Cahier de doléances d’un spectateur chenu, et jamais résigné…

8 Jan

COUP DE GUEULE couleur 1106x800-001Ce cahier a été publié en 2012 sur un site chanson, mais il n’est plus accessible suite à un problème technique. Une discussion informelle sur le spectacle vivant me l’a rappelé. Et comme ça reste très actuel, repartons pour un tour, ça peut pas faire de mal.

En prologue, quelques mésaventures qui vous sont peut-être arrivées lors de soirées musicales

  • un son trop fort qui vous oblige à sortir sous peine de lésions auditives graves,
  • un son bricolé, l’artiste en scène n’entend rien, et vous pas grand chose,
  • une salle «mixte» avec bar pas loin de la scène, shakers en folie et verres en concert parallèle,
  • en plus du bar et du ballet des serveurs, des consommateurs qui piapiatent, dos à la scène, parfois au pied de la scène
  • les mêmes avec tél portables pour appeler un copains-copines-voisins,
  • les mêmes avec des tél qui font des photos, ou des tablettes brandies en permanence,
  • ensuite, ils font voir la photo du concert qui est en cours à leurs voisins,
  • les fans qui viennent se mettre debout, au pied de la scène, un verre à la main, devant les spectateurs assis, qui ne voient plus rien, car en plus ce sont des fans de 2 m de haut (j’ai des images)
  • les groupes de spectateurs venus pour un groupe, dans une soirée triple ou quadruple plateau, et qui font le bordel pendant le passage des autres groupes.
  • Les mêmes qui se sont installés aux premiers rangs, et quand leurs potes sortent, attendent que le groupe en scène ait commencé depuis 2/3 chansons pour sortir, bruyamment rejoindre « leurs » artistes…
  • Le photographe qui va et vient au pied de la scène pendant toute une partie du spectacle, quand la scène est au niveau de la salle,
  • le photographe dont le reflex en mode rafale claque mitraillette pendant une chanson intimiste,

Ensuite, pour ce qui se passe en scène : après 10 mn d’extinction des feux de la salle, ça bouge sur la scène, il se passe des trucs :

  • des types cherchent des fils qui trainent par terre pour brancher leurs instruments, des fois ils y arrivent du premier coup, mais c’est rare..
  • la vedette arrive devant son micro, celui qui lui est destiné a priori, mais le micro n’est pas à la bonne hauteur, il est vissé costaud, ou bien il n’est pas assez vissé, et ça bidouille des plombes ! Peut-être que le chanteur ne s’attendait pas à trouver un micro à cet endroit? Au bout d’un moment, les fils sont reliés aux bonnes guitares, le micro est vissé à la bonne hauteur, et là, il est temps pour le chanteur de poser la question essentielle: «VOUS ETES LA? » Très fort… Là il me vient une réponse à la Bigard, « Bin non connard, on attend l’autobus!»
  • les lumières éclairent la scène, on voit tout le monde, et parfois on voit 4 ou 5 personnes qui ont l’air vestimentaire genre nettoyage du garage ou du grenier, dans un débraillé très hétéroclite, et soigneusement dépareillé… Ah la magie du spectacle, le rêve des paillettes et des froufrous… sans aller jusqu’au look gravure de mode extravagante Lady Gaga il y a un minimum. Pour les lumières, voici un ajout de dernière heure: l’éclairagiste spécialiste du clair-obscur qui prend un soin extrême à ne pas montrer qui est devant le micro, on éclaire du fond de la scène, dans des contrejours parfois lugubres, mais comme on est facétieux, on envoie du fond de la scène, au ras de de la scène, une sorte de spot laser droit dans les yeux des spectateurs qui en prennent plein la vue, mais ne voient plus rien pendant un moment.
  • au bout d’un temps variable, 4/5 chansons, dans un moment de solitude ou de doute existentiel, le chanteur pousse un grand cri : « vous êtes toujours là? » Ah non, on s’est tous barrés pour faire un flipper dans le bistro voisin… NB: il n’y a pas que des chanteurs à s’inquiéter, des chanteuses aussi… ça traduit quand même un gros souci, le mec (ou la fille) est en scène depuis un moment, le public a applaudi normalement à chaque chanson, et il s’inquiète de sa présence… Etrange … Aurait-il un doute sur sa capacité à garder le public attentif ? Dans ce cas je pense souvent à cette chanteuse que je suis régulièrement à qui il arrive d’enchainer 2 ou 3 chansons avec un public attentif, totalement dans le spectacle et l’émotion et qui ne casse pas ce moment magique par des agitations intempestives… Comme si on devait casser ce silence après du Mozart, et qui est aussi du Mozart.

Enfin, cher public collègue, vous n’êtes pas toujours raisonnable non plus … Quand vous arrivez un bon quart d’heure après le début – ah zut, ça avait commencé à l’heure – et que vous vous installez en faisant votre petit ménage pendant une chanson, ne vous viendrait-il pas à l’idée d’attendre un peu, au point où vous en êtes, que la chanson soit finie ? Idem pour ceux qui doivent sortir pour des raisons sans doute légitimes, mais pas PENDANT une chanson !!! Il y a aussi le monsieur qui a accompagné la dame pour lui faire plaisir et qui s’occupe avec son Iphone ou un de ces trucs qui font des petites lumières d’écran très gênantes pour les voisins d’à côté ou derrière. Il y a aussi les incorrigibles bavards qui ont absolument quelque chose de vital à raconter à leur voisin, encore une chance, c’est le voisin de siège, mais parfois c’est le voisin de derrière, et là, il faut se lever à demi..

Il y a ceux qui arrivent volontairement en retard parce qu’ils savent qu’il y a une première partie, et pendant cette première partie, on prend largement le temps de s’installer, car ce sont des VIP à qui on a réservé des places devant, d’où leur souci de bien se montrer. Parce que, eux, ce sont des gens de conséquence qui sont là pour la seconde partie, on ne mélange pas s’il vous plait.

Bon, peut-être pensez-vous que je suis atteint du syndrome aggravé du ronchonchonnage, décrit par Liz Cherhal, et que j’en rajoute dans la litanie des jérémiades, que non pas ! Chacun des cas évoqués précédemment je les ai vécus personnellement, et assez souvent pour bannir définitivement certaines salles avec bar et farandole des serveurs grossiers et parfaitement irrespectueux, autant de l’artiste et des musiciens en scène que des spectateurs qui ont payé leur écot pour écouter les chansons plutôt que le ramdam des portes de frigos qui claquent, des verres qui tintinnabulent, et de la machine à glaçon qui crépite. Avec bien sûr les éclats de voix des serveurs pour se faire entendre.

Peut-être reconnaitrez-vous une salle du 14 ème … Comme vous pouvez reconnaître cette autre salle du 12 ème, dans laquelle il n’y a que quelques places dans le coin droit près de la scène pour espérer entendre des bribes de concert, en face il y a le bar, quasiment collé à la scène, au fond il y a un espace avec tables, mais entre les tables et la scène, il y a un espace debout, pour les gens qui viennent discuter le coup, un verre à la main, ça fait un bon barrage bien dense, du coup les gens du fond discutent entre eux… Résumé, à part les 10-20 personnes debout devant la scène, les 15-20 dans le coin droit, il reste entre 90 et 100 personnes qui font tout sauf suivre le spectacle.

Il y a quelques temps Jean-Claude Barens avait passé un bon coup de gueule* contre les abus des artistes et les demandes ahurissantes de certains. Chacun son combat pour que le spectacle soit réussi. Le spectateur de base que je suis, assidû, a toujours cette envie enfantine d’entrer dans la magie du show. Que ce soit dans une salle de 40 places ou dans un espace de festival de 3000 places, c’est en général ma limite. Les rassemblements de foules avec des sonos de bombardier B17 au décollage, et des écrans pour voir la scène, non merci ! Que ce soit dans une petite salle ou une grande, j’entends que tout le monde ait la même envie : partager un moment réussi, que les ingés sons ne se satisfassent pas de monter le son pour en donner au public pour son argent, je ne suis pas venu acheter des décibels, mais partager de la musique. Et un son travaillé, pas du bruit.

Dernier petit détail à l’usage des spectateurs urbains : il est fréquent dans les petites salles d’avoir 2 spectacles par soir, le premier à 19 h ou 20 h, à privilégier, car ce sont pratiquement les seuls qui commencent pile à l’heure. Sinon pour les autres salles, c’est variable, ça peut commencer à l’heure, mais il se peut aussi que la salle étant pleine à 20h30, rien ne se passe avant 21 h … C’est long.

La vie d’un spectateur est pleine d’aventures. Et si vous vous reconnaissez dans quelques unes de ses mésaventures, laissez votre témoignage, si vous n’êtes pas d’accord, dites-le aussi… De la discussion jaillit la lumière. Pour que les artistes, les spectateurs, les organisateurs puissent chanter en choeur « le spectacle a été réussi. » Comme ce soir là :

Cali à Muzik'Elles

Cali à Muzik’Elles ©NGabriel

Mais comme tout finit quand même par des chansons..

Isabelle Chaumat nous fait « le concert n’a pas été réussi, de Prévert.

Et bons concerts pour 2015, malgré tout.

Norbert Gabriel

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7 Réponses to “Cahier de doléances d’un spectateur chenu, et jamais résigné…”

  1. Ivan Perey janvier 8, 2016 à 17 h 16 min #

    D’accord avec presque tout . Je suis , pour ma part , plus exigeant quand c’est cher . Je me souviens d’une soirée au Petit Journal Montparnasse ; restaurant , bar , salle de spectacle. Généralement la chanteur commence à la fin du repas . Ce soir là c’était Georges Moustaki . C’était cher mais je voulais faire plaisir à la personne qui était avec moi . A la 3ème ou 4ème chanson , le garçon passe et se met devant moi pour l’addition . C’était pendant  » MA solitude  » . J’étais furibard . J’ai refusé de payer , je lui dis de revenir à la fin . Il a un peu protesté . Bien sûr notre conversation gênait tout le monde . J’ai tenu bon . Mais je suis parti en jurant de ne plus y mettre les pieds . Pourtant j’ étais allé auparavant ( pour voir Salvador, Nougaro, Guy Marchand .. ) et j’en ai gardé de bons souvenirs . Le genre de détails qui gâche tout .

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  2. Danièle Sala janvier 8, 2016 à 20 h 42 min #

    Oh que oui, j’en ai connu de ces désagréables déboires de spectateur ou trice ! Il m’est même arrivé de pousser des coups de gueule . Moi aussi j’aime entrer dans la magie du spectacle, et c’est d’autant plus magique si tout est bien préparé pour qu’il soit réussi . Il y a un temps pour boire, un temps pour discuter, un temps pour téléphoner, et un temps pour respecter ceux qui sont venus pour voir et écouter . Je suis bien d’accord .

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  3. Danièle Sala janvier 8, 2016 à 20 h 55 min #

    Mais Norbert je sais que ce soir, vous sortirez ravi et comblé du Connétable !

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    • leblogdudoigtdansloeil janvier 8, 2016 à 22 h 40 min #

      Hélas, non pour le Connétable, l’artiste s’est démis une cervicale, et avec une minerve, c’est beaucoup moins sexy d’une part, et d’autre part, ça limite aussi les chorégraphies très remuantes qui agrémentent le spectacle donc ça été annulé…

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  4. Annick Roux janvier 9, 2016 à 1 h 49 min #

    Je crois bien avoir connu toutes ces figures de (peu de) style. Cependant, comme je viens du théâtre, j’aimerais ajouter à cet inventaire une spécificité digne, certains soirs maudits, d’un Molière ! Le rideau se lève et… est-ce l’émotion de l’instant magique ou la poussière des planches s’envolant de ses plis… quelqu’un TOUSSE ! Ah fieffée boîte de Pandore des quinteux, voilà qu’il t’a ouverte sur une pétarade catarrheuse des plus moutonnières… Une seule ressource alors : se dire qu’on a un concert PLUS une pièce pour le même prix ! Que ça ne vous empêche surtout pas d’aller au théâtre, sinon je ne m’en remettrais pas!!!

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    • leblogdudoigtdansloeil janvier 9, 2016 à 9 h 47 min #

      Ça c’est une de mes angoisses récurrentes… Mais comme je me place souvent en bord de rangée, je peux faire une sortie discrète en cas d’alerte…. Et en spectateur prévoyant, j’ai toujours une ou deux pastilles au miel sous la main, avec la chanson, on a l’avantage de pouvoir tousser pendant les applaudissements… Suffit de tenir 2 ou 3 minutes…

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  5. Hélène Covain janvier 10, 2016 à 10 h 44 min #

    Bonjour à vous, ces situations sont, hélas, courantes et font rager intérieurement. Pourtant il y a un remède tout simple auquel chacun auquel devrait avoir recours naturellement: le respect. Et c’est valable en toutes circonstances. Voilà que je me mets à écrire comme une (jeune) vieille dame ronchonne -ce que je ne suis pas (ronchonne)- mais trop c’est trop!
    PS: vous écrivez très bien… 🙂 clair, rythmé etc.. c’est un plaisir de vous lire… Merci.

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