devant nous et qu’on parle de lui et vit avec, mais sans aller vers lui. L’espoir est dans les discours ; mais cela ne sert à rien si on reste sur place à l’attendre. Mes textes incitent à se poser la question de savoir si on doit attendre ou avancer. J’essaye donc d’amener les uns et les autres vers des questionnements ; c’est ça qui est important pour moi. Il me semble plus intelligent de faire appel à l’initiative individuelle que d’imposer une vision, fusse-t-elle contestataire.

Un combat qui me tient particulièrement à cœur est la lutte contre la malnutrition. Au Niger, 12% des enfants sont touchés par la malnutrition aigüe, c’est-à-dire dans la petite enfance. On dit que le seuil est critique à partir de 10% ; c’est dire s’il y a beaucoup à faire dans le pays. Il y a des ONG, mais les ONG ont des plans de travail qui souvent sont élaborés pour un autre pays et ne peuvent pas être adaptés au cadre nigérien. Il faut trouver d’autres manières pour sensibiliser les gens que celles qu’elles emploient et qui sont inefficaces. Il serait intéressant un jour de se poser la question de savoir comment investir réellement le fond d’aide au développement dans des pays en voie de développement, car pour le moment on donne cet argent aux ONG pour qu’elles émettent des rapports sur la situation dans les pays, et ça ne sert pas vraiment les populations. L’aberration va jusqu’au montant parfois exorbitant des salaires que s’octroient certains membres d’ONG, qui vivent avec 400 ou 500 dollars par jour quand le salaire moyen d’un Nigérien n’excède pas 30 euros par mois. Quant au gouvernement, il peut dépenser énormément d’argent pour faire construire des routes pour le commerce ou obtenir un contrat avec Areva, alors qu’il n’existe aucune infrastructure sanitaire, aucun système de déchetterie.

La situation politique au Niger est très tendue en ce moment. Le principal danger aujourd’hui, qui n’est hélas pas considéré à sa mesure, est que de plus en plus de jeunes se laissent aller à un mouvement politique qui risque de nous amener à la division. Les gens ne s’en rendent pas compte. Mais rien que sur les réseaux sociaux, on peut voir comment les jeunes sont engagés dans ce mouvement dont ils ne sont que des pions. Les politiciens n’ont rien à faire du peuple : depuis 50 ans, ce sont toujours les mêmes personnes et les mêmes têtes qui dirigent, et le pays est encore aujourd’hui dernier à l’indice du développement humain dans le monde. La seule raison que les gens sont capables d’invoquer à leur engagement est que tel ou tel homme politique est de sa famille, de son village, ou de sa communauté ; il n’y a pas de réelle réflexion. L’histoire se répète finalement toujours. Les élections présidentielles auront lieu très bientôt, en février, et à l’heure actuelle, le président n’hésite pas à emprisonner les opposants politiques qu’il voit comme ses ennemis. Tout se passe entre deux hommes : le président et le dirigeant du parti d’opposition. Et les Nigériens se sentent obligés de s’engager dans un clan ou l’autre, tout cela sur fond de question ethnique, dans un pays qui compte 7 ethnies différentes. Les politiciens véhiculent des messages qui risquent de nous amener dans une guerre entre ethnies, et parce qu’on n’en est pas conscient, on se laisse embobiner. On n’a pas besoin de ça. J’ai de grandes inquiétudes pour demain. On a eu par le passé la chance d’avoir des hommes politiques qui ont travaillé à forger la cohésion sociale ; mais nous sommes en train d’oublier ce qu’ils ont construit.

 

– En tant que chanteur engagé, as-t eu des soucis avec le pouvoir en place ?

– Non, pas pour l’instant. C’est peut-être parce que je reste franc dans ce que je dis et que je ne prends pas parti, car je n’ai pas de parti. Ce qui m’intéresse, c’est la cohésion sociale. Et puis le pouvoir en place n’est pas vraiment inquiété par les artistes ; il ne craint pas que l’art engagé puisse réveiller la population. Donc l’expression artistique ne le dérange pas encore ; il pense que les artistes s’amusent et que c’est sans conséquences. Quand je croise des policiers dans mon pays, ils m’arrêtent pour me demander quand je vais sortir un disque. Il faut dire que bon nombre de policiers le sont devenus par défaut, pour avoir un emploi stable et un minimum de confort matériel, et non par conviction ou soutien à un camp politique. En fait je suis reconnu, mais comme les dirigeants ne viennent pas voir mes spectacles et ne s’intéressent pas à mes textes, ils n’y voient aucune menace. Par le passé, j’ai été invité par des responsables politiques pour chanter ; mais il s’agissait de responsables de l’opposition, qui ont tous démissionné depuis, voire pour certains se sont retrouvés emprisonnés.

fish-goni

– Peux-tu nous parler du festival de Slam « Fish Goni » que tu as fondé ?

– C’est un festival de Slam et Humour, avec des colloques. On invite des enseignants et des chercheurs à venir parler de thèmes qu’on a choisit d’aborder durant les 7 jours que dure le festival, à donner des conférences dans des universités, des écoles publiques et privées, et à faire des interventions sur des radios communautaires. On y débat de beaucoup de questions. Par exemple depuis deux ans, nous travaillons sur le thème de la société et du développement. Il est important de savoir ce qu’est le développement pour le Nigérien et s’il est prêt à embrasser le type de développement occidental ou s’il préfère s’attacher à ses coutumes, ses habitudes pour aller vers son propre développement, et s’il doit pour ce faire rompre avec certaines traditions. Ces questions sont importantes pour moi ; et vu que je n’arrive pas à trouver les réponses moi-même, je me suis dis qu’il serait intéressant de travailler sur ces sujets pendant trois ans avec d’autres et voir si vraiment on a des réponses à apporter, et si les débats et rencontres changent quelque chose. Le festival propose aussi des concerts de Slam et des spectacles d’humour, car l’humour et une valeur dans nos sociétés. On appelle ça la « parenté à plaisanterie ». C’est une pratique sociale qui s’exerce entre personnes ou groupes familiaux ou ethniques, dans la convivialité, et qui permet aux gens de se reconnaitre en tant que « cousin à plaisanterie ». C’est grâce à ça qu’on a la paix et la tranquillité, parce que lorsque l’autre te provoque, s’il ne t’est pas apparenté, tu peux te dire « c’est un Peul ou un Touareg, donc je n’ai pas à lui répondre », ce qui implique que s’il te fait quelque chose de mal, tu peux lui pardonner parce qu’il est de telle ou telle ethnie. Quel que soit ce que la personne peut faire de grave, tu peux lui pardonner, juste en vertu de ce principe. Cela évite beaucoup de conflit. Ce sont nos ainés qui ont construit et instauré cela, et j’ai pensé que pour imposer le message du Slam, il fallait peut-être passer par la « parenté à plaisanterie », par le rire.

Le Gouverneur de Niamey au Festival Fish Goni, place Toumo

Le Gouverneur de Niamey au Festival Fish Goni, accompagné de son secrétaire et la Directrice Régionale de la Culture au festival, place Toumo

 

Le festival a lieu tous les ans depuis 4 ans, la première semaine d’octobre. Un grand monde y participe, tant au niveau des intervenants que du public. Pour ce qui concerne les artistes, nous faisons des appels à candidature en amont du festival, et si des artistes en particulier nous intéressent, nous les contactons et décidons avec l’équipe qui on va inviter. Chaque année, nous invitons des artistes de partout.

Slameuses : Nanda La Gaboma, Harmonie et Marie-Josée Gbegbi

Slameuses avec Mélnaie Gribinski : Nanda La Gaboma, Harmonie et Marie-Josée Gbegbi à Niamey (par Aboubocar Abdel Aziz)

 

– Un mot de ton complice… Jean-Luc Bernard est un musicien expérimenté, créateur et improvisateur, qui au cours de sa carrière a participé à de belles et prestigieuses collaborations. Comment l’as-tu rencontré ?

– Je l’ai rencontré en 2012 à Niamey. Il jouait sur un festival, et j’étais dans le public. J’ai trouvé ça vraiment intéressant, et après, le directeur nous a présentés. Je lui ai proposé une collaboration, mais il partait le lendemain. Je lui ai laissé quelques enregistrements avec mes coordonnées, et ça lui a plu. Il m’a appelé quelques jours après pour me proposer de nous rencontrer à nouveau l’année suivante, car il revenait à Niamey pour un festival. Finalement le festival en question a manqué de fonds et n’a pas pu trouver le budget pour le faire venir.

équipe de Fish Goni avec Bachkir, Izo, Jhonel et Iro

équipe de Fish Goni avec Bachkir, Izo, Jhonel et Iro

Mais de mon côté, j’organisais mon propre festival, et un partenariat avec Air France m’a permis de l’inviter à Niamey quand même pour travailler une dizaine de jours ensemble. Nous avons trouvé ça très intéressant, et décidé de faire une résidence au Pôle Sup Musique ; le CCFN nous a aidés par une subvention. Après un mois de travail, nous avons présenté quelques titres au Bar de la Marine, puis nous avons été à Bruxelles pour jouer dans un festival. Depuis nous avons continué la route ensemble. On a enregistré 5-6 titres ensemble, qu’on a présenté à la Maison de l’Afrique, où nous avions invité quelques personnes, dont des organisateurs de spectacle et des amis de Jean-Luc. C’est grâce aussi à lui que j’ai rencontré Mélanie Gribinski, qui nous a suivis pour réaliser des photographies.

– Intervention de Mélanie Gribinski :

– Au départ Jean-Luc m’avait contactée en me disant que lui et Jhonel n’avaient pas de visuels pour faire la communication autour de leur duo et que la venue de Jhonel à Bordeaux pourrait être l’occasion de faire quelques photos. Il m’a montré un petit film d’une première représentation de leur spectacle au Centre Culturel Franco-Nigérien, puis nous avons fait connaissance, Jhonel et moi, en août 2014. La rencontre a été décisive : nous avons tous les deux plusieurs projets en cours au Niger.

Mélanie Gribinski à Niamey

Mélanie Gribinski à Niamey (par Aboubacar Abdel Aziz)

Tous les artistes nigériens ne sont pas engagés politiquement ou socialement, même si le Slam au Niger est quand même un mode d’expression qui a le mérite d’exister, pour raconter le quotidien. Et tous n’ont pas le piquant de Jhonel. Dans son pays, beaucoup de gamins connaissent ses titres par cœur. Même si la scène Slam n’est pas encore énormément développée, on peut espérer que l’aventure de Jhonel va créer des vocations.

 

– Jhonel, as-tu des concerts ou d’autres projets immédiats en prévision ?

– Nous avons quelques dates prévues avec Jean-Luc en février et mars 2016, notamment à Aix en Provence (27 février au « Petit Duc »), Bordeaux, et Paris. Je reviens donc très prochainement, en espérant pouvoir encore avoir des contacts et nouer des liens avec des gens.

Jhonel et Jean-Luc Bernard

Jhonel et Jean-Luc Bernard

 

Miren Funke

Remerciements à Mélanie Gribinski pour les photographies et son  aide précieuse, et Aboubacar Abdel Aziz pour les photos 4 et 6.

Liens :

Facebook de Jhonel.

https://www.facebook.com/Duo-Jhonel-Jean-Luc-Bernard-428689403989763/?fref=ts

F.I.S.H GONI

Et le  Site de Mélanie Gribinski, c’est là.

 

 

 

A bicyclette sur la route de l’aculture …

22 Fév

Il y a quelques semaines, l’affaire Bruel-Barbara a déclenché de diatribes fulminantes sur l’insupportable attentat contre la chanson en général. Ces jours-ci Lambert Wilson s’est attaqué à Montand. D’une part les extraits de l’album entendus ça et là montrent une indigence d’interprétation assez effarante venant d’un comédien a priori confirmé, avec une justesse de voix très approximative, d’autre part, un des morceaux de bravoure subit deux avanies, la chanson de Pierre Barouh et Francis Lai, est titrée « La bicyclette »* au lieu de « à bicyclette », sur un album produit par Sony. De plus dans son interprétation, Wilson reprend la version enregistrée de Montand, avec l’erreur que Montand a corrigée dans tous ses concerts, ce n’est pas « être un seul instant avec Paulette » mais « être seul, un instant avec Paulette » et ne pas voir cette nuance est assez consternant plus de 40 ans après la création de la chanson. Et bien entendu, toutes les émissions de promo n’ont aucun intervenant capable de mettre les choses au point… Et ça remet quelques valeurs à leur juste place. Tiens Bruel, par exemple, c’est pas si mal …

Last but not least, dans le genre, j’ai appris la semaine dernière vers 21h30 sur France Inter que « Syracuse » était une chanson de Montand et Henri Salvador… Et on s’étonne que Dimey se soit noyé de chagrin préventif dans les réconforts vineux……

L’aculture avance à grands pas…

Une remise à niveau s’impose, il y a une école pour tous ces indigents de la chanson, le lycée qui ouvrait la page …

Le lycée Papillon

Pierre Barouh, lui, c’est là qu’il suit Paulette …

Mais le florilège de bourdes dans l’art de la reprise pourrait faire un ouvrage assez copieux  (Voir celui d’Alister) … Si vous en avez d’autres, partagez-les !

 

Norbert Gabriel

  • à noter que David Mac Neil a traduit « On bicyclette »  et pas « The bicyclette »  précision de Gilbert Laffaille qui signale aussi que la fiche Sacem indique « La bicyclette ». Sans doute parce que Bourvil chantait déjà « à bicyclette ».
  • (Mais Pierre Barouh dit toujours « à bicyclette »  dans une interview, il signale que le sens est différent, comme si on disait « le cheval » au lieu de « à cheval »…

Eric Guilleton, Ces temps d’errance…

22 Fév

eric-guilleton-09-10-2015@david-desreumaux-2-890x395_c
C’en est un qui tangue mais ne chavire pas… Quand vous vient un coup de spleen, quand chanter parfois ça fout l’cafard, mettez les voiles avec Eric Guilleton.

Baladin et balladin, sa vie est comme cette rencontre joyeuse au Cambodge*, qu’on pourrait résumer par une chanson, une école. Un art des rencontres aux résultats parfois inattendus, avec des histoires qu’on dirait sorties de « La vie est belle » de Capra.

Ces histoires,

On les r’trouve en raccourci
Toutes les joies, tous les soucis
Des amours qui durent toujours **

Elles pourraient être illustrées par des images de Doisneau, de Ronis, de Boubat, quand le beau est dans le regard du photographe, la vie peut être supportable dans les chansons. Tel est Guilleton. Un porteur d’étincelles qui met de la Eric dessinlumière dans les ombres du quotidien. Un trappeur qui emprunte les coins de ciel bleu quand les temps sont à l’orage, et qui les sème dans ses jardins ouverts à tous. Comme ce Jardin d’Eric, au Cambodge, école pour enfants des rues, née grâce à une chanson.

Elles pourraient être illustrées aussi par un tableau de l’auteur

Son nouvel album s’est habillé de la belle compagnie de l’Orchestre DécOuvrir, clarinette, quatuor à cordes, contre-basse, piano trombone, cor, accordéon, banjo, guitare, nouveau décor musical sous la baguette d’Etienne Champollion.

Et c’est dans les chemins de traverse que cet orpailleur trouve lami Pierrot, qui lui prête sa plume quand il l’âme à l’enclume et la rime à zéro. 

Au final, il y a toujours cette écriture limpide, élégante, précise, associée aux fines mélodies, et ça nous donne les fiançailles heureuses des notes et des mots qui s’aiment. Et c’est le cadeau d’un ami qui joue pour vous.

Et comme c’est vraiment un ami, Patricia et Margaux Guilleton ajoutent leurs voix au bouquet, merci, m’sieur-dames…

La maison d’Eric, c’est ICI.

L’Orchestre DécOuvrir, c’est là.

Extrait pour l’ambiance

*La rencontre joyeuse est une aventure Saravah, une sorte d’utopie qui s’est concrétisée, Eric Guilleton est au Cambodge, il rencontre une sorte de foyer d’accueil pour enfants des rues, ensemble ils font une chanson, et grâce à cette chanson nait le Jardin d’Eric, une école de formation de gymnastes…  Le poète qui rêve est aussi un bâtisseur …

** Merci Georges Brassens et Paul Fort. (La marine)

Norbert Gabriel

« Ces temps d’errance » titre initial , est devenu « Les temps d’errance ».. . et par les temps qui courent, l’errance est bien partagée. Au sens propre et au sens figuré.

Agnès Collet Gétoufo II

20 Fév

Agnès Collet trio AA 3272x1259

Elle écrit avec la plume ironico-caustique façon Boris Vian, des portraits gentiment féroces, tendrement cruels, selon votre approche de l’autodérision, faites votre choix. C’est le défilé d’une série de personnages bigarrés, une fantasia humaine à dominante féminine dans sa quête assidue du tube qui la propulsera en haut de l’affiche, mais j’t’en fiche, le chemin est biscornu, plein d’impasses. Mais c’est le chemin… Faut-il rapper, rocker, moduler lyrique, slamer ou susurrer, tout y passe. Toujours en équilibre sur le fil, jamais méchamment ridicule, il y a toujours une touche de convivialité amusée dans cette mini musicale comédie.

Le Nord, souvent caricaturé et maltraité est ici servi par une merveille de chanson d’amour pour les gens du Nord qui ont dans le cœur le soleil … vous savez la suite, et pour le côté carnaval, ducasse et foiridons tout azimut, une version savoureuse de La cigale et la fourmi, qui vaut bien sa tournée de genièvre, à la santé de la cigale.

Agnès Collet star rock AA 2089x2452Accessoirement, pour ces réjouissances rituelles, Agnès Collet sait devenir la rockeuse dans toute sa splendeur. Faut c’qui faut. De quoi réveiller les souvenirs des jeunes années Rock’n’roll quand les stars savaient trouver le look qui tue. Et c’est le cas de le dire, elle se la pète grave, je vous laisse chercher comment ça se traduit en ch’ti…

Vous serez surtout émus par cette gardienne d’un musée à venir, que nous dirons littéraire, dans une forme qui s’apparente aux haïkus, quelque chose qui exalte cet art d’expression populaire qu’on trouve dans… certains lieux. Agnès Collet, c’est tout ça, avec la complicité ce soir-là de Charlotte Gauthier au piano et Valérie Picard à la contrebasse.

Il y a 2 ans pour la création de Gétoufo,

« … Agnès Collet se lance dans un show mini Broadway burlesque et drôlissime. Si Marie Dubas et Cab Calloway avaient eu une fille, ç’aurait pu être cette Agnès Gétoufo . Mais peut-être avez-vous oublié Marie Dubas ? Vous n’étiez pas à l’ABC en 1935-36 quand elle triomphait ? Bon, c’était une formidable performeuse scénique,  Le tango stupéfiant, c’est elle. Mais peut-être avez-vous oublié Cab Calloway ? Bon, c’était un formidable musicien qui a dompté l’orchestre du Cotton Club, et qui a créé l’inoubliable Minnie the Moocher » ça reste actuel.

Agnès Collet 2016 trio final 20-02-2016 16-02-00 4244x2088

Ici tous les renseignements pour suivre Agnès Collet.

et pour les Rendez vous d’ailleurs c’est là.

 

Norbert Gabriel

Soyez créatif, lâchez-vous !

18 Fév

balance-justice-classe-injusticeLa bonne nouvelle du jour … Orelsan vient d’être relaxé au nom de la liberté de création, jour de fête ! C’était pour sa hum-chanson, Sale pute. Un petit rappel ?

 

J’déteste les petites putes genre Paris Hilton
Les meufs qui sucent des queues de la taille de celle de Lexington
T’es juste bonne à te faire péter le rectum
Même si tu disais des trucs intelligents t’aurais l’air conne
J’te déteste j’veux que tu crèves lentement
J’veux que tu tombes enceinte et que tu perdes l’enfant
Les histoires d’amour ça commence bien ça fini mal
Avant je t’aimais maintenant j’rêve de te voir imprimée de mes empreintes digitales
Tu es juste une putain d’avaleuse de sabre, une sale catin
Un sale tapin tout ces mots doux c’était que du baratin
On s’tenait par la main on s’enlaçait on s’embrassait
On verra comment tu fais la belle avec une jambe cassée
On verra comment tu suces quand j’te déboiterai la mâchoire
T’es juste une truie tu mérites ta place à l’abattoir
T’es juste un démon déguisé en femme j’veux te voir briser en larme
J’veux te voir rendre l’âme j’veux te voir retourner brûler dans les flammes
(Refrain)
Poupée je t’aimais mais tu m’as trompé
T’as rencontré un keum tout pété tu l’as pompé t’es juste une sale pute
Une sale pute, une sale pute, une sale pute, une sale pute
J’déteste les sales trainées comme Marjolaine
Les petites chiennes les chichiteuses les filles à problèmes
J’rêve de la pénétrer pour lui déchirer l’abdomen
Je t’emmènerai à l’hôtel je te ferai tourner dans ma villa romaine
Tu suces pour du liquide tu te casses à marrée basse
Pétasse tu mériterais seulement d’attraper le DAS
Le seul liquide que je t’ai donné c’est mon sperme
Si j’te casse un bras, considère qu’on s’est quitté en bons termes
J’t’aime j’ai la haine j’te souhaite tout les malheurs du monde
J’veux que tu sentes la chaleur d’une bombe

j’veux plus jamais que tu me trompes
J’étais trop fidèle (sale pute)
J’ai les nerfs en pelote (sale pute)
J’vais te mettre en cloque (sale pute)
Et t’avorter à l’Opinel

(La fille en question)
« Oh mais c est de ta faute t’étais jamais là pour moi »

(Orelsan)

Oh je m’en bats les couilles c’était de la faute à qui
J’te collerai contre un radiateur en te chantant « Tostaky »’

violence_conjugale_mag_banner

 

Dans cette logique de libre parole et de création, j’ai quelques pistes intéressantes, mais il me vient une question, si je fais une chanson comme celle qui précède, en remplaçant « pute » par « négresse, sale youpin, sale bougnoule, pédé, gouine… » je ne risque donc qu’un procès pour plagiat ? Logique … C’est pas ça qui me rassure, je dois être un peu délicat de l’oreille, ou bien je vieillis…

Chanter parfois, ça fout l’cafard

NorbertGabriel

Ce que dit la Cour (extrait)

La cour relève que le rap est « par nature un mode d’expression brutal, provocateur, vulgaire, voire violent puisqu’il se veut le reflet d’une génération désabusée et révoltée ». Sanctionner de tels propos « au titre des délits d’injures publiques à raison du sexe ou de la provocation à la violence, à la haine et à la discrimination envers les femmes reviendrait à censurer toute forme de création artistique inspirée du mal-être, du désarroi et du sentiment d’abandon d’une génération en violation du principe de la liberté d’expression », observe la cour en prononçant la relaxe du rappeur.
En un sens, c’est une bonne critique du rap. On peut aussi associer la quête du Djihad à cette sensation du mal-être, du désarroi, et du sentiment d’abandon… Donc absoudre les déclarations djihadistes au même motif…  Comment dire? J’ai l’impression qu’on est mal barrés…


<span>%d</span> blogueurs aiment cette page :