Monsieur le Président,

31 Mai

Je vous fais cette lettre, que vous lirez certainement, en président conscient des enjeux culturels qui sont partie prenante dans les débats de société qui agitent la France depuis quelques mois.(…)

Pour la suite, suivez le facteur,  et clic sur le vélocycle.

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Histoire d’une chanson : Amazing grace…

16 Août

C’est sans doute la chanson la plus populaire aux USA, du baptême aux funérailles en passant par tous les évènements de la vie privée ou publique, du temple au saloon en passant par l’église et les bordels de la New Orleans, tout le monde a une bonne raison de pleurer sa nostalgie de quelque chose avec la mélodie Amazing grace… Mais, comment ça a commencé tout ça ? Pour faire court, un capitaine de bateau négrier a été pris dans une sorte de typhon dont on ne réchappe pratiquement pas. Mais lui et son bateau, si ! Pour une raison connue de lui seul, Dieu aurait sauvé ce sinistre trafiquant de bois d’ébène, Dieu est bizarre parfois… Et du coup, le capitaine repenti a écrit un poème d’action de grâce, qu’il a posé sur une musique assez ancienne d’inspiration élisabéthaine, mélancolique à souhait. Mais au charme irrésistible… Et au fil du temps, avec les églises de tout poil qui fleurissent aux USA, c’est devenu l’incontournable song de tous les saltimbanques de New York à Los Angeles en passant par Memphis Tennessee, Dallas et Kansas City. Et même Tombstone.

Si on déroule la liste exhaustive de toutes les versions, on y passerait quelques jours, mais on peut faire une écoute de plusieurs versions, en partant de celle qui me semble la plus authentique, Judy Collins, dépouillée de toutes les grandiloquences dont le gospel a parfois usé et abusé…

Dans une sélection totalement subjective, voici quelques propositions dans lesquelles les artistes sont intimement dans la chanson, sans s’écouter chanter avec des vibes, ça vient du cœur ou des tripes mais pas des vocoders ou d’effets de voix surjoués comme il est fréquent dans les gospels.

Judy Collins

 

Autre version chargée de sens Cherokee – Prayer

 

Et bien sûr Joan Baez

 

Anne Murray

 

Alan Jackson

 

Chris Tomlin (version augmentée)

 

Arlo Guthrie

Presley (qui en fait un peu trop mais c’est the voice, l’autre… )

 

Version violon solo

 

Native American – Amazing Grace (en cherokee)

 

Et pour finir the old timer Pete Seeger

That’s all folks !

Norbert Gabriel

Entretien avec l’artiste Faïza Kaddour pour « MAI 68, c’est quoi ? J’en sais rien, viens, donne-moi la main » : un spectacle qui fait revivre Colette Magny avec poésie, humour et tendresse

15 Août

Cinquantième anniversaire de Mai 68, le printemps dernier nous fit la surprise de voir naître sur les planches bordelaises, le spectacle « MAI 68, c’est quoi ? J’en sais rien, viens, donne-moi la main », créé et joué par la comédienne Faïza Kaddour, sur Colette Magny. Décédée en 1997, la chanteuse a laissé au patrimoine de la Chanson Française une œuvre capitale, pionnière artistiquement à bien des égards, utile et nécessaire par son engagement, et exemplaire d’humilité humaine, d’honnêteté intellectuelle, dont pourtant à ce jour l’envergure n’est que rarement évaluée à sa juste mesure. C’est par le biais narratif d’une pièce où s’entrelacent récit historique et considérations militantes, interprétations de chansons et dialogues imaginaires entre la comédienne et la chanteuse, que Faïza Kaddour, prêtant sa voix à la gouaille de Colette Magny, raconte et fait revivre avec poésie une époque, une artiste, le sens d’une vie, la pertinence d’un propos aux résonances terriblement actuelles, dans un spectacle vif, drôle et attachant qui interpelle, bouscule et attendrit chaque spectateur. Rien d’étonnant donc à ce que le public prenne la liberté d’interactions spontanées, comme lors de la représentation qui eut lieux au Théâtre Le Levain de Bègles le 23 juin dernier. On comprend mieux comment la comédienne, accoutumée à toujours partager la scène et son métier avec d’autres artistes, tels Agnès Doherty ou Ziad Ben Youssef, ne semble éprouver aucune peine à, pour la première fois, porter et tenir un spectacle seule. Seule ? Précisément pas ! Faïza Kaddour joue Colette Magny, joue avec Colette Magny, et les deux jouent avec le public. A l’amorce d’un parcours que nous lui souhaitons long, populaire et fertile, le spectacle, qui contribuera sans nul doute à rendre justice à une artiste dont l’importance de l’héritage ne fut que trop négligée et vigueur à la mémoire de la Chanson en lutte, se jouera prochainement le 18 août lors du Festival d’Uzeste (Gironde). Dans l’attente de dates ultérieures, Faïza Kaddour acceptait de nous accorder un entretien pour parler de « sa » Colette Magny.

– Faïza bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Colette Magny est certainement, à ce jour, des artistes de référence, une de celles et ceux que la postérité a le plus négligés. En même temps cette année voit après la sortie d’une édition compilant ses chansons, la création de ton spectacle. Ces événements coïncident-ils d’un même élan d’envie de faire enfin connaître mieux cette artiste ?

– En fait les sources sont assez limitées. On peut rapidement regrouper ceux qui parlent de Colette Magny. Nous sommes quelques uns -et moi à mon petit niveau, car ce qui m’intéresse, c’est son œuvre artistique- à vouloir absolument qu’on se souvienne de cette femme et qu’on découvre ou redécouvre ses œuvres. Sa nièce Périne Magny-Lecoy est dans ce travail là. Une anthologie de ses œuvres a été éditée, en dix compact disques, très mignons, car ils présentent l’aspect de microsillons, qui regroupent trois albums chacun, à l’exception de quelques chansons. Ce sont de très beaux objets, avec des livrets. Sylvie Vadureau a édité il y a quelques années le livre « Colette Magny, Citoyenne-Blues », qui donne un petit aperçu de son enfance, dont on ne sait pas grand-chose, avec quelques photos, et raconte ses débuts aussi.

– Comment as-tu personnellement découvert cette artiste et eu envie de créer un spectacle lui rendant hommage ?

– C’était en 2014, lorsqu’on a mené des actions avec la Coordination des Intermittents et Précaires de Gironde (CIPG). Nous avions terminé une journée d’action en fêtant l’anniversaire de la militante Juliette Lasserre Mistaudy , chez le comédien Vincent Nadal, où j’ai entendu la chanson « Rock me More and More » et découvert la voix de Colette Magny, grâce à lui. Je n’en revenais pas que ce soit une chanteuse française. D’autant plus en voyant la photo de cette femme qui ne ressemble pas vraiment au stéréotype de la rockeuse. J’ai écouté quelques blues, mais pas vraiment toutes les chansons, qui pour certaines me semblaient compliquées, au sens où elles ne ressemblaient un peu à rien de ce qui se fait. Et puis je ne comprenais pas trop l’époque. Puis cet hiver, Guy Lenoir, m’entendant chanter, me dit qu’il faudrait que je chante Colette Magny, et me parle du producteur Jean Claude Robissout qui l’avait faite venir en 1992 et la connaît très bien, avec qui il pourrait m’aider à monter un spectacle. J’ai d’abord voulu écouter mieux, mais ça me semblait compliqué. Alors j’ai trouvé de la documentation pour m’aider à comprendre ses chansons, savoir pourquoi elle les avait écrites comme ça. Et en fait en lisant des choses qui racontaient cette femme, j’en suis tombée littéralement amoureuse, car ses chansons ne sont que le haut de l’iceberg, le témoignage de toute une vie engagée. Et en connaissant sa vie, j’ai eu vraiment accès à ses textes et chansons, et ça me les a révélés comme étant carrément géniaux, d’abord par rapport à l’époque, par rapport aux sujets qu’elle exprimait, ensuite par rapport à sa démarche d’artiste : c’est une femme qui a vraiment une démarche professionnelle d’artiste, et moi, en tant que comédienne, cela m’interpelle. En plus elle était décédée, et quand un artiste est décédé, cela aide.

– En quel sens ?

– Car ce que les artistes sont s’est arrêté le jour où ils sont morts ; donc on a une histoire qui a un début et une fin, et ne bougera plus. C’est-à-dire que je ne peux pas m’attendre à ce que demain Colette Magny rejoigne le Front National ou se renie. Ce n’est pas qu’elle est canonisée ; mais au moins son histoire s’inscrit dans un espace-temps, et l’artiste n’a pas dérogé à son engagement. Elle n’a pas changé de voie, et est restée intègre à ce pourquoi elle est devenue chanteuse. Ça m’a bouleversée par rapport à un questionnement intime, car étant encore en vie, mon engagement personnel n’est pas coulé dans du béton et se remet en question perpétuellement. Parfois ce que je fais n’a plus aucun sens pour moi, me demande une énergie folle pour accomplir quelque chose d’anodin, et ne m’aide même plus à vivre, alors qu’à d’autres moments j’avale des montagnes, car je suis persuadée que c’est hyper important. Donc tomber sur une artiste comme Colette Magny m’a beaucoup stimulée et nourrie, face à une peur que j’ai vis-à-vis de moi-même. Je vois une cohérence dans son engagement et c’est quelque chose qui me fait du bien. Peut-être que c’était compliqué aussi pour elle et qu’elle ne se levait pas tous les matins en voulant manger le monde et en se disant que ce qu’elle faisait avait besoin d’exister. Mais je ne vois que ce qui reste. Et de ce qui reste, je me créé une histoire qui m’aide, et qui me donne envie de chanter : quand je chante du Colette Magny, ça me fait délirer. Donc je suis extrêmement reconnaissante à cette femme d’avoir laissé ces œuvres.

 

– Est-ce à dire que tu as trouvé en Colette Magny une personnalité qui artistiquement et humainement peut te servir de modèle ou de repère ?

– Après il y a plein de petites choses que je découvre et qui m’émerveillent, au fur et à mesure. C’est comme quand on tombe amoureux et qu’au fur et à mesure, on découvre des choses qui nous émeuvent de plus en plus et nous font aimer une personne. Ce n’est même pas de l’admiration. Pour moi quand on aime, ça dépasse l’admiration. Je pense qu’elle-même sans doute ne se rendait même pas compte à quel point ce qu’elle faisait pouvait avoir un impact sur des gens.

– Et d’autant plus sur les gens de sexe féminin, étant une femme qui affirmé son indépendance à travers son vécu, à une époque de balbutiements des revendications féministes. Est-ce un aspect de sa personne et de sa démarche qui te touche particulièrement, en tant que femme artiste ?

– La mère de Colette Magny, Fernande, a joué un grand rôle dans sa vie ; c’était une femme particulièrement joyeuse, avec une légèreté, une coquetterie, et une joie de vivre, lui ressemblant beaucoup physiquement. Colette disait d’elle-même : « plus le temps passe, plus je sens le visage de ma mère se poser sur le mien ». A la mort du père de Colette, Fernande a débuté sur le tard une carrière de comédienne de théâtre et d’actrice de cinéma. A l’époque, qu’une femme se lance à la cinquantaine passée dans une carrière n’était pas si commun. C’était une personnalité qui suscitait des passions ; sa fille l’admirait beaucoup. Elle apportait un vent de légèreté et de folie dans la maison, alors que le père de Colette était plutôt austère. C’est peut-être ce qui explique la vie de femme indépendante qu’a menée Colette, puisqu’elle n’a jamais été mariée, s’est engagée dans le secrétariat à l’O.C.D.E, puis dans la chanson, sans impliquer personne d’autre qu’elle-même dans ses choix, n’ayant ni mari, ni enfant. L’histoire dit que les femmes se sont émancipées de leur mari en 1962 légalement. Mais en réalité il y avait déjà beaucoup de femmes qui travaillaient, ma mère la première.

– Colette Magny a amené la chanson vers de nombreuses thématiques de société, y compris l’écologie, à une époque où ce n’était pas encore devenu une préoccupation primordiale politiquement. Comment se situait-elle, elle qui dénonçait les oppressions, mais n’était pas du genre à se laisser ranger dans une case ?

– « Congrès mondial pour la santé mentale… » : c’est une chanson qui dégomme tout le monde et expose tout. Toute l’actualité intéressait Colette Magny : la politique, l’écologie, les discriminations, la question des opprimés, des espèces en voie de disparition. C’était ses thèmes de prédilection. Elle disait ne posséder aucune vérité et se revendiquait comme une « apprentie marxiste » à vie. Elle a adhéré au P.C.F, puis l’a quitté ; elle a été chanter un peu partout où on la réclamait : à la Fête de l’Huma, pour les étudiants communistes de Montpellier, même chez quelques libéraux de droite. Elle était de gauche, de toute manière, mais assumait pleinement la contradiction interne de ne pas supporter le mensonge et d’en même temps ne pas détenir de vérité. J’axerais d’ailleurs peut-être l’année prochaine le spectacle sur la question écologiste. Mais c’était une travailleuse, et elle a collaboré avec beaucoup de gens : des peintres, de scientifiques, des conteurs. Elle faisait le lien avec pleins d’univers.

– L’importance de son œuvre et de sa trajectoire est elle-même encore immensément sous-estimé et méconnue. Selon toi le fait qu’elle exprimait des contestations dérangeantes est-il à l’origine de ce déni?

– Je me demande même si ce n’était pas une provocation volontaire de sa part de se mettre à ce point là tricarde. Elle aurait pu revenir sur le devant de la scène, sous le gouvernement de Mitterrand. On a presque l’impression qu’elle faisait exprès de truffer quelque chose dans ses chansons pour faire en sorte que ça ne passe pas. Ça en devenait presque sa marque de fabrique. Si elle n’avait pas fait ça, peut-être aurait-elle été récupérée, peut-être sa personnalité aurait-elle été plus souple ? Elle-même disait « résister, ne pas céder, c’est facile ». Elle ne jouait pas les héros et ne se vivait pas comme ça. On découvre à travers son œuvre, cette solitude profonde qu’on a lorsqu’on ne porte que son propre flambeau : on ne prétend pas parler au nom des autres, ni posséder de vérité, ni convertir personne, mais juste exposer des choses qui heurtent et avec lesquelles on n’est pas d’accord. C’est une position difficile à tenir, car finalement on se retrouve seule sur son petit îlot de résistance.

– Mais n’y a-t-il pas justement immensément de choses encore à puiser chez cet artiste, qui a aussi été à sa manière une pionnière dans l’expérimentation musicale ?

– Je trouve. Et puis c’était une inspiratrice des humains. Donc ce sur quoi je suis en train de travailler, c’est d’arriver à ce que les gens s’intéressent à elle. Comment continuer à diffuser du Colette Magny ? Cette année était le cinquantième anniversaire de Mai 68, et j’ai trouvé ce biais là.

– Ton spectacle crée un moment intensément vivant où on se sent en proximité avec Colette Magny, particulièrement lors des dialogues que tu tiens avec elle. Est-ce fidèle à ce que tu voulais faire ressentir ?

– J’essaye de travailler ces dialogues, de rendre sa parole vivante, parce qu’elle parlait très bien. C’est pour cela qu’elle a fait de la chanson : s’exprimer. Elle disait même que si elle n’avait pas eu cet organe vocal pour devenir chanteuse, elle aurait été conteuse.

– Ton spectacle se jouera prochainement lors du Festival d’Uzeste, Eté d’Uzeste Musical. Comment est-ce que ça s’est décidé ?

– Je suis allée voir Bernard Lubat [http://www.cie-lubat.org/] au mois de Juin, à l’Estaminet. J’ai un peu craint que ce soit du jazz un peu trop intello. Mais j’ai en fait compris que le jazz est une musique vivante qu’il faut voir en direct. Ce que partagent ces musiciens avec les auditeurs est délirant. C’est complètement en écho avec Colette Magny, car c’était une résistante et le festival d’Uzeste est un lieu de résistance. Comme le dit Bernard Lubat, il fait de la musique à vivre, pas de la musique à vendre. Il a accueilli Colette Magny très souvent lors de son festival. Mais il ne me connaissait pas . Heureusement Dalila Boitaud de la Cie Us et coutumes , metteuse en scène qui effectue un colossal et important travail sur la mémoire du génocide des Tutsis du Rwanda a intercédé en ma faveur car elle connaissait ma démarche. Et je fais partie du 41ème Festival d’Uzeste, et j’en suis très fière. Je serai accompagnée pour l’occasion par l’excellent batteur Jean-Luc Bernard. Il a gentiment accepté l’invitation car même si je joue ce spectacle seule la plupart du temps, j’aime coopérer avec les musiciens à la manière de Colette Magny. Elle m’apprend ça. La coopération. Et je vais continuer de faire vivre sur scène Colette Magny dans d’autres lieux comme au Petit Grain à Bordeaux le 28 septembre ou Le Lieu Dit rue Sorbier à Paris le 9 septembre… C’est mon job. Celui que je choisis de faire de bon cœur… Et là est ma vérité car comme le chantait Colette Magny «  Frappe ton cœur, c’est là qu’est le génie ».


Miren Funke

Liens : Faïza Kaddour : https://www.facebook.com/faiza.kaddour.9
Théâtres Le Levain : https://www.facebook.com/theatre.le.levain/
Festival d’Uzeste http://www.cie-lubat.org/
http://www.uzeste.org/

Femme et création…

13 Août

En préambule à une petite série annonçant un spectacle qui saluera Pauline Julien, femme de combat et de révoltes contre les petits pouvoirs de tous ordres qui oppriment les humains, ce texte de Carole Thibaut, d’une précision et d’une lucidité exemplaires…  (NGabriel)

Sceneweb

Publié dans Scèneweb

 

Les femmes se font baiser” : le texte coup de poing de Carole Thibaut au Festival d’Avignon .

Pendant tout le festival d’Avignon 2018, à midi, dans les jardins de la médiathèque Ceccano, David Bobée a donné rendez-vous aux festivaliers pour son feuilleton théâtral Mesdames, Messieurs et le reste du monde, en treize épisodes. David Bobée a proposé d’y mettre à plat les contresens, les tabous et les idées reçues sur un concept désormais utile pour repenser le droit à la non-discrimination, à la non-assignation, celui du genre. Parmi les moments forts de ce rendez-vous qui va marquer l’histoire du Festival d’Avignon, il y a ce texte de Carole Thibaut, directrice du centre dramatique national de Montluçon, le Théâtre des Îlets lu lors de la fausse cérémonie des Molières, c’était le 13 juillet. Un texte dont voici l’intégralité. 

 

Photo © Cécile Dureux

A la demande de quelques un.e.s, voici le texte que j’ai lu au jardin Ceccano le 13 juillet, à l’invitation de David Bobée pour le feuilleton « Madame, Monsieur et le reste du monde. » (…)

La  suite ici —->  Clic sur la photo.

 

 

Lire, faites lire, c’est de première nécessité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autrice, metteuse en scène, comédienne, Carole Thibaut dirige depuis janvier 2016 le théâtre des Îlets – centre dramatique national de Montluçon

Variations autour d’une chanson … Les oiseaux de passage….

7 Août

 

Dans les hommages-dommages à Brassens, on a vu de beaux assassinats, la liste est assez longue et pas la peine de se mettre la rate au court bouillon et de d’aller à la déprime avec ces attentats consternants…

Plutôt que chouiner sur les avanies des reprises-méprises, allons vers un vrai régal, avec 6 versions des « Oiseaux de passage » les 3 premières dans la ligne Brassens, les 3 dernières plus novatrices.

Pour rappel Brassens a mis en musique une partie d’un poème de Jean Richepin, dont la version intégrale est proposée par Rémo Gary.

Georges Brassens

Maxime Le Forestier

Renaud

Les Ogres de Barback en concert et en partie tronquée

 

Les deux dernières, tout en respectant texte et musique, apportent un plus indéniable. Car il est très fréquent que les « repriseurs » s’ils n’osent pas trop modifier le texte, prennent  souvent des libertés avec la musique originelle  pour ajouter leur touche musicale, laquelle est toujours moins bien que l’original.

Nicolas Bacchus

 

Et avec Rémo Gary (et Nathalie Fortin) l’intégrale du texte dans une interprétation magistrale, ici dans une soirée hommage à Jean-Michel Boris, captée par David Desreumaux (Hexagone)

 

C’est grâce à Rémo Gary (au Festival TaParole Montreuil en 2014)  que j’ai découvert la version intégrale, avec ces vers merveilleux,

Là-bas, c’est le pays de l’étrange et du rêve,
C’est l’horizon perdu par delà les sommets,
C’est le bleu paradis, c’est la lointaine grève
Où votre espoir banal n’abordera jamais.

 

Norbert  Gabriel

À la rencontre de Pauline Julien…

2 Août

Parmi les grandes interprètes Céline Faucher est celle qui a le plus exploré et mis en avant les chansons de Pauline Julien, la passionaria du Québec, femme flamme battante jamais résolue à abdiquer quoi que ce soit de la dignité des femmes et des humains en général .  Un spectacle consacré à Pauline Julien est annoncé pour l’automne, et dans ce cadre, voici un projet qu’il faut concrétiser, toutes les infos sont dans la lettre que Céline Faucher nous adresse.

NB Interprète, c’est être capable de passer de Dr Jekyll à Mr Hyde, passer de « L’âme à la tendresse » à la folie du « Parc Belmont » comme dans la photo ci-dessous.   (NGabriel)

 

Céline F photos

* Photo : © N Gabriel

 

Chers amis,
Il y a 10 ans, je vous offrais le CD « À la rencontre de Pauline Julien ». Au fil du temps, mes copies de CD se sont écoulées, j’ai créé d’autres spectacles…  et, vous êtes toujours très nombreux, tant au Québec qu’en France,  à me demander un nouveau CD. Mais voilà, produire un CD; c’est un projet qui demande beaucoup d’investissement de temps et d’argent. J’attendais donc le bon moment !

 Ce moment est arrivé !
 En octobre 2016, après mon passage au Forum Léo Ferré (Ivry sur Seine, France), où j’ai présenté mon tour de chant « Gens du Québec » accompagnée pour la première fois par l’excellent pianiste Patrick Vasori, Léo, le sonorisateur de la salle, m’a fait parvenir l’enregistrement de ce concert. Pour Patrick, il y avait là tout ce qu’il fallait pour produire un CD. Malgré son enthousiasme, j’ai mis du temps à l’écouter… J’avais besoin de recul pour être objective. Ce n’est qu’au printemps dernier, profitant d’un séjour à Paris, que j’ai ouvert le fichier. Patrick avait raison ! Nous avons donc sélectionné les chansons qui, selon nous, possédaient toutes les qualités pour vous faire vivre ou revivre cette soirée magique.
 

Une rencontre
Un unique concert
Une seule prise pour un « CD Live » 

 Quelques titres qui feront partie du projet :
 

  •     Sors-moi donc, Albert (Félix Leclerc)
  •     L’homme de ma vie (Clémence DesRochers / Pierre F. Brault)
  •     Le Parc Belmont (Luc Plamondon / Christian St-Roch)
  •     Moman est là (Sylvain Lelièvre)
  •     Etc.
  •     En bonus, deux enregistrements avec mon complice de scène depuis plusieurs années;  Marc-André Cuierrier !

 
Maintenant, il me reste à obtenir les licences, procéder au matriçage (mastering) en studio sans oublier  l’impression de la pochette comprenant le graphisme et la duplication du CD.
 
En souscrivant dès aujourd’hui, vous m’aiderez à atteindre mon but: celui de vous offrir enfin un nouveau CD !
 
Tarifs incluant les frais de poste

  •     1 CD  = 15 €
  •     5 CD = 60 €
  •     10 CD = 120 € + 1 CD gratuit
  •     Plus de 10 CD = 120 € + 1 CD gratuit par tranche de 10 et remerciements sur la pochette du  CD                        

 
Vous êtes super enthousiastes et voulez contribuer sans tarder ?
 
Vous n’avez qu’à m’écrire à l’adresse suivante : celinefaucher@videotron.ca
Je vous donnerai la marche à suivre pour la suite.
 
Je vous remercie d’avance de votre générosité et vous souhaites un bel été !
 

Céline Faucher
 
 

 

Le misanthrope vs politique

26 Juil
Cette chronique de spectacle date de la création, elle remonte à la une aujourd’hui suite à une détestable affaire qui montre que le théâtre vivant n’est pas à l’abri de crétins malfaisants et méprisables, et bien sûr anonymes.  Voici ce qui s’est passé à Avignon en ce Juillet 2018.

Il est assez rare que j’exprime une colère ou un dégout mais là, je suis incapable de les retenir : l’ensemble des 200 affiches du Misanthrope posées en cet Avignon 2018 ont été sciemment découpées, arrachées. Au ciseau. Il n’en reste qu’une rue de la Carreterie. L’observation des dégâts ne laisse aucun doute quant au caractère malveillant de la chose.
Nous ne pouvons évidemment désigner personne. La malveillance et la lâcheté des auteurs sont à vomir. Je n’entrerai ni en suspicion ni en délation, cela jouerait le jeu de ces personnes.
En revanche, si vous voulez bien partager ce message, il devrait finir par les atteindre.
Qu’ils sachent que leur petite guerre ne nous a pas empêchés de vivre à nouveau un vrai succès cette année en Avignon.
Je n’éprouve à leur égard que du mépris.
Merci à tous !

Pierre Margot

 

24 Mars 2016, au Vingtième Théâtre.    D’abord présentation de la troupe,

Nastassja Girard, Emmanuel Lemire, Julie Cavanna, Pierre Margot, Benoit Du Pac, Denis Laustriat, Edgar Givry, Annick Roux.

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Et un grand salut à Claire Guyot artiste polytalentueuse, qui a mené ce projet à bonne fin, conçu et mis en scène. Bravo.

En quelques mots c’est une version totalement bluffante de ce classique de Molière. Qui a été revisité régulièrement depuis 1666, théâtre, cinéma, télévision… Les spécialistes ont de quoi expertiser à l’infini. Mais cette version a la qualité rare de faire entrer un public de 2016 de plein pied dans le propos de Molière, en lui donnant à voir des personnages d’aujourd’hui. Que ce public connaisse ou pas ou peu Molière n’a pas d’importance . Pour ceux qui ont en filigrane le Molière des classiques Larousse, Le misanthrope Duo canapé AAAA 24-03-2016 22-48-39 2536x2412les vers et les costumes du 17 ème siècle, ça remet bien les situations en place dans le contemporain. Au 17 ème siècle, Alceste et Célimène parlent d’amour en alexandrins, dans un décor qui n’est pas l’ordinaire de nos appartements, ce qui peut suggérer une certaine distance, alors que vu comme ça dans ce canapé, les mêmes alexandrins sonnent beaucoup plus concrets.

C’est ici et maintenant que les fulminations de cet Indigné majuscule qu’est Alceste prennent toute leur dimension … Au bout de quelques minutes, on a oublié complètement la forme alexandrine du texte pour entrer dans le sens et son actualité. C’est confondant de réalisme. Grâce à tous les comédiens qui donnent à leurs personnages le ton juste en parfaite adéquation avec notre temps. En un sens, c’est désespérant de constater que les mêmes archétypes humains se sont reproduits quasi à l’identique depuis Louis XIV. Et que cet atrabilaire d’Alceste a toutes les raisons d’être misanthrope pratiquant. C’est le frangin de Cyrano, Alceste, il ne transige pas avec les principes, et il y a un écho de monsieur de Bergerac,

Je voudrois, m’en coûtât-il grand’chose

Pour la beauté du fait avoir perdu ma cause.

Et il a le malheur de tomber amoureux de la jolie et coquette Célimène, mais bon, je ne vais pas vous raconter l’histoire, ses émois amoureux, ses virevoltes, ses contre-temps … On voit dans Philinte, Arsinoé, les marquis, Oronte, Eliante, tout le folklore politique qui fait le bonheur de nos gazettes et des réseaux sociaux, autant dans les colonnes du Monde que  les pages de VoiciGala. On voit les conseillers-communicants de l’ombre, les virtuoses de la langue de bois, les habitués des compromissions et les courtisaneries qui font la trame de la vie politique.

Ce que je pourrais dire en conclusion, c’est que cette version est impeccable pour tous publics, c’est un théâtre populaire dans toute la noblesse du terme, qui rejoint les Vilar ou Jean Dasté dans son choix de mettre la vie en scène, dans le réel, sans ésotérisme abstrait, Claire Guyot et sa troupe exaltent les sentiments mélangés, la sensualité des amours turbulents, les travers et les affaires diverses de personnages parfois détestables pour qui on ne peut s’empêcher d’avoir un peu de tendresse.. Humains malgré tout.

 Jusqu’au 8 mai, c’est du jeudi au dimanche, renseignements et horaires ici.         Cliquez sur l’affiche. =====>affiche Mis

Au Vingtième Théâtre, à Ménilmontant.

Et pour avoir un aperçu de ce qui se passe sur scène, quelques photos de la représentation du 24 Mars, ce qui devrait vous donner envie de réserver sans délai.

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Norbert Gabriel

Rencontre avec Loïc Lantoine et François Pierron avant leur concert au Haillan Chanté (33)

24 Juil

Le 8 juin dernier, Loïc Lantoine et son complice François Pierron, étaient de passage dans la région bordelaise, pour un concert organisé à l’occasion de l’évènement Le Haillan Chanté, par l’association Bordeaux Chanson et L’Entrepôt du Haillan. C’est donc en duo acoustique que les deux artistes venaient défendre leurs chansons, après les avoir faites vivre, rugir et rutiler sur scène avec l’ensemble de dix huit musiciens de The Very Big Experimental Toubifri Orchestra, qui signait en 2017, avec Loïc Lantoine, la sortie du double album « Nous », comprenant des versions fougueusement et fiévreusement réarrangées de ses chansons, mais également des inédits et quelques nouvelles compositions. Car l’aventure collective dans laquelle s’était embraqué le chanteur, et dont la trajectoire fut endeuillée par le décès brutal de son initiateur Grégoire Gensse, initialement pour une collaboration expérimentale ponctuelle de réorchestration de ses chansons, se prolongea -et se prolonge encore- et évolua pour aboutir à l’écriture d’un nouveau sentier de traverse, comme en naissent tant le long de la route de l’artiste : créations communes et tournée multipliant les dates, au fil desquelles The Very Big Experimetal Toubifri Orchestra et Loïc Lantoine explorent, confortent et offrent de plus en plus le sentiment d’une famille qui s’est trouvée, liée et embrassée pour longtemps. Dans l’après-midi avant leur concert en formule intime, Loïc Lantoine et François Pierron acceptaient de nous accorder un entretien.

 

– Loïc et François bonjour et merci de nous recevoir. Le disque « Nous » réalisé avec The Very Big Experimental Toubifri Orchestra est sorti l’an dernier, et continuera d’être présenté sur scène, mais ce soir vous jouez tous les deux seuls. Est-ce une nouvelle tournée parallèle ?

– Loïc : On démarre ! On vient de faire les Bouffes du Nord à Paris, et on s’y remet. L’album « Nous » va continuer à vivre. Mais tu sais, c’est un peu un suicide économique : nous sommes 19 sur scène, 21 sur la route, donc il y a des cachets à sortir. Étonnamment on a déjà plus de 20 dates prévues pour l’année prochaine, et j’en suis très content. Mais je n’ai jamais fait que seulement  ça, et les gars des Toubifri non plus : ils ont, comme moi, plein de projets en parallèle aussi. Et je n’ai pas envie de les quitter jamais. Nous sommes désormais liés.

– Vous donnez effectivement le sentiment d’une famille qui s’est trouvée pour ne plus se quitter. Est-ce une image fidèle à la façon dont vous vivez cette aventure ?

– Loïc : Complètement ! D’autant plus que maintenant  Grégoire qui a monté le groupe n’est plus là. On a fini ce qu’on avait commencé avec lui, et ça a été assez douloureux. Maintenant on en profite, sous sa grâce. Au départ on devait effectivement faire une petite saison et s’amuser. On avait décidé de faire un disque live avec quelques nouveaux inédits. Puis quand on s’est mis à bosser ensemble, on s’est vraiment fendu la gueule. Finalement on a décidé de réaliser un album entier, en gardant le live quand même, ce qui a donné ce disque double.   

– Le disque laisse entendre, en même temps qu’une unité d’esprit, une diversité d’influences et de d’originalités musicales, qui distingue chaque morceau de l’autre. Comment s’est organisé le travail de composition ?

– Loïc : C’est-à-dire qu’au départ on a commencé à travailler sous la direction de Grégoire. Il avait déjà dans l’idée de passer la main à d’autres compositeurs sur certains morceaux. Et puis il y a un arrangeur qui fait les parties de chacun. Ce n’est donc pas collégial : il y a un ou deux compositeurs par morceaux et un arrangeur, qui peut être le même ou pas. Donc quand il y a plusieurs compositeurs, forcément il y a des sensibilités différentes, des univers musicaux différents. C’est ce qui fait la force de ce groupe qui préexistait à notre rencontre et qui continue à exister. Là dedans, il y a des purs jazzeux, des musiciens qui viennent plutôt d’un truc plus rock. Ce n’est pas une seule voix ! Ensuite bien sûr quand les partitions arrivent à chacun, chacun peut donner son avis sur la façon dont il veut jouer. Sur tout l’orchestre, il doit y avoir seulement cinq ou six compositeurs qui ont travaillé avec moi, plus quelques arrangeurs, et beaucoup de musiciens qui ne sont ni l’un ni l’autre, et jouent les partitions, bien sûr avec de temps en temps des moments plus libres pour l’improvisation. Ce sont des musiciens de Jazz, donc qui savent improviser. Mais tout le monde ne compose pas ensemble ; sinon ce serait le bordel. C’est quand même assez marrant d’entendre un morceau contrebasse-voix arrangé pour dix-huit musiciens.

– Comment avais-tu rencontré Grégoire ?

– Loïc : Il est venu m’attraper pour me proposer de bosser avec lui. Je ne suis pas très réactif, alors il avait un peu insisté. Et puis il est venu à Lille et surtout m’a filé dans les pattes le disque qu’il venait de faire avec son groupe. J’ai pris une énorme claque, et je lui ai dit « quand tu veux ! ». Son décès a eu lieu pendant l’écriture de l’album. Ça nous a mis à terre. On était tabassés de chagrin. Et puis soit on repartait chacun avec un demi-album sous le bras en se disant que ça avait failli être bien, soit on décidait de terminer le boulot sous son inspiration. C’est ce qu’on a fait, et c’est évidemment ce qu’on avait de mieux à faire. Et c’est un grand soulagement.

– Que retiens-tu de ces différentes expériences d’avoir chanté seul, puis en duo, aussi avec ton groupe, et puis avec cet orchestre ?

– Loïc : Ça m’apprend des choses. C’est-à-dire qu’avec François, on a toujours décidé de ne pas rester statique. Nous avons commencé avec Allain Leprest et Jehan, et François était déjà dans la boucle, avec moi, à l’époque.  Chaque fois qu’on est arrivé sur une fin de cycle, on a toujours fait des choses différentes. On essaye de réfléchir autrement. Et on est aussi sur d’autres projets : on a remonté un spectacle avec la Compagnie des Musiques à Ouïr [https://musicaouir.fr/] autour de Brassens, qui m’a fait beaucoup de bien, et m’a fait apprendre plein de choses au niveau du chant, du calage. L’idée, c’est de ne pas rester enfermés. On fait ce métier depuis quand même assez longtemps, on ne pouvait pas rester bloqués ensemble.

– Tu es réputé émotif et timide. Et pourtant, toi qui écrivais pour d’autres artistes et aurais pu rester dans le confort d’une carrière dans l’ombre, tu es passé derrière le micro. Quelles raisons peuvent pousser un auteur à porter lui-même ses chansons?

– LoÏc : C’est marrant, parce que justement comme j’étais embêté, je n’osais pas filer un papier à quelqu’un ; je préférais lui lire le texte. Et du coup je me suis un peu trouvé propulsé comme ça, parce qu’on me disait que quand je lisais, c’était intéressant et que je devrais faire ça. Je me suis retrouvé à lire tout seul mes textes. Ça n’a pas duré très longtemps, car j’ai très rapidement branché François. Au début il n’était pas sûr de pouvoir faire quelque chose. On s’est retrouvés dans une petite salle qu’on adorait –et qu’on adore toujours-, Le Limonaire, à Paris, et ça nous a plu, donc on a décidé de continuer ensemble. Ce qui est marrant, c’est que j’avais une date dans un festival de conteurs juste après, et j’ai rappelé l’organisateur pour lui annoncer qu’en fait on serait deux. Le mec s’est dit : « ça y est, ça commence. Il a trois semaines de métier et il commence déjà à foutre le bordel ». Et quand j’ai dit qu’il s’agissait de François Pierron, la chose est passée, car le type était un admirateur de Gérard Pierron, le père de François. C’était rigolo, car pas mal de professionnels étaient conviés à ce festival de conteurs. Et ça nous a permis de rencontrer des gens, de faire une tournée derrière, et de devenir intermittents au bout de la première année, d’avoir quelques lignes dans Le Monde, de décrocher des dates. On n’a jamais tapé aux portes. J’étais persuadé d’être monté à Paris pour profiter de neuf mois de chômage ; et puis on a fait de belles rencontres et on s’est bien marrés : ce n’est qu’une histoire de rencontres. On n’a pas eu à monter de dossier, ni à faire des démarches. Les gens nous ont proposé d’eux-mêmes. On a fait beaucoup de bistros au chapeau, et finalement, ça nous est un peu tombé dessus comme ça, par hasard et pas rasés !

– Tu as participé au disque de Jehan « Chante Bernard Dimey de Charles Aznavour », avec Agnès Bihl, Yves Jamait, Allain Leprest, Romain Didier. Peut-on parler de « petite famille » d’artistes qui ont un peu en commun un crédo, une façon de faire ce métier, une passion et aussi des liens humains ?

– Loïc : Oui ! On était déjà plus installé là dedans. J’ai rencontré Jehan en même temps que François. C’est Allain Leprest qui m’avait dit de lui écrire, et comme un con, je l’ai fait ! Je suis allé à Paris le voir. Quand on a monté ce spectacle « Ne Nous Quittons Plus », François était déjà là. Agnès Bihl, comme plein de gens, on la connait depuis l’époque du Limonaire, du début. Y avait toute une clique de chanteurs, Dikès, La Rue Ketanou… C’était effectivement une petite famille de jeunes gens assez soudés qui se lançaient là dedans. Certains étaient déjà un peu plus installés, et moi, je débarquais de mon Nord.

– François : Il y a beaucoup de gens aussi qu’on a rencontrés dans un petit café-théâtre qui s’appelait L’Ailleurs, à Bastille, où effectivement beaucoup de gens ont été programmés dont Dikès, La Rue Ketanou, Wladimir Anselme. C’était un petit bar/café concert, où ils arrivaient à payer les artistes, en se battant comme des arrache-pied.

– Loïc : A Paris, ça n’existe plus. En plus il déclarait les mecs qui venaient dans son bar ; c’était assez exceptionnel. Il y avait trois tarifs : 30, 50 ou 80 francs. Les gens mettaient ce qu’ils pouvaient, plus en début de mois qu’en fin de mois en général. Mais ça responsabilisait les gens. C’était une passion.

– Comment as-tu connu Joe Doherty ?

– Loïc : Après avoir beaucoup tourné en duo avec François, on faisait beaucoup de rencontres, et on aimait inviter les gens avec nous sur scène pour partager un moment. C’était une époque où on faisait beaucoup de co-plateaux, ce qui nous a permis de rencontrer plein de gens. On a sorti les deux premiers albums et un live sur un label nommé  « Mon Slip » qui avait été monté par Christian Olivier des Têtes Raides principalement. Et puis avec François on a décidé de faire ce qu’on a appelé une « tournée cascade », c’est-à-dire qu’on jouait avec deux musiciens en plus, mais jamais les mêmes. Ça représentait une quinzaine de musiciens, mais qu’on intervertissait et qu’on assemblait différemment. Ça allait des Ondes Martenot de Christine Ott, à Danielito [Daniel Bravo, percussionniste du groupe Tryo], en passant par Joe et Phil [Eric Philippon du groupe La Tordue] qui jouait de la guitare. Et à un moment on a voulu fixer un truc, et chacun de son côté, on a pensé à Phil et Joe, qui se connaissaient d’avant, de l’époque de La Tordue et de Sons of The Desert, leurs groupes respectifs. On se marrait bien tous les quatre.

– François : C’est différent. On a construit quelque chose de plus maitrisé, même si la « tournée cascade » était chouette aussi, car plus basée sur l’instant et une magie éphémère. Avec Joe et Phil on voulait construire un truc plus solide ; et puis ça a fait partir la musique dans plus de directions, même s’il faut faire gaffe de ne pas ouvrir toutes les fenêtres non plus. Faut en laisser pour l’imagination. Ça fait du bien de changer de toute façon. Ce sont deux choses différentes. J’aime bien quand il n’y a presque rien, parce que les gens imaginent des choses. Je considère qu’un groupe qui a réussit, c’est un groupe qui arrive à construire quelque chose de fort, mais en laissant une place pour l’imaginaire des gens.

– En parlant d’imaginaire des gens et d’appropriation individuelle des histoires que racontent les chansons, y a-t-il un être réel qui a inspiré « Pierrot » ou est-ce un personnage fictif qui parle du « Pierrot » de chacun ?

– Loïc : J’en ai parlé avec déjà pas mal de gens, qui ont tous un peu leur « Pierrot ». Et ça, c’est cool ; c’est l’idée. Une chanson appartient aux gens qui l’écoutent. Mais j’en ai un aussi ! On avait fait un train-théâtre à Portes- Lès-Valence avec un groupe qu’on aimait beaucoup, Samarabalouf [http://www.samarabalouf.fr/]. Et là dedans, y a un gars d’Amiens qui s’appelle Pierre Margerin, qui est absolument délicieux. J’ai toujours couru après lui, parce qu’il est d’une gentillesse infinie, mais d’une connerie à l’égale. Dans chaque salle où il est présent, tu vois après les techniciens et tout le monde tourner autour de lui pour entendre la dernière connerie qu’il va sortir. Ce mec, il vaut cent mille chansons ! Mais encore une fois, à chacun son « Pierrot ».

– Pouvez-vous nous parler de projets à venir ?

– Loïc : On ne se promet rien. On a eu un beau rendez-vous lorsqu’on a fait les Bouffes du Nord, qui est le plus beau théâtre qu’on connaisse. On s’est dit qu’on allait s’y mettre un peu, sans obligation de résultat. J’en suis très content : c’est allé très vite et on est parti un peu dans des directions qui étaient nouvelles, ce qui nous a mis un grand coup de vent frais qui fait du bien. On se dit qu’on a le temps, mais un nouvel album est une direction que j’ai envie de prendre. La façon naturelle de faire les choses, est de jouer les chansons d’abord. C’est l’inverse qui est bizarre. Jean Corti, qui était l’accordéoniste de Jacques Brel, nous disait : « c’est marrant, vous les jeunes, vous faites les choses à l’envers ».  Il expliquait qu’à l’époque où il faisait des chansons avec Brel, ils partaient six mois ou une saison en tournée, puis enregistraient l’album. A l’époque, on ne pouvait pas faire du montage : il y avait un micro pour le chant, des micros suspendus pour le groupe, et roule, ma poule ! Celui qui fait un pain, il paye l’apéro. Et ils défonçaient les chansons. Quand tu fais l’inverse, c’est-à-dire que tu écris et enregistre des chansons sans les avoir jouées, ce n’est qu’une clé pour pouvoir tourner.

– François : Le disque devient un outil promotionnel. Du coup il n’y a plus la même qualité discographique qu’à une autre époque.

– Loïc : C’est-à-dire aussi que tu ne sais pas comment ça va te faire. Je ne parle pas de la réaction du public, mais de la façon dont toi, tu vas pouvoir porter la chanson. Parfois tu crois que tu vas arriver complètement convaincu et flamboyant, et puis lorsque tu te retrouves devant les gens, tu deviens plus timide là dedans, et tu leur laisses une part de rage, parce que tu ne la partages pas vraiment. L’inverse aussi peut se produire, c’est-à-dire que quelque chose que tu as enregistré comme une toute petite chose, tu vas d’un coup avoir envie de la porter, et ça, tu ne peux pas le savoir, tant que tu ne l’as pas joué devant des gens. L’intérêt de chanter devant le public avant est là. Parce qu’encore une fois, une chanson appartient aux gens qui l’écoutent.

– François : Surtout que nous, on ne s’est jamais projetés dans la tête des gens au moment de la création. Quand on est dans la création, on se fait plaisir à nous. Ensuite, c’est le public qui décide si ça lui plait ou pas.

– Loïc : On ne fonctionne pas à l’applaudimètre ; ce n’est pas ça. Si ça ne fonctionne pas, c’est plutôt nous qui nous en rendons compte. Il y a des chansons qu’on a moins chantées évidemment. Mais on n’a jamais testé une chanson en public qu’on a abandonnée, au motif qu’elle n’aurait pas marché. On leur a toujours donné une chance. Ce n’est pas une histoire de sondage. De toute façon dans un processus de création, on a toujours un petit côté schizophrène, qui fait qu’on est aussi un peu public : si on ressent quelque chose en travaillant une chanson et qu’on y trouve du plaisir et une émotion sincère et pas réfléchie, à ce moment là, on la présente aux gens.

– François : Il y a aussi des choses qui peuvent être plus du domaine intime ou personnel, et pas assez ouvertes. Et là on se rend compte tout de suite si ça fonctionne ou pas.

– Pour revenir à la tournée avec les Toubifri, n’était-ce un pari risqué de vouloir créer et tourner avec dix huit musiciens à l’heure des restrictions budgétaires dont souffrent l’art et la culture et qui contraignent beaucoup d’artistes à réduire les équipes ?

– Loïc : Tout est relatif. Ce n’est pas une tournée de soixante dates par an. On en a déjà plus de vingt, et c’est un petit miracle. Mais on fait des efforts : on ne vend pas le spectacle cher, on fait de l’auto-régie ; les gars sont jeunes et ils en veulent. Je ne suis pas très porté sur les récompenses, mais ça m’a fait plaisir que le Grand Prix de la Scène de l’Académie Charles-Cros leur ait été décerné, que ce courage là soit reconnu, celui de musiciens qui ont envie de faire quelque chose et se battent pour le faire vivre. Il y a aussi des gens qui prennent des risques et font un effort. C’est important de présenter ce genre de choses. Parce que si ça continue comme ça, bientôt aucun gamin n’aura jamais vu un groupe de plus de quatre personnes.

– François : Quand tu vois ce spectacle, c’est complètement magique : personne n’est en trop. Ce n’est pas un spectacle avec des voltigeurs, des effets spéciaux, ou je ne sais quoi.

– Loïc : De toute façon le jour où quelqu’un dira qu’il faut passer à treize, car c’est trop cher, on ne le fera pas. Il y a deux choses : d’une part il y a de moins en moins d’argent qui est consacré aux musiques actuelles ; d’autre part il y a peut-être aussi une morosité, une fragilité, ou je ne sais quoi qui fait que les gens ne bougent pas pour aller voir un spectacle, du moment que c’est accessible sur internet. Il y a aussi une responsabilité des gens qui ont peut-être moins envie de se rencontrer, ou sont moins gais. Il y a une espèce de repli. Et ça ne dépend pas de Macron ; Macron est la conséquence de cet égoïsme ambiant. Nous l’avons mis au pouvoir, parce qu’on ne se rencontre plus, qu’on n’est plus en fantaisie, en poésie.

– François : Avec les home-cinéma, les play-stations, etc… on peut passer de superbes soirées chez soi sans sortir. Le monde est un peu comme ça. Il y a moins d’ennui. Et pourtant l’ennui est quelque chose d’important. Plutôt que de l’ennui, on ressent de la fatigue ou de la déprime. Mais l’ennui à combler en créant ou en sortant voir des gens est moins présent.

– Mais n’est-ce pas justement la morosité ambiante qui contraint les gens à un repli dans leur cocon, parce qu’on a tous besoin de posséder des espaces ou des bulles de bien-être dans la vie ?

– Loïc : Alors que justement, cela devrait donner envie de se retrouver, d’être ensemble. Et non ! Donc il y a moins de monde dans les salles de spectacles, et ça n’est pas qu’une histoire de manque de subventions. Ce qui n’empêche pas que les politiques culturelles qui sont menées actuellement sont absolument effrayantes, parce que justement tout ce qui est intermédiaire entre la sortie ou le replis chez soi, c’est-à-dire les musiques accessibles et généreuses, est mis de côté. On continue de subventionner largement l’excellence, ce qui est important. Avoir des opéras, des lieux pour grands orchestres, c’est important. Mais c’est bien aussi d’avoir des endroits de création, de fantaisie, où ça bouillonne. Et là, on nous dit de nous démerder, que de toute façon les grands artistes sont toujours sortis de n’importe où. Et paradoxalement la morosité dont tu parles met en valeur les initiatives alternatives, et montre qu’avec de l’envie, de l’amitié, on peut créer et quand ça prend, ça fonctionne du feu de dieu.

– Le rôle joué -ou plutôt non joué- par les médias révèle-t-il une cassure entre les orientations, presque la politique, des médias de masse et la réalité des gouts du public qui affectionne aussi des artistes ne bénéficiant pourtant d’aucune exposition médiatique ?

– Loïc : Les grands médias sont complètement tenus par leur audience et ne prennent pas de risque. Ils sont en train de s’enterrer aux mêmes, parce que justement la culture émerge d’ailleurs. Ils sont mêmes obligés parfois de parler naturellement d’un groupe dont ils n’ont jamais osé parler : une fois que les artistes sont établis, ils en parlent comme si ça existait avant, alors que leur rôle à eux aurait été de les faire découvrir. Ils connaissent ces artistes, mais prétendent ne pas pouvoir en parler, ne pas avoir la place dans leurs émissions ou leurs canards. C’est incroyable de voir comment en quelques années toutes les émissions de découverte de France Inter se sont écroulées, et le peu de prise de risque en playlist sur cette radio. Et c’est pareil un peu partout, sauf peut-être sur les radios comme FIP qui travaillent encore. Mais d’une manière générale, on ne réalise plus de découverte, on n’accompagne plus les artistes, et on fait comme si c’était de la génération spontanée. On en parle depuis longtemps, mais dis toi bien que ni François, ni moi, ni les potes avec qui on joue n’avons aucune pointe d’aigreur vis-à-vis de ça. C’est juste un constat. On ne va pas tomber dans ce jeu de critiquer en disant que c’était mieux avant. Ce constat est important pour nous quand on réfléchi d’une manière plus générale ; mais pour nos petits métiers à nous, on s’en fout. Il ne se vend plus de disque aujourd’hui, on découvre moins en radio : c’est comme ça. Mais on ne va pas se positionner en décrétant ce qui est bien, et ce qui n’est pas bien. Ce serait très dangereux. J’ai toujours considéré qu’on avait de la chance de faire ce métier, même s’il n’est pas toujours facile, non pas par rapport aux difficultés d’en vivre -ça, on s’en tape ; on sait que c’est un métier aberrant-, mais parce qu’on donne des efforts. On se pose souvent la question de savoir pourquoi on fait cela ; et la réponse doit être gaie et pleine d’avenir. Si un jour on se dit qu’on fait ce métier, car on ne sait rien faire d’autre, on fera de la merde. 

– François : J’espère que la réglementation va être plus souple pour les petits lieux et les moyens alternatifs par lesquels les artistes s’exprimeront, parce que pour l’instant ça semble être l’avenir.

– Loïc : Alors maintenant, avec tous les moyens accessibles, on peut s’enregistrer et faire son disque soi même, puis le diffuser sur internet. Mais il ne faut pas oublier que sur internet, il y a quand même ce filtre gigantesque pour cacher certaines choses. C’est à dire qu’il suffit d’envoyer plus d’informations pour être plus vu, et que le reste passe derrière. Tu peux être sûre que si un gros média veut passer son article avant toi, tu ne seras jamais à égalité là-dessus. Sur le principe, oui, mais pas dans les faits. Je pense à ça, parce qu’on a une chanson qui s’appelle « Quand Les Cigares » qui est dans le film « Merci Patron ! » de François Ruffin, et lorsque j’ai voulu aller voir sur internet, le premier truc sur lequel je suis tombé était un truc qui défonçait le créateur en en disant du mal. C’est à dire que quand tu fais une recherche sur le gars, tu tombes en premier sur un truc qui le descend, tout simplement parce qu’on fait tourner des machines pour que cet article là apparaisse en tête. Internet, c’est a priori la liberté. Mais c’est quand même un gros tas de merde aussi.  Le truc est vicié, car tu as un tas de mecs qui bombardent de la contre-information pour que la vraie information ne t’arrive pas. Mais encore une fois, ce n’est qu’un constat ; il n’y a pas d’amertume chez nous. On finira tous sur le darkweb !

– Certes, mais vous êtes dans la création. N’est-ce pas ce qui permet d’éviter l’amertume et la morosité, alors que la majorité des gens ne possède peut-être pas cet horizon pour sortir la tête des contingences quotidiennes et de cette morosité dont vous parlez?

– Loïc : Parce qu’on ne leur a pas appris à le faire, ou qu’on ne les a pas laissés faire. Ça m’est vraiment arrivé par des rencontres de hasard, et c’est insolent de faire ça. Tu t’aperçois ensuite que tout le monde peut le faire, tout le monde peut écrire. La musique, c’est peut-être plus compliqué, parce que déjà il faut avoir ton instrument et pouvoir apprendre à en jouer. Mais pour l’écriture, depuis que tu as deux ans, tu fais tes gammes. Et tous les jours. Tout le monde sait parler. Il n’y a pas d’histoire de virtuosité. Il y a des musiciens de classique qui connaissent leur travail, jouent de manière excellente dans des orchestres avec une partition, mais ne sont pas capables de créer. Mais tout le monde peut écrire : il suffit juste de décaler un peu le propos ou de s’éloigner. Ça s’appelle la poésie. Mais à l’école on nous apprend que ce sont des affaires de poètes, de gens pas comme nous, de génies. Quelle connerie ! Il ne faut jamais dire ça à un gosse. Tu le prives de tout en lui disant que les écrivains sont des gens particuliers, dont il ne sera jamais, parce que sinon il serait un génie et ça se saurait. C’est la plus grosse connerie qu’on peut dire à un gosse : il faut lui apprendre que les génies n’existent pas.  

Miren Funke

Photos : Carolyn C (1 ; 4 ; 5 ; 6 ; 8 ; 11), Miren (2), Francis Vernhet (9)

Nous remercions Agnès et Joe Doherty pour leur aide.

 

Liens : https://www.facebook.com/LoicLantoineOfficiel/

https://www.facebook.com/verybigexperimentaltoubifriorchestra/

https://toubifri.wordpress.com/

http://www.bordeaux-chanson.org/

http://lentrepot-lehaillan.com/

Cinquième et dernier jour des Rencontres Marc Robine 2018

18 Juil

           

Après un spectacle pour enfants, Tout ce qui me passe par la tête, avec Gil Chovet au chant et aux percussions, et Jean-Christophe Treille à la basse.

Alors, des bijoux, des cailloux, des histoires à dormir debout, la vie qui m’entoure, mes filles qui grandissent et qui n’en font qu’à leur tête, de ma maman un tout petit peu très vieille… Sur scène, je joue de la guitare, et je chante. Mon compère Jean Christophe, lui, joue de la basse acoustique, du cajun,  et du carillon. J’invente aussi des instruments rigolos, avec des bouteilles, des boîtes à thé ou des pots de confiture… Et puis, un rien nous amuse, donnez-nous un bidon, et c’est parti.

NDLR  Errata:  Ainsi que Danièle Sala l’explique ci dessous, elle n’a entendu que les applaudissements, mais c’est à Agnès Mollon qu’il faut les créditer, comme le dit Catherine ReverseauMoment jubilatoire!….. mais. Gilles Chovet n’a malheureusement pas pu chanter et a été remplacé in extrémis par Agnès Mollon également Émile Sanchis et d’autres.. Les enfants semblaient ravis..

Je n’ai pu assister à ce spectacle, mais quand nous sommes arrivées à Châtel-Guyon, avec Martine Fargeix, nous avons pu entendre les rires et les bravos des enfants. D’ailleurs, toute une rangée de ces enfants sont restés pour la Finale de la Coupe du monde de la chanson.

L’arbitre facétieux, et, entre nous pas très objectif, se présente, chaussettes violettes, caleçon rayé, c’est Patrice Mercier.

Et c’est l’attaquante belge Coline Malice qui entre sur le terrain,  pour le reste du monde, avec son accordéon et Hassen Ayèche à la guitare. Auteure, compositrice, interprète , Coline Malice a plus d’une corde à son arc, journaliste de formation, très tôt attachée aux mots, elle écrit depuis l’âge de 16 ans, entre tendresse et coups de gueule, mi-ange, mi-démon, elle nous parle des choses de la vie, les douleurs, les bonheurs, humaniste, insoumise, de sa voix chaude et ample, sur des musiques voyageuses, rythmes envoûtants, elle nous emmène sur les chemins de traverse, avec Les gens du voyage, Tarik, La petite Lola, et Gracias la vida, merci l’existence…Le match commence fort, on craint le pire !

Emile Sanchis, auteur, compositeur interprète et Simon, son fils, guitariste,  entrent à leur tour sur le terrain pour Auvergne-Rhône-Alpes, Emile Sanchis, conseiller municipal de Vic-le-Comte, auteur, compositeur interprète à l’univers intime, poétique, aux accents latino-américains : Il nous chante : Vidala, une chanson traditionnelle d’Argentine, Gracias à la vida de Violetta Parra, et Fabrice Péronnaud nous dit la traduction en français de cette chanson qui m’a tellement touchée que j’ai envie de la recopier ici :

Merci à la vie qui m’a tant donné
elle m’a donné deux étoiles et quand je les ouvre
je distingue parfaitement le noir du blanc
et en haut du ciel son fond étoilé
et parmi la multitude l’homme que j’aime.

Merci à la vie qui m’a tant donné
elle m’a donné l’ouïe qui dans toute son amplitude
enregistre nuit et jour grillons et canaris
marteaux, turbines, aboiements, averses
et la voix si tendre de mon bien-aimé.

Merci à la vie qui m’a tant donné
elle m’a donné le son et l’alphabet
avec lui les mots que je pense et déclare
mère, ami, frère et lumière qui éclaire
le chemin de l’âme de celui que j’aime.

Merci à la vie qui m’a tant donné
elle m’a donné la marche de mes pieds fatigués
avec eux j’ai parcouru des villes et des flaques d’eau
des plages et des déserts, des montagnes et des plaines
et ta maison, ta rue et ta cour.

Merci à la vie qui m’a tant donné
elle m’a donné un coeur qui vibre
quand je regarde le fruit du cerveau humain
quand je regarde le bien si éloigné du mal
quand je regarde le fond de tes yeux clairs.

Merci à la vie qui m’a tant donné .

Violeta Parra ( Cantores que reflexion)

Belle performance et c’est un match nul.  

Frédéric Bobin

Puis arrive Frédéric Bobin, avec Tant qu’il y aura des hommes et on remonte, mais Frédéric est blessé au poignet, un remplaçant entre sur le terrain, c’est l’anglo-altigérien Charles Graham, dont on ne sait pas trop si il joue pour l’Angleterre ou pour l’équipe régionale, les deux équipes s’étant arraché ses services, il chante On est des fous :Extrait de l’album du même nom. Belle découverte que ce chanteur aux accents pop rock latino, qui a aussi fait des courts métrages, notamment pour Patrice Laffont, Antenne2 et qui aimerait aussi écrire pour les autres.

Charles Graham

On est fous, fous,
Fous de toutes les envies
On s’en fout, fout
On ne vit qu’une vie
On est fous, fous,
Fous des nuits, fous des jours
On s’en fout, fout
D’être addict à l’amour…

Il se présente avec un fort accent anglais, mais chante en français :  Je vais chanter en français, par respect pour l’Auvergne.

Et  Frédéric Bobin  revient, gros pansement au poignet,  il nous chante Singapour, une chanson qui fait désormais partie des classiques, et que le public reprend avec lui. Il faut dire qu’il y a beaucoup de supporters auvergnats dans la salle !

L’arbitre donne un temps additionnel à Frédéric Bobin, car il y aurait eu sabotage du son par le technicien (payé par le reste du monde?)  

Frédéric chante alors Tant qu’il y aura des hommes, toujours très applaudi.

Nous dominons sur le terrain. Mais  l’arbitre siffle une faute : Je regrette que tu aies joué les célébrités dans un gratin de hooligans ! Vous avez déjà vu Frédéric Bobin jouer les célébrités ? Vraiment, il exagère cet arbitre !

La mi-temps nous permet d’écouter le tube de la chorale des festivaliers, dirigée par Agnès Mollon, que tout le monde reprend en choeur :

Quitte-moi pendant la coupe du monde :
Ah quitte-moi pendant la coupe du monde
Si possible, au tout début, quand elle vient juste de commencer
Si ça s’trouve, j’frais pas la différence
Et j’irai chanter sur nos amours passés..

Le match reprend, et c’est l’une des équipes favorites de cette finale,  redoutable adversaire, le Brésil qui entre sur le terrain, Luiz Paixao, et sa rebeca,  Guga Santos, aux percussions et au chant, ainsi que Jonathan Da Silva et Stéfane Moulin, percussions, basse, chant et rebeca. Luiz Paixao nous vient des champs de canne-à-sucre de Permanbouc, au nord est du Brésil, devenu un maître de la rebeca brésilienne, violon qui ressemble au rebab oriental, et du forro, musiques et danses traditionnelles de cette région du nord est, tous les quatre  nous entraînent dans des rythmes endiablés, des musiques festives ou lancinantes et mélancoliques, ou des airs de samba, musiques riches de sons et de sens, musiques et danses que les travailleurs des champs de coton aimaient retrouver après une dure journée de labeur.

Avec eux, c’était fatal, le reste du monde mène ! Mais l’arbitre, sans doute payé par les supporters de l’équipe Auvergne-Rhône-Alpes trouve des irrégularités dans le groupe ! Ils martèlent trop fort des pieds, et n’ont pas les crampons réglementaires… Et en plus ils ont fait entrer un joueur supplémentaire, Larsen, là, je soupçonne encore Antoine, le technicien du son, d’être responsable !

C’est un match très serré, heureusement, Emile Sanchis qui reviendra pour deux chansons de son propre cru, paroles et musique : La croisée des chemins, et Yasmine. et Frédéric Bobin, avec Tatiana sur le périph, feront définitivement pencher la victoire de notre côté.

Moi je dirais match nul, parce que je ne suis pas chauvine, et j’ai apprécié les deux équipes.

L’orage commence à menacer, c’est sous un kiosque du parc du parc thermal  que nous allons écouter ensuite des lectures sous les arbres, poèmes de Prévert par Marcel Col et Annick Lherm. Après, je ne saurais dire ce qui s’est passé, tout le monde s’est dispersé.

En conclusion, et pour finir sur ces Rencontres Marc Robine 2018, je suis partagée entre plusieurs sentiments. J’ai apprécié la programmation riche et variée, les belles découvertes, dans le désordre,  de Claire Elzière, Lise Martin, Lizzie, Luiz Paixao, Emile Sanchis, Charles Graham, Jean-Claude Drouot pour son approche de Jaurès, Jean-François Kahn et sa connaissance de la chanson française, Diane Tell, Alain Borer pour son amour de la langue française, Jacques Viallebesset pour sa poésie et son amour de l’Auvergne, Jean-Yves Lenoir pour son talent et sa fantaisie, et tous les autres philosophes ou mathématiciens pour leur pertinence, le spectacle de La feuille à l’envers pour l’audace, la coquinerie et la tradition orale et populaire, Guilam et sa fille Camille pour l’émotion, la pureté et la fraîcheur qu’ils ont su faire partager, et Patrice Mercier pour ses multiples talents. J’ai apprécié de retrouver Frédéric Bobin, très présent durant tous ces jours, Laurent Berger, Jacques Bertin, Coline Malice. Et, là, je suis très subjective, j’ai apprécié que tout se passe autour de chez moi.

Pour les bémols, je regrette le manque de communication, les changements d’artistes et les absences au dernier moment et sans préavis, je regrette que le prix Marc Robine n’ait pas été remis à Jacques Bertin, comme prévu, parce que «  Les circonstances ne s’y prêtaient pas ». Je regrette enfin qu’il n’y ait pas eu une chanson de Marc Robine à qui ces rencontres sont dédiées, et je regrette enfin l’absence de Radio Arverne, les émissions sur les rencontres que tout le monde pouvait écouter, en Auvergne et partout ailleurs sur internet.

Un espace agrandi pour ces rencontres, moins d’habitués que les autres années, plus de nouveaux, reviendront-ils l’an prochain ? Et où ?

Enfin, un grand merci à Coline Malice et à Emile Sanchis pour leur collaboration.

Danièle Sala

Photos Martine Fargeix ( sauf Gil Chovet)

Samedi 14 juillet. Quatrième jour des Rencontres Marc Robine 2018

16 Juil

                 

 

 

Une journée qui commence par un pique-nique républicain en chanté, à Volvic, dans la cour du Musée Marcel Sahut, avec la participation d’artistes, de la région Auvergne-Rhône-Alpes,  conteurs du Collectif Oralité de la région Auvergne-Rhône-Alpes, des chanteurs et musiciens du festival, avec pour capitaine Frédéric Bobin, qui s’entraîne pour la finale de la coupe du monde de la chanson, la poésie est au rendez-vous avec Fabrice Péronnaud, Lizzie  qui nous fait voguer dans son univers mélancolique et poétique de saudade, accompagnée de sa guitare folk ou de son accordéon. Et partageant la même passion que Lise Martin pour le folk américain, elle l’invite pour un duo de Jambalaya on the Bayou.

Lise Martin qui l’invitera à son tour en fin d’après midi à l’Arlequin à Mozac.

C’est vers 18 heures que Lise Martin nous invite à sa balade musicale. Courte robe à fleurs et bottines, cette jeune femme charmante au naturel  nous fait entrer dans son univers entre folk et chansons d’auteure, hors du temps, histoires de vie, questionnement sur la condition humaine, :

J’ai besoin de  comprendre. Le chaos en moi peut être très violent et l’écriture m’aide à mettre au monde l’étoile dont parle Nietzsche. Le chant adoucit tous les maux et le silence , 

confie t-elle dans Hexagone, l’amour ou la  révolte, de sa voix profonde et vibrante qui véhicule l’émotion, accompagnée de son ukulélé, de Simon Chouf  à la guitare, et Eugénie Hursch au violoncelle, nous raconte entre deux chansons, son enfance à Saint-Menoux, dans l’Allier, où elle a passé sa tête dans la fameuse débredinoire qui éclaircit les idées, la grande maison de ses parents, ses petits boulots à Paris, quand elle s’est retrouvée dans 16 m2, avec une douche au milieu, les 10 ans qu’elle a passé à s’occuper d’un vieux monsieur, leur amitié a inspiré une chanson émouvante à Lise : J’ai reçu, car elle a reçu autant qu’elle a donné pour cet homme, décédé il y a deux ans.

Chagrin d’amour ? Elle veut juste trouver Paris beau en été : Demain :

Ce soir je n’ai pas envie de rire ni de parler
Ce soir je n’ai pas envie de boire ni de fumer
Je n’veux pas m’enivrer pour rien, pour oublier
Je n’veux pas de mémoire ni d’alcool à pleurer 
Je veux juste trouver Paris beau en été…
Je veux juste marcher, ne pas penser à toi 
Si une larme coule, le vent la sèchera…

Elle voudrait : Elle voudrait s’en aller de l’hiver de son cœur
Ne pas rester prostrée à attendre son heure
S’enivrer de soleil  et retenir la nuit
Connaître ce bonheur qu’on lui a tant promis.

Elle voudrait Respirer : Je voudrais que tu me prennes dans tes bras

Je voudrais pleurer longtemps
Je voudrais que tu me serres contre toi, tendrement
Comme on berce un enfant
Je voudrais tout doucement
Que nous laissions passer le temps.
Je voudrais juste un instant
Que nous nous aimions longtemps.. .

 

Mais il y a le Matin froid, où elle noircit ses nuits blanches,

Et, quand vient l’Orage :

J’aimerais tant rire de nos bêtises
Et ne pas rester là assise
A me demander avec qui tu dors
Et j’invente des rêves fous
Des histoires à dormir debout
J’imagine n’importe quoi
Que tu arrives, que tu es là…

Alors, quelle est La conduite à suivre ?

Pour trouver la chaleur quand tu trembles de givre
Pour ne pas faire d’erreur sur la conduite à suivre…

Tant pis, on viendra pas me consoler
C’était hier que j’aurais dû pleurer
Aujourd’hui, je n’ai pas envie
Et puis demain, tout ira bien…

Où trouver La liberté ?

Et je rêve souvent d’une maison dans une clairière
Pour y poser le poids des ans
Avec une jolie rivière
Pour y déposer mes larmes de sang…

 

Mais chaque jour a sa douleur, et chaque jour connaît sa joie quand on est de toutes Les couleurs,

Chansons de vie, d’amour, et aussi de colère, Derrière le mur :

Son père a bâti une maison
Pour protéger sa fille sage
Pierre de colère, ciment de rage
Sa fille grandit en prison.

Une reprise de Damia, aussi reprise par Edith Piaf : Tout fout le camp, une interprétation originale cajun de Travailler c’est trop dur, rappelons que les paroles et la musique sont de Zachary Richard.

Quelques chansons  en duo avec Lizzie, une reprise en français de Danse me to the end of love de Léonard Cohen, et Lise parle d’un projet commun avec Lizzie, autour de leur passion commune pour le folk américain.

Lise Martin a accroché son public, moi-même, tellement scotchée par ses chansons, par  sa voix, que j’en ai oublié de prendre des notes. (merci Lise d’être venue à mon secours et un bisou à Nola).

Puis vient le temps des goguettes, vieille tradition et nouveaux chansonniers, ce soir là, ce sont les goguettes de Patrice Mercier, qui a plusieurs vies, membre d’action discrète,  faiseur de sketches pour Canal+, et entre tout ça, il détourne les chansons françaises pour la bonne cause, j’ajouterai vrai comédien, et excellent chanteur. Il décortique la société sans être moraliste, avec humour,  finesse et pertinence, c’est bien tourné, et ça a du sens. Après avoir remercié ses hôtes mozacois, deux fois de suite, ça lui a permis une introduction à son tour de chant, en compagnie de Valérie Rogozinski au piano. Et tout y passe, Le FN, Star war, sur l’air de SOS pour un terrien, l’obsolescence programmée, Johnny  Hallyday : J’ai oublié David, les bouteilles en plastiques : Je suis une bouteille à la mer, les petits scandales du sport sur l’air de  à bicyclette,  de Pierre Barouh, Macron : Des fonds pour la piscine, sur l’air du Petit pull marine d’ Isabelle Adjani, Les carbonaras pour… Le régime, Ce Jambon là  pour les vegans : Lui qui finira cru ou bien complètement cuit chez Madrange ou Herta… Sur l’air de Chez ces gens là de Brel, ses premières amours qui finissent mal, avec Madame Danièle sur l’air de Blanche de Pierre Perret, la meilleure façon de mourir : La mort de Félix Faure

Je ne veux pas m’en aller vieux
Comme oublié des dieux
Au fond du musée Grévin
D’une maison de soin
Si je dois mourir épuisé
Que l’infirmière soit déguisée
Qu’elle agite à mon dernier souffle
Non pas ma ma paire de pantoufles…

Mais aussi une très tendre, drôle et émouvante chanson sur l’euthanasie : Je l’aide à mourir, sur l’air de Je l’aime à mourir de Francis Cabrel :

Elle veut partir, on lui propose
De s’faire la belle au bois dormant
Elle veut partir, on lui propose
Des calmants
Un lit, jusqu’à quand ?
J’ai lancé une fatwa, balancé sur le net,
Qu’elle faisait le chien wa-wa en disant v’la l’prophète
Je l’aide à mourir…

Encore un excellent moment avec Patrice Mercier que l’on a retrouvé au Tour de bal, et il a dansé, lui !

Des journées bien remplies ! On a à peine le temps de grignoter avec Martine qu’on y retourne, c’est toujours à l’Arlequin, et c’est le Tour de bal, et bien croyez-moi, on a retrouvé nos jambes, nous, les filles, parce que les garçons sont plutôt restés assis à écouter la musique et les chansons ! L’orchestre, Claude Lieggi au chant, Nicolas Frache, guitare et chant, Pauline Koutnouyan, accordéon et chant,  Michel Sanlaville à la contrebasse, auxquels est venu se joindre, à la guitare Frédéric Bobin, nous a entraînées , allez entraînés, il y en avait quand même quelques uns sur la piste, dans la ronde folle d’un répertoire de 80 chansons dansantes, ou bien de danses chantées, du cha-cha-cha au rock, de la valse au madison, du paso-doble au tango, ou au souk, mais un rock sur une chanson de Trenet, Que je t’aime de Johnny en twist, ou Requiem pour un fou en paso-doble, ect… ( je n’ai pas tout noté, je dansais !)  ce n’est quand même pas courant !

Et  les artistes, comme tous les autres jours, ont remercié Catherine Reverseau, la fée lumière, et Antoine Auber au son.

Et même pas mal aux genoux le lendemain, dimanche, jour de la coupe du monde de la chanson, l’Auvergne contre le reste du monde, un match difficile, faut dire que le Brésil a bien joué, mais Frédéric Bobin a fait la différence, je vous raconterai ça demain…

 

Danièle Sala

Photos de Martine Fargeix

NDLR:  Un petit salut à Nola, qui se nourrit au biberon amélioré de la scène vivante, et en bienvenue dans le monde ce haïku de maman Lise …  

Un matin de mai,
J’ai vu fleurir ton regard
Et grandir mon cœur

(Haïku pour ma fille Nola, née le 2 mai 2018)

Vendredi 13 juillet Troisième jour des Rencontres Marc Robine 2018

16 Juil

                     

C’est dans la salle des mariages de la mairie, à Volvic, anciennement mon école primaire, que commence cette troisième journée, avec une rencontre-débat autour du livre d’Alain Borer : De quel amour blessée. Réflexion sur la langue française. Participent au débat Alain Borer,  romancier, écrivain-voyageur, André Velter, poète, Jacques Bertin, Jean-Yves Lenoir, écrivain, comédien,  Bernard Dumoulin, philosophe et le public. C’est André Velter qui ouvre le débat, par cette phrase de Camus :

On me pardonnera ce coup d’aile, je vais vous parler d’un ami.

Sans objectivité donc, mais avec sincérité.  André Velter, pour qui Alain Borer est la réincarnation de Rimbaud à 80% et d’Alphonse Allais à 20%, le seul qui est capable d’écrire sur la langue française avec autant de précision, en osant le scrupule et l’ironie. Astrophysicien de la langue et pataphysicien de la liberté. Il évoque leur amitié, leur complicité, les voyages en commun, le jour où, gravement malade, Alain Borer avait eu l’élégance suprême de faire rire ses amis. Alain Borer, très touché par les témoignages de son ami, s’adresse ensuite à Alain Vannaire, pour le remercier de son action en faveur de la chanson, soulignant l’importance de la chanson, le rythme et la rime, depuis les grecs, rappelant ces mots de Marc Robine :

La chanson est le miroir du peuple et de son histoire, nous rappelant la mise en danger de la langue française en chanson, savez-vous qu’il il y a pas moins de quatre millions de chansons en français ? Nous ne mesurons pas ce trésor de notre langue.

Puis Alain Borer nous parle longuement de son livre, exprimant les regrets, les soucis qu’il a réveillé en lui : La linguistique ne pense pas, la langue nous traverse comme l’eau entre nos mains, mais pas de l’eau gelée. Précisant le respect qu’il a pour toutes les langues, il en subsiste environ 2000 actuellement, et pour les professeurs qui les enseignent. Qu’est ce qui différencie les langues ? Ce sont des projets dans chaque gestes qui les constituent.

Et de noter la différence entre  toutes les langues qui prononcent tout ce qu’elles disent, et le français qui ne prononce que ce qu est écrit : La langue française ne peut pas être séparée de l’écriture, elle procède de l’écrit, et fait entendre sa grammaire.

Alors comment écrit on la phrase suivante : Le peu d’eau que j’ai bu(e) m’a désaltéré, avec ou sans e à bu ?  

Il fut question de l’esthétique de notre langue, beaucoup d’écrivains étrangers l’ont choisie, une langue à la palatalité universalisante, avec toutes les particularités des accents, d’une région à l’autre.

Illustrer, inventer, résister à l’anglobal, le globish, l’angolais qui nous colonisent en douceur, avec notre consentement inconscient.

Pour en savoir plus sur ce livre, je renvoie à l’article déjà fait sur ce même blog collectif:  c’est là –>

Le débat avec les autres interlocuteurs fut bref, Alain Borer étant très bavard, et justement motivé par la défense de son livre. Alors, il fut question de l’accent tonique, la langue française est elle accentuée ou non, les avis divergent,

Le philosophe, Bernard Dumoulin pense qu’Alain Borer a fait un travail philosophique , et le fameux e muet, qui, pour Jacques Bertin n’existe pas.

Pourtant, moi, je le sens bien dans cette phrase qui résume l’esprit du livre :

  Ariane ma sœur de quel amour blesséE

     Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laisséE…

                                                 Racine, Phèdre, 1677

Une dernière question fuse dans la salle : La langue française est-elle immortelle ?

Enfin,  je remercie chaleureusement Alain Borer, pour sa dédicace, sa petite fleur,  qui restera entre les pages de son livre et me rappellera la beauté des fleurs et  de ma langue maternelle, et ses baisers.

Après une courte pause, c’est Claire Elzière que nous avons le bonheur de retrouver pour certains, de découvrir sur scène pour d’autres, comme moi-même, en compagnie de ses musiciens, Dominique Cravic à la guitare,  des Primitifs du futur, dont Claire est la chanteuse attitrée, Christophe Lampidecchia à l’accordéon. C’est Sous le ciel de Paris qu’elle nous embarque pour un voyage musical, avec son joli timbre de voix qui accroche immédiatement, sans en faire trop, laissant couler les mélodies, avec une justesse et une diction impeccables, un charme naturel, en toute simplicité. Puis d’autres chansons de sa compilation  15 Faces de Paris, c’est ainsi qu’on se retrouve Sur les quais du vieux Paris, avec Un petit air de rien du tout, extrait de son album Mon cœur est un accordéon ou à Saint-Germain-des-prés.

Claire, entre deux chansons nous raconte ses voyages, le Japon où elle vient de passer tout le mois de juin, ses amitiés, les rencontres essentielles de sa vie, avec Pierre Barouh, Saravah  a produit plusieurs de ses albums, et elle chante en duo avec lui dans l’album Pierre Barouh Daltonien. ( 2006), Pierre Louki  dont elle a porté les textes depuis des années, et qui lui a confié des chansons inédites qu’elle a fait siennes,  deux albums qui rendent au mieux l’univers tendrement loufoque de ce comédien parolier et chanteur lui-même. Elle interprète plusieurs chansons de Louki,

La vie va si vite, Est-ce plus que l’adolescence ? Est-ce déjà maturité ? Suis-je retombée en enfance ? Ou ne l’ai-je jamais quittée ? Est-ce à la veillée qu’on invite Le soleil à peine levé ?

La main du masseur, Mes copains, Les sardines, Grand-Père :

Y avait comme un défaut
Dans la pendule de grand-père
Un tout petit défaut
Les aiguilles tournaient à l’envers
Plus grand-père vieillissait
Plus il retombait en enfance
On le trouvait plus jeune
Chaque fois qu’on allait en vacances…

Elle interprète aussi des chansons d’Allain Leprest dont elle a souvent fait les premières parties, et elle a réuni dans un album 14 de ces chansons, dont 10 inédites.  De la poésie brute dit-elle , faite de mots qui jouent ensemble, et parlent de la vie qui avance, de celle qui s’arrête, ou de l’amour et du passage du temps, avec tendresse ou rudesse, humour ou sensualité. Mon souhait est que ses chansons entrent dans les cœurs, que la poésie d’Allain soit connue par le plus de monde possible, que ses chansons vivent. Entre autres,  une magistrale interprétation de Quand auront fondu les banquises de Leprest, musique de Romain Didier. Ce voyage musical fait aussi escale chez Mouloudji : Si tu m’aimais, chez Nougaro, Rimes, chez Le bel Hubert, chanteur-garagiste Suisse, qui parle à l’oreille des Deux ch’vaux, comme dit Sarcloret , On revient à Pierre Barouh avec Le courage d’aimer, et à bicyclette. Et bien d’autres escales et surprises dans ce voyage musical, qui nous a transportés, à tel point que lorsque un spectateur demande à Martine Fargeix si elle a aimé, elle éclate en sanglots, trop chargée d’émotion. Claire Elzière, c’est vraiment mon coup de cœur « découverte-sur-scène » de ces rencontres.

Et on enchaîne presque aussitôt avec Jean-François Kahn, journaliste, écrivain, historien de formation, homme de radio, Avec tambour et trompette et Chantez le moi sur France Inter, entre autre, il nous parle de sa passion pour la chanson, et de la difficulté de programmer des chansons engagées à la radio, par exemple, quand il faisait le journal du matin sur France Inter, il avait insisté pour choisir la chanson qui suivait le journal, et passait du Louki, du Ferrat, du Leprest, Béranger, etc… Il a été viré au bout de six mois, pas assez consensuel.   

Et on enchaîne encore avec la lecture théâtralisée de Jean-Claude Drouot Jean Jaurès : Une voix, une parole, une conscience. Si beaucoup ne savent  pas ce qu’est devenu Jean-Claude Drouot, les plus âgés se souviennent de Thierry la fronde au début des années soixante. Mais il a su gérer son succès d’alors en faisant bien d’autres choses, pensionnaire de la comédie française, de 1999 à 2001, metteur en scène de nombreuses pièces de théâtre, écrivain, ses mémoires ont été publiées en 2015 sous le titre : Le cerisier du pirate. Comédien au théâtre, acteur au cinéma et pour la télévision, une carrière et  une vie bien remplies.

Décor simple sur fond noir,  un piano, une tribune, et un homme arrive, costume gris, redingote grise, montre à gousset dans la pochette du gilet, chapeau melon, il est Jaurès, l’homme qui a été assassiné parce qu’il prêchait la paix, la justice sociale, l’épanouissement de l’âme humaine, la liberté : Quel que soit l’être de chair et de sang qui vient à la vie, s’il a figure d’homme, il porte en lui le droit humain. Jean-Claude Drouot nous retrace le parcours de Jaurès, du brillant élève de l’école normale supérieure, son agrégation de philosophie, professeur à Albi, puis maître de conférence à la faculté des lettres de Toulouse, sa carrière politique, il devient le plus jeune député de France en 1885, ses premiers pas vers le socialisme, son soutien pour le peuple, pour les ouvriers, il est l’un des créateur de la SFIO, et sa carrière de journaliste, fondateur et directeur de l’Humanité, et aussi collaborateur de la dépêche, éditorialiste du Matin et de la Lanterne.

JC Drouot 5.JPGPar un choix de lettres, d’articles, Jean-Claude Drouot nous livre son approche personnelle de Jean Jaurès. Il n’avait pas d’ambitions, pas d’orgueil, pas de besoins, il était plus juste avec ses adversaires, en particulier le nationaliste Maurice Barrès, ennemi politique, mais il y avait un mutuel respect entre les deux hommes, qu’envers ses amis. Lui, Jaurès, issu d’un milieu paysan, devenu normalien, orateur de génie, un homme dont tous les partis politiques se réclament aujourd’hui, à tort ou à raison, une espèce de saint laïc, qui commençait ses discours lentement, d’un ton monocorde, mais la pensée venait, et c’était alors une voix de cuivre qui vibrait comme le tonnerre. Une voix jamais enregistrée. Il n’avait pas d’ambition littéraire, son combat, c’est le socialisme, le sens de l’avenir, il fonde une sorte de religion du socialisme. Il avait cette confiance en la marche du temps, cet espoir en l’humanité.  Jean-Claude Drouot nous lit une lettre très émouvante de Jaurès à son compagnon de Khâgnes Charles Salomon, pour se aller à des confidences intimes, suite au décès de son père le 11 juin 1882, se libérant ainsi des détails sordides qui ont suivi ce décès, la mort est bien cruelle, qui n’attend pas que l’on soit sous terre pour entamer sa pourriture.

Jean-Claude Drouot a aussi retransmis intégralement le discours de Jaurès, revenu dans son lycée d’Albi pour parler aux étudiants, Jaurès qui a insisté toute sa vie sur l’importance de savoir lire pour les écoliers, de faire lire les écoliers  pour les professeurs : Vous tenez dans vos mains l’âme et l’intelligence des enfants. Faites-en des citoyens libres, qu’ils aillent vers une démocratie libre, qu’ils aient une idée de l’homme qui va de la fierté à la tendresse, n’en faites pas des machines à compter.

La République est un acte de conscience, il faut concilier la liberté et la loi.

Et il affirme la haute espérance socialiste qui est la lumière de sa vie et qu’une paix durable, définitive est possible. Il faut vaincre le cercle infernal de la haine.

Un grand silence et une grande attention dans la salle pour ce message d’espoir que nous a laissé Jaurès, incarné par Jean-Claude Drouot. Espoir assassiné ? La lumière s’éteint soudain, deux coups de feu éclatent dans le noir,  l’homme droit sous son chapeau melon reste impassible : Ils ont tué Jaurès crie l’écho. Et le rideau tombe avec la chanson de Brel : Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

C’est un public grave, silencieux, et pensif qui est sorti de la salle. Et chapeau bas et respect pour Jean-Claude Drouot, le Jean Jaurès d’un soir.

 

Danièle Sala

Photos Martine Fargeix

 

NDLR:  Il y a eu pas mal d’albums hommages après la disparition de Leprest, certains faisant un peu redondance dans le pathos,  mais celui de Claire Elzière (et Dominique Cravic,  Grégory  Veux et sa quadrilla fidèle) , est un des plus réussis, à mon avis, car il est témoin d’un Leprest vivant  envers et contre tout..  On ne peut pas passer son temps à s’foutre à l’eau, aurait dit Mouloudji.. (NGabriel)

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