Monsieur le Président,

31 Mai

Je vous fais cette lettre, que vous lirez certainement, en président conscient des enjeux culturels qui sont partie prenante dans les débats de société qui agitent la France depuis quelques mois.(…)

Pour la suite, suivez le facteur,  et clic sur le vélocycle.

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Ces artisans au service des artistes : coup de projecteur sur l’atelier de lutherie collaboratif « Guitars and Co » qui appelle au soutien via financement participatif

26 Août

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La liberté de transformer la réalité et la capacité d’en créer une œuvre : qu’est-ce qui nous enchante et fascine plus que cela chez les artistes ? C’est le genre de questionnement qui rend parfois si mince et tellement floue la frontière entre artiste et artisan. A en comprendre les raisons pour lesquelles la distinction ne s’est d’ailleurs longtemps pas faite dans le vocabulaire français. Le 27 octobre dernier, Yacine Bayan, luthier dans l’atelier artisanal « Guitars and Co » (anciennement « Guitare et Création ») à Bordeaux, nous avait, lors d’un entretien, présenté une série de guitares artisanales arborant des graphismes à l’effigie de la déesse Athéna et de 9 muses de la mythologie grecque (projet « Uranometria »), qu’il avait imaginées et crées. [https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/?s=uranometria&submit=Recherche]. UranometriaCréation de plus qui venait ridiculiser ce perpétuel besoin pervers de toujours ranger les gens et les choses dans des cases, de les confiner dans un rôle –pire, une identité-unique.

C’est il y a 5 ans que Hervé Berardet, artisan luthier depuis 1992, a installé son lieu de travail « Guitare et Création » au centre de Bordeaux, puis l’a progressivement transformé en atelier collaboratif -désormais « Guitars and Co »-, y regroupant plusieurs corps de métier complémentaires : luthiers, électronicien et créateur de micros et amplis, et ingénieur du son, auxquels s’ajoute le travail de vente et conseil assuré par sa compagne Emma. Car l’endroit héberge, outre l’atelier de création et réparation, un magasin d’instruments, et un studio d’enregistrement et de mixage au sous-sol. IMGP3950

Animé par le souci de transmettre sa passion, Hervé Berardet y organise régulièrement des stages de formation à la lutherie, accessibles à tous, lors desquels on peut apprendre à fabriquer sa propre guitare.

IMGP3957L’atelier « Guitars and Co » fait partie de ces lieux un peu magiques où les frontières entre tous ceux qui vivent et respirent par et pour la musique -artistes et artisans, créateurs et admirateurs, professionnels et amateurs- justement disparaissent, deviennent impalpables, pour vous laisser le sentiment heureux d’appartenir à une même galaxie de passionnés. Et à voir l’homme s’y activer, on comprend vite que son esprit déborde d’imagination et cogite en permanence, agité par de nouvelles idées à mettre en œuvre, toujours au service des musiciens, de la musique.  IMGP3962

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Dans ce lieu convivial, où sont aussi conviés les artistes à se produire en show-case acoustique, rapports humains chaleureux vont de pair avec une vision alternative du commerce d’instrument, la défense d’un travail local et artisanal de qualité, le respect de  considérations écologiques (dans le choix de bois massifs séchés, issus de forêts européennes ou de forêts autogérées et l’usage de l’huile dure pour les finitions par exemple), et s’inscrivent dans une philosophie de l’équitable. Autant de raisons pour lesquelles le profil « atypique » du commerce et la clientèle d’artistes, de saltimbanques, de rêveurs et de fêlés magnifiques qui le fréquentent ne sont pas fait pour attirer la confiance et l’intérêt des banques et organismes de prêts financiers.

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Aussi, et par choix éthique et envie de faire connaitre sa démarche, « Guitars and Co » a décidé de faire appel au financement participatif direct pour le soutenir dans la réalisation de ses projets, notamment celui du développement d’une gamme de guitares Costum.

Soutenir l’art, c’est aussi soutenir ceux qui permettent aux artistes de travailler, de s’exprimer, et mettent toutes leurs compétences et leur passion au service de ceux qui ne font pas du rêve qu’avec du vent, mais aussi avec des instruments. Pour ce faire, c’est par là clic sur l’atelier pour le coup de pouce,

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Lien : site : http://www.guitare-et-creation.fr/

 

Miren Funke

La tentation de l’ostentation

24 Août

 

Préambule en chanson,  Anne Sylvestre/ Pauline Julien « Une sorcière comme les autres »

Si je résume ce qui fait l’essentiel des sujets qui préoccupent le monde hexagonal en ce moment, le plus grand des périls tient à un bout de tissu sur la tête de quelques femmes… La mode et la chapellerie seraient donc l’alpha et l’omega du vivre ensemble, ou pas.

femme_battueSi on regarde l’image ci-contre, plusieurs observations possibles, les deux accessoires de coiffure sont étrangers à la culture française, l’un pourrait être assimilé à une propagande larvée de l’american way of life, avec toutes ses dérives de violence entre citoyens US.

L’autre est assimilé au port ostentatoire d’un signe religieux qui n’est pas dans notre culture. Soit.

corse.pngIl conviendrait donc de codifier avec précision ce qui est compatible, ou pas, avec nos traditions. Et quel uniforme serait le signe ostentatoire d’une laïcité bien comprise puisque le simple bon sens est devenu une notion très floue. Avec une législation « variable » selon le département et les foucades des édiles. La bandana corse est-il un signe ostentatoire de séparatisme revendiqué?

Un détail en passant, jusqu’aux années 2000, une loi du code Napoléon interdisait aux femmes le port du pantalon, sauf à être accompagnée d’un cheval, ou d’une bicyclette. Bon mais revenons à nos voiles,

vierge-marie-6Imaginons que cette jeune femme plutôt agréable s’installe sur une plage, vers Cannes par exemple, les badauds appelleraient la police ??

Ce signe ostentatoire est-il acceptable ? Le point de vue de St Paul.

Dans l’épître aux Corinthiens, il écrit « Toute femme qui prie ou parle sous l’inspiration de Dieu sans voile sur la tête commet une faute comme si elle avait la tête rasée. Si donc une femme ne porte pas de voile, qu’elle se tonde ou plutôt qu’elle mette un voile, puisque c’est une faute pour une femme d’avoir les cheveux tondus ou rasésL’homme ne doit pas se voiler la tête, il est l’image et la gloire de Dieu mais la femme est la gloire de l’homme car ce n’est pas l’homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l’homme et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit porter la marque de sa dépendance ».

Etant donné la rareté des femmes catholiques qui se couvrent la tête aujourd’hui, on vérifie que les traditions sont à géométrie variable. Sauf à considérer que Lilith est en partie réhabilitée..

La Bible a oublié, occulté , Lilith, l’épouse contestataire celle qui a été conçue à partir d’un adamah, être parfait puisque à l’image de Dieu, être partagé en deux parties égales et complémentaires, ça commençait bien.. Mais ça n’a pas duré.

En effet, contrairement à Ève, que la Bible présente comme ayant été conçue à partir d’une côte d’Adam afin qu’elle lui soit dépendante et donc soumise, Lilith aurait été formée à partir d’argile comme Adam et serait donc son « égale ». Ce qui placerait la femme dans un statut, non plus de subordination, mais de parité-égalité face à l’homme.
Le statut de Lilith comme première femme d’Adam vient en explication du double récit de la création dans le livre de la Genèse (Gn 1.27 et Gn 2.22). La création de Lilith correspondrait ainsi au premier récit alors que le second concernerait Ève.
Lilith devient le serpent qui provoque la Chute d’Ève, et incite Caïn à tuer Abel. Comme ses enfants s’entretuent, Adam refuse d’avoir des relations sexuelles avec Ève.
Physiquement, d’après la tradition talmudique, Lilith serait rousse, sombre de teint, aux yeux noirs ou brun foncé ; Ève serait châtain (voire blonde) au teint et aux yeux clairs : « Je suis Ève, la claire ».

Dans cette histoire biblique, nous sommes donc tous les descendants d’un assassin fratricide, et par dessus le marché, issus d’un inceste entre  Eve et Caïn ? A moins qu’on ne nous ait pas tout dit?  Et on voudrait que le monde tourne rond ? Mais on peut quand même finir en chanson,

Dépaysés au bout du monde, je pense à vous…  merci Pauline Julien…

Pour finir, la couleur est-elle un élément dit « ostentatoire » dans ce débat, et dans ce cas, dans quelle catégorie serait cette femme ?

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(©NGabriel, entre Barbès et Château Rouge en Juillet 2016)

Princesse des mille et une nuits, ou suppôt des extrémistes musulmans ?

 

Norbert Gabriel

Ce que dit CharlElie…

22 Août
Une réflexion d’artiste pluri-culturel  qui apporte quelques éclairages intéressants dans le débat sur la situation des saltimbanques dans nos temps modernes.

CharlElie Couture, auteur compositeur interprète,  peintre, photographe…

©G Rancinan

© Gérard Rancinan

Avant le numérique, la photographie était un métier mystérieux sérieux, qui nécessitait de s’y connaître « même » en chimie ! Une photo était une énigme. Elle valait au moins le prix d’une énigme. Aujourd’hui les progrès de la technologie et les outils digitaux corrigent automatiquement les erreurs d’exposition ou de cadrage. Alors ça fait naître des illusions… d’autant que tout le monde utilise les mêmes médias sociaux.
Pour la musique pareil, plus besoin de posséder les grosses machines onéreuses qui meublaient les grands studios, aujourd’hui tout le monde peut faire un bon son compressé dans sa chambre.
La musique ne vaut plus rien. A peine considère-t-on que l’ensemble de toutes les musiques du monde vaut une dizaine d’Euros, prix d’un abonnement mensuel à une plateforme de streaming.
Les disques n’existent plus. Même certains de ceux à qui l’on a offert mon dernier « LAFAYETTE », ne l’ont pas écouté, l’excuse invoquée étant qu’ils n’ont plus de CD Player. Je pense que les « maisons de disques » devraient changer d’appellation. Peut-être devraient-elles être considérées désormais autrement, plutôt comme des « Plateformes de Développement et Diffusion Musicales ». Je ne sais pas? En fait tout le monde cherche, mais personne ne connaît la réponse.
Visuel et musique, même question : comment faire admettre qu’on est un professionnel de l’image et du son, quand chacun se sent capable de faire une belle photo ou de programmer un morceau de musique, même sans l’avoir apprise, sans avoir pris un cours ou lu le mode d’emploi des amplis.
(La question se pose aussi pour d’autres professions comme celles de l’information qui, depuis que celle-ci est offerte on line, ne permet plus de financer des enquêtes approfondies, mais incite les rédactions à faire une surenchère de titres provocateurs pour chapeauter des articles aux contenus populistes).
Nous vivons désormais à l’ère des grands amateurs. Exigeants et souvent hyper affûtés, ils connaissent l’histoire, la théorie, et surtout la technique de telle ou telle activité qu’ils pratiquent en sérieux dilettantes pendant leurs loisirs, mais leurs motivations n’ont que peu de points communs avec les préoccupations des professionnels. Se retrouvant dans l’impossibilité de dégager un profit de leur talent ou de leur savoir-faire, musiciens et photographes se résignent de façon pragmatique à exercer une autre profession, plus lucrative. Si celle-ci les barbe, cependant elle les nourrit. Alors ils ont beau s’en plaindre qu’ils n’en changeraient pour rien au monde !
C’est le paradoxe d’une société schizophrène qui fabrique des employés/salariés n’ayant d’autre choix que de se tenir à un boulot qui les ennuie grave, tandis qu’ils s’identifient à telle ou telle passion qui ne leur permet pas de survivre.
Alors au soleil couchant de leur existence, ces frustrés qui n’ont jamais pu vivre de leur passion, idéalisent la retraite, l’attendant avec impatience, comme «l’ENFIN !», ce moment de vie parfait qui leur permettra de se réaliser sans qu’ils aient pour autant à se préoccuper de savoir si c’est ou non rentable… Bon, mais pour les jeunes créateurs, c’est une autre histoire !!!
En attendant, comme tant d’autres photographes, je montre ma musique sur Youtube et je me poste, gratos, sur Instagram…

CharlElie
Août 20XVI

Un jour les anges… (Extrait de LaFayette)

 

Elzière, Colin et Cravic vont à Montréal…

20 Août

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Avec ce trio, Claire Elzière, Grégory Veux et Dominique Cravic, c’est Barbara, Anne Sylvestre, Louki, Leprest, Ferré, Patachou et quelques autres fleurons du Gotha de la chanson francophone qui partent  enchanter Montréal. Un trio affiné par une vingtaine d’années (plus ou moins) de complicité et de création musicales.

Pour en savoir plus, lisez ici, clic sur le crapaud..  ou le rossignol.

Logo crapauds

 

 

Mais avant le théâtre Outemont, il y a Montmagny, le 1 er Septembre, au Carrefour Mondial de l’Accordéon, une soirée avec le trio Colin-Cravic-Elzière

 

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Clic sur la photo du trio pour les modalités pratiques.

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Et qu’on se le dise, de Montréal à Vancouver, de Natashquan à Tuktoyaktuk, en passant par Saskatoon, évidemment.

 

Norbert Gabriel

Chanter la langue de chez nous

18 Août

La chanson est l’expression la plus authentiquement populaire. Le seul art qui soit resté près de ses sources. Un des rares où toutes les valeurs Qulturelles (avec un Q) soit mises échec. »  (…) Piaf et Brassens étaient aussi des parias de l’éducation. Tout comme Gershwin et Django Reinhardt. La pauvreté du bagage scolaire n’a jamais empêché qui que ce soit de chanter. (…)  Un aphone inculte, par sa seule sensibilité, peut émouvoir. Mieux que la voix ou le cerveau les plus cultivés.

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Ces lignes sont de Georges Moustaki,  Questions à la chanson, 1973 . Elles sont d’une pertinence éternelle. Dans le débat qui revient régulièrement à la une des interrogations existentielles sur la chanson à texte, ou la chanson « pas à texte », on ergote sur le fait que la bonne chanson se doit d’être forcément dans la langue de chez nous. Qu’on soit bantou, auvergnat, alsacien, patagon ou brésilien, hors du langage natal, pas de salut. Peut-être. Ou peut-être pas. Il y a parfois des mystères qui nous dépassent. Je connais assez bien quelqu’un qui a été élevé au bel canto, l’opéra à la TSF, ou dans l’atelier de mon grand-père, Luis Mariano ou Caruso dans la cuisine-salon-salle à manger, et qui un jour, vers 13-14 ans a découvert « Fleuve profond » une émission qui racontait le negro-spiritual, un choc émotionnel d’une intensité inouïe, c’était quelque chose que je ressentais comme si c’était en moi depuis toujours. Sans comprendre le sens des mots, je percevais bien le sens de la musique, et la force du propos. Ce n’est pas pour autant que j’ai balancé à la poubelle Bécaud et  mes mains qui dessinent dans le soir la forme d’un espoir qui ressemble à ton corps  ou Brassens, Marie-Josée Neuville, ou Brel, ou Félix Leclerc, eux qui me parlaient avec

cette langue belle à qui sait la défendre.
Elle offre les trésors de richesses infinies
Les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre
Et la force qu’il faut pour vivre en harmonie. 

 

Il n’était plus question d’ergoter sur le bien-fondé de l’imparfait du subjonctif et des beautés de Ronsard ou Malherbe dans leur écriture, la chanson était devenue un formidable générateur d’émotions, portées par des voix, des voix venues de partout

C’est pas seulement ma voix qui chante
C’est l’autre voix, une foule de voix
Voix d’aujourd’hui ou d’autrefois
Des voix marrantes, ensoleillées
Désespérées, émerveillées
Voix déchirantes et brisées
Voix souriantes et affolées
Folles de douleur et de gaieté…

et qu’elles chantent en slang, en argot, en russe ou en patois javanais, quand il y a une émotion qui passe, pas besoin de sous-titres. C’est pourquoi, avec ma pile en vrac jamais rangée, à côté de la chaîne, avec Ferrat, Jacques Yvart, Elisabeth Wiener, Higelin, Pagani, Pauline Julien et Anne Sylvestre, Pierre Barouh, Leprest, une partie de ceux qui sont là depuis plus de 20 ans, il y a aussi Melody Gardot, Madeleine Peyroux, Alela Diane, Vissotski, qui ne sont pas tout à fait francophones, mais qui me racontent des histoires. Comme Serge Utgé-Royo, dont tout le répertoire est inspiré d’une histoire, celle des exilés. Et de tous les exilés finalement. Utgé-Royo m’a fait comprendre une chose que je n’avais pas vraiment cernée, c’est la qualité de son écriture dans une langue parfaitement maîtrisée qui crée cette addiction à cette forme de chanson qui raconte. Elle est « à texte », bien sûr, mais ce n’est pas toujours suffisant. Il faut le fond et la perfection de la forme pour ne pas casser la magie par une rime hasardeuse, qui me ferait décrocher.

©NGabriel Forum Léo Ferré 2015

©NGabriel Forum Léo Ferré 2015

Il y a des interprètes ou auteurs qui essaient de me raconter des histoires, mais quand j’entends «le soleil-le dans le ciel-le, sur le port-re…» je peux pas. Et il y aussi «un mirador-re» pour achever le tableau. Bien que la voix soit belle, la mélodie réussie, ça ne passe pas… Et je suis beaucoup plus touché par la voix de Léonard Cohen, celle de Billie Holiday, ou celle d’Emily Loizeau récemment, entendue en aveugle à la radio. Sans pré annonce, ni quoi que ce soit. Sans image glamour, la voix, l’expression vocale, quelque chose qui émeut, c’est tout. Le fait que ce soit en français, n’est pas une garantie d’extase textuelle. Sinon les rappeurs seraient en orgasme perpétuel avec leurs rimes appuyées et scandées en mode marteau piqueur. Durant des années, «My gypsy wife» de Léonard Cohen m’a bouleversé sans que j’aie jamais eu envie de chercher la traduction. Une fêlure dans la voix, un écho de violon…

Il est sûr que je suis souvent devant les scènes françaises, celles de Louis Ville, Agnès Debord, Valérie Mischler, Bernard Joyet, Lili&Thierry, (Cros&Chazelle)  Romain Didier, Jérémie Bossone et celles et ceux des Lundis de la chanson, n’empêche que Chappel Hill m’a envoyé dans les nuages un peu comme The Doors ou Johnny Cash. Mais pas Presley … Sorry Elvis, t’as une belle voix mais ça ne me raconte pas grand chose.

Le travers qui se répand chez les néo french rockers babillant en anglais canada dry, est en effet préoccupant, c’est vide, c’est creux, c’est sans intérêt. Mais ça peut faire gigoter en buvant une bière, et en discutant avec les copains.

Aujourd’hui, tout le monde se fait un point d’honneur de reprendre les chansons de Leprest… Pourquoi pas? Il n’y a pas tant de maîtres dans ce domaine, mais combien savent vraiment apporter quelque chose de neuf, de mieux que l’original ? Ce qui vaut aussi pour les adaptations qui émigrent, mais c’est un autre débat.

J’aime assez le parcours de Louis Ville, qui a fait du rock en anglais, et qui s’est mis à écrire en français pour être plus précis et riche dans ce qu’il voulait partager. «Cinémas, cinémas» c’est de la chanson qui raconte, qui a du sens et du son . Une chanson dont Pierre Dac aurait dit : « Pour bien comprendre les gens, le mieux est d’écouter ce qu’ils disent. » Bien sûr qu’on comprend mieux quand c’est la langue de chez nous.

©NGabriel2013

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Que ce soit une langue belle et riche, personne ne devrait contester ce fait que la chanson soit un art populaire, c’est aussi une évidence. Mais la musique est aussi un langage universel, sans frontières, qui s’enrichit de métissages heureux, et qui s’appauvrit quand des néo-rockers babillent des insignifiances en anglais, parce que c’est tendance, et que ça se « dance »… Comme La danse des canards, c’est dansant, et français. Mais il ne suffit pas non plus que ce soit en français pour avoir un label de qualité systématique. Genre CFQ* qui ne serait qu’Only French, mais si on y chante plus souvent dans la trace de Jehan Rictus ou Gaston Couté, et leurs descendants que dans celle d’Eric Morena ou de Chantal Goya, ce serait dommage de se priver d’Elisabeth Caumont, cervantesque princesse Micomiconne qui explore avec bonheur les espaces ellingtoniens ou ceux de Chet Baker. Et irait-on se priver aussi de Paco Ibanez , Angélique Ionatos ou Paolo Conte parce qu’ils ne chantent pas qu’en français ?

Peut-être que ça se discute, c’est un point de vue qu’on peut ne pas partager. Peut-être que c’est un crime de lèse majesté de saluer un album qui ne parle pas français.

Mais j’ai du mal à limiter mes enchantements au format hexagonal quand je peux avoir le monde entier à découvrir.

« Le monde ouvert à ma fenêtre… » a toujours des airs balladins à découvrir, on n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle.

 Tu me diras que j’ai tort ou raison,
Ça ne me fera pas changer de chanson,
Je te la donne comme elle est,
Tu pourras en faire ce qu’il te plaît.
Et pourtant dans le monde
D’autres voix me répondent
Et pourtant dans le monde…

Bande son: Louis Ville. Pour le langage universel de la chanson, voici l’archétype de la réussite, avec images si on veut, ce serait dommage de se priver d’Elisabeth Masse, mais la première fois, c’était sans autres images que celle générées par la voix de Louis Ville…

 

« The gypsy wife  » avec commentaire de Leonard Cohen ( from the record: Field Commander Cohen. Tour of 1979 (Sony Music ent. Columbia. 501225 2

Et la version studio, la première…

Merci à Yves Duteil et Jacques Prévert pour La langue de chez nous et Cri du coeur. Ainsi qu’à Georges Moustaki pour Et pourtant dans le monde.

 

Norbert Gabriel

*CFQ; Chanson Française de Qualité (emprunt à Floréal Melgar)

Le 15 Août, la St Leprest ?

16 Août

 

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Lundi 15 Août, France Inter a consacré son émission Le téléphone sonne à la chanson, avec un angle Poésie et chanson française, Et s’il y avait un après à Saint-Germain-des-Prés ?

Avec en invité virtuel si on peut dire, Allain Leprest, et en invités réels, Romain Didier, Bertrand Dicale et Daniel Nevers.

L’éclairage apporté par les différents intervenants peut se résumer en quelques mots: sur l’éternelle question des médias obtus qui ignorent les valeurs de leur temps -Leprest dont Claude Lemesle a dit qu’il était le Rimbaud de la chanson – un des invités a rappelé que Rimbaud en son temps a vendu un nombre ridicule de ses poèmes édités. Leprest a eu un peu plus de succès sur ce plan, mais sans atteindre le « grand public ». Et il est le plus connu des chanteurs inconnus .

Sur les grands malentendus de la chanson, Boby Lapointe.  Extra marginal devenu culte quelques années après sa mort, outre l’ésotérisme un peu surréaliste de ses chansons, il faut aussi rappeler ce que dit Brassens qui l’a soutenu sans réserve, sur le plan métier, Lapointe, c’était le farfelu absolu, Brassens étant passé au début d’un gala, lui, la tête d’affiche, parce que Boby avait raté l’heure, ou l’adresse, ou la date…

C’est aussi un point qui concerne d’autres artistes dont le manque de rigueur sur le plan organisation ou entourage, a été une des raisons de l’échec dans la reconnaissance grand public de leur vivant. Pour Allain Leprest, c’est depuis les années Pascalis que la reconnaissance arrive avec un nombre d’albums et de spectacles hommages qui lui rendent sa juste place dans la scène chanson. Longtemps avant Alain Brisemontier s’est battu corps et âme, et entre temps, quelques « amis amateurs» se sont dévoués, l’un ayant créé le Prix Alain Leprest (!!)… Après sa mort… La vie d’artiste, c’est aussi un métier qui a des exigences, un minimum de rigueur. Et sur ce plan le génial Boby n’était pas le meilleur exemple.

Bon, finalement, le mieux est d’écouter cette émission, ça dure 40 mn, et puis une émission sur France Inter où on entend Romain Didier, et aussi un auditeur qui cite Marc Havet, c’est comme un miracle d’été et de 15 Août.

Pour écouter clic sur la TSFfrance-inter-magazine

Norbert Gabriel

En bande son, on peut écouter…

Savages -Adore Life

14 Août

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Un poing tendu traverse la pochette, veines dilatées, muscles contractés, os et tendons presque visibles. Adore Life de bout en bout parle de désir. Sexe, vie, amour. S’il est des moments de vague répit, où la guitare fait taire ses grincements rageurs, il n’y a jamais relâche. Les quatre Anglaises sont animées par une flamme sourde, aux couleurs changeantes, au fond d’une pièce noire.
La nuit et l’éclat des étincelles qui la traversent.
On y retrouve la fièvre des déclamations façon Patty Smith, le cri primal de la peur, du désespoir, de l’appel, de l’éclatement interne qui peut être un soulagement. L’entêtement à creuser les ténèbres, à coups de batterie tantôt massifs, tantôt subtils et dansants, à écarter des basses qui vrillent comme des lianes, à saturer une pure guitare rock qui rappelle le meilleur des années 90, crasseuses et déchaînées. Les galeries ainsi forées arrivent toutes au même dénouement. Aimer, baiser, adore life, recommencer. Chaque morceau reprend le thème et le tord, comme un drap moite à retendre pour mieux le froisser de nouveau.
Les Savages nous livrent ici tout ce que le rock a fait de meilleur en matière d’énergie, de défoulement, de passion, d’appel à foutre des coups de pieds dans la fourmilière des routines, des train-train, pour retrouver une évidence, une base. Aimer, baiser, adore life, recommencer.
Jehnny Beth passe au-dessus de tout ce chaos, haut et clair, raillant, posant des incantations sur des notes limpides, redescend chercher un râle au fond de sa gorge, crie, nous gifle avec l’intensité polymorphe de sa voix.
If you don’t love me, don’t love anybody.
Les amateurs/trices du genre peuvent donc y aller, yeux fermés et corps tendus, Adore Life consumera et ravivera dans le même temps nerfs et chair. Et on recommencera.

Leslie Tychsem

savagesband.com

BabX Cristal automatique

13 Août
Rappel: BabX … et les poètes. ( Spectacle TaParole 2016)

BabX Taparole nb 2016 17-06-2016 22-56-22 2441x2250 17-06-2016 22-56-023Cette poésie ne se déclame pas en minauderies affectées, elle jaillit, elle rugit, elle crache tous les alcools de vie les plus âpres, les plus raides, qui l’ont brûlée, assommée, ressuscitée, enflammée, elle est comme un cracheur de feu qui envoie des jets de lumières sauvages… Cette poésie ne s’accompagne d’un flutiau, d’un clavecin bien tempéré ou d’un luth gracile, il lui faut un piano magistral, qui a fait ses classes avec Chopin, Art Tatum, Keith Jarrett, ou Kurt Weill, un piano BabX. Accompagné d’une batterie puissante, d’un violoncelle (ou guitare) sorcier, BabX donne à Genet, Baudelaire , Artaud, Gaston Miron Kerouac, Césaire, Rimbaud, Tom Waits,  la majesté, la violence, la subtilité de leurs écrits, dans toutes les nuances, toutes les couleurs et toutes les douleurs.

babx livret ouvert 12-08-2016 17-17-54 2584x1283C’est aussi un album, dans lequel on retrouve l’essentiel de tout ce qui percute en plein coeur dans cette poésie enragée de vivre.

Une intro en conversation sur fond de piano donne la parole à quelques uns des  grands invités de cet album, messages murmurés en patchwork de voix qui se répondent, Poète, vos papiers !  Ensuite, il n’y a plus qu’à embarquer sur la nef des voyageurs oniriques.

Comme on peut le constater, c’est aussi un album concret, un vrai beau livret dans une reliure cartonnée, pour ajouter le plaisir de l’oeil, grande classe.

Chez BabX c’est là, clic sur la couverture de l’album. babx couv

Norbert Gabriel

Maïa Barouh, Kodama

11 Août

Maia Barouh 27 10 2012 030 bN&B Lomo 28-10-2012 21-53-13 2256x2126Dans ces échos, (en japonais Kodama, ce sont les échos) il y a un peu de Prévert, quand il écrit, dans Cri du cœur,

C’est pas seulement une voix qui chante

C’est d’autres voix une foule de voix

voix d’aujourd’hui ou d’autrefois

Des voix marrantes ensoleillée, désespérées, émerveillées

Voix déchirantes et brisées

Voix souriantes et affolées folles de douleur et de gaieté.

On pourrait dire aussi que c’est un chant du monde, on voyage par dessus les frontières et les océans, portés par des musiques enrichies  de toutes les couleurs de la vie, sur le souffle de la flûte magicienne de Maïa, sur les tempos sortilèges des percussions de Léo Komasawa, et les machines psychédéliques soft de Martin Meissonnier et Mathias Weber.

kodamaOn pourrait dire bien des choses en somme, la technique vocale exceptionnelle, un art nourri de toutes les rencontres des rois du slow biz, ceux qui vont à la découverte des humains de Paris à Vancouver, de Tokyo à Rio de Janeiro, de La Roche sur Yon à Adélaïde, car la barque de l’oncle Léon est un vaisseau de haut bord qui a navigué sur toutes les mers, et chanté dans toutes les ballades. Les belles, les moins belles, si vous croisez Little Boy , faites gaffe quand même, il y a des boys dont la compagnie n’est pas la plus recommandée, même si elle est irradiante, il y a des éclairs funèbres.

Mais c’est un écho, un des échos, il y a beaucoup de lumière dans cet album, beaucoup d’envols à la façon de Jonathan Livinstone, on survole léger et grave à la fois. Matriochka fait la comptine, est-ce le vent qui lui répond ?

Mais est-ce le vent qui souffle ainsi
Et qui m’arrache la peau ?
Est-ce l’écho d’un incendie
Qui trouble mon repos ?

Dans ces échos musicaux aux variations subtiles, c’est aussi une découverte du Japon dans la multiplicité de ses cultures. L’image des fourmilières géantes véhiculées par des esprits simplistes est aussi ridicule que réduire la France à Pigalle et son folklore voyou. Nous avons les ducasses du Nord et la féria de Nîmes et ce qu’on chante et danse à Dunkerque a d’autres tempos que ce qui fait chanter les rues de Sète ou de Collioure. Kodama, c’est mille échos qui se répondent, il y a des chansons métissées de japonais, de français et d’anglais, qu’importe si quelques mots nous échappent, le sens général est bien perceptible. Pas besoin de sous-titres pour partager des émotions. Et dans les plumes partagées qui ont fait cet album, Maïa a invité Véronique Balmont, Stéphane Balmino, pour mettre des mots sur des musiques traditionnelles, sur des compositions originales, seule ou avec Martin Meissonnier. S’il y a des années où l’on envie de ne rien faire, il y a des années où on fait de la très belle ouvrage.

Pour l’adresse voyez ici, clic sur le roi du slow bizz.  saravah-logo

Et pour en savoir plus sur Maïa ,  sa vie son œuvre,clic sur le mégaphone 

maia megaEt on écoute,

Avec commentaires, et démonstrations vocales,

Last but not least, dans la famille Barouh, on pourra entendre Pierre, samedi 13 Août  de 23h56  à minuit 28, sur France Culture, entretien avec Albane Pearanda.

Norbert Gabriel

Discours de Barjac, par Christian Camerlynck

9 Août
Barjac 2016, lors de la remise du Prix Jacques Douai à Christian Camerlynck, voici son discours de réception.

 

camerlynck-funambule-rec-aaIl y a deux ans, j’étais ici même dans le public, pour la remise du Prix Jacques Douai à Michel Boutet et à Thibault Defever. Mon mari qui m’accompagnait pour la première fois à Barjac me demanda. C’est qui Jacques Douai ? Et moi l’aficionado de la « Bonne chanson » de répondre, Comment tu ne connais pas ? Comment aurait-il pu le connaître ? Souvent nous sommes persuadés que l’autre possède la même expérience, le même bagage que nous. Cela m’a questionné sur la transmission. Alors je lui ai raconté un peu Jacques Douai, j’ai parlé de l’interprète exigeant et précis de son répertoire de chansons poétiques du militant culturel, engagé dans l’éducation populaire.

On me demande souvent, vous n’êtes qu’interprète ? Oui, je suis un artisan interprète, j’écris des spectacles avec les chansons des autres. Ils disent tellement bien ce que j’ai envie de dire, de partager. Comment faire découvrir la richesse et la beauté de notre patrimoine, les auteurs que nous aimons, nos découvertes…

Quand on évoque des interprètes, on pense à Juliette Greco, Cora Vaucaire, Reggiani, Patachou, mais nous avons aussi Jean Guidoni, Laurent Viel, Évasion, Madame Raymonde, Entre deux Caisses, Marie Thérèse Orain, les Cabarettistes, et aussi Laurent Berger quand il mêle les chansons de Brel avec les siennes et sans doute d’autres.

Ils éclairent les œuvres d’une autre couleur comme le font les comédiens, les metteurs en scène à qui on ne demande pas s’ils ne sont qu’interprètes ? Les interprètes sont des passeurs de chansons et d’émotions. Sans Catherine Sauvage, aurait-on reconnu Ferré, Vigneault ? Les interprètes sont les porteurs et passeurs vivants de notre patrimoine

En 2017 cela fera 40 ans que je chante professionnellement, jamais je n’avais pensé faire un métier de spectacle. Ni même que la chanson remplirait autant ma vie. j’ai baigné dans la chanson depuis l’enfance. Et sans m’en rendre compte  j’ai « accumoncelé » un répertoire dans des fêtes de famille, j’ai même été opéré des amygdales sur de la chanson. Quand on m’a dit de souffler dans le ballon de chloroforme j’avais 5 ans, Line Renaud chantait « sa cabane au Canada » je me suis endormi, quand je suis sorti de l’anesthésie elle chantait toujours.

Je suis un enfant de l’éducation populaire, sans l’éducation populaire que serais-je devenu?

C’est France, la mère de mes enfants, alors militante syndicale et militante d’un mouvement de jeunes qui le 27 juin 1967, me fit découvrir l’Écluse, Marc Chevalier, Marie-Thérèse Orain, Francesca Solleville, Jacques Debronckart. C’est là dans les cabarets, que j’ai trouvé un sens à ma vie. C’est par la chanson que j’ai fait mes HUMANITÉS. Les cabarets étaient mes universités, ma Sorbonne. Félix Leclerc mon philosophe, Gilles Vigneault mon fabricant d’images et de mots, quant à Jacques Debronckart à chaque fois que ses doigts entamaient l’introduction musicale de «Je suis Comédien » je pleurais. Aujourd’hui je comprends pourquoi. les chansons m’ont ouvert à tous les arts. Les chansons m’ont appris à ÉCOUTER l’autre, elles m’ont ouvert à la curiosité.

CHANTEZ  CHANTEZ VOIX ÉRAILLÉES, voix de cailloux voix de cristal raconter ma peine et mon mal, mon espérance assassinée… Que ma chanson ne soit pas gaie, je ne suis pas un rigolo sauf que l’âpre vin de Bordeaux m’a fait la cervelle embrumée. Une chanson à l’encre bleue pour dire mes folles illusions, mes rêves de petit garçon, on s’ennuie tant dans les banlieues. Une chanson à l’encre rouge pour exorciser mes soldats toutes les nuits je les revois qui tirent sur tout ce qui bouge. Une chanson à l’encre noire, en l’honneur des anarcos coupables d’avoir dit tout haut ce qu’il adviendra tôt ou tard. Une chanson à l’encre blonde en l’honneur de ton sexe chaud, des Juliette et des Roméo qui baisent tout autour du monde. C’était ta chambre au 17ème , l’oreille posée contre ton coeur, j’écoutais la chanson que j’aime. (Extrait du poème de Jacques Debronckart)

Je veux parler aussi, de l’ÉQUIPE QUI M’ACCOMPAGNE depuis 15 ans dans une folle aventure qui s’appelle À CORPS VOIX.

Marc Chevalier est l’homme que j’ai choisi comme modèle, une sorte de papa, le mien n’ayant pas vécu assez longtemps. Marc allait à la rencontre du public le plus éloigné des arts, pour lui faire entendre de la musique, de la chanson, voir des œuvres de théâtres, de cinéma, de la sculpture, c’était un pédagogue fabuleux. SA PÉDAGOGIE,  L’ACTION, LE FAIRE,  PAS DE BARATIN, FAIRE. Tais-toi chantes. Il me disait souvent : « tu vois ce cycliste, cet handicapé, cette caissière des autoroutes, je me demande que peut l’ART, pour eux? » comme animateur socio-culturel, puis comme saltimbanque j’ai toujours voulu redonner ce que j’ai reçu des artistes. Alors j’ai suivi la route Marc Chevalier.

EN 1990, j’ai eu l’intuition que tout le monde rêvait de chanter SEUL, au moins une fois, accompagné par un musicien. Après de nombreuses expériences dans des VVF, ou pour des scènes nationales,  nous avons créé A Corps Voix. Des stages destinés à la pratique amateur de la chanson nous accueillons des gens qui croient chanter faux, « personne ne chante faux irrémédiablement » , des exclus des conservatoires, des gens qui souffrent vocalement, émotionnellement, des enseignants, des mères de famille des parents qui souhaitent chanter à leurs enfants et aussi des amoureux du chant, des passionnés de chansons.

Cette intuition que j’ai eue, il y a 36 ans, nous la vérifions aujourd’hui encore, le bouche à oreille a conduit des centaines, environ 8000 personnes à partager avec nous ce rêve, ces émotions. A CORPS VOIX, nous l’avons créée et développée pour la chanson, afin que ces amateurs puissent découvrir leur VOIX, découvrir que nous sommes tous musiciens, que notre corps est notre premier instrument de musique. Que tous nous pouvons gérer et exprimer nos émotions, tous nous pouvons aimer des chansons que nous ne connaissons pas, les découvrir en les chantant, découvrir des auteurs compositeurs inconnus de nous. Nous voulions créer une sorte d’école du spectateur.

Ces activités nous ont amené à rencontrer l’équipe du Forum Léo Ferré qui a accepté que nous organisions un premier stage chez elle. Je me souviens que Christian et Marie Hélène sont restés les 2 premiers jours avec nous. Dès le 1er dimanche soir nous avons fixé les dates des mois suivants. Ce partenariat a duré 10 ans. Le public des stages découvrait le lieu, les artistes qui s’y produisaient. Nous mêmes y avons créé des évènements… Je me souviens de ce dimanche après-midi ou 29 personnes venant de tous les coins de France ont chanté une chanson d’Anne Sylvestre dans une salle bourrée et en présence d’Anne.

Une collaboration de 10 années avec DI DOU DA à Arras, a permis la création d’ateliers amateurs, de cabarets découvertes, du festival « Faites de la Chanson » qui en est à sa douzième édition. Nous avons même rencontré des sourds et des malentendants qui voulaient chanter. Isabelle Aichhorn avec des musiciens et des comédiens de l’équipe, a développé des activités chant, musique, théâtre, lecture, au service des soins palliatifs de l’hôpital de Troyes. (Pourquoi arrêter la vie avant qu’elle ne s’arrête d’elle même ?) Elle développe des stages plus spécifiques pour ce que l’on appelle le développement personnel.

Tous ces exemples, c’est pour souligner que la chanson n’est pas qu’un produit enregistré en MP4 ou sur un CD,  que l’on écoute en concert. Mais ça vous le savez, c’est un art vivant, c’est un art au service de l’humain. Cette face-là qui existe et que les médias ignorent.

Grâce aux amateurs et à l’équipe qui nous accompagnent dans cette aventure j’ai appris davantage mon artisanat, mon métier d’interprète, Les amateurs m’ont fait aimer des chansons que je n’aimais pas, que je déconsidérais, et pourtant une petite chanson de « merde » dans la bouche de cette femme-là, de cet homme-là devient souvent un monument qui me bouleverse. Je pourrais citer cette dame d’Auchy les Mines qui nous chanta « Les corons » avec beaucoup de vérité et de cœur et qui, à la fin de son interprétation, s’adressant à Laurent Aichhorn qui l’accompagnait au piano lui dit : ben oui parce que mon homme il est resté dedans. Je revois aussi cette jeune femme qui m’a confié dans une longue lettre que les chansons d’ Anne Sylvestre l’ont sauvée du suicide C’est aussi cette maman qui écoutait et chantait Bosco de Tachan pour se donner du courage avant d’aller voir, si son enfant opéré du cœur, était toujours vivant. Ce qui a fait dire à Jean-Paul Roseau le compositeur de la chanson : Je ne pensais pas que la chanson était aussi importante pour les gens. Isabelle Aichhorn, les comédiens, chanteurs, musiciens qui accompagnent régulièrement les malades et les soignants de l’hôpital de Troyes pourront vous dire, que sur leur lit de souffrances, les choix des malades ne vont pas forcément vers des chansons littéraires. Que Mexico Mexiiiiico, Une chanson douce, ou encore la Vie en Rose les aident à lutter, les soulagent un peu.

La chanson est trop importante pour la laisser exclusivement entre les mains des professionnels. D’une chanson souvent nous ne retenons que la mélodie, quand elle existe, et parfois une petite phrase : presque chaque soir avant de m’endormir je me récite « Une Sorcière comme les autres, ou Après le Théâtre. » (Anne Sylvestre)

D’autres phrases surgissent au cours de mes journées et souvent fort à propos «  j’me fous des colloques des séminaires, J’fais mes confitures moi-même, je t’aime » (Je t’aime… Michèle Bernard)

« En la plus petite flaque, Il y a l’espérance d’un lac. » (Anne Sylvestre) « A quoi ça tient de naître noir ou blanc ou brun ou d’être gay » (Romain Didier)

« Est ce qu’on fait des vers avec l’actualité immédiate ? Poète est-ce ton rôle de faire des vers pour le feu qui nait? (Jacques Bertin)

« Je chante pour oublier que mon chemin ne va pas plus loin que ma main…   Je chante pour ne pas courir, je chante pour ne pas mourir. » (Gilles Vigneault)

Les chansons sont musiques et paroles qui s’envolent à la rencontre d’autres musiques, d’autres langues, d’autres cultures, D’AUTRES HUMAINS.

C’est pour cela que j’aime tant les chansons et ceux qui les écrivent . Enfin, je voudrais remercier mes pairs, qui me remettent ce prix Jacques Douai,remercier les artistes qui nous ont fait confiance et ont contribué de faire de ma vie une belle vie.

Ils ont participé à des moments de notre aventure A Corps Voix : ANNE SYLVESTRE, MICHÈLE BERNARD, VÉRONIQUE PESTEL, ÉLISABETH VELTY, LAURENT AICHHORN, AUGUSTIN BÉCARD, DENIS D’ARCANGELO, NATHALIE FORTIN, RÉMO GARY, JEAN GUIDONI, BERNARD JOYET, MARTIN LERAY, SÉBASTIEN MESNIL, DAMIEN NISON, JEAN PAUL ROSEAU, LAURENT VIEL, JUNE Mc GRANE…

« C’est en gare de l’Ecluse à deux pas de la Seine… » que j’ai rencontré Romain Didier,

MERCI AUSSI À TOI ROMAIN mon ami,mon frangin, le premier compositeur à avoir accepté de mettre en musique des textes de mon compagnon de route, mon mari Laurent Sillano. Je tiens à dire enfin mon affection et mon admiration à Isabelle ma fille, à France sa maman pour poursuivre avec courage, talent et créativité ce beau voyage dans la chanson. A mon fils de partager avec moi sa grande culture musicale qui me permet de rester en contact avec l’actualité

Quant à vous les AUTEURS, s’il vous plait « Habillez-nous de tous vos mots d’amour »  Ils parlent de nous et ils nous protègent si bien.

(extraits du spectacle au théâtre de  St Louis en l’ile)

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