Monsieur le Président,

31 Mai

Je vous fais cette lettre, que vous lirez certainement, en président conscient des enjeux culturels qui sont partie prenante dans les débats de société qui agitent la France depuis quelques mois.(…)

Pour la suite, suivez le facteur,  et clic sur le vélocycle.

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Festival LES AVENTURIERS #15

9 Déc
Le Festival-Club des musiques émergentes et indépendantes  Fontenay-sous-Bois – 11 au 20 décembre 2019

Concert de clôture 20/12

KOLINKA & FRIENDS

Les 1ers invité-e-s de Richard  
CALI
MADEMOISELLE K
BACHAR MAR KHALIFE 

 

Le Festival-Club des musiques émergentes et indépendantes
Durant  10  jours, le  festival  Les Aventuriers, évènement incontournable de l’est parisien et dernier festival de l’année, monte  le  son  et poursuit  ses  explorations  sonores   dans son bastion de Fontenay-sous-Bois. Une programmation audacieuse et défricheuse qui met une fois de plus en avant la découverte et la diversité musicale,  en faisant la part belle aux artistes émergents et indépendants et en dénichant de véritables pépites sonores, sans oublier de grands noms et des surprises pour clôturer cette édition anniversaire, avec un cru 2019 particulièrement marqué par l’égalité femmes-hommes.

 

KOLINKA & FRIENDS
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Pour cette édition anniversaire un concert de clôture exceptionnel  ! 20  décembre – 20 h – Salle Jacques Brel

 

Une création orchestrée par l’artiste fontenaysien Richard Kolinka (batteur mythique de Téléphone / Les Insus), réunira pour l’occasion 8 groupes, dont plusieurs ont joué en tant que « découvertes » aux Aventuriers depuis les années 90, avec des invités surprises également … 
Les recettes de la soirée seront reversées à une association.

 

Les premiers noms :
CALI, passé aux Aventuriers en 2005 et 2006 
MADEMOISELLE K, ce sera sa 1ère fois !
BACHAR MAR KHALIFE, passé aux Aventuriers en 2013 … à suivre …

 

Parmi les temps forts de la programmation 
Des artistes féminines internationales à l’honneur: Dope Saint Jude, la reine du rap queer d’Afrique du Sud, l’écossaise Soom T fer de lance d’une culture reggae engagée, Muthoni Drummer Queen la tornade pop kenyane, ou encore La Dame Blanche, ovni hip-hop cubain.
Coup de projecteur sur les musiques électroniques avec la techno militante de la globetrotteuse La Fraîcheur associée au producteur Leonard de Leonard, l’électro « florale » et ensorcelante de la plasticienne Irène Drésel et l’un des piliers du label allemand Boysnoize Records Djedjotronic. Nous accueillerons la « conteuse d’histoires vraies sur fond d’électro » Suzane ou encore les ballades trip-hop hispanophones de la franco-vénézuélienne  La Chica.
Vent de révolte avec la scène rock et post-punk française avec MNNQNS et RENDEZ VOUS, en partenariat avec la JIMI (Journée des Initiatives Musicales Indépendantes)
Soirée spéciale « Années 90 » avec le supergroupe parisien Bryan’s Magic Tears (où on croise des membres et ex-membres de La Secte Du Futur et Marietta) et la formule inédite de « game concert » des rennais de Totorro & Friends autour du jeu vidéo mythique « Another World ». Avis aux gamers ! En ouverture Normcore, groupe de rock local, lauréat du tremplin « Jeunes Aventuriers » qui fait peau neuve cette année.

 

Photo ChanTal Bou-Hanna

Pour compléter cette édition anniversaire, un livre relatant l’histoire du festival sera édité et disponible en libre accès sur le site du festival. Des années 90 à aujourd’hui, ce sont plus de 200 artistes qui sont montés sur la scène des Aventuriers: témoignages, anecdotes et photos. Une exposition de photos et d’objets sera également visible durant le festival dans plusieurs lieux de ville.

Au-delà de sa programmation, Les Aventuriers, fidèle aux valeurs d’écologie, de citoyenneté et de solidarité, demeure un festival engagé et met un point d’honneur à rester encore et toujours accessible avec un prix d’entrée dès 8 euros (hors soirée de clôture) mais aussi un concert gratuit d’Estelle Meyer.
Organisé par une équipe de passionnés, voici un petit « grand » festival chaleureux et intimiste, plein de bonnes surprises, pour finir l’année en musique et ravir les oreilles aussi bien d’initiés que de curieux.On vous attend nombreux-ses …

 

Toute la programmation:
11 déc – 20 h – Espace Gérard Philippe – 26 rue Gérard Philippe LA DAME BLANCHE + SOOM T & THE STONE MONKS
12 déc – 20 h – Espace Gérard Philippe NORMCORE + BRYAN’S MAGIC TEARS +TOTORRO & FRIENDS
13 déc – 20 h – Espace Gérard Philippe DOPE SAINT JUDE + MUTHONI DRUMMER QUEEN
14 déc – 15 h 30 – Médiathèque Louis Aragon – Entrée libre Table ronde par ÉRIC TANDY « LES AVENTURIERS : L’ ÉPOPÉE DU FESTIVAL »
14 déc – 17h  – Médiathèque Louis Aragon – Entrée libre ESTELLE MEYER
14 déc – 17h  –Espace Gérard Philippe LA FRAICHEUR & LÉONARD LÉONARD + IRENE DRESEL + DJEDJOTRONIC
16 déc – 20 h 30- Cinéma Le Kosmos – 243 ter avenue de la République HAUT LES FILLES- Documentaire de François Armanet, en présence de  François Armanet et du coscénariste Bayon.
17 déc – 20 h – Espace Gérard Philippe LA CHICA + SUZANE
18 déc – 20 h – Espace Gérard Philippe La JIMI du Festi’Val-De-Marne aux Aventuriers :- MNNQNS + RENDEZ VOUS
Navette gratuite AR place de la Nation/Paris – Fontenay

LES MILLE ET UNE NUITS, UNE INVITATION AU REVE DE GUILLAUME VINCENT

7 Déc

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« SI TU VEUX QUE TON CHIEN TE SUIVE, AFFAME LE » Shéhérazade

 Introduits au sein de la société du XVIIIeme siècle,  le conte des Milles et Une Nuits est une œuvre rassemblant des récits épars, traduits de l’arabe par Antoine Galland, théoricien envoyé en Orient pour ramener des objets étrangers en France. Il est question de voyage, de découvertes mais surtout d’exotisme : les écrivains du XVIII eme siècle se sont inspirés de ces contes merveilleux en utilisant la fiction pour contourner les censures du pouvoir. Dans ces récits fictifs extraordinaires, la narration réfléchit sur l’effet de l’histoire sur le lecteur. Mais dans cette création, la morale n’est pas ce que Guillaume Vincent a voulu utiliser directement. Il se sert des contes pour emmener le spectateur dans plusieurs histoires, des rêves éveillés.

            « Shéhérazade arrête la barbarie par la fiction » (Vincent)

 

 Guillaume Vincent utilise le matériau des Mille et Une Nuits, des histoires fantastiques et fantasmées, pour plonger le public dans la fiction, lieu du voyage et de l’infini possible.

Des mondes imaginaires se succèdent devant nos yeux, le rêve prend forme avec une violence en fond. Car tout se passe dans le palais du sultan qui, chaque nuit, tue une femme pour assouvir ses désirs de despote tyranique. Sur scène, des prétendantes vivent leurs derniers instants, dans une sorte de salle d’attente avec musique d’ambiance. La scène de l’Odéon se transforme en une fresque de petits rêves très amusants à regarder. Mais l’histoire peut être racontée grâce à Shéhérazade qui, tous les jours, doit tenir le sultan en haleine par la fiction. La fiction sauve les personnages et nous sauve par la même occasion. 

      « Il faut qu’on se perde là- dedans. Qu’on ne sache plus trop où on est »

Compagnie Midi Minuit
Les Milles et une Nuits  création de Guillaume Vincent très librement inspirée des 1001 Nuits
Mise en scène Guillaume Vincent
Dramaturgie Marion Stoufflet
Scénographie François Gauthier-Lafaye
collaboration à la scénographie Pierre-Guilhem Coste
Lumière César Godefroy
collaboration à la lumière Hugo Hamman
Composition musicale Olivier Pasquet
Son Sarah Meunier-Schoenacker
Costumes Lucie Ben Dû
assistant à la mise en scène Simon Gelin

Voir ci-dessous,

Mathias Youb

Patrizia Poli et i Muvrini…

6 Déc

En concert

Mercredi 18 décembre 2019

A 19h30

Aux Folies Bergère

 

 

 

Patrizia Poli et i Muvrini , présenteront leurs nouveaux albums, Versuniversu,  et  Portu in cuore,  rendez-vous le 18 Décembre, et en attendant, quelques belles pages de musique …

 

 

 

 

 

 

Le site de Patrizia Poli, c’est là
—>

Pour i Muvrini,  c’est là,
                    clic sur le mouflon —>

 

 

 

Norbert Gabriel

Les comptines de Kikobert…

5 Déc

A quoi rêve un serpent qui n’a pas de pieds pour marcher (ou faire des vers) , pour danser, pas d’ailes pour voler, pas de voix pour faire rock star dans the voice, et pas de cheveux pour faire le néo punk à crête de coq ? A quoi rêve-t-il ?? Rien de tout ça, vous le saurez en écoutant les comptines de Kikobert, dans un panorama élargi et musical de saynettes courtes et rigolotes, malicieuses et zoologiquement pertinentes, on ne saurait contester l’évidence de l’hippopotam-tam ou le désarroi de la coccinelle qui a perdu ses points, et son permis de vol ? Peut-être … L’avis des animaux est une source permanente de petites historiettes où l’on voit en filigrane des tableaux façon Prévert sur une bande musicale inspirée de Gershwin… ou d’un petit rag time guilleret qui dope l’escargot marathonien, tout est possible. Et c’est éducatif, la vie du ver de terre est une initiation maligne à l’arithmétique et la zoologie.

Cet album a été testé et écouté et ré écouté par mademoiselle Nina, 2 ans et demi, qui le conseille sans réserve à tous les parents… C’est un joli cadeau à accrocher dans le sapin .. et c’est un livre disque à lire et écouter , et réciproquement.  Et à colorier, si la boite de crayons de couleurs est aussi dans le sapin..

Auteur, compositeur, interprète : Nicolas Berton dit KIKOBERT  avec aussi la pétillante Liz Cherhal, c’est une offre qu’on ne peut refuser …

Le site de Kikobert c’est là
clic sur le moineau  —–>

 

 

 

Norbert Gabriel

Festival Musicalarue 2019 : entretien avec Debout sur le Zinc

2 Déc

 

Un quart de siècle que Debout Sur Le Zinc prend part active dans la créativité de la Chanson alternative française. Voilà un anniversaire qui se devait d’être fêté au festival Musicalarue, dont l’esprit est pleinement en cohésion avec celui du groupe, qui se fit connaitre à ses débuts et s’exprima essentiellement dans les rues et les festivals d’arts urbains. Un esprit rock, un amour de la Chanson, des instrumentalisations traditionnelles, un brin de musique classique, des influences folk, jazz Manouche, Blues, Klezmer, de Musiques du Monde : s’il fallait catégoriser la proposition musicale de la formation, grandie sur le terreau de la scène rock alternative pour se créer un univers bien personnel d’où émerge une « nouvelle » Chanson française, les énumérations ne manqueraient pas, même si les membres qualifient volontiers humblement leur musique de « variété ».

Le groupe aborde avec un peu d’avance l’année 2020, pour porter à l’occasion d’un autre anniversaire, celui du centenaire de la naissance Boris Vian, au devant du public son album et un spectacle en hommage au poète pataphysicien « Vian par Debout Sur Le Zinc » (quinze titres arrangés dont cinq inédits mis en musiques par le groupe), avec une tournée de cinquante dates. Néanmoins c’était avec les titres de son précédent album « El Dorado » (sorti en 2015) et des chansons de son répertoire propre que Debout Sur Le Zinc avait en aout dernier investi la scène de Sarmouneys à Luxey pour un concert qui allait faire danser le public au rythme et à l’énergie de ses compositions et de leur interprétation trépidante et envoutante. Quelques heures auparavant Simon Mimoun, chanteur du groupe acceptait de nous accorder un entretien, qui fut réalisé en collaboration amicale avec Anthony Hillcock de Radio Mont de Marsan.

 

– Simon bonjour et merci d’accepter cet entretien. C’est la quatrième participation de Debout Sur Le Zinc à Musicalarue depuis vos débuts il y a vingt cinq ans. Que représente ce festival pour vous ?

Il y a beaucoup d’atomes crochus. Musicalarue est un festival assez Chanson, seule preuve en est encore cette année la présence de beaucoup de groupes de notre génération de musiciens, tous nos potes. J’aime bien les festivals qui se passent dans un village, parce que ça garde un esprit de village justement.

 

– Votre dernier album « El Dorado » date de 2015, et votre présence à Musicalarue ne s’inscrit évidemment pas tout à fait dans le cadre d’une tournée de présentation, mais plus, on imagine comme un concert en festival populaire où on s’adresse aussi fatalement à d’autres publics que le sien. Comment s’opère le choix pour établir une setlist dans ce cas ?

C’est la foire d’empoigne! Là, on tourne sur la fin de « El dorado » ; on a quelques dates comme ici. Donc on se réfère un peu à ce qu’on a fait avant ; on essaye de faire des choses, parce qu’on joue à 22h et qu’on sait qu’à Luxey, à cette heure, les gens sont déjà bien chauds. On ne peut pas ici jouer des chansons trop intimes. La setlist s’établit donc en fonction de ça et du temps, puisque le concert va durer une heure et quart environ, avec Orelsan qui joue après. Donc c’est un challenge. Moi, je ne me lasse jamais, parce que l’intérêt n’est pas de répéter des chansons, mais de les jouer devant des gens différents. Ce que j’aime, ce sont les gens qui sourient et sont heureux à la fin : c’est la paye, ça! Etablir une setlist est délicat : il faut frustrer un peu les gens et aussi leur donner ce qu’ils veulent ; il faut des classiques, mais que les gens sortent un peu frustrés pour avoir envie de réécouter. C’est comme en sortie d’un repas : on n’est pas forcément bien, si on est rassasiés. C’est un équilibre à tenir entre les nouveautés et les classiques.

 

– « El Dorado », dernier album en date, est marqué par une ouverture de l’écriture, à des collaborations notamment. Est-ce par nécessité de renouveler l’inspiration du groupe à d’autres sources ou du aux influences de nouveaux membres récemment intégrés dans le groupe?

– Non. Pour la chanson « Lampedusa », je n’arrivais pas à l’écrire seul, et j’ai donc demandé l’aide d’un auteur qui s’appelle Vincent Tirilly. La crevette d’Acier est un groupe dont il était membre avec Chloé Lacan. C’est un auteur incroyable qui avait arrêté de faire de la musique, et je lui ai donc demandé un coup de main pour écrire cette chanson, parce que ça fait partie des sujets délicats ; il ne faut pas se gourer. Je préfère toujours avoir un autre regard, une autre écriture. Et puis au bout de dix albums, il est facile de tourner en rond et de se scléroser ; je trouve donc bien de se confronter à des collaborations. Je n’ai pas de recette pour écrire des chansons ; ça m’angoisse beaucoup.

 

– A ce sujet les voyages de tournée par exemple représentent-ils un moment propice à la projection dans l’album suivant et à son écriture ?

Personnellement ce ne sont pas les voyages qui m’inspirent, mais les rencontres, un livre, une information, l’air du temps, quelque chose de très intérieur que je travaille. A partir de la rentrée, on va jouer la tournée de Vian, et on sera déjà entrain de bosser sur l’album d’après, et je pense qu’il y aura des influences de Vian dessus. C’est une sorte de pelote qu’on tire. En fait il ne faut pas oublier qu’on écrit sur nous quand même ; et si ça résonne chez les gens, tant mieux. Mais c’est nous le médium : on ressent les choses, et on a beau dire, on écrit sur notre ressenti qu’on essaye d’ouvrir ensuite. En tournée, on emmagasine, mais pas tant que ça, parce qu’on est vite enfermés ; c’est une sorte de routine qui nous protège pour que le concert se passe bien. Et si on veut, on peut ne voir personne pendant les tournées. Par contre quand on va à l’étranger, on en prend un coup : quand tu pars tourner à Madagascar, tu n’en sors pas indemne, tant musicalement que du point de vue de la misère, de la vision de la France vue de là bas. Quand on va loin, c’est sur, on emmagasine des choses et ça ressort dans les chansons.

 

– La chanson  Lampedusa  évoque un thème qui résonne encore atrocement dans l’actualité, celui des réfugiés d’Afrique prêts à risquer leur vie pour trouver un meilleur sort ailleurs. C’est une cause qui mobilise beaucoup de monde en réaction au cynisme des politiques migratoires de l’Europe. Quel éclairage voudriez vous porter sur ce sujet qui, on imagine, vous sensibilise personnellement ?

J’ai écrit « Lampedusa » il y a très longtemps. Ce n’était même pas sur les migrants en fait ; c’était suite à la lecture d’un bouquin Laurent Gaudé qui s’appelle El Dorado, comme notre album. Ce qui me choquait, ce n’était pas tellement que ça nous arrive dessus -enfin que ça leur arrive dessus-, parce que c’est inévitable : il serait étrange de penser que les capitaux et les marchandises puissent passer et pas les gens. Il n’y a rien de plus volontaire que quelqu’un qui veut passer les frontières. Mais ce qui était étonnant c’est qu’à l’époque, ce n’était que des flashs d’information qui de temps en temps mentionnaient deux cent morts en méditerranée. C’était une nouvelle qui durait cinq secondes et passait à la trappe aussi tôt. Aujourd’hui la prise de conscience est là, donc de ce point de vue, il y a du mieux, même si c’est angoissant. Les gens sont acculturés : ils ont oublié que leur famille, eux-mêmes, viennent d’ailleurs. Moi, je suis moitié breton, et mon père est juif Pieds Noirs, donc a priori quelles étaient les chances pour mes parents de se rencontrer? On vit dans un monde d’assurance : on pense que tout doit être normé, prévu. Je crois justement que c’est ça qui fait l’enjeu de la vie : que les choses soient imprévues. Le fond de ma pensée est que nous sommes des enfants gâtés, qui vivons un âge d’or, et qu’on ne s’en rend pas compte, et qu’à ce titre là, on a quelques responsabilités qu’il faut assumer. Je n’ai jamais vu une personne s’étant un tout petit peu intéressée à l’Histoire et ayant lu quelques bouquins qui soit dans cet état de phobie. A la base, on est prêt à gober tout et n’importe quoi. Il y a un côté de l’information sur internet, avec l’absence de filtres, qui m’effraye un peu et que je ne maitrise pas du tout. Mais je pense que le fond du problème de la xénophobie est du à un manque d’éducation. Dans mon groupe il y a Chadi Chouman [musicien additionnel pour le spectacle sur Vian] qui est libanais chiite ; moi j’ai de la famille en Israël. Et on est potes, parce qu’on sait de quoi on parle. Ce n’est pas le sujet ; le sujet est ailleurs. A partir du moment où les gens savent de quoi ils parlent, où ils ont confronté les points de vue, tourné le prisme et réfléchi deux minutes, ils ne sont normalement pas en état de voter raciste. Ce qui rend les gens agressifs, c’est l’enfermement mental, le fait de ne pas sortir de leur bulle, qu’on ne leur serve toujours que le même discours ou qu’eux n’aillent pas chercher un autre discours. Je ne suis pas politicien ; j’essaye de ne pas donner de leçon. Mais c’est mon point de vue.

 

– Vous allez entamer une tournée de cinquante dates avec cet album hommage à Boris Vian. Comment est née en vous l’envie de célébrer ce poète avec un disque et surtout le spectacle que vous créez autour ?

On avait fait un spectacle jeune public sur Vian, et on a rencontré Françoise Canetti, qui est la fille de Jacques Canetti, l’éditeur de Brel, Brassens, Vian, en gros, de toute la Chanson Française d’un gros pan de l’Histoire de France. On a tous été éduqués avec eux. C’est comme ça qu’on a pu demander à Françoise Canetti de refaire des chansons de Vian et qu’on a eu accès à des textes quasiment inédits, pour lesquels on a fait des musiques originales. Et ce qui est dingue dans Vian, c’est que par exemple il était dans une époque où il était normal d’être misogyne, et que chez lui, il n’y a pas une once de misogynie. Il savait qu’il allait mourir, donc n’était pas dans le déni de la mort, mais pas non plus dans le côté obscur de la force qui consiste à dire « je vais mourir, j’en ai plus rien à foutre » ; il était à fond dans la vie. C’est une vraie leçon. Alors il y a une mise en scène de Nikola Carton, qui est un metteur en scène super classe et très gentil et doué, avec une voix off d’Oldelaf : c’est une déambulation dans la vie de Vian à travers des chansons. C’est très beau et intense. Tout Vian. Alors il y a des vieilleries, des mots pas très contemporains, mais on a pu faire un choix et je suis très fier de ce spectacle, qui comporte des chansons très connues comme « Le déserteur » et aussi d’autre peu connues, des chansons paillardes, interprétées avec notre vision, et pas mal de chansons qui étaient issues du premier album d’Higelin, « Jacques Higelin chante Boris Vian et Higelin », qui était un de mes albums de chevet. Mon entrée musicale dans l’univers de Boris Vian a été Higelin. Personnellement je sors du spectacle bouleversé : chanter tous les soirs « Je voudrais pas crever » ou même « Le déserteur » est très difficile, non pas techniquement, mais parce que ce sont des chansons très intenses. D’un point de vue musical, ce qui été le plus dur est que Vian composait beaucoup, mais en était complexé, car il travaillait avec des jazzmen, et à mon sens, il complexifiait un peu la chose, alors que ses chansons aujourd’hui auraient eu beaucoup de succès. On a donc fait un effort de simplification pour certaines chansons, et gardé d’autres choses telles qu’elles.

 

– Tu parles des artistes à travers lesquels Vian est arrivé à vous, comme Higelin. Comment arrive-t-on (ou pas d’ailleurs) à se détacher de ce qui avait été fait avant pour accéder à une lecture personnelle de Vian ?

On n’a pas pu se détacher de choses qui nous étaient vraiment familières, car elles étaient ingérées. Par exemple pour « L’âme slave », il était impossible de faire totalement différent de ce qu’en a fait Higelin. En revanche il y a plein d’autres choses dont on s’est affranchis ; on s’est amusés, surtout avec les textes dont on avait la musique à faire. On aura une date symbolique aux Trois Baudets fin septembre, parce qu’ils ont tous commencé là, y compris Vian. Françoise Canetti dit qu’elle l’a vu là bas, et qu’il était glaçant. C’était une catastrophe, mais pour tout le monde, car ils débutaient tous leurs tours de chant là. Vian n’était pas qu’un artiste ; c’était aussi un ingénieur. C’est l’inventeur du velib en quelque sorte, car il avait eu l’idée du vol organisé des voitures, c’est à dire qu’on prend sa voiture, puis on la laisse avec les clés dessus pour que les gens puissent s’en servir. Il était plein d’idées ! Enfin c’est difficile de dire ce que serait les gens aujourd’hui, car l’époque influe beaucoup sur les gens, et surtout sur les artistes.    

 

– Comme bien des groupes alternatifs ayant connu des débuts à la débrouille, vous avez vécu une période où les enregistrements studios s’effectuaient après avoir promené un moment les chansons devant les publics, de scènes en scènes. Aujourd’hui, le métier se fait essentiellement à l’envers, avec des sorties d’albums qui précèdent les tournées. Quels avantages ou inconvénients distinguent les deux façons de faire ?

Dès qu’on a fait l’album, on se dit « merde ! ». A part pour les premiers albums, ce qui est terrifiant avec les suivants c’est que tu ne tournes pas les chansons avant de les enregistrer ; c’est assez rare. Du coup elles sont moins maitrisées, et prennent forme sur scène, où on comprend ce qu’on a voulu dire, parce qu’on trouve les bons appuis. Il faudrait les enregistrer un an après les avoir jouées, comme on fait pour un premier album en fait. Le problème, c’est que les tourneurs veulent un album pour proposer des dates. Mais il est vrai que c’est dommage, car parfois on comprend les chansons longtemps après les avoir beaucoup jouées.

 

– Votre musique dessine un univers hétérogène qui se colore de beaucoup d’influences de genres musicaux divers, mais nait tout de même d’une génération qui porte, au moins dans l’esprit, l’héritage de la scène rock alternative française des années 80 florissante de labels indépendants. Vous sentez-vous investi aussi d’une conscience de poursuivre, à votre façon, la démarche des groupes qui ont amorcé cette épopée ?

Dans Debout sur le Zinc, on a été pas mal nourris aux Têtes Raides, Los Carayos, qui était quand même un groupe où il y avait tout le monde, les VRP, Néry, qui ne sont pas assez connus. Quand je pense que beaucoup de gens ont oublié qui était Néry, c’est insupportable. Donc on a effectivement hérité de ça. Après il a fallu s’en échapper. On est en filiation avec ça, mais on a un côté un peu plus variété, car notre musique est plus douce et plus facile d’accès, me semble-t-il ; il y a moins de parti-pris. On est peu plus mainstream. Mais on vient de là sans aucun doute. Tu vois, Les Ogres de Barback, Les Hurlements d’Léo et nous, on ne fait pas la même musique, mais les gens nous assimilent, car on fait les choses de la même manière, c’est-à-dire de manière sincère et frontale. On va voir les gens ; il n’y a pas de distance avec le public. Pour Debout Sur Le Zinc, le public est vraiment un autre membre : s’il n’est pas péchu, on ne peut rien faire. J’ai du mal à faire un concert sans dire aux gens de se lever, de bouger, de taper dans les mains. Même si je raconte des choses tristes, j’ai envie de le faire gaiement.

 

– Le nom de Debout sur le Zinc provient d’une référence à un vers d’un poème de Jacques Prévert (« Et la fête continue », Paroles), et c’est désormais Vian que vous allez célébrer. Les littéraires sont-ils des influences dont vous porter le souci dans votre écriture ?

Vian est une influence. Brassens, Brel. Le rôle de groupes comme les Têtes Raides, pour te dire l’importance de certains groupes pour d’autres groupes, a été de nous dire qu’il était encore possible d’écrire de la Chanson française sans être écrasés par le poids des anciens. A ce titre là, ils ont ouvert une porte, et plein de gens s’y sont engouffrés et ça a créé un mouvement musical. C’est surtout la Chanson qui m’inspire. Après j’essaye de ne pas trop réfléchir à cela, musicalement aussi. J’essaye de faire les choses de manière primaire ; le travail vient après. Mais si on réfléchit à la base à la manière dont on va faire les choses, le système se voit beaucoup. Un tout petit exemple : je devais faire des ateliers d’écriture avec le Château de Versailles, et on me demandait de faire écrire à une classe une chanson sur la Galerie des Batailles, qui est une galerie comportant des tableaux de bataille. Quand tu demandes dans la classe ce que les gamins ont vu, ils te répondent « des tableaux » ; puis tu leur demandes qu’est-ce que c’est des tableaux, et eux te répondent « de la peinture et de l’eau ». Et voilà : tu as une chanson. Tu ne réfléchis pas. Tu peux décortiquer, aller en profondeur et chercher des choses, mais si tu commences par tirer ce fil de la peinture et de l’eau, tout de suite, tu es dans quelque chose de poétique et tu peux ajouter des choses par-dessus, patrimoniales, de la mise en scène. Et après tu leur demandes ce qu’ils ont vu et ce qu’ils n’ont pas vu. Mais le premier jet, c’est vraiment la simplicité enfantine.

 

– Dernière question : en remontant dans tes souvenirs, te rappelles-tu quel disque ou artiste t’a le premier attiré à la musique ?

J’ai écouté beaucoup de musique classique quand j’étais petit ; j’étais violoniste. Mais, si je te dis Robert Smith, ça craint ? En fait j’adorais The Cure ; c’était la musique qu’écoutait mon grand frère. Et puis j’aimais bien aussi Depeche Mode ; il y avait plein de trucs très mélodiques et harmoniques. Et les deux premiers disques que je me suis achetés était La Mano Negra et « Les quatre saisons » de Vivaldi.

 

Miren Funke

Photo : Océane Agouteborde, Benjamin Pavone

liens : https://www.dslz.org/

Le dernier concert d’Anna Prucnal …

1 Déc
Lors de la première publication de cette chronique, on pouvait penser que c’était le presque dernier concert d’Anna Prucnal.
Ce fut sa dernière scène en région parisienne.

 

Anna Prucnal au Forum Léo Ferré décembre 2010

Martial Paoli, Anna Prucnal, Jean Mailland, Photos©NGabriel

C’était peut-être sa dernière représentation… Anna Prucnal comédienne et chanteuse hors du commun est venue faire ses adieux à la scène chanson au Forum Léo Ferré, enfin peut-être… Ce sont peut-être les derniers adieux, ou les avant derniers.. Allez savoir avec cette diva exigeante et fantasque qui a toujours mis son art au coeur de sa vie. Exigeante et fidèle, depuis pas mal d’années tous ses spectacles sont élaborés en collaboration fusionnelle avec Jean Mailland.

Pourquoi les adieux ? Peut-être parce qu’elle a tout fait, peut-être parce que sa voix n’a plus les éclats d’hier, mais grâce à une technique parfaite, une hyper sensibilité et un sens du texte très affiné, elle porte les mots avec une intensité émotionnelle exemplaire. C’est un moment de spectacle rare, et une leçon de spectacle exceptionnelle. On redécouvre avec la voix retenue les textes de révolte et de rage qui prennent une dimension nouvelle avec ces nouvelles interprétations.

Dans les 2 ou 3 premières chansons, on sentait qu’elle souffrait de cette retenue, mais très vite la comédienne prend ses marques, s’affranchit de la contrainte, c’est bouleversant, intense, ça touche en plein coeur, et dans cette petite salle chaleureuse, il y a une intimité , une proximité qui nous a laissés en totale communion avec Anna Prucnal, Jean Mailland, et l’excellent pianiste Martial Paoli

En quelques chiffres, Anna Prucnal, c’est 22 albums de chansons, 26 films , 15 téléfilms, 38 pièces de théâtre et 40 ans d’amour avec Jean Mailland …

Et si ces adieux étaient vraiment les derniers, mais sait-on jamais ? il y a un livre « Moi qui suis née à Varsovie » et quelques albums d’anthologie, où on croise Brecht, Vissotski, ces poètes flamboyants qui ont trouvé avec Anna Prucnal leur meilleure interprète , celle qui ne joue pas, mais qui incarne dans toutes les fibres de son être les sentiments exacerbés de ces oiseaux insoumis… Pourquoi elle vient trop tôt la fin du bal Pourquoi c’est les oiseaux jamais les balles qu’on arrête en plein vol.. A qui la faute ?

 

Il écrivait comme on se sauve d’un piège
faute au soleil faute aux tourments
mais comme il prenait pour papier la neige
ses idées fondaient au printemps
et quand la neige recouvrait sa page
faute aux frimas faute à l’hiver
au lieu d’écrire il essayait courage
d’attraper les flocons en l’air
mais aujourd’hui il est trop tard
il n’aura pas pris le départ
et son souvenir ne sera
que la chanson d’avant la lutte
et l’évadé qui n’aura pas atteint son but

(Vladimir Vissotski: « Le vol arrêté »)

C’était le 18 décembre 2010 , au Forum Léo Ferré à Ivry

 

Quelques chansons qui lui ressemblent ? Voilà…

 

 

 

Et pour  quelques photos de plus 

(Clic pour agrandir)

Photos©NGabriel

Norbert Gabriel

 

Montand et les auteurs…

29 Nov

Une discussion animée a occupé les réseaux sociaux récemment, sur l’interprétation d’une chanson dont le texte a été plus ou moins modifié et amputé . Sans l’aval de l’auteur(e).

Le fait est assez fréquent, parfois au mépris du droit moral de l’auteur, et en déformant le sens de la chanson. Par erreur ou incompréhension… Remplacer «Ma mie » par « Maman » dans « La non demande en mariage » relève peut-être d’un lapsus freudien.

 

Photos Crolla par Emile Savitry, Montand Harcourt, Prévert DR

Un des interprètes les plus connus dans le monde, Yves Montand, a souvent apporté des modifications dans les chansons qu’on lui proposait. Mais chaque fois, il en parlait avec l’auteur, et c’est uniquement avec l’aval de celui-ci qu’il enregistrait la version modifiée selon ses suggestions.

Le premier exemple c’est « La chanson des cireurs de souliers ». Prévert avait demandé à Henri Crolla de mettre une musique sur ce poème. Quelques mois après, nous sommes en 1947, Prévert et Crolla vont chez Montand, lui montrent la chanson, Montand est emballé, et adopte les cireurs. Toutefois, malgré sa timidité envers les intellos comme Prévert, il suggère une fin différente. Prévert accepte, et c’est la version Montand qui est déposée à la Sacem: «  Les cireurs de souliers de Broadway ».

On peut souligner que Montand n’a jamais revendiqué le moindre centime sur ses participations, au contraire d’une célèbre canadienne Céline D. qui demande 20% uniquement pour chanter ce qu’un autre a écrit. De même, Montand a repéré un texte de Gébé et a demandé à en faire une chanson, ce que l’auteur n’avait jamais envisagé. (Casse-Têtes, mis en musique par Philippe-Gérard, sur la demande d’Yves Montand qui avait repéré ce texte dans Charlie Hebdo )

On peut rapprocher l’attitude des auteurs avec Montand à celle de Boris Vian, quand Mouloudji lui a demandé des modifications pour « Le déserteur » réponse de Vian: « mais Moulou, tu fais ce que tu veux, c’est toi qui chantes.. »

Et non reprocher à Mouloudji d’avoir changé quelques vers… Que Vian a repris dans un de ses enregistrements de la chanson.

Pour conclure avec Montand, il a eu des intuitions fulgurantes, mais aussi raté des occasions… Toutefois, il était à l’écoute de sa garde rapprochée, Bob Castella, Henri Crolla, Simone, par ordre d’apparition dans sa vie. Quand Jacques Verrières lui a présenté « Mon pote le gitan » il était dubitatif et c’est Crolla qui l’a convaincu. Et si on peut reprocher à Montand un côté grande gueule italo-méridionale, il a toujours été d’une honnêteté scrupuleuse avec ses auteurs. Paraboschi, autre impulsif tonitruant a toujours été constant, « Montand pouvait pousser une gueulante de mauvaise foi dans le feu de l’action, mais après il venait s’excuser et reconnaître ses torts, quand il avait tort . Ce qui arrivait parfois.

Une de ses dernières interventions concerne « La bicyclette » dont le titre initial est à « à bicyclette »… Quand Pierre Barouh lui a montré la première version, une sorte de récit en deux temps, si on peut dire, il a suggéré à Barouh d’en faire un court métrage, plutôt qu’un documentaire, et en effet, l’auditeur entre d’emblée dans le film, alors que dans le documentaire, il est témoin extérieur ..

De l’ébauche d’une chanson à sa version définitive, gravée dans le marbre de la Sacem, la vie de l’artiste peut l’amener à faire des variantes, changer un mot, modifier une phrase, mais c’est toujours avec une raison précise. L’interprète qui modifie devrait avoir le scrupule d’en discuter avec l’auteur. En justifiant son point de vue.

Un des exemples les plus étonnants est l’histoire des « (..) Plaines du Far West ».   Montand a un peu plus de 20 ans, il a débuté avec un répertoire « Trechenel »  (Trenet-Chevalier-Fernandel) et il veut une chanson à lui. Il est fou de cinéma américain.  Son imprésario du moment l’envoie chez un musicien aveugle qui n’a jamais vu un western, Montand raconte, et la chanson nait ..  Co-écrite avec Maurice Vandair. Cette chanson n’a jamais quitté son répertoire, la voici dans une version très cartoon …  Les ragazzi qui l’accompagnent c’est le gang des ritals, Castella,  Balta, Paraboshi, avec Soudieux,  le trombone de Claude Gousset et Hubert Rostaing clarinette.  Crolla, qui était un des piliers du gang des ritals, était absent sur la scène, mais présent sur l’album, en scène c’est Didi Duprat qui l’a remplacé ..  and the show must go on …

Last but not least, dans « Les feuilles mortes » il y aussi une trace de Montand…

Voir ici–>

Norbert Gabriel

UNE DES DERNIERES SOIREES DE CARNAVAL MIS EN SCENE PAR CLEMENT HERVIEU- LEGER DE LA COMEDIE FRANÇAISE

25 Nov

C’est le sociétaire de la comédie-Française Clément Hervieu -Léger, virtuose de la mise en scène, qui s’empare d’Une des dernières soirées de Carnaval , pièce de l’illustre Goldoni publiée en 1762, au Théâtre des Bouffes du Nord.

Photo DR

Après avoir monté des pièces du répertoire classique comme : Le Petit Maître Corrigé de Marivaux(2016-2018-Comédie Française) ou encore Le Misanthrope de Molière en 2007, il s’attaque à l’italien Goldoni. 

Une fois assis, le public ne peut s’empêcher de discuter. On attend que la pièce commence. Sauf que le spectacle a déjà commencé : des comédiens assis en fond de scène, derrière des sortes de tables de maquillages nous regardent. Le maître des lieux fait son entrée. On dresse la table, quelque chose se prépare : c’est la fin de la saison théâtrale à Venise, ça se fête ! Mais le départ d’un personnage viendra perturber l’équilibre des rapports de cette micro-société bourgeoise. En effet, Une des dernières soirées de Carnaval est une des dernières pièces qu’écrira Goldoni avant son départ pour Paris. L’auteur vénitien veut en finir avec les archétypes hérités de la Comédia Dell’arte. Il prend le large pour tenter sa chance auprès du public français.

Les couples arrivent, défilent, on discute et on rit dans ce salon cossu de la fin du XVIII ème siècle. 

Clément Hervieu-Léger a restitué à merveille la force du théâtre de Goldoni car on entend le texte porté par d’excellents comédiens. Ces nobles ont un « parlé large », ils échangent haut et fort dans des costumes somptueux. D’ailleurs, certaines scènes de groupe, quand les convives sont attablés, nous font penser à ces peintures représentant des instants de vie ou d’échanges amoureux : des postures, une main qui tombent , un homme adossé à un fauteuil, tout cela dans un luxe raffiné à l’italienne. Tous ces caractères particuliers sont tiraillés par leurs amours.

« La nature elle même a jeté les passions dans nos cœurs
et la raison ne peut rien contre l’amour »

La joie d’être ensemble, réunis pour cette dernière soirée, entraîne les spectateurs dans ce joyeux carnaval. On a l’envie de se joindre aux comédiens sur scène ! Tout est d’une extrême subtilité : les costumes, le jeu des acteurs, le choix des décors… Ce théâtre qui réunit va au delà de l’entre-soi aristocratique et des petits milieux clos. Il met en valeur toutes les couches de la société en montrant ce qu’elles ont de plus ridicule. 

Photo DR

Les musiciens, les valets et serviteurs dansent, rient et chantent avec leur maître. Du dilemme amoureux larmoyant à la plaisanterie graveleuse, cette pièce nous saisit du début à la fin, une réussite…

 

Aperçu de la pièce dans une autre mise en scène.

 

Mathias Youb

Guy Béart révolutionnaire ou prophète ?

22 Nov
En préambule ces mots de Pierre Barouh :
«  La chanson sait exprimer des sentiments complexes avec des mots simples. »

Prophète ou révolutionnaire ?  Révolutionnaire, et/ou visionnaire ?

Le livre de Michel Trihoreau est exemplaire pour démontrer à travers la chanson et un auteur-compositeur-interprète, Guy Béart, toute la dimension de cet art populaire dans la société. Remettons à sa place l’anecdote piteuse d’Apostrophes, l’exemple même des schémas simplistes pour réduire un débat de fond à une pitrerie désolante de propos de comptoir. Mais parfaite pour faire la joie des habitués des étiquettes, ceux qui ne vont jamais plus loin que le titre à effet sans s’attarder à une quelconque analyse.

Et quand un auteur a une œuvre aussi diversifiée que Béart une seule étiquette ne peut suffire . Ou peut-être, selon Aragon:

«  Le poète a toujours raison, et le futur est son royaume. »

Michel Trihoreau a exploré toutes les facettes de ce personnage assez atypique, que ses « principes » ont mis dans une sorte de terrain vague aux multiples entrées : poète populaire avec « L’eau vive » devenue chanson du folklore, surréaliste amer avec « En marchant » chroniqueur des couleurs du temps, « Qui suis-je… Fille d’aujourd’hui » fabuliste narquois «  Le chapeau », visionnaire dans son métier,  s’émancipant des tutelles du showbizz, en devenant son propre éditeur, bien avant les autres.

Vous trouverez beaucoup d’autres pistes confirmant le titre « Révolutionnaire ou prophète » avec aussi l’envie de découvrir ou redécouvrir un répertoire d’une richesse et d’une diversité rares.

Chacun a sa chanson « de mémoire » en rapport avec une tranche de vie personnelle, selon l’heure et le temps, mais pour finir cette invitation à faire une grande ballade musicale avec Guy Béart, une chanson, en particulier, me paraît symbolique, c’est à la fois la plus belle déclaration d’amour aux femmes -mais pas que- et c’est aussi ce que j’ai envie de lui dire, « ce que j’aime en vous, c’est vous… » la suite ci dessous.

Le livre de Michel Trihoreau est en librairie aujourd’hui, 22 Novembre, édité par  « Le bord de l’eau » à visiter… pour commander en librairie de proximité.

Le Bord de l’eau, c’est ici:
Clic sur la librairie et entrez: –>

 

 

 

Norbert Gabriel

Et pour la librairie en général, soyons des résistants aux hégémonies envahisseuses, voyez ci dessous:

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Julie Lagarrigue seule en scène : double ration de poésie au théâtre Le Levain de Bègles (33)

14 Nov

 

Vendredi 4 et Samedi 5 octobre, c’est dans l’antre merveilleux d’Attila et Marie-Laure Piroth [ici], qui depuis qu’ils ont ouvert ce lieu de spectacle, dans une ancienne boulangerie de Bègles (33), œuvrent au soutien des artistes, conviant un public curieux de découvertes et amateur de cultures alternatives à venir écouter respirer la musique, assister à des pièces de théâtre ou participer à des ateliers, que Julie Lagarrigue donnait rendez-vous au public girondin pour un récital intimiste des chansons de son album à sortir sous peu:  « Amours sorcières ». C’est toujours dans une ambiance chaleureuse que le Théâtre Le Levain se met en quatre pour faire vivre l’accès à l’art et à la culture, réanimer la vie de quartier, et régaler les amateurs, autant de nourritures émotionnelles et spirituelles que gastronomiques au bar du théâtre. Il est de ces endroits où on se sent heureux d’arriver, confiant de la garantie d’y croiser des retrouvailles, d’y nouer de belle rencontres, et d’en ressortir quelques heures après enrichis moralement, quoi que délesté de quelques larmes et sourires restés hanter les lieux.

Le Levain était donc un lieu tout consacré pour entendre s’emporter, s’enflammer et se transmettre autrement les chansons d’une artiste mue par un gout de la différence, venue interpréter seule sans ses musiciens, mais accompagnée tout de même de quelques instruments, les titres de son album. Julie Lagarrigue nous délecta d’une interprétation dans la sobriété d’un accompagnement mono-instrumental au piano, à l’accordéon où à la guitare -dont une crée par l’artisan luthier Hervé Berardet-, des chansons que nous avions eu le plaisir de découvrir tintantes d’autres chromatismes sonores lors de son concert au Théâtre Artisse à Bordeaux avec Ziad Ben Youssef au oud et Anthony Martin à la guitare [ici]. Le contraste savoure deux accroches de l’oreille différentes, où pourtant s’exprime un même sens de la beauté qui semble instinctif à l’artiste. De la délicatesse en douceur (« Le beau de la forêt »), de l’humour (« Mon mec est un scientifique »), de la gravité aussi pour évoquer le sort dramatique des exilés (« Sombre » extrait du précédent album « Fragile, debout »), et un brin de démence furtivement inquiétante (« Schizofrène ») allaient transpercer et transporter le public du Levain, deux soirées de suite, pour un voyage émouvant à travers les titres d’«Amours Sorcières », mais aussi de quelques extraits des précédents albums (« Léon qui gronde »), et nous dire comme la poésie d’un regard peut se changer sans s’altérer, à épier plusieurs dimensions d’une même réalité en variant les prismes au travers desquels elle nous les dessine, et n’en rester pas moins éloquente et résolue à éveiller nos imaginations, férocement ou tendrement. « La tendresse » allait d’ailleurs résonner d’une reprise bienvenue de la chanson de Noel Roux interprétée par Bourvil qui trouva intuitivement et légitimement sa place au creux du récital pour se laisser fredonner par le public, tant que son écho persistait en tête après le concert.

Julie Lagarrigue qui parallèlement s’attelle à se produire avec le projet « Chanson à 2 accords » porté par son guitariste Anthony Martin et l’artiste Cécile Delacherie [ici] dans le cadre de son association Le Dire Autrement [explication du projet et lien de financement participatif : ici] de chants écrits à l’Hôpital Charles Perrens et chantées par des enfants, des jeunes en situation de handicap, en post cure psychiatrique, des personnes en détention, en insertion, des amateurs, des patients, des soignants, des travailleurs sociaux, et des personnes âgées fragilisées, promènera encore ses chansons au grès de plusieurs dates et annoncera la sortie officielle de l’album « Amours Sorcières » lors d’un concert le 21 février 2020 au Rocher de Palmer à Cenon (Bordeaux).

 

Miren Funke

Photos : Miren

 

Site : http://leveloquipleure.fr/

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