Monsieur le Président,

31 Mai

Je vous fais cette lettre, que vous lirez certainement, en président conscient des enjeux culturels qui sont partie prenante dans les débats de société qui agitent la France depuis quelques mois.(…)

Pour la suite, suivez le facteur,  et clic sur le vélocycle.

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Jazz à la Chope …

27 Mai

 

C’est là où on s’en ressert volontiers quelques tournées, des bien servies des belles cuvées de ce jazz dit manouche qui nous laisse toujours la tête et le corps en fête . Une fête joueuse et joyeuse généreusement partagée dans laquelle chaque inconnu est un ami qu’on ne connait pas encore. *

Mais revenons à la genèse de ce goût immodéré pour ce jazz aux Puces. C’était en un temps où Didier Lockwood faisait la tournée des bars et des jams impromptues avec les groupes invités par les différents bars restaurants des Puces de St Ouen .. Et un public extrêmement diversifié se donnait rendez-vous en Juin pour un grand week end de musique. Dans ces rendez-vous privilégiés, pour ma part, le Relais des Brocs et La Péricole. Au Relais des Brocs plusieurs années de suite, j’ai vu des mômes ravis danser au pied d’Aurore Quartet, à La Péricole, ce furent les retrouvailles régulières avec des personnages haut en couleurs comme évadés d’un film de Minelli sur un air de Gershwin… Un temps révolu, la disparition de Lockwood a été la fin de Jazz aux Puces. Mais ..

Mais la Chope des Puces est intemporelle depuis les années où Django, Crolla et la fine fleur de la guitare s’y retrouvaient. Et après 81 jours d’abstinence de scène vivante, voici que la musique est descendue dans la rue et le passage qui jouxte la Chope des Puces. Lior et Ezéckiel Krief Maxime Bousquet, et leurs amis ont régalé le public entre 14h30 et 17 h … En différentes configurations, avec un égal bonheur. Comme on le voit sur la photo, il y a 3 guitares, type Maccaferri Selmer, celles de Django, Henri Crolla, les frères Ferret , Oscar Aleman, Francis Moerman … dont on peut lire parfois qu’elles ont un son ferraillant, mais avec ce trio, c’est un son très propre, onctueux, élégant, du swing champagne sans une once d’acidité ferrailleuse. Ce qu’on peut entendre avec Henri Crolla et sa Selmer 453 de 1938.

et voici le son Henri Crolla,

Et les guitares

 

Il y avait un peu de tout ça, la joie de vivre, la poésie et le swing, des gens heureux de vivre ce moment, parents, grands parents et enfants unis par une même gourmandise musicale avec les frères Lior Krief et Ezeckiel Krief , Maxime Bousquet

et leurs invités, Steven Reinhardt (guit) Alban Chapelle et Michel aux cuivres …

 

Après vous avoir alléché – j’espère – voici la bonne nouvelle, ils reviennent la semaine prochaine, même lieu mêmes heures … La météo est optimiste, c’est à deux pas de Paris, que demander de plus ? Des photos, en attendant..

et la musique http://https://www.facebook.com/maxime.bousquet/videos/10158947573469113/

et pour quelques photos de plus …

 

Photos©NGabriel2020

 

 

https://www.kriefbrother.com/

*… chaque inconnu est un ami qu’on ne connait pas encore.. Adaptation d’un proverbe irlandais,

« Un étranger est un ami qu’on ne connait pas encore. »

 

Norbert Gabriel

Rencontre avec Yves Duteil, en 2008

26 Mai
Cet entretien, enregistré un après midi à Précy sur Marne,  a été publié en 2008, mais il me semble qu’il y a pas mal de choses qui résonnent toujours avec pertinence.

La chanson francophone disparait de plus en plus des programmes des grands médias, la création laisse le plus souvent la place à des artefacts  commerciaux d’albums hommages souvent dommageables pour l’auteur initial.

ETRE OU NE PAS ETRE…?

L’HOMME DE SES CHANSONS…?

«Pour bien comprendre les gens, le mieux est encore d’écouter ce qu’ils disent» Pierre Dac.

Si les artistes interprètes sont des gens comme tout le monde, ça signifie que le comédien qui joue le rôle d’un tueur psychopathe est un tueur, ça signifie que Maurice Chevalier est Prosper, le mac chéri de ces dames. (Pour nos lecteurs trop pressés le mac n’est pas le Mac, et Prosper était un mac, souteneur, julot casse-croûte, un proxénète pour le Larousse élémentaire) ça signifie que Lino Ventura était un gangster selon les dialogues de «Touchez pas au grisbi» et que les chanteuses qui ont mis «C’est mon homme» à leur répertoire sont des masochistes invétérées prêtes à tout. Un interprète passe son temps à entrer dans la peau des personnages qu’il fait vivre. Il n’est pas obligé, dans la vraie vie, de penser comme son personnage. Un auteur de roman, ou de chansons, invente des situations, des intrigues, dans lesquelles le personnage X ou Y s’installe avec plus ou moins de crédibilité. Michel Sardou, qui a fait fort avec quelques textes-choc a tenté d’expliquer qu’il n’est pas l’homme de ses chansons. Mais dans la musique dite de variété, ce n’est pas facile de se hisser au dessus du premier degré pour la plupart des journalistes dits critiques. Prendre cette pochade «Le joli temps des colonies» pour un hymne à la colonisation est faire preuve d’une indigence intellectuelle consternante, et si ce n’est pas le cas, essayer de faire passer cette thèse auprès de lecteurs potentiels est d’une malhonnêteté rare. Sauf à défendre mordicus que l’homme et le rôle ne font qu’un. Autre cas d’école : «les villes de grande solitude» (1973) du même Sardou ; chanson très controversée, appel à la violence, appel au viol, mais un peu avant (en 1971) le film Orange mécanique montrait des scènes beaucoup plus violentes, et c’est devenu une sorte de référence cinématographique, vision d’un monde qui perd ses repères, et en quelque sorte prophétie : 30 ans après, ce sont les banlieues de grande solitude qui brûlent. Pierre Delanoe et Sardou, les auteurs de la chanson, auraient mérités le bûcher, mais pas Kubrick… vous avez dit bizarre ? Et Stanley Kubrick est-il l’homme de ses films ? la question n’a pas été posée. Donc en poursuivant cette logique, on devrait trouver dans les chansons d’Yves Duteil tous les stigmates d’un homme de droite, réac, et pourquoi pas facho tant qu’on y est, puisqu’on le catalogue «de droite» sous-entendu valeurs pétainistes, bourgeoises, conformistes… J’ai donc réécouté ses chansons, et globalement, j’ai entendu pas mal des thèmes qui inspiraient Félix Leclerc par exemple, à qui personne n’a eu l’idée saugrenue de faire un procès sur le thème chansons réacs… Au Québec, on a le droit de chanter la nature, mais en France, c’est pétainiste. Quand Joan Baez chante «Prendre un enfant par la main» c’est bien, quand c’est Yves Duteil, il s’est trouvé un hurluberlu, journaliste écrivain, pour dénoncer un hymne à la pédophilie. Et Brel avec sa berceuse «Quand Isabelle dort» ce serait pas un peu louche ??? En revanche, «Royaume de Siam» en 1988 ou 89, (le roman) n’a pas suscité un mouvement d’indignation, c’est l’histoire d’un voyageur solitaire qui va régulièrement en Thaïlande retrouver une très jeune prostituée de 12 ou 13 ans, on dit comment déjà pour ce genre de relation ? On n’en dit rien en 1988, sauf une journaliste de France Inter qui appelait les choses par leur nom… ça n’a pas entaché l’aura de l’auteur. Je vous laisse continuer l’exercice des étiquettes qu’on peut coller à chacun selon l’angle d’approche que vous aurez choisi. En remarquant au passage, qu’un angle apporte souvent une vision réduite d’un paysage. L’angle journalistique peut devenir une déformation volontaire quand l’objectivité est assujettie à une ligne éditoriale un peu sectaire. Genre: Manu Chao, c’est pas pour les lecteurs du Figaro.

Et on laissait les lecteurs libres de leurs points de vue ? Les étiquettes bien caricaturales simplifient le travail, un tel à gauche, un tel à droite, et les idées semblent bien rangées. Mais texte en main, j’aimerais qu’on me démontre en quoi les valeurs défendues par Jean Ferrat (tricard de toutes les télés depuis des années, sauf chez Drucker) sont tellement différentes de celles défendues par Yves Duteil (tricard de tous les médias depuis plusieurs années, sauf dans une émission franco québécoise, où on pouvait difficilement parler de chanson francophone sans «La langue de chez nous»).Si on devait faire un survol de l’engagement citoyen des uns ou des autres, Ferrat a été conseiller municipal du village où il habite, Duteil est maire d’un village minuscule de la Seine et Marne, où il s’est engagé sur des questions d’écologie, où il a été réélu depuis 20 ans, et dans ce village il était voisin de Barbara. Ensemble, ils ont mené différentes actions, mais curieusement personne n’a jamais fait à Barbara le reproche d’être de droite. Ce qui en l’occurrence n’a aucune importance quand on se bat contre le Sida, ou contre des nuisances sonores, ou la réhabilitation de Seznec. Quand il est question d’engagement, pour des artistes, c’est toujours compliqué. Montand dont les convictions ont toujours été clairement établies s’est trouvé souvent dans des situations paradoxales, peu confortables. En 1956, il devait faire une tournée en URSS quand les chars soviétiques à Budapest ont déclenché des polémiques enragées, dont l’idée globale était qu’il ne fallait pas y aller, à Moscou ; autant à droite qu’à gauche, l’abstention lui était vivement conseillée. Finalement, «on y va, on sera mal avec tout le monde, mais bien avec nous-mêmes» Ils y sont allés, ils ont vu, ils ont compris, Montand, Simone Signoret, Castella, Paraboschi, Soudieux, Crolla et Marcel Azzola, remplaçant Freddy Balta, allergique autant à l’avion qu’au bolchevisme. Et heureusement parce qu’Azzola avait joué dans des orchestres russes, à Paris, et sa connaissance du russe lui a permis de mettre des sous titres aux discours officiels très enjoués, et très arrangés sur les réalités de la vie. D’où le désenchantement post voyage en URSS, et de fait, Montand a eu raison d’aller voir de près, plutôt que faire confiance aux thuriféraires (ou aux détracteurs définitifs) du système soviétique. On revient au postulat de Pierre Dac «Pour bien comprendre les gens....»

En 2008, il est facile de savoir ce qu’il fallait faire en 1956, mais 1956, c’était à peine 15 ans après Stalingrad, qui a vu le coup d’arrêt à l’avancée du nazisme, et ça donnait un sérieux argument aux admirateurs de l’URSS. Après, on a su, tout ou presque tout. Mais pour revenir à nos chansons, à nos chanteurs étiquetés, les sectarismes et opinions orientées n’ont jamais fait une vérité. Quelle que soit l’étiquette d’ailleurs, Henri Salvador, chanteur démodé en 1995 et qui fait un triomphe en 2000, idem Nougaro, mis au rencart en 1989, juste avant Nougayork… La situation d’Yves Duteil est presqu’unique : le reproche majeur qui lui a été fait c’est d’être trop lisse, trop gentil… Ah, c’est grave ? Oui, parce qu’on ne peut rien répondre à ça. Faudrait-il qu’il s’invente des turpitudes propres à réjouir le lecteur ? «Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées...» Trop gentil, ce qui sous entend que les autres sont tous de francs salopards, des crapules vicieuses, d’immondes créatures, mais on ne le dit pas trop… On en fait des brèves pour alimenter les journaux à scandales, mais sur le fond, il y a une sorte de fascination de l’interdit qui parasite le jugement. Beaucoup d’idoles du rock ont été victimes d’un mode de vie qu’on ne peut conseiller à personne, mourir étouffé dans son vomi par excès de drogues diverses est-ce vraiment un idéal de vie ? Est-ce que ça a apporté un surplus de qualité à leur musique ? Pas sûr… Autre étiqueté de marque, Sardou. A partir d’une chanson, on extrapole les théories les plus audacieuses. Sardou met en situation des faits divers, et les prend à son compte, comme n’importe quel comédien entre dans un rôle. Quelle est la part de ce qu’il est dans les personnages qu’il met en chanson ? Question ambiguë. L’interprète s’exprime à la première personne, et parfois, c’est ce qui fait le succès de la chanson. Quand Moustaki écrit la première version du métèque «avec ta gueule de métèque» (chantée par Pia Colombo) la chanson ne passe pas, il faudra qu’il la chante en la prenant à son compte, «Avec ma gueule...» pour que la chanson, à laquelle personne ne croyait, devienne un succès après quelques mois de discrétion. (et grâce à Discorama de Denise Glaser) Imaginons que Sardou ait chanté «Les villes de grande solitude» à la troisième personne… Je ne connais pas Michel Sardou, je ne sais pas qui est l’homme, mais en faire l’homme de ses chansons me semble trop simpliste comme approche. Car on peut faire dire n’importe quoi avec un angle biaisé. Quand Aznavour chante « je suis un homme oh comme ils disent» faut-il prendre le JE comme base autobiographique ? Quand Bénabar chante «je suis de celles...» vous le prenez pour cette fille qui se donnait à tous ceux qui passaient ? Quand Yves Duteil chante,

Pour l’amour de la vérité
Que de haine on a pu semer
Que de peur et de dérision
Des Croisades à l’Inquisition
Qui peut mettre l’éternité
À l’épreuve de vérité ?

Comment croire à la vérité
Qu’on nous livre de tous côtés
En pâture au gré d’un caprice
En otage ou en sacrifice
Dans les mains de ces fous à lier
De quel bord est-elle une alliée ?

Pouvez-vous coller une étiquette politique sur ce texte ? moi pas, humaniste simplement. Une sorte de rumeur persistante tente d’expliquer que c’est un lien amical avec Chirac qui est la cause de sa tricardisation médiatique, faux, ça a commencé en 1980, et c’est en 1995 que ces liens ont été connus, Michel Rocard aussi est ami avec Chirac, et que l’on sache, il n’était pas vraiment de droite, Rocard.

Denis Seznec

Guy BEDOS – Richard BOHRINGER – Yves BOISSET – CABU – François CAVANNA Laurent FABIUS – Jean FERRAT Paul GUIMARD – Henri LABORIT – Jean-Marie LE CLEZIO – Maxime LEFORESTIER – Stellio LORENZI – Yves MONTAND – Jeanne MOREAU – Marcel MOULOUDJI – Claude PIEPLU – Abbé PIERRE – Pierre RICHARD – Yves ROBERT- Michel ROCARD- Claude SERILLON – Yves SIMON – Bertrand TAVERNIER — Claude VILLERS – Georges WOLINSKI –

Tous ces gens ont fait partie du comité Seznec, mais quand il est relaté dans les Guignols de l’info une actu sur la révision du procès, c’est Duteil qui est flingué. No comment. On est entré de plein pied dans une époque où le réflexe remplace la réflexion, et la méchanceté remplace l’intelligence. C’est parfois une des dérives des chroniqueurs dans les multiples talk show, le principe du sniper s’embusque pour tirer, pourvu qu’il atteigne la cible, il ne se pose pas la question de la justesse de la cause, et la victime ne peut pas répondre, car le sniper-télé s’est esquivé. Si parfois la cible se rebiffe, c’est mal pris, car la victime doit acquitter la rançon de la gloire… Voilà, s’il vous advient un peu de gloire, il faut payer une rançon. Comme un otage… Allez un petit bout de texte, pour conclure:

Chez lui tout est tendresse, bonté, vérité et fraternité exprimées au travers de métaphores d’où l’âme sort purifiée de sa peine ; mais qu’on ne s’y trompe pas, le verbe va bien au-delà de ce qui pourrait paraître comme une description simpliste.

Il s’agit de Félix Leclerc. C’est après un entretien avec Yves Duteil que s’est développée cette réflexion, histoire de comprendre, ou essayer de comprendre le pourquoi de ces étiquettes, leur justification réelle ou supposée.

YVES DUTEIL «… Je suis le plus mal placé pour expliquer ces étiquettes, je ne comprends pas, et que faire ? Etre gentil, courtois, attentif, j’assume, s’il est besoin d’assumer, je ne vais me défendre de ça, et quand on ajoute ringard… la ringardisation, je ne l’ai pas vue venir, mais je l’ai senti passer, on se trouve dans des situations sans issue, un animateur radio vous appelle en direct, vous ne savez pas ce qui s’est dit avant, on est coincé, obligé de répondre, et avec humour. Un jour un animateur appelle, il avait parlé d’anniversaire : c’est un jour maudit, c’est l’anniversaire d’Yves Duteil, qu’est-ce qu’on peut répondre à ça ? Avoir sa marionnette aux Guignols, c’est peut être un signe de reconnaissance, mais quand il y a une manifestation du comité Seznec, c’est Duteil qui est flingué par les Guignols. Le seul écho, c’était «tais-toi» (d’où la question subsidiaire, qui est la vraie cible à déconsidérer ? la cause, le comité Seznec ??) «Le comité m’avait contacté parce que je suis le petit neveu de Dreyfus. Dans ma famille, Dreyfus a été un fardeau avant d’être un étendard. Et la chanson «Dreyfus» c’était pour vivre dans la lumière de Dreyfus plutôt que dans l’ombre de l’affaire. Il y a eu une époque où c’était peut-être la chanson française qui était dite ringarde, pourtant quand il y a eu la mission du Ministère de la Francophonie, on était des précurseurs. J’étais allé chez Félix Leclerc, et c’est après l’avoir rencontré que j’ai écrit «La langue de chez nous» pour réveiller les consciences disait Félix, c’était en 1985, et c’est la dernière chanson qui soit passée en radio. On peut dire que c’était ma première chanson engagée. On a continué à me qualifier de lisse, gnan-gnan, malgré «Le mur de Berlin» ou «La Tibétaine» que j’avais écrite pour une prisonnière détenue pour délit d’opinion, et qui a été libérée ensuite. Les chansons, c’est participer à la vie de son pays, à sa culture, et ce serait ringard ? Déjà en 1970 , il y avait des réactions d’une hostilité et d’une violence incompréhensibles, que je ne comprends toujours pas. C’est Leclerc qui disait:

Un poète qui ne dérange pas ne sert à rien.

Je dois déranger beaucoup de monde finalement, pour quelqu’un de lisse et gentil. L’alibi de l’engagement politique ne tient pas, c’est depuis 85 que le silence média s’est installé et c’est en 1995 que je me suis déclaré aux côtés de Jacques Chirac pour une cause précise, j’ai pensé qu’il pouvait être utile de se servir de la notoriété que j’avais pour faire avancer un tout petit peu une action socio-politique, à partir d’une association locale engagée sur un problème d’environnement, en 1989 j’ai été élu maire de Précy. C’est aussi une façon d’être dans la création, être à l’écoute, agir au quotidien. En 1981, nous avons pris la décision de nous produire nous-mêmes, face au mur du silence, c’était ça ou arrêter. Noëlle a été très déterminée, c’est difficile ce genre de décision, en plus du risque.»

Noëlle Duteil : «C’est très dur car il n’y a plus tous les regards extérieurs, tous les rouages qui se complètent pour finaliser un disque, on prend toutes les décisions en espérant que ce seront les bonnes, et ensuite devant le mur du silence, les questions viennent, et elles restent sans réponse. Un disque a besoin d’un relais média, sinon qui pourra l’entendre

Yves Duteil : «La chanson est le seul «produit artistique» qu’on achète après l’avoir consommé, il faut l’entendre, c’est le minimum… pour les concerts, je n’ai jamais cessé, entre 70 et 80 concerts par an, la scène est vivante, mais je suis un peu inquiet pour l’avenir de la scène chanson, il y a beaucoup de jeunes artistes très talentueux, mais je crains que les perspectives du spectacle vivant ne soient pas très rassurantes..

Nous reviendrons prochainement sur cet aspect de l’évolution du métier. L’actualité d’Yves Duteil, en Octobre, c’était 15 jours au Théâtre Dejazet, pour la sortie de son 13 ème album, (fr)agiles un spectacle mis en scène par Néry avec beaucoup de finesse. Et la tournée continue sur les routes de France (à suivre sur «le blog à part d’Yves Duteil»). Petite note rigolote pour finir, quels sont les points communs entre Allain Leprest et Yves Duteil ? j’en ai recensé quelques uns :

  • ils ne sont jamais dans les play list radios .
  • ils ont écrit une chanson ensemble .
  • ils n’ont pas la carte RPR /UMP 


Si vous avez d’autres propositions, écrivez moi …

Depuis Yves Duteil a eu quelques années compliquées par un accident, mais son album « Respect »  l’a remis dans l’actualité de la chanson. Voir ICI. —>

 

 

 

 

Norbert Gabriel

Le cas Erwan Larher, auteur

23 Mai

Titre : « Le 1 et le 3 », par Hum Toks / E.5131 / Eric SABA

Sous-titres possibles :

– 2 romans, 1 chronique…

– Erwan Larher, membre de la tribu…

– Comment parler de soi, de lui et d’autre chose ?

– Chronique ni tête…

©Dorothy-Shoes

©Dorothy-Shoes

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Roman n°1

Qu’avez-vous fait de moi ? : un mec qui imagine sa vie, les nanas, quand il sera riche et qui commence par essayer de… trouver un emploi… La suite ? Il s’interroge. Et il a raison. Parce que le pauvre gars ne saisit pas tout. Et pourtant, autour de lui, il s’en passe des choses…

Roman n°3

L’abandon du mâle en milieu hostile : un mec insipide qui sort avec la fille la moins insipide qui soit, qui voit sa vie défiler, thuriféraire, et qui s’interroge… quand tout est fini. Alors, on recommence.

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///

Hum, hum… On adopte le style d’Erwan Larher assez vite : efficace, jeu sur le mot, la structure, le renversement des points de vue, contre-pied, raquette de squash à la main, recherche du terme hétéroclite… Put one coin ! Erwan prend à cœur son rôle de narrateur, caresse, en apparence et dans le sens du poil, le lecteur en se jouant de lui, car au bout : la surprise. Il n’envisage pas l’écriture sans la surprise, le jeu, le plaisir. Et le petit plus dont il est question tout de suite.

2 lettres pour commencer : EL

Cher Erwan,

En écrivant L’abandon du mâle en milieu hostile, ton troisième roman, tu t’inscris dans un mode qui ne plaira pas à tous : manipulation, paranoïa, complot ? Il faut être un peu au clair avec soi-même et avec le monde pour s’engager sur cette voie. Tu me feras remarquer que ton premier récit Qu’avez-vous fait de moi ?, déjà, respectait, à la ligne, le manifeste originel du « parfait parano(e) ». Tu me parleras alors de ton deuxième roman et je t’arrêterai bien vite pour te dire « laisse-moi la surprise, je ne l’ai pas encore lu ». Concernant ce premier roman et ce dernier en date, que dire ? Ils m’ont plu.

Cher lecteur, quelques rappels concernant la manipulation, la paranoïa, le complot…

Faire sa Cassandre n’a rien de plaisant. Pourtant « les parano(e)s ! » finissent par adopter le terme qu’on leur colle. Ce terme qui devient doux comme une deuxième peau, ils en redéfinissent le sens, finissent par le porter comme un gonfanon et à fabriquer, avec leurs congénères, une petite tribu répondant au nom de « Salut les parano(e)s ! ». Ainsi, autour de la table, les regards échangés permettent aux parano(e)s en tous genres de se repérer les uns, les autres. Ils finissent par former un groupe, une entité, une carapace fraîche : le groupe débile, indélébile, de ceux qui annoncent… et la stratégie est simple : il s’agit de jouer sur le mot, le sens, la situation et de tout renverser… (en commençant par la définition, pour finir peut-être… par la table). Erwan, lui, écrit des romans.

©Dorothy-Shoes

©Dorothy-Shoes

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Erwan, puisque c’est de toi qu’il s’agit

Cher lecteur de Leblogdudoigtdansloeil (NB : c’est pas moi qui ai choisi le nom du webzine…),

C’est le deuxième auteur que je chronique ici. Le premier, Sébastien Ayreault, pour son très beau Loin du monde. Le second, Erwan Larher.

Ces deux-là se sont peut-être croisés, cette année, lors du Salon du Livre de Saumur, au cours duquel Erwan a gagné le « Prix Claude Chabrol ». Depuis, il a raflé d’autres prix et son roman L’abandon du mâle en milieu hostile se retrouve en haut des conseils de lecture pour l’été qui vient (à petits pas…). On parlerait, se murmure-t-il, d’une adaptation pour le cinéma…

©Sandra Reinflet

©Sandra Reinflet

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L’univers

Que puis-je dire de ses « héros » ? Des quidams. Et ce regard porté sur la société… ? Il dit « cynique », je dis « désabusé ». Le personnage principal… ? Il dit « couillon », je dis « naïf ». On peut cumuler les deux. Un héros, anti-héros, héros malgré lui de son plein gré, qui ne se retrouve jamais du bon côté de la barrière. Les filles… ? No comment. Si : un problème. Le blé… ? No comment. Si : un miroir aux alouettes, bien présent. Le rapport à la hiérarchie… ? No comment. Si : des dieux, des maîtres… des manipulations, des machinations. La politique… ? No comment… Ou plutôt, tant à dire… Le narrateur… ? Malin. Malin, joueur, coquin. Joueur et généreux. Un narrateur qui offre moult plaisirs : rebondissements, retournements, éclaircissements, tourneboulements. Un narrateur qui aime les mots, je veux dire par là : le son, le sens et le vocabulaire qui fait un pas de côté (ex : « alacrité »…). Un narrateur qui aime la structure, l’agencement, l’organisation de l’histoire offerte, les références : Metal Urbain, The Cure, Le Clézio, Echenoz ou la finale Noah-Wilander. Sans tout cela… point de plaisir. On l’a déjà dit.

Le personnage mâle, « le couillon », chez Erwan Larher, est toujours un peu paumé. C’est lorsqu’il imagine qu’il commence à saisir deux ou trois choses qu’il est au plus loin de la compréhension du monde ou de son environnement proche.

romans_larher

Mise à jour (mars 2016) : oui, le 2 et le 4 existent… une chronique bientôt.
Et le 5, à venir (avril 2016).

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Machination

Le narrateur offre le point de vue d’un personnage, une représentation erronée, déformée de la société, du réel… images et illusions. Erwan met en scène (pensons qu’il a écrit pour le théâtre aussi) l’oubli, l’aveuglement, devant le paraître, une cécité collective qui ne concerne pas que le personnage principal, l’impossibilité de saisir ce monde qui NOUS entoure, qui donne à voir, multiplie les écrans et les informations… pour mieux tromper… ?

Tiroir supplémentaire à cette présentation bien commode : Erwan joue, fabrique ce jeu des illusions, des ombres, des apparences, des flagrants mensonges… Il se joue aussi de toi (moi), lecteur, et, dessillé (initié), tu y trouveras du plaisir.

©Dorothy-Shoes

©Dorothy-Shoes

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Et puis ?

On avance dans ses récits et l’on se dit qu’Erwan Larher a décidément beaucoup d’imagination, que tout est inventé. On n’est plus sûr de rien… Qui écrit, qui contrôle… ? C’est le mystère de l’écriture. L’écrivain, dingue de fables et de fantasmagories peut TOUT transformer en récit.

Qu’avez-vous fait de moi ?

J’ai pensé au Magnifique, le film avec Belmondo. J’en ai profité pour comprendre le titre.

L’abandon du mâle en milieu hostile

J’ai pensé à THX1138, au futur qui nous attend… Et je me suis dit : « Ils sont très forts ! Mais qu’ont-ils fait de lui ? ».

Pour finir

Erwan, c’est le genre de gars à te mettre en scène des négociations qui se dérouleraient loin des yeux et des oreilles des peuples européens et américains, entre l’UE et les USA pour construire un Grand Marché Transatlantique. C’est le genre de gars qui n’hésiterait pas à pousser le bouchon un peu loin… à essayer de te faire croire que les USA ont mis sur écoute le moindre bureau de la Commission Européenne. N’importe quoi !

Erwan… t’es un parano(e), ou quoi !???

Par Hum Toks / E.5131 / Eric SABA
Le 2 juillet 2013.

©Sandra Reinflet

©Sandra Reinflet

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Chronique des romans 2 et 4 d’Erwan :
https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2017/04/09/le-cas-erwan-larher-auteur-2/

Chronique du roman n°5 d’Erwan :
https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2016/05/08/marguerite-naime-pas-ses-fesses/

le blog d’Erwan Larher : http://www.erwanlarher.com/

le site de Dorothy-Shoes : http://dorothy-shoes.com/

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NDLR:  Pour le nom de ce Blog collectif, voir dans la page «  Qui nous sommes »  les tenants et aboutissants ..

Nilda Fernández et Lorca

19 Mai
C’était il y a un peu plus de  deux ans , au Cirque Romanès…

.

Je suis un souvenir qui marche

Et j’ai l’âme tatouée d’un chemin destiné à n’arriver jamais.

Ces vers tirés d’un poème de Federico Garcia Lorca illustrent bien ce qui anime Nilda Fernández, un voyage sans fin dans les mondes humains et dans leurs histoires intimes, celles qui ne sont pas en vitrine, mais plutôt à l’intérieur quand on a poussé la porte d’entrée.

Aujourd’hui c’est plus la peine /De garder les yeux grands ouverts
Il vaut mieux que tu apprennes
A regarder sous tes paupières
..*

Sous la paix des étoiles
La terre n’est à personne
Je retourne au silence
Je reprends le chemin
Pour dire la ressemblance
De tous les êtres humains.*

Au cours de cette soirée dans le cirque Romanès, la première partie nous a emmenés avec ses propres chansons vers l’univers de Lorca, dont on va voir qu’il est présent en filigrane sans doute depuis Madrid Madrid..

La seconde partie est entièrement Lorca, dans une mise en scène qui fait revivre les ombres et les lumières du poète foudroyé, assassiné et entré dans l’éternité des baladins aux soleils flamboyants.

C’est l’Andalousie un peu sauvage de Séville et l’Andalousie sensuelle et mystérieuse de Grenade, un tableau bigarré de l’Espagne multiple, la Castillane sévère, l’Andalouse extravertie, ou la tolérante tolédane d’avant Isabelle la Catholique… Chacun peut y réinventer son Espagne, même si on ne comprend pas les mots, on en perçoit le sens … Grâce aux musiques composées par Nilda Fernández…  Et Federico Garcia Lorca renait comme un phénix dans toute sa splendeur.

Un spectacle de Nilda Fernández, c’est toujours une fête une folie joueuse et joyeuse, un chant majeur qui défie les fusils… Quelque chose comme

Un chant éternel venu du fond des âges,
Des baladins nomades  des tziganes
Des métèques flamboyants de soleils égyptiens
Des oiseaux de passage au regard étoilé
C’est la vie qui danse et renaît chaque matin. **

Photos N Gabriel 2018

Je suis de ces oiseaux migrateurs
Jongleurs musiciens saltimbanques
Qui inventent des musiques métissées de toutes les douleurs
Des chants de cœur battant
De cicatrices ouvertes
De ritournelles dansantes  bulles légères de champagne
Eclats de rêves et de vie   étincelles de bonheur
d’instants éparpillés gaiement le long du parcours… **

Il y avait les enfants de Délia et Alexandre Romanès, les musiciens, le guitariste andalou Dani Barba Moreno et l’argentin Andrés Izurieta (guitare, charango) et même un chat de passage…

En conclusion, et en salut, quelques mots en harmonie avec l’art de Nilda Fernández,

Une chanson, c’est populaire. Il faut toucher l’émotion pure et on ne l’atteint jamais par la force ni la démonstration, mais par l’abandon de soi, la confiance, l’approfondissement, en se laissant envahir, en cherchant à l’intérieur. (Jacques Higelin)

Norbert Gabriel

* Extraits Innu nikamu, et On t’a appris
**  Extraits Chanson métèque  Gilles Julian

La boutique de Nilda, c’est là –>

 

Et pour quelques images de plus,

 

Chanter et comprendre ce qu’on chante…

2 Mai

Anne , Villon, Ferré, Ruteboeuf et l’art de la méprise

Il y a un an, une petite giboulée a fraîchi l’atmosphère dans le monde de la chanson. Avec une « reprise » (c’est ainsi qu’on nomme les chansons d’auteur quand elles sont «reprises » par un interprète) « Une sorcière comme les autres » revisitée par deux artistes québécoises. A l’écoute, on est charmé par ce duo, mais … Mais y a comme un truc qui cloche… Reprenons les faits avec la chronique ci-dessous, parue le 2 Juin 2019, et revue le 1 er Mai 2020. Anne Sylvestre ayant constaté a postériori le dérangement de sa chanson, a demandé le retrait de la vidéo, ce qui fut fait. Mais 9 mois après, ça revient, avec ajout de précisions, je cite:  » Une Sorcière comme les autres de Anne Sylvestre (version écourtée) » puis plus loin:  » Il s’agit d’une version tirée de l’oeuvre de Anne Sylvestre. »  Les deux artistes passent outre le point de vue de l’auteure, qui n’a pas été consultée, elles font une version tirée de …   en amputant une strophe entière, en oubliant l’importance d’un prénom qui n’a pas été changé par une lubie de l’auteure, et elles rediffusent cette vidéo. Est-ce ainsi que ces femmes vivent la façon de rendre hommage ?  Ce clin d’oeil à Aragon et Ferré permet aussi de rappeler que Ferré a pris des libertés avec Ruteboeuf, dans le texte médiéval il est écrit:  » et froit au cul quant byse vente. »  et Ferré modifie en  » Et droit au cul quand bise vente. » Modification qu’on peut trouver inopportune.Mais ceci est une autre histoire.

Comme il est expliqué ci-dessous, ce sont souvent les musiques qui sont revues et trafiquées, il est rare qu’on s’attaque au texte, sans justification, surtout dans un texte aussi chargé de sens que celui-là. Le fait de remettre en ligne  cette vidéo plusieurs mois après, fait preuve d’une certaine désinvolture envers Anne Sylvestre, et aussi de commentaires assez surprenants où il lui est reproché de ne pas avoir argumenté sur sa décision. Si j’osais la  comparaison, oui, j’ose, c’est demander à une femme violée de justifier sa demande de réparation. C’est abusé, comme disent les djeun’s …

Retour sur la chronique de Juin 2019

C’est notre petite bataille d’Hernani qui se passe sur les pages FB des amateurs de chanson francophone, avec une chanson d’Anne Sylvestre, « Une sorcière comme les autres ».
En résumé cette chanson a été réinterprétée avec de menues variantes, mais surtout une longue strophe supprimée. Sans l’aval de l’auteure.
Sur un plan général, quand il y a « reprise » c’est plus souvent la musique qui est revue par les repreneurs. On ne touche pas au texte sacré  -sauf à se gourer parce qu’on n’a pas compris le sens- mais pour la musique , on te retaille Ferré allegro vivace, comme si ce Léo était un apprenti de la musique à recadrer avec des compétences nouvelles. On a vu le syndrome Mozart « trop de notes » on a vu une version de Thank You Satan dévitalisée en grande partie de sa mélodie, ne dénonçons pas le coupable. Un ACI, auteur-compositeur-interprète, est un architecte qui équilibre les différents composants pour en faire une œuvre. Si un admirateur veut lui rendre hommage, il serait bon de ne pas dénaturer, on ne met pas un nez rouge à La Joconde pour saluer Léonard… Ce qui suit, reste d’actualité, autant pour la sorcière comme les autres que pour Mozart.
Pour exemple, dans la chanson d’Anne Sylvestre, quand on voit passer Gabrielle et Aïcha, ce n’est pas pour la beauté de la rime, mais pour Gabrielle Russier et Aïcha Rahil torturée en Algérie.
On entend dans la « reprise »:  C’est Gabrielle et c’est Eva,  de la première version d’Anne Sylvestre. Mais dans le texte dit original qui a été rajouté dans ce retour c’est bien Aïcha qui est présente… Comprend qui peut ..

 

Mai 2018 : Conférence, l’art de la reprise…  (Et la musique dans tout ça ?)

Jeudi, la Médiathèque des Halles proposait une conférence sur le thème des « reprises », et les arcanes qui mettent sur le marché des albums très différents dans leur approche. (Avec Cécile Prévost-Thomas en maître de cérémonie, et Daphné, Dominique Blanc-Francard, Olivier Hussenet et Stéphane Sansévérino)

Daphné, qui a fait un album  consacré à Barbara a très bien expliqué le fond de sa démarche, c’est à la fois un hommage et une découverte, en ce sens que connaissant Barbara comme tout le monde si on peut dire,  elle est entrée dans son oeuvre parce qu’il y avait des vraies correspondances dans les émotions, et en respectant scrupuleusement les mélodies.

Sansévérino a une approche différente, dans un album des chansons de sa mémoire et d’enfance, il revoit à sa manière les arrangements en les survitaminant, ce qui donne parfois des résultats surprenants comme sa version très enlevée des Roses blanches,  version dans laquelle Olivier Hussenet voit une révolte de l’enfant face à la cruauté du destin … Pourquoi pas?

Toutefois, s’il advenait qu’on ait le projet de  refaire  Les feuilles mortes  en hard rock métal pour innover, il me semble que ça dénaturerait  gravement l’esprit de la chanson.

Ce n’est pas une vraie surprise d’apprendre que les albums tribute initiés par les majors sont des produits de pur marketing où les artistes invités sont invités à chanter la chanson qu’on leur impose, parfois celle d’un artiste dont ils ne connaissent pas grand’chose, en gros, on leur fait une offre qu’ils ne peuvent pas refuser… Les contrats sont là pour mettre les points sur les obligations. Disons ça comme ça.

Faut-il s’étonner de quelques bizarreries quand il apparait que le texte a été mal compris, et la preuve est patente, quand un chanteur remplace « Ma Mie » par « Maman » dans  La non demande en mariage  ? (Il parait qu’une chanteuse ayant hommagé Renaud en chantant Mistral gagnant a répondu que le mistral gagnant était un vent du Sud de la France… Je n’ose le croire.) Mais dans ce cas, créditons à ce chanteur d’avoir respecté la mélodie de Brassens.

Car il y a une question corollaire qui émerge, si le sacro saint texte de l’auteur ne saurait être modifié d’une virgule – tout le monde s’accorde sur ce point- il n’en est pas de même pour la musique. Là, il est fréquent que le repreneur bidouille, transforme, émascule la musique originale, sous couvert de re-création, car c’est presque toujours en minorant qu’on refait la mélodie.. Ferré en a été souvent victime dans ces hommages-dommages post-mortem, ce qui est assez étonnant quand on sait l’importance qu’il apportait à la musique, il se voulait autant compositeur qu’auteur. Encore faut-il connaître un peu Ferré*… Et ces interprétations revues sur le plan musical sont souvent dommageables pour le texte… Je ne suis pas sûr que  Nuit et brouillard  revu en lambada serait bien compris … Lavilliers a supprimé une de ses chansons de ses concerts il ne supportait plus de voir le public danser sur un thème dramatique. Quant à Yuri Buenventura reprenant Brel, il vaut mieux oublier. C’est un exercice proche de celui qui consisterait à repeindre la Joconde avec un jogging fluo et des cheveux blond-platine, pour faire plus moderne .

Une théorie suggère qu’une chanson cache toujours un sous texte à double sens. Plus ou moins évident… C’est pas faux,  Aux marches du palais  est un petit chef d’oeuvre de double ou triple sens qui ravissent les connaisseurs de la langue du 17 ème, riche d’images très colorées peu accessibles aux innocents pour qui les chevaux du roi qui viennent au mitan du lit sont des équidés assoiffés, et pour les enfants, c’est juste un conte anodin. Dans cette approche, le double sens supposé, je me demande parfois ce qui va arriver à L’auvergnat  ou  La cane de Jeanne  quand il va sortir une analyse sur le sens caché… Tout est possible… Il est quand même amusant parfois de relire quelques grimoires des années 90-95, dans lesquels on peut voir que L’aigle noir  est un portrait autobiographique de Barbara, et un peu plus tard, une autre experte explique que c’est l’histoire d’un amour déçu… Barbara n’était pas au courant, mais peut-être que son inconscient l’était ? Autant pour le portrait que pour l’histoire…

Une observation très juste d’Olivier Hussenet a mis en perspective que les peintres passent souvent leurs années d’apprentissage à copier les maîtres, avant de créer leurs œuvres… Pourquoi demanderait-on à un artiste débutant de proposer d’emblée Guernica, ou La Ronde de nuit ? Barbara a mis 10 ans avant de mettre ses mots sur ses musiques. Brassens entre 1945 et 1952 a dû chanter plus souvent Trenet ou Tino Rossi que ses chansons…  Dans cet art de la reprise, Sansévérino souligne avec bon sens que lorsqu’on écoute la  Supplique pour être enterré sur  la plage de Sète, par Brassens, on ne s’ennuie pas une seconde, et que les « repreneurs »  ont bien du mal à susciter la même attention…  C’est une bonne réflexion sur l’art de la reprise. Comprend qui peut…

On joue Molière, Shakespeare, Corneille, Racine, Euripide, Pirandello, sans interruption depuis leur création, idem pour Mozart, Beethoven, Gershwin, toutefois le vrai artiste chanson devrait être un auteur à la naissance… Avant de mettre ses œuvres en avant, l’exercice de travailler le répertoire est une bonne référence pour étalonner ses possibilités. Mais l’artiste chanson « en développement » se doit d’être d’emblée une graine aboutie d’Anne Sylvestre de Brassens ou de Brel ou de Ferré… Est-ce bien raisonnable ?

Dans ma hiérarchie subjective, je citerai comme grands témoins de réussites, autant pour la majesté du texte que pour les musiques brillantissimes (par ordre alphabétique) avec deux direct scène et deux enregistrements studio.

Annick Cisaruk (et David Venitucci) Où va cet univers

Daphné Du bout des lèvres

Rémo Gary Les oiseaux de passage

Louis Ville Y en a marre

  • Pour Ferré, une des réussites en matière de recréation est à créditer à Bashung, il ‘tourne autour’ de la mélodie avec une subtilité qui aurait séduit Ferré.. Par contre, Thank You Satan par Dyonisos qui remplace une ligne sinueuse et narquoise par une ligne droite plate sans aspérité, pas sûr que ce soit de la re-création inspirée. Mais Bashung, oui..
  • Post Scriptum :  Barbara a aussi été saluée par différents hommages, mais à ma connaissance, ses musiques ont été respectées.. 

 

Norbert Gabriel

 

Entretien avec Mauro Ceballos pour parler de « Confin Art » : une initiative qui propose gratuitement aux enfants de France et du monde des dessins à colorier expliquant les thèmes liés à la pandémie et leur transmettant des principes solidaires pour résister aux angoisses et souffrances avec poésie, douceur et créativité

1 Mai

A l’heure où nombre d’artistes et travailleurs  de l’économie artistique s’angoissent légitimement pour l’avenir du secteur culturel et évènementiel et leur propre survie, certains ont choisi de mettre leur talent au service de la solidarité humaine pour épauler nos contemporains dans nos résistances individuelles et collective aux peurs, aux chagrins et au pessimisme en cette période anxiogène. Artiste pluridisciplinaire, Mauro Ceballos, batteur et percussionniste du groupe Guaka [Lire ici et ici], et auteur de la bande dessinée «Di Vin sang», entièrement réalisée et teintée avec des vins pour raconter l’histoire méconnue des liens entre Bordeaux, sa ville de résidence, et le Chili, son pays d’origine, et de l’épopée de l’implantation des vignobles et de la production de vin sur ses terres, qui a connu un large succès l’an dernier, produit depuis le début du confinement des dessins publiés gratuitement via les réseaux sociaux à destination des enfants, que ceux-ci peuvent imprimer chez eux pour les peindre et les colorier. L’initiative « Confin Art » qui a rapidement rencontré une popularité croissante ici et au-delà des frontières françaises, étant proposée en quatre langues, se révèle, en plus d’un moyen d’occuper les enfants quotidiennement durant les longues heures du confinement, être un outil pédagogique et un soutien psychologique intelligent et accessible à tous, dont les bienfaits se mesurent au nombre expansif des utilisations, partages et réactions enthousiastes qu’elle suscite. Elle œuvre à l’accompagnement des familles non seulement en occupant l’ennui et réveillant la créativité des enfants, mais également en abordant à travers chaque dessin des thèmes relatifs à la pandémie, compliqués et douloureux émotionnellement, parfois inintelligibles pour les plus petits, que l’auteur tente de leur expliquer simplement avec tact et douceur pour amener du réconfort, du bien-être et de la poésie, inculquer des principes de précaution, protection et soucis des autres, et rendre la période plus supportable -et sans doute même engendrer quelques vocations artistiques-. Décidé à poursuivre la démarche au moins jusqu’à la fin du confinement, Mauro Ceballos nous a accordé un entretien pour en parler.

 

– Mauro bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Comment t’es venue l’idée de cette initiative ?

En fait un jour avant le début du confinement, j’avais épuisé mon papier de dessin, et ne pouvais donc plus continuer à travailler avec du papier de qualité. Et comme mes deux filles étaient loin, l’une en Espagne et l’autre dans le nord de la France, j’ai cherché de quelle manière je pourrais les accompagner tous les jours, d’autant que je comprenais en regardant les exemples des autres pays que cette histoire allait prendre beaucoup de temps. Mes filles ne comprenaient pas pourquoi il fallait rester confinés, ni ce qu’était ce virus. J’ai voulu par des dessins leur expliquer ce qu’est un virus, ce qui nous arrive, quelles mesures peuvent nous protéger et comment on peut s’occuper à la maison, pour rendre l’enfermement plus supportable. Les deux premières semaines, il y avait eu beaucoup d’interventions dans les médias pour les adultes, mais rien pour expliquer aux enfants. Les enfants étaient complètement écartés de l’information. J’ai donc cherché comment expliquer avec des dessins aux enfants, à mes propres enfants d’abord. Et puis je les ai publiés sur la page facebook bordelaise «wanted community Bordeaux» [Lire ici], et leur visionnage et popularité a explosé. Il y a eu plus de trois cent messages et commentaires de soutien. Je n’avais pas pensé au préalable que d’autres enfants pouvaient se servir aussi de mes dessins, et j’ai été très touché par ces réactions. J’ai décidé de réaliser des dessins pour accompagner mes enfants chaque jour et de les publier pour que les autres aussi puissent s’en servir. Et puis trois voisins ont vu ça, l’un étant rédacteur, l’autre graphiste, et le dernier réalisateur de vidéos, et m’ont proposé de créer un groupe de travail. Ils m’ont donné un sacré coup de main pour impliquer la presse. Il y a pas mal de chose en France, pas encore dans les presses étrangères, mais petit à petit, il y a une expansion. On a tout fait nous même ; c’est le système hyper méga « D ». Nous avons mis en place des supports de presse et fait une vidéo, en quatre langues : Français, Anglais, Espagnol et Japonais. J’ai aussi commencé à travailler avec une personne russophone pour les traduire en Russe.

 

– Dans quel but ?

Comme je connais pas mal de monde dans plusieurs pays, des gens rencontrés au cours des tournées, et que le confinement existe partout, l’idée est de rendre l’initiative accessible aux citoyens d’autres pays. Cela a bien pris en Espagne, au Chili, au Mexique, en Italie et ça s’est propagé très vite. Aujourd’hui des milliers de parents s’en servent tous les jours et même des enfants harcèlent leurs parents pour qu’ils leur impriment les dessins. Et comme les gens envoyaient des messages de soutien ou remerciement, je me suis dis qu’il serait intéressant d’offrir les dessins accompagnés, chaque jour, d’un message d’une personne, un peu leader d’opinion de chaque pays, puisqu’avec Guaka, nous nous sommes liés à beaucoup de stars au cours des tournées. Un ami, vedette du cirque Arlette Gruss, qui a pu retourner au Chili avant le confinement a écrit un message ; et comme c’est un clown, il est connu des enfants et des parents. Des personnels travaillant à la télé, et aussi beaucoup de musiciens ont fait de même, comme Denis Barthe et les Hyènes [ici], Sergent Garcia, Shaka Ponk [ici], des acteurs et membres du Buena Vista Social Club. L’idée est de lancer un truc différent chaque jour et comme ce sont des gens très connus, ils partagent la page, ce qui fait qu’il y a de plus en plus d’enfants qui ont accès aux dessins.

 

– T’es-tu heurté à des réactions négatives ?

Oui, il y en a eu ; il y en a toujours. Philippe Poutou par exemple a participé, et des commentaires mal intentionnés s’en sont pris à lui en le traitant d’opportuniste et de tout. C’était la première fois que j’associais un homme politique à mon travail, et dès que tu fais rentrer la politique quelque part, il y a toujours des réactions virulentes. Heureusement d’autres ont pris sa défense. Moi, je ne réponds qu’aux commentaires bienveillants. Mais quand il y a des choses moches, je ne réponds pas. En plus mon travail est pour les enfants, pas pour eux. Ils doivent être tellement malheureux pour écrire des commentaires aussi malsains au sujet de dessins pour les enfants. Le malsain, il faut le tuer tout de suite, sinon après il te contamine. J’avais appelé Philippe, parce que c’est un pote, et il m’a écrit un mot très sympa. Mais après il y a toujours des gens cons et aigris qui essayent de salir ce qu’on fait de constructif. Mais si on en tient compte, on n’en finit jamais.

 

– Le but de tes dessins n’est pas uniquement d’occuper des enfants pour rendre le confinement supportable, mais aussi de les aider à comprendre l’actualité que nous subissons. Quels messages peut-on faire passer à des enfants ?

J’essaye de passer des messages très compliqués simplement. Une chose dont on ne parle pas par exemple est que beaucoup d’enfants sont en train de perdre leurs grands parents, sans pouvoir leur dire au revoir ni les accompagner pour l’enterrement. C’est tragique et ça complique le deuil. Mon travail vise donc à traiter ces thèmes. J’en suis actuellement à plus de 90 dessins, car parfois j’en créé plusieurs par jour, suivant les thèmes à aborder, mon inspiration du moment aussi. Si on calcule que ça va prendre entre 30 et 40mn à un enfant pour peindre un dessin, à raison de quatre dessins par jour on peut les occuper deux heures, ce qui est une sacrée pause pour les parents. C’est donc une aide pour les parents, car ça leur dégage du temps et en même temps j’essaye d’expliquer des choses aux enfants. Ce ne sont pas juste des dessins à la con qui ne racontent rien. Et comme les enfants peignent et colorient les dessins, ça leur créé une certaine connexion à l’image qui fait qu’ils s’en rappellent. Cette semaine par exemple le thème choisi est la violence dans les foyers, envers les femmes ou les enfants, les hommes aussi, les couples qui se déchirent. Il faut être non pas consensuel, mais doux pour traiter ces thématiques et proposer des solutions pour vivre un peu mieux le confinement. Je me rappelle que quand j’étais petit, mes parents se battaient tout le temps et j’essayais de dessiner des choses que je trouvais positives, et j’arrivais à calmer les choses. Je voulais juste qu’ils puissent s’aimer, pas se battre. Maintenant je vois la même problématique dans tous les pays. Il faut pouvoir expliquer aux enfants, leur donner des clés, et un peu de joie. Qu’au moins un enfant enfermé toute la journée avec des parents en train de se déchirer puisse s’évader dans le dessin. Psychologiquement ça peut les aider à affronter ces malheurs qu’ils sont en train de vivre. Et puis aussi leur apprendre les questions d’hygiène, à découvrir la musique, le théâtre, construire des jeux, faire attention aux handicapés. Je n’ai pas encore traité le thème des anciens, mais je vais le faire d’ici une ou deux semaines, car il y a dans les Ehpad des papis et des mamies qui peignent aussi. L’idée est surtout d’expliquer qu’il faut se protéger et rester confinés, et essayer de s’occuper et de rendre la vie plus belle. J’essaye aussi de m’inspirer des histoires des victimes du nazisme qui étaient dans les camps, des cosmonautes aussi qui passent un an enfermés dans une cabine spatiale éloignés de leurs proches, des gens qui sont en prison, des étudiants qui sont obligés de rester dans des chambres de 9m², enfin plein de choses auxquelles on ne pense pas lorsqu’on vit dans un endroit spacieux. Je pense toujours à ces gens et les messages sont aussi par rapport à eux. Et je pense aussi ce travail comme celui des dessinateurs de journaux qui dessinent tous les jours en rapport à l’actualité. Je n’ai pas encore touché les thèmes de la mort, de la perte, de la misère ; mais je préfère parler de tout cela à travers l’imaginaire et la solidarité. Ce n’est pas toujours évident, parce qu’on vit quand même dans un monde de merde. Mais il faut au moins essayer de le faire pour les enfants, sans être pédant, juste avec le cœur. C’est une forme de résistance : pouvoir résister tous les jours, et aussi être informés de ce qui se passe jour après jour.

 

Mauro Ceballos et ses amis lancent aujourd’hui un financement participatif en ligne pour compiler les 55 dessins réalisés en un album à destination des enfants de soignants et enfants démunis (Ddass, enfants de réfugiés, enfants hospitalisés). Vous pouvez y commander un exemplaire pour vous (15 euros), et pour chaque album acheté, un album sera offert à un de ces enfants, ou contribuer librement ici : ici

 

 

Miren Funke

Photo de Mauro Ceballos : Bacchus

Liens :

Vidéo de présentation : clic sur la télé–>

 

 

 

 

 

Facebook de l’artiste ->

 

 

et ici —->

 

 

 

 

 

La symphonie des baltringues

30 Avr

Préambule en forme de synthèse

En essayant de relier la chanson à notre vie politique , et quotidienne, il m’était venu plusieurs propositions, avec les titres suivants, selon le moment, hier, aujourd’hui, demain ?

  • Le carnaval des pinocchios

  • La symphonie des baltringues

  • Le terminus des paltoquets …

Voici donc quelques propositions assez rigolotes,

 

 

 

Ça,  c’était il y a plus de 40 ans … Est-ce que les temps ont changé ? 

 

                                                        ou pas …

 

Norbert Gabriel

Tronches de vies 

27 Avr

Côté culture, durant ces semaines de confinement, je n’ai pas eu beaucoup d’opportunités de faire chauffer ma carte bleue. J’ai quand même décidé de m’offrir une BD aux Éditions Lapin qui continuent de faire vivre leur petit commerce –  vaille que vaille, loin d’Amazon –  malgré le temps à l’orage.

Si j’ai opté pour « Tronches de vies » de la dessinatrice Soph’ ce n’est pas par hasard. Il y a quelques semaines, ma route virtuelle a croisé la sienne sur les réseaux sociaux et on a un peu discutaillé. Alors, comme je suis gentille, j’ai acheté son ouvrage. Pour voir… Le risque, dans ce cas-là, étant que je me retrouve déçue de cet achat fait par sympathie. Et que je sois obligée de louvoyer en disant « si, si, c’est vachement bien » alors qu’en vérité je trouve le résultat moyen-moyen, voire pire.

Sauf que « Tronches de vies », si si, c’est vachement bien.

Ah ben franchement, c’est drôle ! J’ai même éclaté de rire à la lecture d’une ou deux planches ce qui, en bande dessinée, ne m’était pas arrivée depuis un temps que les moins de vingt  ans ne peuvent pas connaître.

Alors attention, faut apprécier l’humour bête et méchant. Parce que ses personnages, Sonia, Robert ou Josiane, c’est pas le haut du panier ! Ils ont le cerveau en goguette, la matière grise en roue libre. Mais c’est pour ça qu’on les kiffe. Ils ont tendance à traîner un peu trop sur internet et dans les bars. Ils parlent beaucoup de cul, de leurs couples et de leurs gosses. Ils ont aussi une opinion concernant l’éducation, Vincent Lambert, la voyance avec des asperges, Houellebecq, la sodomie, les sondages, le maquillage vaginal, et l’écologie.

Une planche, une histoire, une vanne. C’est cash, c’est court, c’est percutant.

Cela s’explique parce que Soph’ fait aussi dans le dessin de presse. Elle sévit chez Mazette, magazine numérique, satirique et écologique. C’est cet esprit de concision et de tir au but qu’on retrouve dans « Tronches de vies ». La dessinatrice pousse loin le bouchon de notre connerie et de celle des autres. Les deux pieds bien ancrés dans l’actualité, elle n’hésite pas à mettre son nez partout même – et surtout – si ça ne sent pas bon.

Rire d’un humour grinçant est, pour moi, toujours un plaisir. Rire d’un humour qui ne s’embarrasse pas de pincettes et que certains trouvent de mauvais goût, aussi. Dans une époque où le masque est de rigueur, Soph’ ne se cache pas.

Elle y va frontalement et c’est ça qu’est bon !

Page FB Soph’ c’est là-bas  —–> clic sur le nez

ou bien sur ce que vous voulez…

« Tronches de vies » Éditions Lapin 111 pages 14 euros

 

Fabienne Desseux

Festival Musicalarue 2019 : entretien avec la Compagnie Dérézo

26 Avr

 

Avec une programmation très variée en termes de genres musicaux, de dimension populaire d’artistes, et même de disciplines artistiques, les alternatifs et presque anonymes y côtoyant des célébrités, les locaux des internationaux, Musicalarue est jusqu’ici parvenu à rester un des rares exemples festivaliers à connaitre une fréquentation égale aux gros évènements industriels et commerciaux, tout en demeurant fidèle à l’esprit des débuts et à l’engagement éthique d’un petit village transformé pour quelques jours en planète artistique chaleureuse vouée aux spectacles, qui respire la proximité humaine, la curiosité des découvertes et le sens du partage. Si plusieurs scènes de différentes tailles offrent la possibilité d’accès en un même lieu à cette grande variété artistique, les rues du village ne sont pas en reste pour accueillir les représentations, récurrentes ou permanentes sur toute la durée du festival, d’artistes de rue, qu’ils soient musicaux, circassiens ou théâtreux. L’idée étant de permettre à ces disciplines de toucher un public qui n’aurait peut-être pas entrepris la démarche d’y venir de lui-même, Musicalarue, en créant ces rencontres et la possibilité de chocs émotionnels inattendus, a su construire un pont entre des univers éloignés, et  surtout les gens peuplant ces univers. Et on ne peut que souhaiter qu’une telle conscience persiste et continue de nous enrichir tous, particulièrement à l’heure où nombre de festivals et associations artistiques et culturelles, et les acteurs et travailleurs du secteur, voient leur existence menacée du fait des conséquences économiques du confinement. C’est pourquoi nous avons choisit de clore cette série d’entretiens réalisés lors de la dernière édition de Musicalarue par un éclairage sur la compagnie de théâtre Dérézo, qui planta durant trois jours un spectacle interactif décalé et enchanteur auquel le public participa avec enthousiasme pour y vivre un voyage poétique. Basée à Brest (Recouvrance), où elle gère la Chapelle Dérézo, lieu de résidence solidaire impliqué dans un réseau soutenant les projets des artistes et leur offrant un appui vital, la compagnie Dérézo présentait ici une création originale, « La plus petite fête foraine du monde », qui séduit irrésistiblement et durablement celles et ceux, venus s’engouffrer dans l’aventure qu’elle leur proposait. Mais laissons à une de ses membres, Louise Vignault, le soin de nous raconter plus en détail de l’histoire artistique, éthique et humaine de la compagnie, et les valeurs qui animent sa démarche.

 

– Bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Pouvez-vous présenter votre compagnie ?

Nous sommes la Compagnie Dérézo, qui est basée à Brest depuis bientôt vingt ans. Le metteur en scène s’appelle Charlie Windelschmidt. Nous faisons donc des spectacles de rues et aussi en salle. Pour nous, c’est important d’être placés sur ces deux réseaux, pour fréquenter des lieux différents et surtout amener les publics à des endroits auxquels ils ne s’attendent pas. Nous avons des spectacles qui convoquent le public, parfois à neuf heures du matin, parfois dans des conditions comme ici, où le public ne sait pas si c’est un spectacle, un dispositif, une fête foraine, une attraction. Déstabiliser le public est un truc qui nous plait.

 

– C’est précisément ce que fait le projet que vous présentez ici, et dont on a d’ailleurs du mal à identifier la nature exacte. Comment le définiriez-vous ?

Ici nous sommes donc venus avec un dispositif artistique qui s’appelle « La plus petite fête foraine du monde ». C’est une création qui date du mois de mars, à La Rochelle, mais qui a connu plusieurs résidences, dont une à Luxey. C’était donc logique pour nous de revenir avec. Car à partir du moment où on avait fait une résidence ici, et on y avait été acceptés, il était établi qu’on reviendrait montrer le spectacle abouti. C’est donc un partenariat très fort entre Musicalarue et nous, car nous avons joué cela au début, à l’époque où nous n’avions encore pas de décors, pas de costume, très peu de texte, et nous ne savions pas du tout ce que ça allait donner. Et nous revenons enfin avec ce dispositif qui a tourné une quarantaine de fois, très contents d’en présenter cette forme aboutie. Le dispositif est une fête foraine théâtrale, avec sept attractions différentes. Le public est invité à déambuler à travers cette fête, ses couleurs, ses bruits, de grandes flammes rouges et jaunes. Et lorsqu’il décide de s’approcher d’une attraction, il y rentre pour un voyage de trois minutes de théâtre, trois minutes de poésie avec des textes d’un poète contemporain qui s’appelle Charles Pennequin. Le spectateur met son casque et entre dans un univers de poésie contemporaine, de théâtre plus pointu, et en fait un univers complètement décalé par rapport à celui de fête foraine dans lequel il était juste précédemment. Puis au bout des trois minutes, il peut choisir de continuer l’aventure avec une nouvelle attraction, d’aller boire un verre et de revenir plus tard, ou de ne pas revenir : il est complètement libre de créer son propre spectacle à son rythme et comme il veut. L’idée est que le public se sente décalé, un peu déstabilisé, mais sans être effrayé évidemment, et d’amener du texte poétique tout en rigolant, parce que ça peut être familial, sous le soleil, en rigolant, et en même temps pointu.

 

– Avez-vous d’autres spectacles joués parallèlement ?

On a plusieurs spectacles qui tournent en même temps. Un deuxième qui s’appelle « Le petit déjeuner », un peu décalé aussi, où on convoque le public tôt le matin, par exemple vers neuf heures. Trente personnes autour d’un comptoir en bois, où deux comédiennes parlent du petit déjeuner, du réveil, de l’éveil, du rêve, et servent en même temps un vrai petit déjeuner. C’est un spectacle qui tourne très bien ; depuis 2016, nous en sommes à plus de deux cent représentations, et ça continue à tourner, en très petites jauges, mais deux fois dans la matinée. C’est justement le fait d’être peu nombreux qui permet cette intimité. Puis dès novembre nous avons une autre création, en grand plateau, car on aime bien alterner les deux, qui s’appelle « Alice de l’autre côté », adaptation du deuxième opus de Lewis Carroll « De l’autre côté du miroir ». Le spectacle sera présenté en novembre au Volcan, Scène Nationale du Havre. Ça nous permet de convoquer le public d’une manière encore différente, en intervenant à l’extérieur de la salle de théâtre avant le spectacle, avec une adaptation très actuelle grâce à un texte remanié par Charlie Windelschmidt. On en est tous ravis.

 

– Qu’est-ce qui diverge dans l’approche et la pratique du métier, selon la dimension du spectacle, le lieu où il est joué et le public auquel il est proposé ?

 –Ce n’est pas la même approche suivant le public et la dimension de la scène : le public n’est pas convoqué de la même façon. Mais nous ne catégorisons pas non plus « art de rue » ou « pas art de rue ». Il y a des spectacles comme « Le petit déjeuner » qui se jouent sur scène, et peut aussi se jouer dans la rue. Pour nous, ce ne sont pas deux mondes différents, et d’ailleurs c’est pour ça que nous faisons les deux. Mais bien sûr il y a des différences d’écoute, différentes façons de capter le public aussi. « La petite fête foraine » est une façon d’amener le public à se poser des questions sur le théâtre totalement différemment que ne le ferait un public qui va prendre une place de spectacle pour aller voir « Alice ».

 

– Et précisément dans le cadre d’un spectacle d’art de rue au sein d’un festival comme Musicalarue, avant tout musical qui draine un public venu voir, pour l’essentiel, des concerts, cela vous permet-il de capter un public, qui n’est peut-être pas coutumier des fréquentations théâtrales et passe là par hasard ?

Bien sûr! Et on aime bien cette idée de public qui est là par hasard. Dans ce festival, on est au carrefour de différents lieux de spectacles de rue, et pour beaucoup, souvent le public n’est pas venu pour nous voir, mais pour voir un spectacle qui est derrière nous, avant ou après nous, et il peut s’arrêter en passant entre deux spectacles. D’autant que comme il peut rester trois minutes, six minutes ou faire toutes les attractions, il dispose librement de son temps. On a aussi joué à Paris sur un marché, où le public pour le coup n’était pas un public, mais des gens faisant leur marché avec leurs cabas remplis de carottes ou autres légumes. On bloquait la route, donc les gens étaient bien obligés de passer par là et entrer dans la fête, mais en se disant « Pourquoi pas ? Trois minutes, ça ne met pas en retard ni en danger », et puis finalement certains sont restés trois heures.

 

– Avez-vous joué dans d’autres festivals ?

Cette année nous avons joué au festival de Grandville, à Fest’Art [Lire ici], Cognac aussi. On a enchainé quelques festivals, mais pas tous. Il faut en garder pour l’année prochaine !

 

– Les textes sont-ils imposés par votre metteur en scène ou la compagnie vit-elle une collectivisation du travail de création ?

La plupart du temps tous les comédiens ont une sorte d’écriture au plateau, à différents niveaux, selon les spectacles. Ce sera très surement fortement le cas pour « Alice », comme ce le fut pour « Le petit déjeuner », où les comédiens ont amené leur propre texte, même si Charlie avait émis une trame très précise. Sur « La plus petite fête foraine » ils ont fait leur sélection des textes de Charles Pennequin avec Charlie ; par contre chacune des séquences leur est personnelle, c’est-à-dire que les comédiens pouvant jouer dans chacune des attractions, le texte reste le même, mais leur interprétation leur est très personnelle. Le travail collectif est donc très important.

 

– Vous gérez également un lieu, servant de résidence, à Brest, dans et par lequel la compagnie s’implique et s’engage beaucoup dans l’entre-aide et le soutien aux artistes de théâtre. Pouvez-vous parler de cette « politique » ?

Oui ! La compagnie Dérézo gère également un lieu qui s’appelle La Chapelle Dérézo, à Recouvrance, quartier de Brest. C’est une ancienne chapelle qui a été désacralisée, et que la mairie nous loue. On y a installé un plateau, avec une installation technique son et lumières, légère, mais tout de même existante, et aussi un appartement qui nous permet d’y accueillir des compagnies. A la base ce lieu est le quartier général de la compagnie : c’est là qu’on travaille et qu’on crée les spectacles. Mais de plus en plus, c’est un moyen d’accueillir des compagnies d’un petit peu partout, même de l’international, qui peuvent donc dormir à l’appartement et travailler. On ne leur demande pas de nous présenter forcément quelque chose à la fin, mais de nous expliquer rapidement leur projet, mais sans obligation de rendu. Nous sommes une « compagnie amie », et proposons ça juste contre une participation aux frais de chauffage et électricité du lieu. Depuis peu nous participons également à la coopération « Nantes-Rennes-Brest, pour un itinéraire d’artistes », qui est une équipe de dix jeunes compagnies, sélectionnées par trois lieux : la Fabrique à Nantes [Lire ici], Au bout du Plongeoir à Rennes [Lire ici], et La Chapelle Dérézo à Brest. Ces compagnies peuvent aller travailler dans ces trois lieux là pour une année et être accompagnées par les équipes administratives des lieux. C’est en grande partie, parce qu’on s’est rendus compte que les compagnies bretonnes, et brestoises en particulier, sont tellement éloignées des lieux, des programmateurs aussi. C’est tellement difficile de faire venir les gens jusqu’à Brest pour un spectacle. Quand on est une jeune compagnie, la mobilité est très compliquée et coute très cher. Comme nous nous sommes nous-mêmes heurtés à ce problème, on a voulu faire en sorte que les autres puissent bénéficier de notre aide et d’appuis. Les compagnies peuvent donc travailler et faire chez nous des sortes de résidence pour rencontrer des professionnels, et tester leur projet face à un public, des scolaires aussi avec qui on a un partenariat. La Chapelle n’est pas du tout un lieu de représentations ; c’est vraiment pour aider à travailler son projet. Ceci dit, on essaye de faire venir les habitants du quartier de Recouvrance, qui est un quartier historique un peu particulier, qui a été longtemps un « quartier difficile ». Pour nous c’est important d’être impliqués sur le territoire ; nous faisons donc beaucoup d’actions avec différents acteurs du quartier, et des ateliers de théâtre ouverts à tout le monde sans aucune obligation de régularité ou d’engagement. Les gens peuvent toquer à la porte de La Chapelle, entrer, travailler quatre heures ou moins, et repartir, puis revenir ou pas.

 

– Mettez-vous l’accent sur une démarche d’art populaire, une volonté d’initier au théâtre un public qui n’a pas l’habitude de fréquenter cette discipline ?

Il y a une démarche de s’intégrer dans le territoire, et donc d’en accueillir tous les publics. L’idée n’est pas tant de faire venir ce public en particulier : nous pensons que ce public, il n’y a aucune raison qu’il ne vienne pas, si on lui propose des choses de qualité. Si on est honnête avec les gens, qu’on leur propose de juste d’ouvrir la porte pour voir, ils viendront.

 

Miren Funke

photos : Ray Flex, sauf 1, 2, 4, 7, 8, 9, et 10 (site de Dérézo)

Liens : https://www.derezo.com/

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Sortie (et souscription-précommande) de l’album « Des larmes de couleur » d’Emmanuel Commenges : entretien avec l’artiste

23 Avr

C’est sous son nom propre que le chanteur du groupe Impala, Emmanuel Commenges, annonce la sortie imminente d’un nouvel album «Des larmes de couleur», que le public peut précommander, et à la production duquel il peut contribuer sur la plateforme de financement participatif Ulule en ligne ici . Si d’un premier abord, aucune réorientation musicale brutale n’est vraiment perceptible dans l’horizon de l’artiste, qui déjà avec Impala avait amorcé la création d’un univers assez atypique né d’une fusion personnelle qu’il fait des musiques du Monde et musiques expérimentales et du jazz qu’il a pratiqués, on entend s’y immiscer de plus en plus la chanson et le texte francophone pour façonner une Chanson française, sinon inédite, du moins originale, exotique, parfois même improbable, imprégnée d’un esprit improvisateur et innovateur. Esprit qui se retrouve à animer aussi l’écriture, plus attachée au sujet et à la quête d’une expressivité différente qu’au sens esthétique littéraire d’un classicisme poétique fidèle aux convenances. Peut-être est-ce en quoi le projet Impala aboutit à l’émergence de l’identité individuelle d’Emmanuel Commenges, et au désir d’assumer une créativité guidée par des choix plus personnels. Le sept titres à sortir, surprenant d’étrangeté, révèle, s’il en était besoin, un artiste alternatif œuvrant de toute son imagination à l’enrichissement de l’éclectisme musical de la Chanson Française et la découverte d’espaces encore peu ou pas explorés de sa galaxie. Il y a quelques jours Emmanuel Commenges acceptait de nous accorder un entretien.

 

– Emmanuel bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Comment se dessine la sortie de l’album prévue sous peu avec les impératifs de l’actualité?

– La date de sortie était initialement prévue le 15 mai, mais je vais sans doute la repousser. Il y avait un concert prévu au Théâtre l’Inox de l’association Bordeaux Chanson avec Matheo Langlois. Mais nous sommes dans le doute quant au maintien des dates. J’ai lancé un appel à souscription pour aider à financer le projet, et que les gens puissent acheter l’album en avance. Des concerts étaient prévus courant mai et juin, et même si le confinement aura cessé, il risque d’avoir des limitations quand même ; les gens n’auront peut-être pas envie de se mêler les uns aux autres tout de suite.

 

– Par rapport au groupe Impala sous le nom duquel tu te produisais jusque là, le fait que cet album sorte sous ton nom indique-t-il un changement d’entité ou de démarche ?

– C’est un peu la continuité. Au début j’avais monté ce groupe Impala avec des musiciens qui m’accompagnaient. Puis le groupe s’est arrêté et j’ai continué en solo, en m’accompagnant a piano et avec les boucles. Et j’ai pris le parti de continuer ce projet en le renommant avec mon nom civil, puisque le nom d’Impala était lié à l’idée que c’était un groupe au départ, avant que j’assume de porter moi-même ce projet. Assumer son nom et son visage est aussi un cheminement. Au début de mon parcours artistique j’ai beaucoup été dans des projets de création collective ; c’était pour moi une valeur importante, cette idée que ce n’était pas un ego qui s’affirmait, mais un partage, une mise en commun qui a été mon crédo pendant des années. Et puis j’ai peu à peu changé de perspective et ça m’a demandé une maturité différente, une capacité à assumer mon propos tout seul aussi que j’ai fini par acquérir avec le temps, jusqu’à ce que je me sente prêt au fil du temps à prendre mon propre nom et à affirmer plus l’univers que je proposais. Du coup dans cet album j’ai invité des musiciens, mais il était clair que c’était mon projet et mes chansons. Je leur donnais des directions, et bien sûr ils ont amené leur patte, mais pour m’accompagner.

 

– Qui sont-ils ?

– Xavier Duprat, le pianiste est plutôt un spécialiste de jazz, de funk, musiques groove. Et puis Luc Girardeau évolue plus dans les musiques orientales et Musiques du Monde. Chacun a amené son univers et sa façon d’appréhender ces chansons et ce qu’il y entendait. Mais malgré tout j’ai ardé la direction et j’ai donné l’esprit, l’atmosphère et l’intention des chansons. Je vais sans doute faire quelques concerts avec eux, mais aussi peut-être certains en solo. Les deux formules risquent d’exister, à voir comment ça va évoluer avec les concerts et la situation actuelle.

 

– Comment présenterais-tu le contenu de cet album ?

– Il y a sept titres. C’est un peu une formule intermédiaire entre l’EP et l’album. Ca correspond pour moi une phase où j’étais arrivé à terme de mûrir ce répertoire. Je suis entrain d’écrire de nouvelles chansons, mais ce sera pour un autre objet plus tard. L’enregistrement s’est déroulé autour de l’automne-hier 2019-2020, de ce répertoire que j’ai joué en solo et puis ensuite étoffé avec ces deux musiciens qui ont amené une autre dimension, et qui m’a nourri, puisque maintenant quand je le joue en solo, je le joue différemment, du fait d’avoir creusé cette matière avec eux. Cet album parle pas mal de la vie intérieure, des pensées qui nous traversent et se mélangent et amènent de la confusion, voire même une forme de folie, comme dans le titre « Radio intérieure », ou « Lounge bar » qui parle d’un personnage qui vit une espèce de solitude et de recherche de se connecter à ce qui l’entoure, de façon un peu trouble et confuse. Ça évoque les tableaux de Hopper, avec le mec tout seul accoudé au bar. Il y a aussi d’autres chansons qui évoquent des émotions plus intimistes comme « Des larmes de couleur », qui est aussi le titre de l’album, qui parle des photos, de la nostalgie qu’on ressent en voyant défiler les photos du passé. Et puis il y a toujours des chansons qui évoquent l’absurde, comme celle qui ouvre l’album et invite l’auditeur à patienter. Pour moi elle parle de tout ce qu’on ressent dans notre société où on est pris avec des langages pré-formatés face à des machines ou des répondeurs qui nous parlent et où on est toujours en train d’attendre qu’une vraie personne nous réponde, et elle parle en même temps de ce qu’on est en train d’attendre, dont on rêve, auquel on aspire plus profondément et qui vient plus difficilement. On est toujours en phase entre la superficialité des choses et la profondeur d’une aspiration intérieure qui est plus longue et difficile à se concrétiser. Ça créé un parallèle entre les répondeurs et la façon dont une aspiration existentielle est mise en attente par la vie. Et puis ouvrir l’album avec cette première chanson met l’auditeur dans la même situation, où il est invité à patienter avant d’avoir des choses un peu plus consistantes qui répondent à son aspiration quand il met un disque sur une platine. Je trouvais ça amusant de lui dire : « patiente un peu avant d’avoir ça ». Ensuite il y a la chanson « Chef indien » qui rentre un peu plus dans le vif du sujet au niveau de la musique avec un rythme ternaire et plus tribal qui évoque à la fois l’enfance et l’union avec la terre et la nature, la spiritualité aussi. Quant au thème de la chanson « Choisir » écrite par Julie Lagarrigue, c’est un thème qui revient souvent chez moi de l’angoisse de la difficulté à choisir à la fois un plat face au serveur qui attend la commande et aussi des tas de choses dans la vie. J’ai beaucoup aimé mettre en musique et chanter ce texte. La dernière chanson « Partir en voyage » ouvre vers d’autres horizons et renoue avec le sentiment amoureux et la façon dont dans le temps suspendu on est au présent et se projette aussi dans les rêves qu’on fait à deux, sur une musique un peu plus inspirée de Groove et de Soul et donc une note un peu moins atypique.

 

– Julie Lagarrigue, parlons-en, puisque c’est une artiste dont tu es proche et avec qui tu partages en tous cas une façon de faire ce métier. Qui est-elle pour toi ?

– On a des projets en commun. J’ai participé aux chœurs sur son album « Amours sorcières », et puis nous avons fait des co-plateaux ; j’ai fait sa première partie l’an dernier. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup et avec qui je partage des expériences, puisque nous sommes tous les deux porteurs de notre propre projet, à écrire nos chansons, et gérer la barque avec tout ce qu’il y a à gérer quand on veut développer un projet artistique. Ce n’est pas qu’un boulot artistique, et donc on se soutient mutuellement et on échange nos expériences, comme on occupe un peu la même place. Elle m’a beaucoup soutenu depuis que je me suis lancé, puisqu’elle avait un peu plus de bouteille dans ce créneau de chanson française.

 

– On retrouve aussi chez toi un sens, sinon une quête de l’atypique, en tous cas un gout d’exprimer différemment, avec d’autres sons, d’autres atmosphères, la chanson. Par quel cheminement y parviens-tu ?

– Ce sont les musiques que j’aime et que j’ai envie de jouer et de composer. Je ne me dis pas que je vais chercher à faire quelque chose de différent et d’original. De fait le mélange d’influences créé une combinaison un peu atypique ; mais le désir à la base est d’aller dans les musiques que j’aime et qui me nourrissent. Le fait d’avoir une percussion orientale plutôt qu’une batterie apporte quelque chose de plus intime, plus subtil, qui recherche plus une expressivité que l’énergie.

 

– Julie nous racontait aussi comment, en sa qualité d’art-thérapeute, discipline qu’elle promeut d’autant plus avec l’ouverture récente de la MAATA (Maison des Arts et Art-Thérapeutes d’Aquitaine ici) à Bordeaux, elle rencontre des publics parfois plus sensibles et réceptifs à des musicalités différentes qui expriment un propos peut-être plus intuitivement qu’intellectuellement. Participes-tu aussi à ce genre d’expériences ?

– J’ai bossé avec eux pour faire chanter les séniors liés au centre ressource des Ehpad. Je mène aussi un projet dans un Ehpad de La Réole (33) : je réalise des portraits poétiques de personnes de l’Ehpad et les enregistre. Et je vais réaliser une exposition à l’ancienne prison de La Réole avec des montages sonores des entretiens que j’ai eus avec eux où je les amène à me parler de qui ils sont ; il y aura dans chaque cellule une installation avec la voix de la personne et une installation classique. Cette approche avec le travail social me nourrit aussi, puisque on s’adresse à des personnes qui n’ont pas forcément la chance de fréquenter des pratiques culturelles et artistiques très souvent. Et puis il y a une façon  d’être et d’échanger, avec des personnes attentes d’Alzheimer par exemple, qui parfois passe à travers les filtres habituels de la vie sociale, et qui rapproche de l’intention artistique où on cherche à dire des choses en dehors de ce qui est convenu dans les formes. Il y a eu un moment en Ehpad où je jouais de la clarinette basse dans les couloirs et j’ai fait un duo avec un patient qui s’est exprimé complètement avec sa voix et son corps, alors qu’il ne parlait pas. J’ai fait aussi un projet de montrer des performances et des court-métrages avec des traumatisés crâniens. J’adore trouver cette connexion avec des personnes qui passent à un autre niveau que la communication sociale habituelle. Quand quelque chose s’exprime en musique de plus improvisé, comme le rapport à la transe dans les musiques orientales ou africaines, qui va dans le sens du lâché-prise et d’une envolée autant physique que musicale, on communique autrement. Ca ne reste pas que dans le sens des mots. L’émotion vient bien sûr du sens des mots, mais aussi de quelque chose de physique contenu dans la musique.

 

– Tu as gouté à plusieurs genres musicaux, dont les influences s’entendent sur le disque, et vécu des vies artistiques « antérieures » avant d’arriver dans la chanson française. Quel a été ton parcours ?

– De mon côté j’ai un parcours un peu atypique, puisque j’ai été musicien de jazz au saxophone et à la clarinette basse, de Musiques du Monde, de musiques improvisées, donc des créneaux un peu plus expérimentaux, et pas forcément avec du texte au début. J’ai été attiré par les musiques répétitives, la musique classique indienne que j’ai étudiée au chant, mais pas du tout avec des textes en Français. J’avais participé à un groupe il y a cinq-six ans qui a eu sa petite heure de gloire à l’époque, Nostoc. Nous avions reçu des prix dans les musiques de Jazz improvisé. Et puis j’ai fondé le collectif d’artistes Monts et Merveilles, qui travaillaient plutôt la performance ; j’avais le volet musique et spectacle vivant, avec des plasticiens. Et donc l’envie de mettre des textes et de composer avec cet univers de la Chanson française est venu un peu sur le tard, mais sans vouloir m’inscrire dans le côté conventionnel de la chose, parce que j’aime bien jouer avec les codes et aussi les formes de langage. On peut dire que l’univers d’où je viens avant de m’être lancé dans la Chanson continue à l’imprégner aujourd’hui.

 

– Et comment donc se déroule le processus créatif d’incorporer du texte français à ton univers musical ?

– C’est une gymnastique. Je n’écris pas les textes en même temps que la musique. J’ai plus de facilité souvent à écrire des musiques. Donc je compose pas mal de musiques avec le piano, la boucleuse, la voix, le saxophone aussi, et j’ai par conséquent plein de banques ou de brouillons de musiques. Et j’écris des textes, quasiment en parallèle, et ensuite je les combine : j’écoute mes musiques et je regarde les textes que j’ai, et ça se refond un peu ensemble. Chaque chose influe sur l’autre ; les deux se déforment un peu pour se combiner. Pour moi le processus créatif est dans ce sens : il y a deux éléments qui se font séparément et se combinent après. Je crois que les artistes qui sont dans la Chanson depuis toujours ont souvent plutôt une façon d’écrire les deux ensembles directement. Dans cet album il y a aussi une chanson, d’une musique qui m’a été proposée par Ignatus, qui a composé la mélodie, d’après laquelle j’ai écrit des paroles. Je me suis donc pour le coup vraiment laissé imprégner par la musique d’un autre pour essayer de décrire l’atmosphère qui y était. Et puis il y a une autre chanson, à l’inverse, dont le texte a été écrit par Julie Lagarrigue sur le thème du choix, que j’ai mis en musique. Ça peut donc marcher dans les deux sens, et dans les deux cas c’est intéressant, car ça amène de l’eau au moulin, de la matière sur laquelle on rebondit. Ce genre de collaboration est très intéressant pour moi, et finalement donne des chansons peut-être un peu plus classiques, ce qui fait que celles que je réalise tout seul sont encore plus atypiques.

 

– Y a-t-il des artistes dans la Chanson qui te parlent particulièrement ?

– J’aime beaucoup Barbara, dont j’ai souvent repris la chanson « Le mal de vivre » en concert. Ce je trouve très beau chez elle est cette façon dont elle arrive à nous mettre en intimité avec une émotion, au-delà de l’écriture et de sa présence dans l’interprétation, son regard, son visage qui nous captent et nous amènent dans un ressenti. J’ai beaucoup aussi aimé Camille dans ce côté un peu plus expérimental que je pratique aussi, ce jeu avec des voix qui se superposent, qui créent des accords et des contre-chants, et puis aussi Bertrand Belin par rapport à cette façon de s’autoriser d’aller dans l’absurde qui m’a inspiré. On n’est pas obligés qu’une chanson soit poétique de facture classique ou explicite ; on peut décrire de façon simple et en même temps comme chercher à saisir entre des mots, une sorte de répétition qui peut avoir l’air absurde un sens qui traverse ça. Le mouvement des gens d’Uzeste, de gens comme Bernard Lubat, André Minvielle qui intègrent du phrasé un peu jazz, du jeu sur les mots et les sonorités et des influences de musique improvisées m’inspire et me nourrit aussi depuis longtemps. C’est vrai que ça fait un bon mélange éclectique entre des choses classiques et d’autres expérimentales, avec une recherche de sens, d’être sincère et authentique dans la façon de traduire cette recherche.

 

– Toi qui te soucies depuis longtemps des questions environnementales et de la nécessaire remise en cause de notre mode de vie consumériste au quotidien, comment envisages-tu, et particulièrement dans les circonstances liées à l’actualité, l’impact que peut avoir le rôle d’artiste, soit par la parole et le message qu’on peut porter, soit par l’engagement auprès de causes particulières, et la cohérence qu’il peut exister entre une façon de faire ton métier et une philosophie de vie ?

 – Alors c’est un peu d’actualité hélas, mais je suis très concerné par l’écologie et la façon dont les humains peuvent peupler cette planète différemment. J’ai la sensation que ce qu’on vit actuellement peut être une opportunité pour réfléchir différemment. Après la seconde guerre mondiale, on a inventé la sécurité sociale, l’Europe, l’Unesco. Après ça, que va-t-on inventer? Je vois que les gamins sont plus tranquilles de ne pas aller à l’école, que dans le ciel, il n’y a plus d’avion ; plein de choses nous amènent à découvrir d’autres avantages et une autre qualité de vie. Ça fait partie de cette quête de sens qui pour moi s’exprime dans un chemin artistique, mais aussi dans un mode de vie. Je vis à la campagne, dans un éco-hameau autour de la méditation, et pour moi tout ça est un peu connecté. C’est-à-dire comment dans nos métiers, dans nos vies, et particulièrement quand on traverse des périodes de crise, on peut s’inscrire dans une transformation sociale pour que le projet humain devienne plus épanouissant pour nous et l’humanité entière. Du coup je me demande de ma place, en tant qu’artiste ce que je peux faire aussi. J’ai commencé à écrire aux anciens de l’Ehpad où je mène se projet, parce qu’ils sont encore plus isolés que tout un chacun, et puis je me pose des questions sur ce que je peux amener. Je n’ai pas encore de réponse très claire. Bien sur j’ai mes choix de vie individuels de sobriété dans la consommation, l’alimentation, les matériaux et l’énergie que j’utilise, les déchets que je produis ; je recherche à être cohérent. Mais je suis aussi en réflexion sur ce que je pourrais faire de plus en tant qu’artiste. On peut exprimer ses engagements dans des textes. J’ai une nouvelle chanson qui s’appelle « Firmament apocalypse » qui parle de cette société de consommation. Et puis après on peut avoir un engagement dans la façon de vivre et d’envisager son métier, et j’ai l’impression qu’il y a encore des choses à inventer, peut-être avec d’autres artistes qui veulent y réfléchir.

 

Miren Funke

photo : site d’Emmanuel Commenges

Site https://www.emmanuelcommenges.fr/

page facebook https://www.facebook.com/people/Emmanuel-Commenges/100011412990128

souscription : https://fr.ulule.com/album-des-larmes-de-couleur/?fbclid=IwAR33jVB-_VFinjqoox9nJXReC-ydM74IgjGanMgxN80Sl3q9rW1CTc_96Yw

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