Alexandre Poulin – « Une lumière allumée »

13 Nov

Qui sait pourquoi la France, qui se targue d’être la patrie de la chanson réaliste, des belles lettres et des textes à sens, a pris depuis plusieurs années l’habitude de réserver un accueil massivement admiratif aux variétés commerciales venues du Québec tout en passant souvent à côté (ou pas loin) d’artistes québécois aux démarches artistiques plus intrigantes ou aux discours plus profonds?

Ne citons en exemple que les survoltés et très engagés Cowboys Fringants ou encore le très doué et féerique Pierre Lapointe, qui, bien qu’ils soient venus jouer sur les scènes de France et que certaines Radios (France Inter, Europe N°1) aient pris le parti de diffuser leurs titres, ne jouissent pas encore d’une reconnaissance populaire à la hauteur de leur travail.

Dans un autre registre (quoi que pas si éloigné), c’est avec l’album « Une lumière allumée », sorti en 2010, que j’ai découvert le jeune auteur compositeur interprète Alexandre Poulin, à l’accent délicieusement chantant. L’homme s’inscrit dans la tradition des raconteurs d’histoires, dont les longs textes nous embarquent dans des récits d’aventures, imaginés pour la plupart, mais tellement réalistes et humains, à l’exemple de sa chanson « Martin », légende urbaine rocambolesque qui raconte l’itinéraire d’un jeune truand mafieux plutôt sympathique, devenu par un concours de circonstances en quelque sorte « calife à la place du calife ». Mais on trouve aussi sur cet album des chansons plus intimes et confidentielles, dans lesquelles s’exprime une justesse de psychanalyse et de description des sentiments humains et des situations faisant immédiatement penser à Lynda Lemay. Et non sans raisons, puisque la chanteuse, elle-même émue par les chansons d’Alexandre Poulin a repris son titre « L’écrivain », et lui a proposé de faire sa première partie lors de plusieurs concerts (notamment en Belgique et en France)

Sur le plan musical, même s’il est souvent restrictif et idiot de cloisonner un artiste dans un genre musical unique, on peut considérer l’ensemble des chansons comme appartenant au monde de la chanson folk, inspiré des Leonard Cohen, Bob Dylan, Joan Baez et autres chanteurs protestataires nord-américains des années 60-70, sans que pour autant les textes s’enfoncent dans la mise en avant d’un discours purement politique, même si des idées humanistes les traversent. Aussi le choix instrumental des arrangements se porte avec habileté sur le travail des cordes (guitare, bouzouki, violons, violoncelle, basse), soutenues par des percussions et batteries, et agrémentées de sons xylophoniques et de clavier, de chœurs et d’instruments à vents (harmonica), comme sur le morceau apocalyptico-prophétique « Quand le soleil s’éteindra » ou encore l’étrange « Bipolaire », porteur d’un texte politico-psychiatrique, qui semble se rapprocher de l’univers de Pierre Lapointe. En somme Poulin présente une sorte de synthèse simple, mais efficace et utile des folk songs américaines et des chansons réalistes françaises.

Par ailleurs s’il est un morceau qui a retenu particulièrement mon attention c’est « La misère de Paris », récit à peine romancé de l’histoire réelle d’un ascendant d’Alexandre Poulin arrivé sur les terres du Canada au XVIème siècle, à bord du premier navire qui quitta la France, chargé de miséreux, partis quérir tout simplement l’espoir d’un avenir dans un pays qui leur ferait une place.

Outre l’amusement que peut susciter le fait que cinq siècles plus tard, un homme prenne sa guitare pour chanter la mémoire de son aïeul, cette chanson a au moins le mérite de nous remettre en place, nous Français, qui n’accueillons pas toujours comme il se doit l’étranger venu chercher refuge, et qui nous libérons trop facilement de notre mauvaise conscience d’un banal « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Alexandre Poulin nous rappelle qu’en des temps pas si lointains, la misère de France était bien contente d’être accueillie par le monde.

http://www.alexandrepoulin.com/

 Miren Funke

Publicités

Une Réponse to “Alexandre Poulin – « Une lumière allumée »”

  1. Danièle Sala novembre 13, 2012 à 12 h 21 min #

    Merci Miren pour cette belle découverte, je suis en train de l’écouter sur myspace, j’aime bien les conteurs d’histoires, et cet accent qui raconte un pays .

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :