URANOMETRIA : Quand le savoir-faire des artisans épouse l’imagination de l’artiste pour enfanter neuf muses et une déesse

27 Oct

Uranometria

 
C’est rue st James à Bordeaux que les musicophiles et les curieux peuvent admirer depuis plusieurs mois, derrière les vitrines du magasin de lutherie « Guitars & Co » une série unique de guitares artisanales aux looks atypiques. Nés dans l’esprit de l’artisan luthier Yacine Bayan, qui travaille là en co-working avec le luthier Hervé Berardet et l’électronicien et ingénieur du son Bastien Maizière, et fruits d’une collaboration ambitieuse entre plusieurs corps de métiers, ces instruments d’une beauté singulière et mystérieuse fascinent l’œil et séduisent l’oreille des amoureux de guitare. guiatrs and co

 

Loin d’être un simple commerce d’instruments de musique, le magasin à l’arrière duquel se situe l’atelier de fabrication –atelier proposant des stages d’initiation à la lutherie pour tous-, héberge en son sous-sol un studio d’enregistrement et de mixage à disposition des artistes, et présente la particularité de collectiviser les outils de travail et l’espace du local. C’est dans ce lieu convivial dédié à la musique que le créateur du projet, Yacine Bayan, également musicien, acceptait de nous raconter ce projet original et un peu fou qui a pris vie entre des mains humaines au terme de longs mois de travail.

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– Yacine, bonjour et merci de nous recevoir. Comment est né ce projet et que représente-t-il?

 

– J’avais envie de travailler sur une série de guitares en proposant une collaboration à un ou une plasticien/ne qui s’occuperait de la conception graphique depuis quelques temps, et en aout 2014, j’ai relancé cette idée. J’ai contacté une amie, Rouge, qui est une artiste de rue bordelaise ; elle travaille beaucoup sur les collages en ce moment, ainsi que sur des huiles sur toiles, des dessins, et possède une palette de compétences assez variée qu’elle exerce à travers divers media artistiques. Je voulais créer une dizaine de guitares, d’après le modèle Stratocaster de Fender, qui est à mon sens la guitare la plus iconique, la plus connue, et que Rouge se charge des les dessiner, d’après une thématique graphique générale qui serait à décliner individuellement sur chacune des guitares. L’idée était de faire au final dix pièces uniques, reliées entre elles par un thème commun. Calliope
Rouge a effectué une recherche sur l’objet, car nos souhaitions ne pas le dénaturer, et lui conserver son identité tout de même. Il faut savoir que la Stratocaster tient son nom du rêve de conquête spatiale qu’avaient les Américains, à l’époque où est sorti le premier modèle de cette guitare, en 1954 : le nom évoque la stratosphère. Rouge a fait le lien avec Uranometria, qui est le premier atlas de cartographie céleste réalisé en 1603 par Johann Bayer, entre autres inspiré du catalogue des étoiles établi par Tycho Brahe, dont il s’était procuré un exemplaire clandestin, l’œuvre n’ayant jamais été éditée officiellement. Uranometria tient son nom de la muse de l’astronomie et de l’astrologie, Uranie.

ClioUn épisode de la mythologie grecque présente une scène où la déesse Athena rend visite aux 9 muses, et Rouge a pensé que ces dix figures féminines pourraient être les personnifications de ces dix guitares, puisqu’on compare souvent la guitare à une femme, en parlant de ses formes, ses courbes, ses hanches, et que le rôle d’une muse est précisément de donner l’inspiration au poète. C’était une bonne piste de travail, qui se pliait à la contrainte que j’avais posée, à savoir dix déclinaisons singulières reliées par un thème commun. Au final chacune de ces guitares est la personnification d’une des muses ou de la déesse, sachant qu’il y a un panel de motifs, de couleurs et de techniques de travail propre à chacune. 

 

 

Terpsichore

 

– Les guitares sont-elles plus des objets de décoration ou des instruments de lutherie?

 
– Les deux. Je voulais que les guitares ne soient pas que des objets de décorations, mais des instruments jouables, et de bonne qualité de lutherie. J’ai sélectionné les bois : l’aulne pour les corps, l’érable moucheté pour les manches et le palissandre de Madagascar pour les touches. J’ai collaboré avec un électronicien, Bastien Maizière, qui travaille à l’atelier avec nous, et qui a réalisé tous les micros des instruments à la main. Ce sont des pièces uniques, toutes faites artisanalement.

Erato

 

– Comment s’est déroulé le processus créatif avec les artistes s’occupant de la partie esthétique ?

 

– J’ai donné les plans de la guitare en taille réelle à Rouge, qui a réalisé la conception graphique sur Photoshop d’abord, puis l’a scannée et rentrée dans un logiciel pour travailler, en plusieurs dimensions, pour la face avant, l’arrière et les tranches.
Là, un quatrième corps de métier qui est entré en jeu : vernisseur-carrossier. Davy Graziotin , qui travaille à Floirac à l’Atelier 10, avec une spécialisation dans le custom et la retape de vieux scooters et vespas, a accepté de s’occuper de ce travail minutieux et détaillé. Il s’est chargé des grandes couches de fonds de couleur et des vernis. C’est lui qui a réalisé les fonds de couleurs, les dégradés, comme les gris qu’il y a sur ce modèle avec le rayon de soleil médullaire, en fonction de ce que Rouge avait conçu. Il a fallu qu’il s’adapte et au support et à la conception de l’artiste.
J’ai fabriqué les corps des guitares en octobre 2014, pendant que Rouge conceptualisait ses graphismes ; donc nous avons terminé sensiblement en même temps. Ensuite les guitares sont parties en cabine à l’atelier de Davy, qui a incorporé les isolants, les couches préparatoires, puis a appliqué les aplats de couleurs, guitare par guitare, sous l’œil de Rouge, car toute la difficulté résidait dans la transformation en œuvre réelle sur objet de la conception sur papier. C’était un challenge de fou ! Mais ils y sont arrivés, même si à cause d’une contrainte de temps, la plasticienne a du renoncer à quelques petits détails trop compliqués à réaliser. Et puis ceci une fois fait, Rouge a réalisé la partie graphique manuelle, c’est-à-dire les motifs, les dessins, des gravures parfois dans la couche d’encre. Ensuite Davy a posé les vernis, avec différentes techniques de vernis, selon les nécessités. Finalement les instruments ont été assemblés entre avril et juin 2015.

Polymnie et Euterpe

 

– A quoi et à qui les guitares sont-elles destinées désormais ?

 

 

– Tout d’abord à être exposés lors de différentes occasions. On a fait trois semaines d’exposition aux Vivres de L’art, sur les quais de Bordeaux, et on essaye de trouver un peu partout d’autres lieux d’exposition pour présenter les instruments à Paris, Berlin, Londres. En octobre, nous serons au Salon International de la Lutherie à Montpellier, puis à la Journée de la Lutherie à Langon, et nous participerons en novembre à un rassemblement autour de l’art en général qui propose un parcours sur plusieurs lieux dans Bordeaux, « l’Art en Coulisse ». En outre, en marge de l’activité de mon groupe, avec lequel je devrais partir tourner en Thaïlande en décembre, nous tentons de trouver une opportunité pour exposer là bas.

Athena

Et puis l’idée est de faire parrainer chaque guitare par un guitariste expérimenté, si possible en réalisant des petites vidéos où l’artiste joue d’une des guitares et la présente en testant son style de jeu et parlant de l’esthétisme. François Delporte, le guitariste d’Ibrahim Maalouf a déjà accepté d’en parrainer une, qu’il a amenée avec lui sur les routes pendant deux mois ; c’est pour ça qu’elle n’est pas ici. Nous avons également contacté Mathieu Chedid et Joseph Chedid, qui, nous l’espérons, seront également parrains de deux autres guitares, ainsi que Romain Humeau et Arno, le guitariste de Botibol. Bastien Salabanzi, le champion du monde de skate, qui est également guitariste, en prendra aussi une, sachant que ce dernier, est en quelque sorte le petit « extra », puisque c’est un ami et je voulais lui proposer, pour faire un clin d’œil à mes années de jeunesse. On a donc quasiment un parrain potentiel pour presque chaque guitare, mais il faut arriver à fixer un rendez-vous avec les artistes en question pour filmer les vidéos de présentation.

 

Melopène et Terpischore
– Hormis l’esthétique, quelle différence y a-t-il entre les dix pièces ?

 

– Il faut préciser que chaque guitare a son identité visuelle, mais aussi technique, au sens où chacune a un son particulier propre. Il y a trois micros sur une guitare, et un sélecteur de cinq positions qui permet cinq types de son. Le set des trois micros a été défini comme base existant sur trois des guitares ; sur trois autres guitares, il y a un surbobinage du fil de cuivre à +5%, qui induit plus de niveau de sortie, plus d’attaque, mais moins de précision dans les notes ; sur trois autres encore, le fil est sousbobiné à -5% pour plus de précision dans les notes, avec du coup moins d’attaque et de niveau de sortie ; et enfin la guitare « Athena » possède un set spécial. Ce qui fait que sur l’ensemble des dix guitares, il y a 4 styles de son différents. Mais bien évidemment, comme les guitares sont faites à la main, elles n’ont pas le même confort de jeu, la même résonnance, ni le même ressenti. D’où l’intérêt que chaque instrument soit parrainé par un artiste différent, avec un style de jeu et une approche propre.

Clio et Uranie

 

 

 

 

Uranie et Erato

 

 

 

Le but est évidemment de donner un maximum de visibilité au projet en exposant et en faisant parrainer les guitares, qui seront ensuite à vendre, à partir d’un tarif minimum de 12 000 euros, pour amortir les frais de fabrication. Peut-être ferons nous de la prévente à tarif préférentiel de quelques unes d’entre elles, pour donner un peu de trésorerie au projet en attendant et rembourser un peu de l’investissement de base qui a été fait en amont.

 

Thalie

 

 

 

Miren Funke
Photographies : Pascal Saingré (1,2,6,7,8,10,11,15) , Miren Funke (3,4,5,9,12,13,14)

Liens :
Page facebook Uranometia : https://www.facebook.com/uranometriaproject?fref=photo
Site du magasin Gutars&Co (anciennement « Guitare et création ») : http://www.guitare-et-creation.fr/
Facebook : http://www.guitare-et-creation.fr/

ROUGE : https://www.facebook.com/lefonddelairest.rouge?fref=ts

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  1. Rencontre avec le groupe Transat | leblogdudoigtdansloeil - août 12, 2017

    […] Je pensais à ajouter un violon pour compléter notre duo. Le luthier bordelais Yacine Bayan [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2015/10/27/uranometria-quand-le-savoir-faire-des-artisa…], nous avait présenté Thérèse lors d’une soirée, et il s’avère que Thérèse joue aussi […]

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