Didier Cristini  »Tenir debout »

6 Nov

Didier Cristini – Album « Tenir debout »

Une voix s’est levée il y a plusieurs années déjà sur les terres du folk francophone, pour tenir debout, comme elle le revendique dans la chanson au titre identique à ce troisième album d’où elle est extraite. Le donc bien nommé « Tenir debout » de Didier Cristini, sorti en 2011, annonce d’entrée de jeu et sans ambiguïté que la chanson à textes engagés peut encore compter avec ce serviteur.

Tenir debout dans l’adversité, devant ses propres peurs ou faiblesses, contre les actes lâches et les lois iniques : c’est tout le sens de la musique de Didier Cristini ; c’est aussi, comme le chanteur l’expliquait il y a un an au cours d’une émission de radio, le premier acte volontaire de l’enfant, acte que ne devrait jamais oublier l’humain. Ainsi justifié, la pochette du cd, constituée d’une photo d’un bébé en station verticale symbolise clairement la philosophie du chanteur. Rien d’étonnant à ce que la quasi-totalité des textes adoptent un ton revendicatif, et que l’album se clôture sur une reprise (http://www.deezer.com/fr/track/14207989) de l’hymne des partisans italiens « Bella ciao ».

Si la musique de Didier Cristini, basée sur un quatuor guitare folk/ contrebasse/ batterie/ harmonica s’embellit perpétuellement de la présence de claviers (piano, orgue, harmonium) et de cœurs, elle sait aussi s’enrichir par endroit d’une orchestration de cuivres (trombone, trompette) intelligemment dosée.

Des chansons comme « Mon pays de Cocagne » et « Je détourne la tête » s’attachent à remuer les consciences au sujet de la discrimination envers les émigrés et sans papiers, fardée des vertus de la légalité républicaine, et à dénoncer l’égoïsme et l’indifférence d’une France devenue oublieuse de sa propre histoire et de ses valeurs. Quant à lui, le titre « Ghjuvan », dont on peut voir depuis quelques mois la vidéo sur Internet, accuse l’inhumanité d’un système économique broyant les individus au gré des délocalisations, sous la forme d’un dialogue entre un travailleur corse et le fantôme de son père. Encore ne faut-il pas y voir de la part du chanteur, un appel anti-mondialiste au repli identitaire. Il me revient à ce sujet en mémoire les propos de Jean-François Bernardini (chanteur d’I Muvrini) expliquant en quoi chanter le particularisme régional coïncide avec une pensée internationaliste et comment sa démarche se résumait à parler d’une histoire privée et d’un monde proche pour aller vers l’universel et les autres cultures. Et c’est exactement ce que l’on comprend à travers l’histoire de ce « Ghjuvan », dans laquelle il n’est question de rien d’autre que de dignité humaine.

D’ailleurs l’amour d’une culture régionale n’a jamais empêché les nantais Tri Yann de jouer leur musique à l’étranger, ni le Breton Gilles Servat de chanter pour les prisonniers politiques basques, ni les maquisards auvergnats ou cévenols de sauver des enfants et des familles juives entre 1940 et 45. Bien au contraire, c’est sans doute souvent l’existence d’une identité locale forte, et par là même d’un esprit d’autonomie et d’une culture de défiance vis-à-vis du gouvernement national, qui a conditionné la capacité des consciences provinciales à résister. A ce titre, et pour revenir à Didier Cristini, on peut ressentir la chanson « Contrebande » comme une ode à la liberté et une métaphore sur la vie de Bohème.

Ceci dit, si l’indignation et la colère semblent être les moteurs des chansons de Didier Cristini, hormis « Du temps à tuer » qui évoque la réclusion carcérale, l’horreur de la privation de liberté, et la souffrance d’être éloigné de sa famille, ses amis et son pays –et en l’écoutant, on ne peut s’empêcher de penser à certaines personnes condamnées injustement ou non à des durées d’emprisonnement trop longues pour espérer revivre un jour et accablées de la peine supplémentaire d’être détenues trop loin de leurs proches- , on retrouve sur cet album un esprit revendicatif prêt à en découdre, combatif et pas du tout dépressif, qui fait du bien en ces temps où la morosité et la résignation s’emparent un peu trop souvent des consciences.

Miren

http://www.myspace.com/didiercristini/stream

www.cristini.info

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :