Monsieur le Président,

31 Mai

Je vous fais cette lettre, que vous lirez certainement, en président conscient des enjeux culturels qui sont partie prenante dans les débats de société qui agitent la France depuis quelques mois.(…)

Pour la suite, suivez le facteur,  et clic sur le vélocycle.

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« Punk Is Not Dead : Une histoire de la scène punk en France » : entretien avec Luc Robène

21 Juin

Le 26 Mai dernier, l’Amicale Laïque de Bacalan, association de quartier bordelaise, réunissait pour son festival « Rock Is Bac » plusieurs groupes et artistes parmi lesquels Pigalle, Strychnine ou encore King Kong Blues et Blues-O-Matic Experience. L’évènement qui se tenait en plein air dû hélas être annulé à mi-journée, pour raison météorologique, une tempête terrifiante s’abattant sur la ville et particulièrement sur ce quartier populaire. Alors que plusieurs groupes furent obligés de renoncer à jouer, seuls trois d’entre eux, Tibia, Strychnine et Z-Star, restèrent pour soutenir les membres de l’association, effondrés par cette déprogrammation de dernière minute catastrophique financièrement, et qui s’affairaient à négocier avec la mairie l’ouverture en urgence d’une salle de repli, afin qu’un concert puisse tout de même avoir lieu. Ce fut chose faite autour de 20h, et, matériel démonté et  transféré « à l’arrache », Strychnine et les deux autres groupes maintinrent leur concert, pour le plus grand bonheur du public revenu partager un moment musical, fraternel et convivial, alors qu’il n’y croyait plus et que des rumeurs concernant un éventuel dépôt de bilan de l’association affectaient tout le monde. La gratuité du concert fut maintenue ; néanmoins ceux qui souhaitent témoigner d’un geste solidaire à l’égard de cette association populaire qui enrichi de longue la vie du quartier et fait battre son cœur peuvent la soutenir en participant au pot commun en ligne ici : https://www.leetchi.com/c/rock-is-bac .

C’est en cet après-midi tourmenté que Luc Robène, guitariste de Strychnine qui par ailleurs accompagne le chanteur Arno Futur et fut auparavant membre de Noir Désir avant de jouer aux côtés de Kick         [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2015/09/09/entretien-avec-kick-autour-de-la-sortie-de-son-album-chien-fidele/], également universitaire de profession, acceptait de nous accorder un entretien pour parler du vaste, ambitieux et passionnant projet de recherches, d’archivages et d’études sur l’histoire de la scène punk française, auquel il œuvre avec Solveig Serre et plusieurs collaborateurs : « Punk Is Not Dead : Une histoire de la scène punk en France ».

– Luc bonjour et merci de cet entretien. Peux-tu nous parler de cet énorme projet que tu as initié?

– Je suis professeur à l’université de Bordeaux et historien, rattaché aux Sciences de l’Education. Je porte, avec Solveig Serre qui est historienne et musicologue, chercheure au CNRS, et une équipe d’une trentaine de personnes le projet « Punk Is Not Dead : une histoire de la scène punk en France », un gros projet de recherche sur l’histoire de la scène punk en France de 1976 à nos jours, donc sur 40 ans. C’est un projet qui a débuté en 2014, et qui depuis 2016 est financé par l’ANR (Agence Nationale de la Recherche), ce qui n’est pas rien, car il a été dur de convaincre nos institutions respectives, donc le CNRS et l’université, de l’utilité de ce bel objet de recherche, et d’un travail sur la culture alternative et ce qu’on appelle la « création en résistance ». Nous bénéficions de partenariats incroyables, dont un avec la Philharmonie de Paris – et faire rentrer le punk à la Philharmonie, ce n’est pas rien –, un avec l’École nationale des Chartes qui forme les conservateurs d’archives en France et est intéressée par le fait qu’on leur montre un terrain pour lequel l’archive n’est pas évidente, un autre avec l’INA, un avec la Fanzinothèque de Poitiers. Nous avons aussi monté un séminaire de recherches et de méthodologie à l’École des Hautes Etudes en Science Sociale (EHESS) qui s’appelle « Underground ! Écrire l’histoire du punk et des cultures alternatives » et se veut un séminaire de réflexion sur la question de comment travailler sur ces terrains sensibles, difficiles, comment on fait lorsqu’on est chercheur et musicien ou fanzineur. Et ce séminaire a accueilli un public énorme et fait un carton auprès des étudiants de l’EHESS, à tel point qu’on le reconduit l’année qui vient.

– Comment le fruit de votre travail va-t-il se matérialiser ?

– Il y déjà eu des publications, et il y en aura d’autres. On a publié un numéro de la revue Volumes! qui est la seule revue en France qui travaille sur les musiques populaires. Il y a également eu des articles un peu partout. Mais notre objectif sur le long terme est d’arriver à récolter des archives, parce que le Punk n’attend pas sur les étagères des Archives municipales. C’est pour cela qu’on travaille comme des fous et qu’on organise une journée d’étude par mois pour rencontrer des acteurs de la scène, faire surgir les archives, construire les réseaux, récupérer des témoignages. Nous en sommes à la vingtième journée d’étude depuis trois ans : c’est la première phase du projet, sachant qu’à terme, on voudrait monter un Centre de ressources et de recherche sur les cultures alternatives. En gros, il y a des journées d’études réalisées à Paris, sur les grands thèmes, tels la question du genre, l’archive punk, l’histoire du Punk urbain et du Punk rural, et puis il y a depuis maintenant deux ans des journées d’étude locales dans des villes spécifiques comme Toulouse, Rennes, Caen ou Rouen. Je rentre juste du Val d’Ajol dans les Vosges, où nous avons eu pour thématique l’histoire de la scène punk en Lorraine depuis 1976. La prochaine journée se tiendra à Lyon. Quelque chose se fera à Bordeaux le 1er décembre, à la Rockschool Barbey. Le projet concerne beaucoup de villes, mais pas forcément les plus grandes ; nous avons organisé une journée à Montaigü, à côté de Nantes, et il y aura sans doute Fumel, dans le Lot et Garonne. Nous visons donc des localités qui ont connu une scène punk importante et des aires géo-culturelles comme le Pays Basque, en collaboration avec Olivier Mathios qui est le bassiste des Hyènes et de Mountain Men. Il y a toujours une partie culturelle pendant ces journées, avec des concerts et des colloques. C’est quelque chose de très chaleureux et humain : on fait de la science, mais avec humanité. On était en recherche d’éditeurs pour publier, et nous allons monter une collection aux éditions Riveneuve qu’on va appeler « En Marge !».

– Votre travail se consacre-t-il au Punk des puristes ou aborde-t-il aussi les ramifications métissées à d’autres genres musicaux ?

– On travaille effectivement aussi sur la question de l’hybridation des genres. Il y a des choses assez incroyables. Et puis il y a aussi d’autres phénomènes qui s’agrègent, c’est-à-dire par exemple le retour à la terre : aujourd’hui les punks vont à la campagne, fondent des communautés et font vivre la ruralité. Et c’est assez formidable, car cela constitue un renversement des valeurs : le Punk n’a cessé de se réinventer en quarante ans, et aujourd’hui le discours punk n’est pas très éloigné de ce qu’était le discours baba-cool il y a quarante ans, alors qu’à l’époque les punks haïssaient les baba-cools. Cela constitue donc un retournement complet assez drôle. Et c’est ce qui est génial : le Punk est un véhicule pour faire ce qu’on veut et être libre, pour réinventer sa vie et s’affirmer. Le fait que l’esprit alternatif se développe dans la ruralité a donné du sens, parce que les gens ont théorisé ce qu’était le « Do It Yourself » (DIY), dont on fait une pierre angulaire du punk : en 1977, la base du punk c’était « Tu sais jouer trois accords, fais un groupe ! Tu as envie de t’exprimer, fais un fanzine ». C’était la débrouille, même si elle n’était pas définie comme DIY ; c’est ça,  l’esprit punk. Le punk s’est dès le début posé en rupture face à l’establishment, aux codes de la musique, à la musique savante : il s’agissait de déconstruire ce qui se faisait et reconstruire autre chose. Alors bien sûr le punk a été la matrice de ce qu’on appelle aujourd’hui la « scène alternative », des premiers labels indépendants comme Bondage Records ou Boucherie Productions, puis des mouvements dans les squats, des croisements avec les autonomes ; on peut se dire aussi qu’il y a du punk dans les ZAD – même s’il ne faut pas réduire les ZAD aux punks –  et dans tout mouvement de contestation, et il y a un lien entre punks et citoyens en lutte, punks et paysans. Nous avons rencontrés des gens qui s’autoproclament « punk bâtisseurs » et vivent à la campagne où ils ont construit leur communauté. Çà tranche avec les postures d’il y a quarante ans, mais l’auto-désignation, la revendication d’être punk est toujours là. Le punk peut être très paradoxal, en constante réinvention : un mouvement qui prônait l’absence de futur, et qui quarante ans après est toujours vivace, c’est quand même un sacré paradoxe. Les Sex Pistols disaient qu’il n’y a plus de rêve dans l’Angleterre à venir ; aujourd’hui les punks sont porteurs de rêves et invitent à en créer. Le principe de notre projet est de travailler sur ces marges là et de montrer que le punk est un prisme fondamental pour comprendre la société actuelle, comprendre comment les gens apprennent à résister, à faire autrement, à ne pas être résignés. 

– Qui participe à l’équipe de recherche ?

– Des universitaires et des chercheurs de toute spécialités : des historiens, des anthropologues, des spécialistes d’histoire de l’art, de littérature, de musicologie. Mais également des acteurs de la scène punk : c’est vraiment de la science participative. Par exemple Michel Ktu, qui tenait le squat de la Miroiterie à Paris et a organisé la scène punk à cet endroit, travaille avec nous. Laurence Ramos, plasticienne, militante de la Miroiterie, et qui possède de nombreuses connaissances et des réseaux à Lyon, a  co-organisé avec nous la journée d’étude sur la scène punk à Lyon. Ce n’est donc pas un projet refermé sur lui-même, mais quelque chose d’ouvert. Les journées d’études ne se tiennent d’ailleurs jamais à l’université, mais dans des lieux où les gens peuvent venir partager et échanger.

– Faites-vous appel aux particuliers qui auraient pu garder des documents ou des souvenirs ?

– Tout à fait : un site est dédié justement à recueillir ce que les particuliers peuvent donner comme information.  PIND a un beau site de recherche, sur lequel sont accessibles, en ligne, toutes les journées d’études, les photos, les captations sonores : http://pind.univ-tours.fr/  Et effectivement nous récoltons des archives auprès des particuliers et des musiciens : on a récupéré déjà trente ans d’archives du groupe Les Sales Majestés, toutes les archives de Radio FMR (qui est la radio libre historique de Toulouse et a vraiment été d’entrée un support pour le punk), les archives de la Miroiterie… Ça commence à s’intensifier.

– Y a-t-il une date butoir posée au projet pour la collecte d’archives ?

– Bien sûr les financements ont toujours un début et une fin, mais le projet pour nous porte sur du très long terme. Donc une partie de notre travail consiste aussi à monter des dossiers pour continuer à trouver des financements, y compris au niveau européen. On essaye aussi d’y sensibiliser les acteurs économiques du monde privé, car il y a des gens que ça intéresse.

– Non seulement des acteurs actuels du punk, mais touchez-vous aussi d’anciens punks qui se sont inscrits dans le mouvement au début où à un moment et en sont sortis entièrement ou partiellement pour évoluer dans des milieux professionnels autres et divers ?

– C’est un aspect très important. En terme de résultats de recherche, on obtient des choses assez fabuleuses, comme ce que tu viens d’évoquer, c’est à dire que le punk a été une matrice pour beaucoup de gens. Certains y sont entrés et en sont ressortis, mais n’ont jamais oublié. Et eux nous disent que le punk les a construits, et je parle de gens qu’on n’imagine pas avoir été punks, c’est-à-dire des gens qui travaillent dans des banques, dans la politique, les médias, au MEDEF, à l’université… L’ancien chanteur de Bérurier Noir, Fanfan, qui travaille avec nous, est ingénieur de recherche au CNRS, spécialiste du Vietnam par exemple; Hervé Zenouda, qui était le batteur des Stincky Toys, est aujourd’hui maître de conférences en Infocom dans le Var.  Il est important de montrer que même ceux qui sont sortis de cette culture lui sont reconnaissants de les avoir formés et construits. Il y a quelque chose d’ontologique.

– Votre travail a-t-il révélé d’autres aspects ignorés ou oubliés de l’histoire du mouvement qui peuvent surprendre ou, du moins, ne pas être une évidence pur tout le monde ?

– L’autre aspect qui surgit de nos résultats de recherche est aussi que le punk, contrairement à ce qu’on entend parfois dire, n’a pas été l’affaire de quelques happy few dans le milieu parisien : on a montré très rapidement, autour de la thématique punk des villes/punk des champs, que dès le début il y avait des punks partout : on a reçu des récits extraordinaires de gens des pieds des Pyrénées qui jouaient à Toulouse et ailleurs avec leur groupe, et pareil en Normandie ou dans d’autres régions. Ce travail permet de montrer l’importance de cette scène, son originalité, le fait que ce ne soit pas une pâle copie du punk anglo-américain, et même que des Français ont eu de l’influence à l’étranger : Metal Urbain est allé signer chez Rough Trade et a vécu un an en Angleterre ; les Stinky Toys sont allés jouer au premier festival punk à Londres. Et malgré tout, qu’on le veuille ou non, le premier festival punk d’Europe a eu lieu en France à Mont-de-Marsan. Et cela, personne ne l’a oublié. Il ne faut surtout pas laisser aux Américains et aux Anglais cette histoire là, car eux écrivent des articles sur la France et ne racontent que des inepties.     

– Le risque d’enfermer le punk  dans le passé et d’en clore l’histoire en le consacrant comme sujet d’étude a-t-il fait partie de vos craintes ?

– C’est une vraie question. On nous la posait souvent au début : ne risque-t-on pas de momifier le punk ? Pas du tout en fait, car c’est un projet ouvert sur l’avenir. On s’est rendus compte très vite que cette culture, qui pour nous est quelque chose de très important, disparaissait, tout simplement car beaucoup de ses acteurs sont morts très jeunes. C’est donc une culture vulnérable, et c’est le moment où jamais de s’y intéresser, de la faire revivre, pas pour l’enfermer dans des expositions, mais au contraire pour la légitimer. Ce projet est vraiment une aventure forte qu’on porte à deux avec Solveig et qui a la force pour aller assez loin. Le punk est passé du « No future » à « Quel futur pour demain ? ».

– Tu es toi-même musicien, guitariste de Strychnine et donc acteur de la scène punk de longue date. Quand as-tu commencé à jouer ?

– J’ai commencé dans Noir Désir où j’ai joué de 1982 à 1985 ; j’ai donc gardé des liens très forts avec ses membres. Nini [Denis Barthe, batteur de Noir Désir, The Hyènes et Mountain Men entre autres] vient d’ailleurs souvent sur les journées d’études. Et puis j’ai quitté Noir Désir pour jouer avec Kick, qui est devenu ensuite Kick and the 6. Donc lorsque Kick et Boubou ont reformé Strychnine, Kick m’a appelé, et mon intégration s’est faite naturellement. C’était en 2008, et puis on a fait le disque, avec David à la basse, qui est parti à un moment donné sans qu’on le remplace jamais, et depuis on joue ensemble à trois. Ça nous a forcé à trouver un son à trois, car jouer sans bassiste n’est quand même pas anodin. Kick joue sur un ampli de basse, avec des rythmiques dans les bas-medium, et on arrive à compenser l’absence de basse. On ne remplace jamais une basse, mais ce qu’on fait a du sens au niveau du son. En même temps, le rock, c’est ça : les choses ne sont pas forcément écrites, et c’est bien. Parallèlement je joue avec Arno Futur, l’ancien chanteur des Sales Majestés, depuis un an et demi. Nous avons d’ailleurs joué Chez Narcisse, lors de la journée d’étude du Val d’Ajol.

 

– Un dernier mot pour le festival qui devait se tenir en plein air ce soir et a dû être annulé pour raison météorologique. L’Amicale Laïque de Bacalan, qui l’a organisé, et dont les membres sont en train de chercher une solution de repli dans une salle pour maintenir une soirée avec certains des groupes, dont Strychnine, risque le dépôt de bilan à cause de cette annulation, catastrophique économiquement. La perspective de voir disparaitre une si ancienne association attriste beaucoup de monde. Que peux-tu en dire ?

– Ce qui se passe ce soir me touche, car des gens de cette association sont Parfum de Femme, un groupe bordelais, et j’étais au lycée avec eux. On se connait depuis qu’on a quinze ans !  

Miren Funke

Photos : Carolyn C (2), Betty Blue (3 ; 6), Miren Funke (1 ; 7 ; 10), autres transmises par Luc Robène

Liens :

Site PIND : http://pind.univ-tours.fr

FB PIND : https://www.facebook.com/pg/pind2016/posts/?ref=page_internal 

FB Strychnine : https://fr-fr.facebook.com/Strychnine-172824216155316/?filter=12

Amicale Laïque de Bacalan : http://rockisbac.amicalebacalan.com/

Le pot commun : https://www.leetchi.com/c/rock-is-bac

 

Croustilleux La Fontaine….

16 Juin

Entre le portrait de la rapiate fourmi et celui du corbeau qui se prenait pour Pavarotti, notre bon fabuliste a trempé sa plume dans des encres colorées et épicées pour mettre en scène des saynettes qui préfigurent le loup obsédé sexuel de Tex Avery lâché dans un couvent de Betty Boop en cornette.

Ces pages plus ou moins classées X sont mises en spectacle et interprétées par Jean-François Novelli dans une mise en scène de mademoiselle Noureddine, plus connue sous le nom de Juliette.

La langue de La Fontaine dans ces contes pas trop moraux s’amuse beaucoup en disant sans dire mais tout le monde comprend bien de quoi il est question, en bref et en cru, on baise à cornettes rabattues, les prêtres et abbés tombent la soutane comme un Rocco Siffredi dans ses meilleurs jours..

Mais c’est en termes élégants que ces choses là sont dites.

Le pianiste orne les circonvolutions langagières de notes jazzy ou citations musicales subtiles, l’ensemble sonne moderne d’autant que Jean-François Novelli persille les phrases de La Fontaine de références actuelles, il reste néanmoins que les cul-bénits et punaises de sacristie risquent de faire la grimace en découvrant les fantaisies du clergé et des nonnes dans certaines circonstances, n’en disons pas plus … Des oreilles chastes et innocentes pourraient nous entendre.

Contes grivois, érotiques et donc interdits cela va de soi l’imprimatur fut mesuré mais les livres édités…

Et on pourra y vérifier qu’en cherchant son veau , on a des surprises,

Laissons donc la parole à Jean-François  Novelli pour bien comprendre comment donner de l’esprit aux filles qui en seraient mal pourvues.. Chose impensable de nos jours…  Pour entendre clic sur la page ci dessus.

La suite tous les mercredis et jeudis aux Déchargeurs, clic sur le rideau et marchez gaillardement vers la bonne parole de Jean de La Fontaine.  Tirez  le rideau et il s’ouvrira   –>

 

 

 

Et pour quelques photos de plus ..

Photos NGabriel2018

 

 

Norbert Gabriel

Trouver sa voix et faire son chemin, par Virginie Servaes…

15 Juin

 Les voix ont un étrange pouvoir sur les mots. Une seule intonation sur une syllabe et tout change . (Claire France)

Il fut un temps que les moins de 120 ans ne peuvent pas connaître, en ces temps-là, les chanteurs, les tribuns, les orateurs, les comédiens, les bateleurs, les trouvères, les aèdes, les camelots, les prêcheurs avaient peu d’accessoires pour porter les mots, et les idées, vers les oreilles à séduire, à conquérir, les clients à appâter, les électeurs à convaincre..

Herbert Pagani La voix

Et même si les cathédrales, les cirques, les arènes, les théâtres avaient des qualités acoustiques, il valait mieux avoir des cordes vocales bien tendues.

De tous temps la voix humaine a été le moyen de communication essentiel… Un moyen d’épanouissement aussi, à condition de bien savoir s’en servir. Nous n’avons pas tous la voix de Caruso ou de Céline Dion, et la chanson est un bon exemple pour illustrer comment trouver sa voix : Sinatra a installé le standard du crooner, Moustaki a proposé une voix plus intime qui a fait dire à Ferré: 

Tu murmures ce que que je crie.

Par nature l’enfant babille, parle, chante, par contrainte il est souvent invité à se taire. Et parfois il en oublie SA voix pour se formater à l’air ambiant. Etre conforme. Pris dans une toile d’araignée de conventions et de standards, un tissu qu’il faut détricoter, un complexe gordien à dénouer pour se libérer, et libérer sa voix.

Et optimiser des ressources enfouies inexplorées et inconscientes.

Le coaching vocal pointe ces problèmes et propose des solutions. Par un ensemble de savoirs acquis par l’expérience, psychologie, observation, écoute, avec aussi la scène et la chanson, Virginie Servaes a construit son expertise dans ce domaine de l’expression.

La solitude du chanteur de fond … Devant le micro face au public, c’est sa voix qui va donner le premier frisson,la première émotion, capter l’attention, et c’est valable pour toute personne qui doit prendre la parole, devant n’importe quel auditoire, devant des écoliers, dans une réunion familiale, dans une réunion en entreprise, que le public soit restreint ou élargi, amical ou réservé, il vaut mieux trouver sa voix pour être à l’aise d’abord, efficace ensuite. L’aventure vocale commence à l’école, avec les premières récitations, et elle se poursuit toute la vie. Dans tous les domaines. Le strict gestionnaire ayant passé sa vie dans l’austérité des bilans peut devenir un grand père conteur que ses petits-enfants vont découvrir sous un autre jour. C’est peut-être aussi l’ado plus ou moins paumé comprenant qu’il n’est pas forcément un laissé pour compte quand il écrit une chanson, et la chante en public.

 La voix est la musique de l’âme.  Barbara

Ce livre montre par de nombreux exemples diversifiés, clairs, accessibles à tous que ce travail pour trouver sa voix s’applique aussi bien à une recherche de développement personnel qu’à un projet professionnel. Livre dans son temps avec des « flash-codes » qui vous donnent des exercices pratiques …

En écho à la citation en ouverture de la chronique, cette parole indienne

En ce temps-là les mots étaient magie
Et l’esprit possédait des pouvoirs mystérieux.

Un mot prononcé au hasard pouvait
Avoir d’étranges conséquences.
Il devenait brusquement vivant
Et les désirs se réalisaient.

Il suffisait de les exprimer.
On ne peut pas donner d’explication. C’était comme ça.

Légende amérindienne (probablement Indiens des plaines Sioux ou Cheyennes)

Lili Cros Photo NGabriel)

 

 

Le site FB de Virginie Servaes , c’est là –>  Clic la voix de Lili.

Vous aurez remarqué que la chanson est très présente dans cette chronique, mais le livre s’adresse à tous les publics.

Norbert Gabriel

Graeme Allwright par lui-même…

13 Juin

S’il fallait résumer la vie de Graeme Allwright en quelques lignes, deux extraits de chansons pourraient faire l’affaire:

Un jour penchée à ta fenêtre
Il te dira qu’il veut renaître
Au monde que ta tendresse lui cache
Et sortant de son portefeuille
Un vieil horaire de train, il dit:
Je t’avais prévenue je suis étranger.

Comme un vrai gamin
J’veux changer de décor tous les matins
Voir des choses que je ne verrai plus demain
J’veux prendre la route comme un vrai gamin 

Il a raconté sa vie à Jacques Vassal, un parcours fait d’entrechats comme des évasions pour aller voir ailleurs, plus loin, découvrir des pays et leurs habitants, l’Inde et ses mysticismes, devenir apiculteur comédien et chanteur, troubadour vagabond portant ses chansons-chroniques, contes ou faits-divers , comme autant de miroirs de nos errements…

Sa vie, racontée sans complaisance, ses doutes, mais la vie de famille est-elle vraiment compatible avec cet étranger qui court comme un vrai gamin à la poursuite de ses rêves ?

Jacques Vassal a complété les chapitres avec les entretiens de Catherine Dasté et leur fils Christophe Allwright, Genny Detto, le guitariste des premières tournées, la famille, Joël Favreau, les amis, les partenaires, les « collègues » de la chanson.

Au final, c’est un personnage à la fois familier et insaisissable, on pourrait y percevoir le Petit Prince version protest-singer, un des héros ordinaires de Mark Twain, le frère de route de Kerouac, le vagabond céleste qui traverse l’époque pieds nus sur la terre sacrée… Le combattant de l’humanité fraternelle,  La flamme qui nous éclaire / Traverse les frontières / Partons, partons, amis, solidaires/ Marchons vers la lumière

Clic sur l’image pour agrandir.

Peut-être que chacun trouvera « son » Graeme Allwright, toutes les pistes sont là… Selon les souvenirs, c’est peut-être Petit garçon qui nous berce, ou Il faut que je m’en aille en chanson-cartoon, Le jour de clarté pour les jours de marche à l’étoile, La ligne Holworth, pour des faits qui résonnent avec une actualité confondante en 2018, et bien sûr les chansons de Leonard Cohen dont il est le traducteur officiel. Avec quelques commentaires sur cet art de la traduction qui respecte l’esprit de l’auteur.

Au fil des pages, l’envie de réécouter les chansons se fait souvent impérieuse, et on retrouve les étapes à La Réunion, Madagascar, les routes anglo saxonnes sur les traces de Cisco Houston, Woody Guthrie, Peter Paul and Mary.

Vous aurez aussi envie de voir le documentaire de Chantal Perrin, et parfaire votre anglais avec les chansons de Brassens traduites par Graeme Allwright… Bonne route avec Graeme Allwright,

Je suis parti changer d’étoile
Sur un navire, j’ai mis la voile
Pour n’être plus qu’un étranger
Ne sachant plus très bien où il allait…

L’important,  manouche gitan ou bohémien, touareg ou bédouin, zingaro, romani, ce n’est pas le bout de la route, c’est la route. Je suis un souvenir qui marche porté par l’écho des notes d’une guitare

Graeme Allwright par lui même, et par Jacques Vassal, préface de Jacques Perrin, au Cherche Midi. Mai 2018

Norbert Gabriel

 

 

Denez Prigent Mille chemins…

10 Juin

Il y a un peu plus de 20 ans, une voix est sortie de la radio faisant naître des paysages sonores fantastiques par la seule magie de la voix, une sorte de fresque a capella, dans une langue dont la plupart ne comprennent pas les mots, mais le sens, à moins d’être breton et puis qu’importe, chacun peut construire avec son imaginaire le conte qui lui est inspiré. Pour ce qui est de cet art, voici une brève synthèse de ce qui le constitue: le kan-ha-diskan, un chant-danse, et la gwerz, arythmique, dans laquelle le chanteur fait passer les émotions tout en déroulant le récit d’un événement tragique relatant un fait historique ou un conte emprunté à la mythologie bretonne ou celtique. Des histoires d’amour, meurtres, guerre, sorcellerie, légendes avec un accompagnement musical atypique… Les airs de kan-ha-diskan sont assez particuliers car historiquement la musique bretonne, contrairement à la musique classique post- Renaissance, n’est pas tempérée. La gamme n’est pas divisée en demi-tons mais peut varier par quarts de ton.

Denez Prigent venait d’apparaitre dans le monde de la musique. Avec dans sa voix tout le cortège des fantasmagories de Brocéliande et des (més)aventures de mer . Sans jamais perdre le sens originel des mots, Denez Prigent s’est très vite émancipé des pratiques figées du folklore pour inviter des instruments comme le bouzouki irlandais de Dónal Lunny, le joueur de luth arabe Nabil Khalidi, le joueur de tablas Latif Khan et le violoniste oriental Farhad Bouallagi, Louis Sclavis, clarinettiste, le vielliste Valentin Clastrier, et un joueur de cornemuse irlandaise Davy Spillane, et ensuite des sons électroniques. L’ensemble devient un cas assez unique de tradition et de modernité. Le chemin de Denez Prigent avance toujours dans une recherche et une création permanentes.

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Son nouvel album Mille chemins (en collaboration avec Yann Tiersen) en est la démonstration … Faut-il l’écouter dans la ferveur d’un concert dans une cathédrale ou d’une salle de concert, dans l’intimité solitaire une nuit avec les écouteurs sur les oreilles, tout est possible. Chaque écoute apporte son charme et ses sortilèges.

 

 

Il y a 15 ans avec Lizza Gerrard (australienne d’origine irlandaise)

Gortoz a ran

Autre duo,

Geotenn ar marv – Denez Prigent & Mari Boine chanteuse norvégienne d’origine saami (peuple lapon)

et très récemment un extrait de concert Les trois amoureux  (Le 24 Mai)

Le site de Denez Prigent c’est là → demandez au korrigan Nezden, il vous fera écouter un extrait de Mil hent-Mille Chemins le nouvel album de Denez Prigent.

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Norbert Gabriel

Alain Borer « De quel amour blessée … » Réflexions sur la langue française.

9 Juin

                                        

  Ariane ma sœur de quel amour blesséE

     Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laisséE…

                                                 Racine, Phèdre, 1677

 

Ces deux vers contiennent tout l’esprit de ce livre, c’est la langue française qui est blessée, et qui est en train de mourir, une langue voyageuse qui s’est étoffée au cours des temps, qui s’est colorée selon les pays, «  50 millions de devisants et qui inventent, dont 85% en Afrique », nous avons échangé les mots comme dans une partie de tennis, mais la balle n’est plus renvoyée : «  Un pays se remet éventuellement d’une défaite militaire, il ne survit pas à l’extermination de sa culture. »

Alors, que faire face à l’ère virtuelle qui domine toutes les autres, à l’alignement collaborationniste de la société, «  le dépérissement de l’état français, alors même que la Communauté européenne, qui permet à une ville flamande d’interdire la langue française engage autoritairement un vaste programme de développement de l’anglobal, sans que personne n’y trouve à redire d’aucune manière. »

Pourtant l’anglais procède du français, comme le français procède du latin, mais les anglo-saxons préfèrent oublier ce qu’ils ont partagé, «  marché de dupes que ce marché devenu market dans lequel on disparaît tout en perdant, comme disait Roger Nimier, «  l’art de vivre qui est lié à cette langue française . »

L’anglobal,  c’est une autocolonisation douce qui se répand dans tous les domaines, jusqu’à l’oubli de soi, de ses racines. Le «  speak white « est dans l’air du temps ! « L’anglobal s’impose, urbi et orbi par tous les moyens. »

Dans les aéroports «  Control passeport », comme dans tous les espaces publics, le cinéma français quand il n’y a pas de langue française, palme d’or à The artist, film muet !

Le black-out, le casting, le dealer, dispatcher, ou play-back… On fête plus le mardi gras, mais Halloween.

Le naming du stade de Lille, le selfie,  le drive, le phishing, pure player, une moyenne de quatre cents mots anglais sur trente pages de Rock and folk, ou Mac World pour la presse informatique. Tout est en anglais sur nos ordinateurs, facebook, twitter, opening your mail-box, My space, skype, etc… les sciences, l’université livrée à l’anglobal,  les discours politiques, jusqu’aux noms des voitures et les prénoms, combien de Kezvin, Alison, Brayan, Cameron, Erwan, etc… Et la grosse, l’infernale machine des médias qui marche en plein dedans, Wonder woman, MacGyver, Grey’s anatomy, toutes les séries policières venues de l’Ouest, les podscasts et les replays, les lives, de plus en plus d’interviews en anglais, et les playlists qui contiennent plus de chansons anglo-saxonnes que de françaises.  Claude Allègre, alors ministre de l’éducation a déclaré officiellement en en 1998, à Toulouse : « l’anglais ne devrait plus être considéré en France comme une langue étrangère ».

Et l’abandon du latin dans les écoles : Abandonner l’enseignement obligatoire du latin et du grec, ce fut débrancher la mémoire de la langue. Or tout le monde sait ce qu’il advient d’une fleur quand on arrache ses racines : elle se fane.

Au siècle précédent, un magazine s’appelait Lire, un autre aujourd’hui ne peut que s’intituler Books, avec sa Newsletter, évidemment !

Nous assistons à un réchauffement linguistique : «  La langue française étant analytique et donc relativement froide, et l’anglais une langue plus chaude, elle tend à se réchauffer, c’est-à-dire à ressembler à l’anglobal, s’adaptant ainsi au nouvel espace européen, anglophone et libéral ; comme le réchauffement climatique, le réchauffement linguistique concerne tout le monde, il est à la fois insensible et douloureux, d’une douleur irrepérable et irréparable. »

Si nous ne réagissons pas, dans quelques dizaines d’années, tout le monde parlera l’anglobish, qui n’est pas la langue de Shakespeare, mais un anglais déformé, et on parlera le français dans quelques clubs privés de résistants, passant pour des ringards.

Mais il n’y a pas que ce problème, il y a la langue de Coluche, et la langue de Molière.

Bien sûr, on adore tous Coluche, une sorte de  saint français  moderne,  sa générosité et sa salopette d’Emmaüs. Mais sa langue française abîmée fera date : C’est l’histoir’ d’un mec-euh …  débarrasse systématiquement la langue de toute référence à l’écrit, pour hucher l’auditeur… Il rabaisse la claire diction en mal-diction. Il impose une oralité que n’a jamais vraiment connue la langue française détachée de la vérification à l’écrit. Coluche ou la fin du parlécrit.  On parlécrit la langue française, celle de Molière, Coluche détruit au contraire le parlécrit en débarrassant l’oral de l’écrit. Est-il besoin de mutiler ainsi la langue pour faire rire ?

Que peut faire le résistant en langue française devant ce carnage, la fin d’une langue, c’est la fin d’un pays. Quand on pense que le français rayonnait dans le monde entier il y a quelques siècles ! Aujourd’hui, c’est la soumission généralisée, devant le diktat anglophone européen, la débâcle : la ligne de résistance de la langue française se réduit sur l’échiquier des possibles. Quand les pièces maîtresses ont été prises et qu’il ne reste plus qu’une ultime rangée de pions, cela s’appelle une débâcle .

L’histoire de la France commence avec la langue française, (quoique renversée, mais dans sa logique même) : l’histoire de la France s’achève avec la langue française. Michelet ( introduction à l’histoire universelle 1834).

Comment ne pas être en colère, quand on pense que la langue française est celle de l’art de la conversation : Inséparable de la bonne chère, la conversation fait repas de langue, fonde la complicité des mets et des mots, et tout autant soutient, renouvelle, conditionne les autres arts.

Langue choisie pour sa beauté par Tchekhov dans les cinq cent vingt-huit récits qu’il écrivit, langue d’une finesse sans égale que, seule au monde à inventer cette troisième possibilité, la grammaire française, en distinguant intelligemment le sexe et le genre, la biologie et le culturel, conçoit entre l’homme et la femme une proximité dont la nuance fragile est de l’ordre du parfum, un ultrason esthétisé : qui ne tient que dans le « e » muet.

Langue de la galanterie : qui reste seule au monde à avoir inventé la galanterie, le libertinage, et le marivaudage… Jusqu’à cette suite des Fleurs du mal que Baudelaire intitule Galanterie.

Langue instrument idéal de la littérature : Clarté et froideur, ce sont deux raisons pour lesquelles l’austère Calvin avait rendu le français obligatoire dans les écoles de Genève.

Langue choisie pour ces mêmes raisons par Beckett, par Mukasonga pour dire l’indicible du génocide rwandais, c’est en français que s’expriment Haïlé Sélassié ou Norodom Sihanouk, c’est en français que Roosevelt déclare l’entrée des Etats-Unis dans la seconde guerre mondiale, l’Europe parle français à la conférence de Berlin, en 1885.

Langue si mélodique que Nietzsche l’a désignée comme une «  musique de chambre ». Cette langue comme une mélopée particulière, cette petite musique ou mélopée, on la perçoit chez une infinité d’anonymes locuteurs ou «  devisants » ( comme on disait dès le XVIe siècle), aussi bien que chez les meilleurs auteurs.

Langue universaliste qui siégeait à l’ONU à l’époque du général De Gaulle.

Et alors que s’avancent les cendres de Jean Moulin devant le Panthéon, le 19 décembre 1964, quand Malraux les appelle à reposer avec «  leur long cortège d’ombres défigurées ( éee) », qui n’entend que ce cortège est infini ?…

Je n’entrerai pas dans toutes les subtilités de la langue française qui sont détaillées dans ce livre, Le je est tu, les fredaines ( fautes d’orthographe ou de langue qui ne portent que sur la conversation), et, plus grave, les métaplasmes, qui sont des altérations morphologiques : Les fredaines sont des fautes d’évolution, les métaplasmes, d’involution. Les métaplasmes prolifèrent comme des tumeurs, où s’entend tu meurs.

Un livre d’une éblouissante érudition, plus que la description d’un désastre à venir, un chant d’amour à notre langue, qui se pose aussi en œuvre de salut public.

Il est une région du monde où le français, résistant, est préservé, défendu, avec ses fioritures locales, Yves Duteil a chanté cette langue :

C’est une langue belle avec des mots superbes
Qui porte son histoire à travers ses accents
Où l’on sent la musique et le parfum des herbes
Le fromage de chèvre et le pain de froment. .. 

 

Laissons, pour finir,  la parole à une auteure québécoise, parmi les innombrables auteurs dans cette langue. Cliquez sur l’image et vous aurez tout tout tout…

C’est Denise Bombardier qui prophétisait à la télévision en 1972 : Quand vous verrez disparaître votre mot amour, vous comprendrez peut-être qu’il sera trop tard.

Et pour conclure,  enfin et surtout, mais pas « last but not least », encore Denise Bombardier :

La langue française ne s’offre pas spontanément au désir du locuteur. Elle oblige à un apprivoisement qui exige effort, patience et volonté. « C’est une langue belle à qui sait la défendre », comme le chante Yves Duteil.
Et les Québécois sont parmi ses plus ardents défenseurs.

Danièle Sala

 

 

Paule-Andrée Cassidy Libre échange …

5 Juin

Avec Libre échange cette magnifique artiste offre un spectacle d’une richesse et d’une diversité rares. Privilège de l’interprète qui peut composer son univers musical en élaborant un patchwork sur mesure avec les auteurs et compositeurs de tous les pays. Le Québec et quelques uns de ses auteurs majeurs, Sophie Anctil et Gilles Vigneault, et Leonard Cohen, pour la France et le tango humoristique Boby Lapointe, et aussi un vrai tango sensuel et argentin, Atahualpa Yupanqui y sus hermanos, et la fabuleuse fresque sanglante de La malédiction de l’Ascension, avec sa délicieuse Lottie blonde irrésistible aux yeux verts … et le Perlimpinpin de Barbara…

Ce dimanche, en trio avec Lou-Adriane et Vincent Gagnon, on a retrouvé quelques chansons familières, et exception anglophone Dance me to the end of love, mais avec mademoiselle Cassidy tout est redécouverte à chaque passage.

Le mieux est d’écouter ces  trois extraits qui vous donneront envie d’en savoir plus, le cas échéant, et de faire du lobbying dans votre région pour l’inviter et découvrir ce Libre échange.  Vous pourrez vérifier la saveur de la langue québécoise, quand elle ne tombe pas  dans la caricature pléonasme trop souvent associée aux artistes venus de la Belle Province.

Et depuis la première rencontre, le charme perdure…

Paule-Andrée Cassidy est une de ces shéharazades de la chanson, qui porte les mots et les notes en allant chercher au plus intime du texte les nuances émotionnelles les plus subtiles. 

Rien à ajouter .

Moi Elsie en superbe duo avec Lou-Adriane

 

Déficit,  prophétique constat qui a plus de 20 ans, 

La malédiction de l’Ascension,

 

 

Le site de Paule-Andrée Cassidy, c’est ici →

Et pour quelques images de plus,

Photos©NGabriel2018

C’était au Théâtre Clavel un des derniers lieux de résistance chanson, qui vous attend pour ‘Les chansons du dimanche. Demandez l’programme ? C’est par là –→  Clic sur le rideau

 

 

 

Un aperçu ? Voilà :

Les chansons du dimanche au théâtre Clavel

8 Octobre 2017 : Michel Boutet
12 Novembre : Bruno Daraquy chante et dit François Villon
3 Décembre : Coline Malice
10 Décembre : Bruno Brel
14 Janvier 2018 : Alain Sourigues
4 Février Philippe Séranne
11 Mars : François Gaillard
6 Mai : Nathalie Solence
3 Juin : Paule-Andrée Cassidy
10 Juin : Cello Woman (Katrin’ Waldteufel)

Un Dimanche par mois à 20h00. 18 € TP, 15/12 € TR. Réservations : 01.43.52.20.40 / 06.15.69.41.15.
www.edito-musiques.com

 

Norbert Gabriel

Leonard Cohen la bio …

28 Mai

Un géant fragile toujours en quête d’un insaisissable rêve… Comme Lorca, qui avait  l’âme tatouée d’un chemin à n’arriver jamais. 

And then taking from his wallet
Et puis prenant de son portefeuille
An old schedule of trains, he’ll say
Un vieil horaire des trains, il te dira
I told you when I came I was a stranger
Je t’avais prévenu dès mon arrivée que j’étais étranger.

Cette biographie est une somme unique en son genre, étayée des témoignages de tous les acteurs et partenaires qui ont accompagné  Leonard Cohen dans son parcours mystique et musical, toujours intimement liés. Comme il n’est pas question de faire une dissection de ces 500 pages, proposons deux ou trois extraits, en leçon de musique, qui montrent ce qui fait de Leonard Cohen un artiste très particulier…

Charlie Daniels, compositeur, musicien multi instrumentiste, une référence à Nashville.

Leonard est unique, les paroles, la mélodie, la manière dont il accorde sa guitare… Je n ‘ai jamais rencontré quelqu’un qui possède une telle douceur de toucher. qui peut jouer avec une guitare acoustique accordée aussi bas. Sa musique est si spéciale qu’elle pourrait facilement être amochée sous des doigts moins délicats. (…)

L’important est d’être présent sans être envahissant. Rester transparent, ne rien faire qui puisse détourner l’attention des paroles et de la mélodie. Il aurait été facile de tout gâcher en faisant des ajouts. C’est en travaillant avec Leonard que j’ai appris que « moins c’est mieux ». Et c’est quelque chose que je n’aurais jamais pu apprendre de quelqu’un d’autre...

La plupart de temps, Leonard Cohen enregistrait avec les musiciens, en travaillant de multiples versions, mais parfois, il y avait une recherche du détail bien comprise par ses partenaires, comme les voix dans « The partisan »

Ron Cornelius: Leonard avait des doutes sur The Partisan.. Il me l’a chantée c’était très bien, mais il n’était pas content,

  • Il faudrait des voix françaises…

  • Bon on se voit dans quelques jours…

  • On n’enregistre pas ?

  • Pas tout de suite.

Le lendemain, je suis allé à Paris, j’ai trouvé un accordéoniste et 3 chanteuses, j’ai,mixé les voix avec l’enregistrement de Leonard.. Quand je suis revenu, je lui ai passé la bande,

  • Mais c’est excellent, on dirait vraiment des voix françaises …

J’ai dit « C’est normal, elle sont françaises… » Johnston (le producteur) se met à rire.. Il était vraiment fâché que je ne l’aie pas emmené à Paris. 

Ces deux anecdotes montrent assez bien qu’en plus des exigences légitimes de l’artiste pour mener à bien son travail, il faut aussi des partenaires à l’écoute et non dans la démonstration.

Toujours sur le plan musical, on voit aussi comment Leonard Cohen a développé ce parlé-chanté, ce récitatif de conteur qui fait voyager même si on ne comprend pas l’anglais, et qui laisse entendre la musique.  Et au fur et à mesure de la lecture, vient l’envie de réécouter les chansons dont on apprend la genèse.

Chansons dont une grande partie a été inspirée par son mysticisme, sa quête de spirituel et son amour des femmes jamais démenti.

Son histoire familiale commence en 1864 quand ces émigrés juifs lithuaniens arrivent en Ontario, et s’insèrent très vite par une réussite conforme aux légendes: Lazarus, le petit magasinier en bois de sciage qui monte sa propre compagnie et devient entrepreneur prospère en quelques années. Le roman de la famille Cohen traverse le siècle, et Leonard à la fois poète chanteur, protégé par sa situation au Canada, n’a jamais été déconnecté de son état de juif errant concerné par toutes les tragédies du monde.. Ses chansons en sont nourries

Cinq cent pages d’une biographie exemplaire dont la lecture entrecoupée de réécoutes diverses peut bien occuper quelques semaines…

Comme bande son, avec des instruments qui ont toujours été présents, le oud, le violon, la guitare basse, «  The guests »..

Paru en Mai 2018 .

Norbert Gabriel

KING KONG THEORIE, théâtre de choc…

26 Mai

Photo DR

Il est rarissime, voire exceptionnel qu’un spectacle pas encore vu soit présenté dans ce blog mais parfois, l’actualité nécessite un relais utile…  Relatif à des faits bien partagés dans le monde entier, les lignes qui suivent vous éclaireront sur l’affaire.

Plaire aux hommes est un art compliqué, qui demande qu’on gomme tout ce qui relève de la puissance. Pendant ce temps, les hommes, en tout cas ceux de mon âge et plus, n’ont pas de corps. Pas d’âge, pas de corpulence. N’importe quel connard rougi à l’alcool, chauve à gros bide et look pourri, pourra se permettre des réflexions sur le physique des filles, des réflexions désagréables s’il ne les trouve pas assez pimpantes, ou des remarques dégueulasses s’il est mécontent de ne pas pouvoir les sauter. Ce sont les avantages de son sexe. La chaudasserie la plus pathétique, les hommes veulent nous la refiler comme sympathique et pulsionnelle. Mais c’est rare d’être Bukowski, la plupart du temps, c’est juste des tocards lambda. Comme si moi, parce que j’ai un vagin, je me croyais bonne comme Greta Garbo. Etre complexée, voilà qui est féminin. Effacée. Bien écouter. Ne pas trop briller intellectuellement. Juste assez cultivée pour comprendre ce qu’un bellâtre a à raconter.

– KING KONG THEORIE : Un des textes les plus féministes arrive sur scène à l’Atelier le 25 mai. Des mots qui cognent, une mise en scène musclée de Vanessa Larré avec le trio de choc Anne AZOULAY, Valérie de DIETRICH et Marie DENARNAUD.

 

Et ça se passe ici:  clic sur le rideau rouge –>

 

 

 

 

Norbert Gabriel

Bienvenue, une initiative citoyenne qui engage des artistes bordelais auprès de la cause des migrants : entretien avec m. de l’Orchestre Poétique d’Avant-guerre

25 Mai

Samedi 14 avril l’Orchestre Poétique d’Avant-guerre (O.P.A.)  [voir entretien] donnait un concert à la halle des Douves à Bordeaux, dans le cadre de l’initiative citoyenne Bienvenue. Bienvenue, qu’est-ce ? Un ensemble éclectique d’évènements culturels, artistiques et militants, qui, sous l’impulsion de plusieurs associations citoyennes et avec le soutien et la participation bénévole de nombreux artistes, a proposé, en divers lieux du 23 mars au 28 avril – et se poursuit à raison d’un rendez-vous artistique par mois-, évènements et spectacles dans l’objectif de sensibiliser au sort des migrants et d’inviter nos concitoyens à réfléchir ensemble au sens de la politique d’accueil des réfugiés. L’initiative s’inscrit dans la même démarche que tous les élans de solidarité qui partout en France témoignent d’un attachement à l’esprit d’accueil et d’une résistance au cynisme des politiques de répression menées contre les migrants et ceux qui leur portent assistance, ainsi qu’aux idéologies xénophobes. C’est aussi un moyen culturel et festif de médiatiser une cause humaine et d’y engager l’art, les fonds récoltés à l’occasion des évènements étant reversés à l’organisation SOS Méditerranée dont le navire Aquarius sillonne les eaux pour sauver de la noyade les migrants naufragés en mer.

Une caisse solidaire pour destiner d’autres dons à l’organisation est toujours en ligne ici : https://www.lepotcommun.fr/pot/swrkjrzf

Ce samedi donc, la géométrie variable de l’Orchestre Poétique d’Avant-guerre accueillait en son sein Laurent et Antoine à la basse, Alex à la batterie, le chanteur Xavier Barthaburu à la guitare et l’accordéoniste des Hurlements D’Léo, Jojo Gallardo au trombone pour créer, comme à chaque fois, une fusion inédite, née de l’improvisation totale dans la complicité de jeu de musiciens, dont certains n’avaient encore jamais joué ensemble. Car c’est le principe de cette formation qui fêtera cette année ses 20 ans d’existence autour de la poète m. qui libère, ravive, enrage et engage, toujours avec tendresse et sincérité, ses textes sur des musiques perpétuellement réimprovisées par les musiciens qui l’accompagnent. Magie de l’instant et souffle de persistance de l’éphémère qui mute sans cesse pour toujours rester vivant.

Après près d’une heure et demie d’un concert suspendu aux initiatives des musiciens et incrusté d’éclats de flamboyance, à l’image de son interprétation originalement digne de « Bidonville » de Claude Nougaro, la chanteuse m., également militante impliquée auprès de nombreuses luttes et membre du Droit Au Logement (D.A.L.) 33 et du Collectif Contre Les Abus Policiers (C.L.A.P.33) nous accordait un entretien pour parler plus précisément de la cause des réfugiés.

 

– Bonjour m. et merci de nous accorder un moment. En quoi vous engager pour cette cause particulière défendue par Bienvenue a-t-il été une évidence pour vous ?

– Nous n’avons pas participé à l’organisation de Bienvenue mais nous savions que cette initiative se mettait en place et avons proposé de la soutenir par un concert. La cause des réfugiés est une des multiples causes que défend O.P.A. Personnellement je fais parti du Droit Au Logement (D.A.L33), et donc avec d’autres associations nous nous préoccupons entre autres de la situation catastrophique des Sahraouis qui résident dans un bidonville près de Bordeaux. Donc par ce biais là, je m’intéresse depuis des années au quotidien des migrants et ça me semblait naturel et évident de jouer pour Bienvenue, grâce à quoi toutes ces associations et ces artistes essayent de faire, pendant un mois à Bordeaux, résonner cette cause. C’est tout à fait à leur honneur. C’est extrêmement varié au niveau de la programmation : il y a des débats, des projections, des concerts, des pièces de théâtre, et ça, c’est un point positif. Effectivement on subit une politique ultra-répressive envers les migrants et les soutiens des migrants : des gens passent en procès, comme Cédric Herrou qui était parrain du festival, ou sont régulièrement attaqués par la justice étatique. Même le défenseur des droits Jacques Toubon a dit que la politique menée contre les migrants était digne du Front National. Mais on constate aussi que face à cela, il y a beaucoup d’endroits en France où les citoyens affirment leur opposition à cette politique répressive. Bienvenue en est un exemple visible, car festif, artistique et assez médiatisé. Mais il y a aussi des associations comme la CIMADE, le D.A.L, l’A.S.T.I, R.E.S.F…  ou des collectifs plus informels comme le SQUID… qui accueillent les migrants et les hébergent, en essayant de leur trouver des solutions de scolarisation pour les enfants.  Ce que je trouve assez encourageant et positif, c’est qu’une partie de la France -évidemment ce n’est pas toute la France-  s’engage, quitte à être sanctionnée, réprimée et poursuivie pour ça. Ce n’est donc pas une politique qui se fait dans l’indifférence ; il y a des envies que ça se passe autrement.

 

– Même si des organisations officielles soutiennent ces initiatives de résistance, on constate qu’elles sont souvent l’expression d’actes citoyens avant tout, parfois isolés, et de réactions simplement humaines face à la détresse d’autres humains. Et c’est le cas de Bienvenue pour quoi de nombreux artistes et acteurs des milieux culturel et associatif se sont mobilisés, sans attendre les directives ni l’appui d’organisations politiques. Comment perçois-tu cela ?

– Tout à fait. Après, ça demande quand même un peu d’organisation d’aller chercher des gens dans la montagne, même si ce n’est pas une organisation avec des statuts officiels déposés. Il faut un minimum de réseau et de connaissance du terrain. Mais c’est globalement un élan citoyen effectivement, et même les associations sont des associations de citoyens. Pour le coup on n’entend pas trop les partis politiques, même si certains doivent faire quelque chose. Mais c’est un élan qui part de la base. Bien sur ça ne suffit pas à contrebalancer la politique de la France, mais ça montre aussi aux migrants que la France n’est pas qu’un pays constitué de gens hostiles qui veulent qu’ils rentrent chez eux. Tout cela montre aussi une France coupée en deux : une France qui adhère à une politique libérale et puis une France plus solidaire qui pense qu’il  n’y a pas moyen qu’on ne soit pas capables d’accueillir des gens qui fuient les guerres que notre pays provoque et alimente. On ne peut pas à la fois détruire le climat et se plaindre qu’il y ait des réfugiés climatiques. Et quand bien même on ne serait pas responsables de ces guerres ou de ces pillages économiques – parce que les pays d’Afrique sont pillés par les politiques françaises et européennes – on ne peut pas tolérer de traiter les réfugiés ainsi. Tant qu’on continue ces politiques impérialistes et colonialistes, on en paye les conséquences. On a là une France schizophrène qui à la fois se dit pays des droits de l’homme, fait la guerre, et refuse d’accueillir les conséquences de ces guerres. Les images de guerre en Syrie choquent ; les naufragés des bateaux choquent ; le désespoir des gens perdus en montagne choque, ainsi que le fait qu’un citoyen qui porte assistance à une femme enceinte dans la montagne soit poursuivi. Et que dire des centres de rétention à Mayotte ? Pour moi ce sont des camps de concentration : les gens y sont enfermés et privés de tous leurs droits, alors qu’ils n’ont commis aucun délit, à part fuir la misère et la guerre. On ne les tue pas, encore qu’il y a ait des morts régulièrement, mais on les prive de leurs droits.

 

– Le préjugé prolifère un peu partout aussi selon lequel les migrants seraient mieux traités que certains Français vivant dans la pauvreté, au sort desquels les finances du pays ne pourraient pas faire face. En tant que membre du D.A.L. 33, que peux-tu dire de la réalité du terrain ?

– Les politiques d’hébergement sont catastrophiques en France, et autant pour les Français que pour les étrangers. Là il n’y a pas de question de nationalité : c’est la guerre aux pauvres. Ça va de pair avec la répression des chômeurs. Donc de plus en plus de gens sont sensibles aux injustices en général, et à celles faites aux migrants en particulier. Nous sommes un des pays qui accueillent le moins. Ce n’est pas la France qui accueille le plus de migrants, ni dans le monde, ni même en Europe. On nous a encore ressorti récemment la phrase de Michel Rocard: « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde*… ». Oui, évidemment dit ainsi, qui ne peut pas être d’accord avec ça ?  Il ne s’agit pas d’accueillir toute la misère du monde entier. Mais on a largement la capacité d’accueillir plus de réfugiés et dans de meilleures conditions. Ce n’est pas le manque d’argent qui nous empêche d’accueillir : on a suffisamment d’argent à dépenser pour les réprimer, pour déplacer des forces de police, pour construire des centres de rétention, pour renvoyer chez eux des gens dans des avions. Mais il n’y aurait pas d’argent pour construire des logements ? Ici les Sahraouis pataugent dans la boue sans eau ni électricité, et tous les pouvoirs publics se renvoient la balle ; aucun n’assume de responsabilité. Ce n’est pas un problème d’argent, mais bien de volonté politique. Evidemment lorsqu’on voit tous ces Français qui déjà dorment dehors, on se dit fatalement que s’il y a déjà tous ces gens à la rue, et qu’on ne fait rien pour eux, on ne peut pas faire pour les autres. Il suffirait d’arrêter d’acheter des bombes lacrymogènes pour construire plus de centre d’hébergement. Si on n’a pas d’argent, on n’enlève pas l’impôt sur la grande fortune.  Macron durant sa campagne nous l’avait refait à la Sarkozy en disant qu’il ferait en sorte qu’il n’y ait plus de SDF dans la rue. Il y en a toujours plus, et pour ces gens là on en fait toujours moins. Et lorsque la trêve hivernale est terminée, les centres d’hébergement d’urgence ferment et ces gens se retrouvent à la rue, sachant que même les centres d’hébergement ne sont que des « camps » de pauvres : il faut être levé pour les quitter à 7h du matin, et faire la queue à 18h pour y avoir une place. C’est pour ça qu’il est extrêmement important de mettre ces initiatives en avant et de montrer que malgré la situation, on s’organise pour palier aux carences de l’état. «Bienvenue  est un évènement qui permet à des associations qui agissent au quotidien de se montrer, aux collectifs de se faire connaitre, et aussi aux caisses solidaires d’être remplies.

 

– Vouloir faire entendre cette cause en y ayant impliqué des artistes et ponctué Bienvenue de moments festifs ne témoigne-t-il pas aussi  de l’urgence d’envoyer un message positif et une énergie optimiste dont manque cruellement l’horizon ?

– Oui. Il faut se nourrir des choses positives comme ça, sinon on va tomber dans la morosité. Il faut se nourrir de toutes les choses qui nous rattachent à l’humanité. Et là il y a un bel élan de solidarité par rapport aux migrants. C’est sans doute pas assez par rapport à la masse de choses qu’il y a à faire, mais ça a le mérite d’exister, avec le peu de moyens dont disposent les gens, sachant que la CIMADE, l’A.S.T.I, le D.A.L et les autres ne sont pas des associations surdimensionnées en terme de subventions ou n’en n’ont tout simplement pas et font le travail que devrait faire l’état. Personnellement, je ne suis pas non plus pour un interventionnisme de l’État à tout crin, je suis plutôt pour l’autogestion. C’est bien qu’on apprenne par nous-mêmes la solidarité. C’est bien qu’on s’émancipe de l’État pour faire les choses par nous-mêmes, parce que tout le monde a besoin de se valoriser, de se prouver qu’on peut être actifs, de mettre au profit de tous ses compétences, sa matière grise  et pas seulement rester en attente de l’action d’État. Mais si l’État n’a pas envie de faire, qu’il laisse au moins faire ceux qui font, au lieu de réprimer les gens solidaires et de poursuivre ceux qui portent assistance à des réfugiés en situation de détresse. Ou alors on prend un marteau et un burin, et on efface le mot « fraternité » du fronton des mairies.

 

-A ce propos, comment la légalité s’explique-t-elle l’antagonisme entre le devoir d’assistance à personne en danger et la criminalisation des actes de secours porté aux migrants ?

– Cette contradiction, ce n’est pas nous qui la portons, mais l’état avec sa restriction du droit d’asile. Des tas de gens sont ici en France pour fuir la guerre et ne peuvent pas obtenir de statut de réfugiés politiques, ni de droit d’asile, tellement les conditions d’obtention ont été durcies. Et ceux qui fuient  «juste» la misère ne peuvent même pas y prétendre, puisque le droit d’asile est censé protéger uniquement ceux qui sont en situation de danger de mort. Et pourtant la misère et la famine ne mettent-elles pas les gens en danger de mort ? Sur le plan juridique, je ne sais pas si les gens inculpés pour avoir aidé des migrants ont pu faire valoir le principe d’assistance à personne en danger de mort, mais ça m’étonnerait que cela suffise aux yeux de la justice. Evidemment que lorsqu’on va chercher quelqu’un qui tente de passer la montagne dans le froid, on n’est animé que par le réflexe de tenter de sauver quelqu’un qui va mourir. L’intervenante de SOS Méditerranée lors de notre concert a bien expliqué que leur mission était uniquement de sauver des gens de la noyade. Il ne reste plus que 1 ou 2  navires de cette association à y être autorisés, les autres ayant subi la répression et des interdictions de naviguer. Donc au final on constate que non seulement nos dirigeants ne font rien, mais qu’en plus ils empêchent les autres de faire. Et la conséquence, c’est des morts. Mais des vrais morts. Ce ne sont pas des chiffres : derrière chaque chiffre, il y a une personne, avec son histoire. On dit qu’il y a 3500 SDF à Bordeaux… Ce ne sont pas des acronymes ; ce sont 3500 personnes. Donc chaque mort en méditerranée est un être humain, un frère, une sœur : ça aurait pu être toi, ou moi. Qu’est-ce qui fait que j’ai eu la chance naitre dans ce pays au lieu de naitre en Érythrée ou en Somalie ?  Les gens qui nous gouvernent sont d’un cynisme incroyable. Ils n’ont rien à foutre de l’humain ; ce qui compte, c’est le profit. Et tout ça enveloppé de discours humanistes. Et de l’autre côté, ils font Frontex, qui est un système de fermeture de l’Europe avec des frontières ultra-sécurisées, avec des drones, des militaires, l’implication de la Libye aux frontières du continent où on sait qu’il y a un esclavagisme en place, où les gens sont torturés, violés, tués… Et tout ça en notre nom, et avec notre pognon. Et ce sont les mêmes dirigeants qui nous font manger de la merde, qui donnent à nos gosses des perturbateurs endocriniens, qui nous donnent des cancers, bref qui n’ont rien à faire de la valeur humaine. C’est ça le problème : ce capitalisme mondialisé qu’on nous a vendu dans les années 80 comme ce qui amènerait la paix sur terre, et qu’on serait tous ensemble. Les dominants sont ensemble, certes, et très soudés. Nous moins, et au final ils nous tuent d’une façon ou d’une autre. Par le travail, l’alimentation malsaine, les poisons, la guerre… Le capital tue des millions de gens chaque année : c’est un assassin de masse. Et l’existence des migrants permet malgré tout à ce système capitaliste de faire travailler des gens au noir, de faire baisser le coup du travail, entre autres. On sait très bien que les lignes de tramway à Bordeaux ont été construites par des ouvriers bulgares, qui, pour la moitié, n’avaient pas de papiers. Il y a une hypocrisie et un cynisme pas possible là dedans. Ces dirigeants ne se lèvent sans doute pas le matin en se demandant combien de gens ils vont tuer, mais au final c’est ce que produit leur indifférence et leur cynisme. Macron est très fort, même si je pense que les gens s’en rendent de plus en plus compte, pour faire des discours où il n’y a rien dedans : il emploi des mots sophistiqués qui donnent une apparence d’érudition au discours, mais il n’y a pas de sens dans ce qu’il dit. Par contre il y a du sens dans ce qu’il fait.

 

– Terminons sur une note musicale, si tu veux bien : lors du concert, tu as interprété une nouvelle chanson sur Notre Dames des Landes. Que voulais-tu y exprimer ?

 – J’ai écrit cette chanson en décembre, alors qu’on venait d’annoncer que l’aéroport ne se ferait pas. C’était plutôt une bonne nouvelle : après 30 ans de lutte, on ne peut être que content que l’aéroport ne se construise pas. Et puis tout de suite après, ça a été l’inquiétude pour les copains qui étaient sur place : que va-t-il advenir de la Z.A.D ? Le combat n’était pas uniquement contre l’aéroport, mais contre son monde. Donc lorsque j’ai écrit ce texte, je pensais aux copains qui ont souhaité vivre une utopie. C’était un peu nostalgique, car à la fois l’annonce clôturait une ère et à la fois c’était le début d’autre chose. Pour l’instant ce que devient la Z.A.D, c’est de la répression, des constructions détruites, des projets alternatifs foutus par terre, des blessés, de la violence, des zones saccagées. Mais pour y être allée ce weekend, j’y ai senti une belle énergie : les gens reconstruisent ce qui a été détruit la veille ; les barricades sont remontées. Au rassemblement du 15, il y avait des vieux, des jeunes, des enfants : c’était très varié en terme de gens qui étaient venus soutenir, et quand la violence a explosé, tout le monde prenait soin les uns des autres. J’encourage les gens à s’y rendre pour voir par eux-mêmes. O.P.A. a mis les pieds sur la Z.A.D pour la première fois en 2009 pour une série de concerts de soutien. Je ne connaissais alors pas du tout cette cause, et c’est un gars de là bas qui nous a contactés après nous avoir entendus lors d’un concert donnés pour les Faucheurs Volontaires. Donc on a joué pour la Z.A.D, et on sera toujours prêts à jouer pour eux tant qu’il le faudra. Le groupe va avoir 20 ans cette année et plus de 600 concerts de soutien. J’aimerais bien fêter ça de façon conséquente, en invitant quelques associations pour qui on a joué. En attendant un concert de soutien aux postiers en grève aura lieu le 25 mai avec O.P.A.

 

Miren Funke

Photos d’O.P.A : Miren

Liens: https://www.facebook.com/bienvenue.mobilisation.pour.les.refugies/

 

L’Orchestre Poétique d’Avant-guerre – O.P.A

http://www.opa33.org/

https://www.youtube.com/user/33OPA/

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Droit Au Logement de Gironde – D.A.L33

  •  https://www.facebook.com/dal33gironde/
  •  dal33gironde@gmail.com

06 95 43 53 23

Z.A.D Partout !

https://zad.nadir.org/

NDLR:  la phrase complète de Michel Rocard: « l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle peut prendre sa part de cette misère. »  Chaque mot doit être respecté scrupuleusement sinon, les malentendus permettent trop de dérives 

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