JOY WELLBOY et ELYAS KHAN en concert

22 Mar

groupe en scèneJOY WELLBOY et ELYAS KHAN en concert

6 mars 2014 au KRAKATOA de Mérignac (33)

entre magie et sorcellerie

Jeudi 6 Mars, la salle du Krakatoa de Mérignac, près de Bordeaux, offrait au public girondin une programmation enivrante, avec un concert associant le duo bruxellois Joy Wellboy, pour une première partie suave et envoûtante, au charismatique chanteur de Nervous Cabaret, Elyas Khan, qui se produisait en deuxième partie de soirée, en solo, accompagné du batteur/percussionniste Romain Vicente, et rejoint pour quelques titres par l’ancien membre des Hurlements de Léo, Rafael « Zebulon » Bord. Ce dernier, parti s’installer, il y quelques années, à Berlin, où réside également Elyas Khan, et où est basé le label de musique électronique B pitch Control (fondé par la Dj Ellen Allien) sous lequel est signé l’album de Joy Wellboy sorti en septembre 2013 « Yorokobi’s Mantra », agrémente de son jeu de violoniste plusieurs morceaux d’Elyas Khan, dont la chanson titre de l’album « Brawl In Paradise ».
joy wellboyRetour sur le concert… Soirée voluptueuse, qui fut pour moi l’occasion de belles découvertes. Enfin découvertes, pas tout à fait. Puisque l’album de Joy Wellboy « Yorokobi’s Mantra » s’était inséré quelques jours auparavant dans mon lecteur sans pouvoir en ressortir, et distillait depuis plus d’une semaine dans mes oreilles ses morceaux planants, fait du bois de ces musiques qui vous ensorcellent intuitivement. J’avoue, un peu sans grand mérite, m’y être intéressée suite à un message laissé par le chanteur Romain Humeau sur le site de son groupe Eiffel, par lequel il partageait son enthousiasme pour ce groupe, message sans lequel je serais sans doute passée à côté d’un plein d’émotion. La curiosité a la peau dure ; et l’écoute des quelques titres disponibles en ligne avait suffit à me convaincre d’acheter l’album, et de profiter du concert pour découvrir l’existence scénique des chansons.

D’autant que les programmations éclectiques du Krakatoa, animé par l’association Transrock, qui, depuis plus de 25 ans, a su orienter les activités artistiques locales dans le souci de certaines valeurs humaines et sociales (imposition d’une première partie à chaque concert, limitation des prix de billet, mise à disposition de lieu de résidence et répétition, création d’atelier musical pour les plus jeunes, organisation de mini concerts à l’hôpital des enfants…) sont toujours la promesse de passer un agréable moment et de se laisser subjuguer par des émotions inattendues. Il faut dire qu’autour de son directeur Didier Estèbe, toute une équipe de passionnés se démène, sans économiser ses efforts, pour accueillir des vedettes de renommée nationale et internationale, autant que pour permettre à des artistes encore anonymes ou débutants de s’exprimer. On peut d’ailleurs regretter qu’il n’existe pas plus de salle de spectacle comme celle là, à l’heure où l’art et la culture sont parmi les premières victimes des restrictions budgétaires publiques, et où les tourneurs et organisateurs de concerts préfèrent se focaliser sur des événements à grand public, synonymes de rentabilité commerciale assurée. Une petite foule de curieux et d’initiés amassée dans la salle, Joy Wellboy démarrait donc son set d’une dizaine de morceaux en douceur par les titres « My Heart Ran Away From Me » et « What Baby », avant d’embarquer le public dans un voyage aux airs de « On the road again » avec le shamanique « Red Woods », tiré d’un précédent Cd enregistré courant 2011 à travers la Californie, « Surfing The Airwaves, Looking For Gold ». Autant dire que l’atmosphère qu’impose l’électro-acoustique du duo se diffusait avec insistance et remplissait les lieux d’une torpeur enchanteresse.
duoRien d’étonnant à ce que ses chansons soient de celles qui subliment et encensent les nomadismes nocturnes (fiez vous en au sentiment d’une noctambule de la route qui ne conçoit pas de conduire sans musique). C’est à en oublier que la chanteuse Joy Adegoke et son partenaire Wim Janssens ne sont que deux, avec leurs mélodies entraînantes, leurs rythmiques instinctives, leurs samples et leurs effets qui parsèment de pigments polychromes les chansons. La voix de Joy, poudreuse (merci Maud), fragile, qu’on aurait cru parfois éphémère et prête à s’évaporer, vous transportait aisément à travers ce trip musical, non sans rappeler certaines émotions suscitées par des morceaux de Massive Attack. Elle tombait dans mes oreilles fatiguées, qui pour l’occasion se retrouvaient comme une fleur fanée qui se surprend à vouloir éclore à nouveau. Et si Wim, dont les postures scéniques à la Nick Cave imposaient pas mal de classe, vint appuyer les cœurs et les refrains sur plusieurs chansons, il fallut attendre le septième titre « Lay Down Your Blade » pour entendre réellement dans un couplet entier sa voix sensuelle et grave –dans laquelle certains trouveront des intonations de Ian Curtis (Joy Division) pour les notes caverneuses-.
Le duo prenant alors par moment des allures d’association Nick Cave/Pj Harvey, fort plaisantes. En outre l’esprit de Johnny Cash semblait roder pas très loin des lieux. La séduction opéra du premier au dernier morceau, dédicacé à l’ami Romain Humeau-Joy avait auparavant dédicacé le sublime « Buy Me Flowers » à sa compagne Estelle Humeau, bassiste (et plus encore) d’Eiffel, tous deux étant présents dans la salle- . On ne trahira d’ailleurs aucun secret en répercutant que Joy Adegoke et Wim Janssens seront probablement invités à poser leurs voix et leur fantaisie sur le prochain album solo du chanteur aquitain. Comment résonnent intérieurement ces chansons à la surface si douce et pourtant chargée d’une tension et d’une certaine sauvagerie intrinsèque ? Cela reste un mystère pour moi. Une magie plutôt. Le deux membres de Joy Wellboy doivent faire partie de ces magiciens, par qui on aime se laisser hypnotiser.
Petite pause à l’extérieur, le temps de redescendre (enfin pas entièrement), à la suite de ce concert stratosphérique et de partager ses impressions avec quelques autres auditeurs, un verre à la main, et le public s’engorgeait déjà à nouveau dans la salle pour écouter Elyas Khan.
Elyas 1L’Anglais, d’origine indopakistanaise, installé à New York à l’adolescence, avant de quitter la grosse pomme pour d’autres villes (actuellement Berlin) semble emporter dans son aventure musicale autant d’héritages artistiques qu’il a arpenté de routes et traversé de mondes. Là encore, c’est une formation restreinte au duo qui allait ravir le public, puisque le chanteur du Nervous Cabaret se produisait seul, uniquement accompagné du batteur/percussionniste/multi bruitiste girondin Romain Vicente (un métronome avec des notes), dont l’exactitude de jeu tenait savamment le cadre duquel le groove d’Elyas Khan debordait pour s’y réinsérer et jouer avec ses frontières. Des frontières justement, le chanteur semble ne pas en avoir. Une épopée musicale impossible à circonscrire dans un genre, tant elle se nourrit d’influences disparates et autonomes, tout en créant une musique contemporaine, voire avant-gardiste et révolutionnaire. Du blues à la pop électronique, en passant par la soul, le funk, le rock expérimental, et germée peut-être dans autant de musiques traditionnelles que de recherches et d’innovations, les chansons d’Elyas Khan défrichent un univers bien personnel et singulier. Mais plus encore, morceau après morceau, j’eu l’impression de passer d’un mini univers unique à un autre, durant tout le concert. Véritable performeur sur scène, le sorcier Elyas Khan livra un spectacle d’une densité étonnante, à l’image de son premier album solo « Brawl In Paradise », sur lequel il joue de la plupart des instruments avec son désormais complice Romain Vicente 1Romain Vicente, même s’il ne s’est pas privé d’y inviter quelques amis, dont le violoniste Rafael Bord. Celui-ci vint donc rejoindre les deux comparses sur scène pour quelques morceaux à trois, avant que Wim Janssens lui aussi ne les retrouve avec sa basse, pour une sympathique fin de concert en apothéose. L’association fonctionnait à merveille, la complicité entre les musiciens donnant une humanité supplémentaire à l’expérience artistique. Rien d’étonnant à ce que les deux formations, Joy Wellboy et Elyas Khan assurent ensemble une petite tournée de plusieurs dates en France.

Remerciements particuliers à Maud O’Red et à Julie, pour leur collaboration, conseils et  photos.

Joy Wellboy
Site : http://www.joywellboy.be/
Site du tourneur 3C : http://3ctour.com/artiste-Joy%20Wellboy-229.html
Facebook : https://www.facebook.com/joywellboy

ELYAS KHAN
Site : http://www.elyaskhan.com/
Facebook : https://www.facebook.com/elyaskhanmusic

Miren Funke

 

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