Archive | 13 h 42 min

The Revival Hour :: Scorpio Little Devil

10 Fév

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Scorpio Little Devil est un album en permanente tension. Fruit du travail conjoint de DM Stith et JM Lapham, il oppose ou fusionne tour à tour les choeurs spectraux et les envolées orchestrales typiques du premier (Control, Hold Back), aux sons électroniques, basses hargneuses et batteries bien frappées du second (Pyre, Copper House). DM Stith couvre l’ensemble d’une voix toujours plus haut perché et qui fait sans cesse mine de se fêler tout à fait. Paroles douces-amères, à mi-chemin entre la prière et le cri de désespoir, atmosphères qui oscillent entre la lumière des nuées nimbées d’un doux soleil et les rumeurs angoissantes d’un monde plongé dans l’obscurité la plus terrifiante. Nos oreilles n’en finissent pas de dévaler ces montagnes versatiles, capables d’enchaîner dans un même morceau de petites notes légères et des explosions violentes (Hound, Eyed the Beast).
Les forces contradictoires s’affrontent et s’unissent. Les styles sont énumérés, la richesse des possibilités musicales sert au mieux la profusion des sentiments et tente d’encadrer ce jaillissement continu d’émotions.
Scorpio Little Devil s’aborde comme un voyage dans des territoires en conflit. On cherche -et l’on trouve parfois- refuge, paix, au milieu des déflagrations samplées et des rythmes insistants. On trouvera même ici ou là des mélodies entraînantes, une invitation à danser comme pour se moquer de tout ce qui peut nous encombrer la vie (Run Away).
Ci-dessous une interview de DM Stith, qui éclaire un peu la génèse de cet album déroutant, disponible en écoute intégrale et en vente là:
http://revivalhour.bandcamp.com/album/scorpio-little-devil

Leslie Tychsem: Bien que cet album ait été fait en collaboration avec JM Lapham, j’ai eu l’impression qu’après avoir trouvé le fantôme, [Cf « Heavy Ghost », son premier album, littéralement le « fantôme pesant »] tu le combats désormais, voire que tu as le dessus sur lui. Avais-tu besoin de former un groupe pour gagner ce combat ? Comment avez-vous travaillé avec JM Lapham ? Musique, paroles, qui a écrit quoi ?

DM Stith: Le « Heavy Ghost » c’était moi. Pour moi le point crucial de cet album était la prise de conscience que je pouvais travailler avec la part la plus sombre (peut-être « sombre » n’est pas le terme approprié- je veux dire les aspects que préférerais taire, qui m’empêchent de me présenter comme une personne parfaite en société) et peut-être il était nécessaire de procéder ainsi pour dépeindre quelque chose d’authentique. C’était donc une mission d’auto-neutralisation. Scorpio Little Devil est la confrontation d’une de ces parts les plus embêtantes de mon imperfection (une sexualité et une dépendance à la religion troubles) l’une étant assise sur le dessus de l’autre, aussi il était important de traiter les deux à la fois. Je n’avais pas prévu de traiter ce sujet problématique avant de rencontrer et de commencer à travailler avec JM Lapham. Nous nous sommes rencontrés via un ami commun, nous nous sommes liés d’amitié et c’est devenu une histoire d’amour pendant un temps, (suffisamment longtemps pour que je réalise qu’accepter la sexualité était une chose importante pour moi). Nous avons écrit les chansons ensemble pendant la première année et demie de notre collaboration, avant de parvenir à une méthode d’écriture qui nous convienne. J’ai composé la plupart des chansons comme de petites démos vite-fait, paroles telles quelles et ensuite JM a passé du temps dessus, pour voir s’il pouvait être en phase, créativement parlant, avec la chanson. À partir de là les choses pouvaient commencer à prendre forme. Mais en premier lieu c’est moi les mettais en route, sur une guitare acoustique, seul dans mon salon (à l’exception de Hold Back et Copper House, la seconde venant d’un morceau instrumental, lui-même crée d’après la partie en do d’une ballade au piano intitulée Colossus, que j’avais écrite dans la première phase de nos efforts…)

L.T.: Ce disque est plein d’énergies fortes et contradictoires. On dirait que tu as travaillé comme Rembrandt, en faisant émerger la lumière par le noir.. Te sers-tu de tes chansons pour procéder à des introspections musicales ?

DM.S.: Quand j’écris je ne me rends pas compte à quel point je suis franc avec mes émotions: j’ai tendance à explorer les sentiments jusqu’à leurs limites, mais ce n’est qu’après, une fois que l’album est fini, que je réalise que je parle de façons très directe de ce que je ressens. Cela a été une période très sombre et effrayante pour moi, (j’ai dû affronter des sentiments bizarres de la part de ma famille et de mes amis lors de mon coming out et d’une façon plus générale je faisais de gros efforts pour imaginer comment je voulais que ma vie se déroule. JM m’a énormément soutenu en tant qu’ami pendant tout ce temps, malgré notre décision de mettre un terme à notre relation amoureuse. Il a eu affaire à ces questions une dizaine d’années avant moi et m’a apporté de l’espoir et de la confiance quand je n’en avais aucun.

L.T.:Tu continues à chanter principalement avec une voix de tête. Est-ce parce que c’est juste plus simple comme ça (bien que j’en doute) ou est-ce parce que tu penses que c’est une façon de chanter plus expressive ?

DM.S.:Je pense que le falsetto sur cet album est une façon de renoncer à certaines de mes idées concernant le masculin. C’est aussi un moyen pour moi d’arriver à couvrir un peu les grondements électro de JM.

L.T.:Je sais que tu travailles actuellement sur un nouvel album solo, peux-tu nous en dire un peu plus ?

DM.S.: J’en ai un de terminé et je travaille sur un autre. Le premier, qui s’appelle « Repetition » n’a pas encore de date de sortie prévue. On fait un peu traîner les choses pour laisser une chance à Scorpio Little Devil de faire ce qu’il a à faire.
« Repetition » a été commencé l’été qui a suivi la première tournée de Heavy Ghost. Je l’ai composé principalement au piano et il contient moult voix travaillées à la pédale de delay (cela vient de ma jalousie pour la collection de pédales à effets de Sufjan [NDLA: Sufjan Stevens] pendant la tournée de « the Age of ADZ »). Les chansons parlent du fait d’être dans l’ombre de ma grande sœur (et probablement d’être aussi dans celle de Sufjan pendant la tournée). Je suis le deuxième d’une famille de trois enfants. Ma grande sœur était, et est toujours, une beauté (reine du bal de début d’année et de promo), elle dansait, chantait, était actrice et était simplement une personne très admirée. J’y ai associé des sentiments de fierté mais aussi un esprit défaitiste envahissant qui ont nourri une grosse partie de l’écriture. Je peux dire ça maintenant que j’ai du temps pour écouter l’album masterisé, mais je ne savais pas vraiment ce sur quoi j’écrivais à l’époque. Bref, c’est un album né d’une introspection similaire à celle dont je me suis servi pour écrire Heavy Ghost. Mais comme je disais, on attend un peu avant de le sortir, parc’ que j’écris des trucs supplémentaires et qu’il reste beaucoup de travail à faire pour que Scorpio Little Devil tienne ses promessses.

intw réalisée par mail le 5 Février 2013 

Leslie Tychsem

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